‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 95 sur 467 · LEV. I · texte numérisé non relu

LEV. I

Généralement on n’emploie les feuilles de

cocons plus gros et plus pesans. Ce qui em-| mürier noir qu'au défaut de l’autre es-

pêche qu’on ne ies emploie, c’est que l'arbre ne produit pas beaucoup.

Fig. 62.

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Mürier noir (Morus nigra, Lin.; angl.

common Mulberry; ital., Moro nero; all.

caehte Maulbeere) (fig. 63). — Cet arbre s’é-

Fig. 63.

pèce ; l'arbre est d’ailleurs d’un rapport bien moins considérable : il n'y a plus que dans quelques parties de l'Espagne et dans quelques cantons de la Calabre, de la Sicile et de la Grèce, qn’on nourrit encore les versa-soie avec les feuilles de cette espèce.

Mürier rouge (Morus rubra, Lin ; angl., red Mulberry; ïtal,, Moro rosso; all., rothe Maulbeere). Cette espèce est un grand arbre qui, dans l'Amérique seplentrionale, son pays natal, s'élève à 60 pieds et plus. Ses feuilles sont grandes, ovales, un peu en cœur à leur base, très-aiguës et souvent entières en leurs bords, glabres en dessus, légèrement pubescentes en dessous. DURAMEL avait dit qu'on pouvait nourrir les vers-à-soie avec les feuilles de cet arbre; mais, quoique ces petits animaux les mangent fort bien, elles sont très-contraires à leur santé; ceux qui en vivent exclusivement meurent en grand nombre, et ceux qui survivent ne font que de trèsfaibles cocons, impropres à produire de bonne soie.Comme ce mürier donne d’ailleurs un

- bois bon pour la charpente et ia menuiserie,

on pourrait le planter comme arbre forestier.

Märier multicaule où des Philippines (Morus multicaulis, Perrotet; Morus cucullata, Bonafous) (fig. 64). Cette espèce, aulieu de

lève à 20 pieds et plus, en formant ordinairement une tête arrondie ; ses feuilles sont cordiformes, aiguës, dentées, rudes au toucher en dessus et pubescentes en dessous; ses fruits, plus gros que dans les autres espèces, sont ovales-oblongs, d’un pourpre noirâtre, d'une saveur douce et agréable. On les mange frais, et on en prépare, dans les pharmacies, un SIrop principalement employé dans les maux de gorge. On pourrait en faire une sorte de vin, en relirer de l’eau-de-vie par la distillation, ou en faire du vinaigre en les faisant passer à la fermentation acéteuse. Les vers-à-soie mangent fort bien iles feuilles du müûrier noir, mais il m’a paru, d’après quelques expériences que j'ai faites à ce sujet, que les cocons qui en furent le produit étaient moins gros et moins pesans que ceux faits par des vers qui avaient été nourris de mürier blanc.

former un seul tronc, comme le mürier blanc, se divise le plus souvent dès sa base en plusieurs tiges peu cylindriques en général; mais plutôt un peu tétragones, à angles trèsobtus ; ses feuilles offrent aussi de grandes différences :; elles sont en cœur à la base. le plus souvent bullées ou boursouflées, bordées de grandes crénelures ovales et mucronées.

Ses fruits sont oblongs pendans, noirs,succulens et bons à manger. Ce mürier a été introduit en France, en 1821, par M. PERROTET, botaniste-cultivateur et voyageur de la marine, qui l’a apporté de Manille, où un Chinois l'avait importé depuis peu de Canton.

Nous consacrerons un article spécial à la culture de cette espèce à cause de son ims portance. ÿ Märier intermédiaire (Morus intermedia, Perrotet). Cette espèce se distingue de la pré-

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cédente parceque ses feuillesse prolongent en longue pointe au sommet; parce qu'elles sont dentées en scie, les unes entières, les autres partagées en 2, 3 à 5 lobes, et enfin parce que ses fruits sont ovales, rouges, peu succulens et non bons à manger. Ce mürier n’a encore été que peu employé en France à la nourriture des vers-à-soie ; mais on s’en sert à la Chine et aux Philippines. C’est de ce dernier pays que M. Perrotet l’a rapporté en 1821, avec le précédent.

Le Märier à papier forme aujourd’hui le genre Broussonetia. Ses feuilles sont tout-àfait impropres à la nourriture des vers-à-soie; sur 100 de ces insectes auxquels j'en avais donné à manger;92 sont morts,et les 8 autres n’ont survécu que parce que je les ai remis au mürier blanc.

$ II. — Multiplication des müriers.

Lemürier peut se multiplier de graines, de boutures et de marcottes; la greffe n’est point véritablement un moyen de multiplication ; elle ne peut servir qu'à conserver les variétés acquises par la culture et qu'il est avantageux de propager. Comme on a reconnu depuis assez long-temps que les marcottes et les boutures ne donnaient pas des sujets aussi vigoureux que ceux provenus de semis, on n’emploie presque plus aujourd’hui dans les pépinières ces deux moyens de multiplication dont le premier surtout élait au contraire fréquemment en usage dans les premiers temps où le mürier fut cultivé dans le midi de l’Europe. C'est seulement par la voie des semis qu'on se procure maintenant des müriers.

La graine qu’on destine à faire des semis de cette espèce d'arbre doit être prise sur des individus sains, vigoureux, qui aient déjà atteint un certain degré de croissance, comme l’âge de 30 à 40 ans. On doit encore donner la préférence à ceux qui ont les feuilles les plus larges, en s’abstenant d’en dégarnir les arbres dont on se propose de récolter les fruits, et il ne faut cueillir ceux-ci que lorsqu'ils sont parfaitement mûrs. La meilleure manière de faire à cet égard est d'attendre que la maturité en soit assez avancée, pour qu’en secouant légèrement les branches des arbres, les müres s’en détachent facilement. On peut encore se contenter de ramasser ces fruits à terre, au fur et à mesure qu'ils tombent naturellement et qu’il s’en trouve une suffisante quantité sous les arbres.

Lorsqu'on ne doit pas semer tout de suite les graines de mürier, il paraîtrait naturel de les conserver enveloppées de leur pulpe, en les stratifiant dans du sable; cependant celles qui sont ainsi conservées subissent un certain degré de fermentation, et elles ne lèvent pas aussi bien que celles qu’on en a préalablement séparées en écrasant doucement les fruits entre les doigts, dans un vase contenant une petite quantité d’eau, à laquelle on en ajoute en plus grande abondance lorsqu'ils sont suffisamment délayés ; on agite le tout, le suc et la pulpe restent quelque temps suspendus dans le liquide, tandis que les graines se précipitent promptement au fond du vase; on décante alors le liquide, et

DU MURIER

on lave de nouveau les graines dans une seconde ou même‘une troisième eau, jusqu’à ce que les graines soient bien nettes et que l’eau décantée coule claire ou à peu près. La graine, recueillie par ce moyen, est ensuite mise à ésoutter sur des assiettes qu’on incline pour faciliter l'écoulement de l’eau, puis on l'étend sur du papier ou mieux sur du linge, à l'air et à l’ombre, afin qu’elle achève de sécher, et lorsqu'elle l’est tout-à-fait, on la serre, si On ne la sème pas tout de suite, dans des sacs ou dans des boites et dans un lieu sec, Jusqu'au moment de l'employer.

Dans le Midi, on peut suivre l’ordre de la nature, c’est-à-dire semer la graine de inüûrier aussitôt qu’elle a été récollée et convenablement préparée, et c’est alors vers le fin de juin qu’on doit faire le semis. Il reste encore assez de beau temps pour que le plant qui en proviendra ait acquis la force nécessaire pour résister à l'hiver qui suivra, el, par ce moyen, on gagne une année. Dans les parties du centre et du nord dela France, au contraire, où il ne serait pas possible de semer avant la mi-juillet, ou même à la fin de ce mois, le semis n'aurait pas acquis assez de force pour braver le froid de la mauvaise saison, froid qui, d’ailleurs, est presque tou- Jours plus rigoureux que dans le Midi. Il ne faut donc, dans les départemens du milieu et du nord de la France, semer la graine de mürier qu’au mois d'avril et même au commencement de mai, lorsqu'il n’y a plus de gelées à craindre. Comme cette graine est très-petite, on la mêle, pour la semer, avec une certaine quantité de terre ou de sable, et on la répand à la volée. Il ne faut pas semer trop dru, et, en général, on doit faire en sorte que la graine soit bien espacée; il y a cependant moins d’inconvénient à semer un peu serré que trop clair, parce qu’il est toujours facile d’éclaircir le plant lorsqu'ayant bien levé il se trouve trop pressé.

Il suffit d’une once pour garnir une platebande de 8 pieds de longueur sur 4 de largeur.

Le terrain propre à faire un semis de müûrier doit être plutôt léger que fort, ni sec, ni humide, défoncé au moins à 2 pieds de profondeur, et la terre doit en être rendue aussi meuble que possible, afin qu’elle soit plus facile à pénétrer par les jeunes racines du plant. Un bon moyen pour en accélérer la végétation, c’est d’en amender le sol avec une certaine quantité de vieux terreau de couche. à

La graine de mûrier ne doit pas étre trèsenterrée ; il suffit qu’elle soit recouverte avec 6 à 8 lignes ou au plus { pouce de terre, ou encore mieux avec la même quantité de terreau.

On sème ordinairement le müûrier e? planches aussi longues qu'on le veut, mais auxquelles il convient de ne pas donner plus de 4 pieds de largeur, afin qu’il soit facile d'atteindre de chaque côté an milieu d’elles, lorsqu’il sera nécessaire de les sarcler.

Quelques auteurs ont recommandé le semis en raies espacées à 6 ou 8 pouces l’une de l'autre, mais ce mode a l'inconvénient d'employer plus de terrain, et encore de faire que le jeune semis est plus pressé dans ces

raies que lorsqu'il a été fait à la volée.

Selon que la saison est plus ou moins favorable à la végétation, la graine de mürier net 15 à 20 Jours à lever. Peu après qu’elle est hors de terre, et dès que le semis a poussé 3 à 4 feuilles qui le font reconnaitre, il faut le débarrasser par le sarclage des mauvaises herbes qui s’y trouvent mêlées, et on éclaircit le plant en l’arrachant dans les parties où il est trop épais. Un peu plus tard, environ 5 à 6 semaines après avoir sarclé, on donne un binage qui doitètre fait avec beaucoup de précaution à cause de la petitesse du plant. Un seul suffit si on a fait le semis à la fin de juin où au commencement de juillet; mais il en faut toujours deux et même trois lorsqu'on a semé au printemps. Si la saison est sèche après qu’on a fait le semis ou lorsqu'il est levé, il est nécessaire de pratiquer un ou plusieurs arrosemens selon je besoin ; Sans cela, on en compromettrait la réussite.

On donne le nom de pourrette au jeune plant provenu de la graine de mürier. A la fin de l'automne de la première année ou pendant l'hiver qui suit, on arrache toute cette pourrette qui a acquis assez de force, c'est-à-dire toute celle qui a environ 1 pied de haut ou un peu plus, et on la plante en pépinière dans un terrain convenablement préparé et dans des rayons tracés à 2 pieds les uns des autres, en plaçant chaque pourrette à la même distance, et de manière que la plantation se trouve disposée en quinconce. On doit éviter en arrachant la pourrette de la tirer hors de terre en employant seulement la force de la main, ce qui brise et endommage toujours plus ou moins ses racines, et nuit à la reprise du jeune plant; mais il faut se servir de la TE ou de la bêche pour soulever la terre ; par ce moyen toutes les racines et même leurs plus petits chevelus se trouvent parfaitement intacts. Toute la pourrette trop faible pour être transplantée est laissée dans les plates-bandes où elle a été semée; à la fin de l'hiver, on la coupe rez-terre afin de lui faire produire un plus beau jet dans le courant de la belle saison suivante. Il est préférable d'employer le sécateur pour faire ce recépage; il n’ébranle pas, comme le fait la serpette, les racines encore faibles, et il offre l'avantage de pratiquer l'opération beaucoup plus promptement.

Lorsaue la pourrette commence à pousser, soit celle qui a été transplantée en pépinière, soit celle qui a élé laissée en place, il faut avoir soin de retrancher les Jeunes rameaux qui croissent latéralement, avant qu'ils aient pris beaucoup de consistance, et 1l sera bon que cette opération précède toujours chaque binage. Quant à la pourrelte qui aura été recepée, on ne lui laisse qu'un bourgeon, et pour que celui-ci forme un beau jet, on a egalement soin de retrancher de bonne heure toutes les pousses latérales; on ne souffre pas surtout qu’il en croisse dans le bas, afin qu'il se forme des tiges bien droites et bien unies , sur lesquelles la greffe est bien plus faciie à pratiquer.

Quoique le mürier blanc ne soit pas cultivé pour le fruit qu’il rapporte, on est cependant presque généralement dans l'usage de le trai-

CULTURES INDUSTRIELLES : DU MURIER ET DE SA CULTURE

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