‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 96 sur 467 · LIV. IT · texte numérisé non relu

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ter comme on fait pour les arbres fruitiers ; tous les jeunes plants que le semis a donnés sont regardés comme sauvageons et soumis à la greffe, par le moyen de laquelle on leur fait porter des feuilles plus grandes et plus épaisses, dans lesquelles, à quantité égale, le ver-à-soie, qui doit en faire sa nourriture, trouve une bien plus grande proportion de substance alimentaire. Voici, d’après les observations que j'ai faites, les différences qui existent dans le poids des feuilles du sauvageon et de plusieurs variétés de mürier greffé, ou du mürier Moretti, ou de l’espèce dite multicaule.

Le même nombre de feuilles pris sur des rameaux de même force et de même âge, pesait, provenant :

1° D'un sauvageon à feuilles très-petites et tres-découpées. fi. 4 ut 16 o0nces.

2° D'un sauvageon à feuilles petites, mais non découpées. . . 22

3° D'un 3° sauvageon à feuilles

MOYENNE SEMAINE ANNE RUE 4 4° D'un 4° sauvageon à feuilles

plus grandes et peu découpées. 49 5° D'un 5° sauvageon à feuil-

lesdarges et:entières: 24 Guen 62 6° D'un Mürier greffe (M. ro-

MaÏn;AUDIBERT D): MELUN ES 80 7° D'une autre variété de M.

greffé, dite feuille-rose. . . .. “1:89 8° D'une 3° variélé de 47. gref-

fe ditérsrossesreure Nes SL 05 9° D'un Mäürier-Moretti. . . .. 111 10° D’un second M. Morett,

plusivisoureux1. at Lie TES 11° D'un YA. multicaule. . .. 180 12° D'un second M. multicaule

plusivigoureux:?:, 60H RIT 27206

Il est bien facile de comprendre, si l’on compare le poids proportionnel des feuilles fourni par chacun de ces douze arbres, qu'il y aurait un grand désavantage à se servir de celles des premières, puisqu'elles exigeraient autant de temps pour être cueillies (et la cueillette des feuilles fait une grande partie de la dépense dans les éducations de vers-àsoie ), que celles des dernières qui fourniraient aux vers 1 à 5 fois et jusqu’à 10 fois plus de nourriture. On ne devra donc conserver sans les greffer, dans un semis de muüriers sauvageons, que le pelit nombre d'individus qui présenteraient des feuilles plus larges, plus étoffées, se rapprochant enfin par leur apparence des variétés déjà connues que l'on conserve et propage habituellement par la greffe. Quant à la plus grande partie qui ne présentera que des petiles feuilles plus ou moins découpées, tous les , jeunes plants qui seront de cette nature devront être modifiés par la greffe.

6 III.—Dela greffe des mùriers.

Les sauvageons de mürier peuvent étre greffés de plusieurs manières : en fente, en écusson et en flüte; mais ces différentes sortes de greffes ne réussissent pas toutes également bien. La première, outre qu’elle est sujelte à manquer, est aussi plus longue à pratiquer, ce qui fait qu’elle n’est que peu ou point en usage, si ce n’est pour des ar-

cHap. 11°.

bres déjà très-âgés ou trop gros pour qu'ils uissent être entés d’une autre manière.

ans tous les cas, il n’y a qu’une époque pour la pratiquer, c’est la fin de l'hiver, ou les premiers jours du printemps.

La greffe en écusson peut se faire à deux époques différentes : la première à œil poussant, dans les derniers jours de juin ou dans les premiers du mois suivant; la seconde, dite à œil dormant, dans le courant de septembre. Cette sorte de greffe est facile à faire et très-expéditive; mais elle s'adapte moins bien au sujet, ce qui fait que les jets qu'elle donne sont plus exposés à être brisés par les vents, et enfin, ils manquent à reprendre dans une proportion plus grande que dans la suivante.

Dans la plupart des pays où la culture du mürier est répandue, c’est à la greffe en flûte ou en sifflet qu'on donne la préférence. Quoiqu'elle ne présente pas de difficultés en apparence, il faut cependant une main exercée à cette opération pour qu’elle soit pratiquée avec succès. M. Camille BEAUVAIS,qui, depuis 7 ans, a planté, aux Bergeries de Senart, à quelques lieues de Paris, plus de 14 hectares en müûriers, a vu, pendant les premiers temps, échouer en grande quantité les greffes de cette sorte qu'il faisait faire chaque année, quoiqu'il employât, pour les pratiquer, les plus habiles garcons des meilleurs pépiniérisies de Paris, et comme cela lui occasionait un dommage notable, il s'est décidé à faire venir de Gange, pays où la culture du müûrier est florissante, un ouvrier habitué et très-exercé à pratiquer la greffe en flûte, et dès-lors ses greffes ont réussi dans une proportion bien plus considérable; c’est tout au plus s’il en voit manquer un dixième. Ayant été visiter plusieurs fois la magnanerie et les plantations de müriers de M. Camille Beauvais, j'ai vu des milliers de cette espèce d'arbre, qui, greffés en flûte dans les premiers Jours de juin, avaient, à la fin d'août, poussé des rameaux de trois pieds et plus. D’après cela, je crois utile de faire connaitre avec quelques détails les procédés employés par l’ouvrier de Gange qui travaille aujourd'hui aux Bergeries de Senart, lesquels m'ont paru faciles à comprendre, de sorle que ceux qui voudront suivre avec exactitude la description que je vais en donner pourront également réussir. — Voici comment on s’y prend pour faire ces greffes en flûte : on coupe vers le 15 d'avril ou un peu plus tard, selon que la sève monte plus PRANREDEnL ou plus tard dans les müriers, es rameaux destinés à fournir les greffes dont on aura besoin quand l’époque de les placer sera venue, et, aussitôt qu'ils sont coupés, on les dispose, couchés les uns à côté des autres, sous un hangar à l'abri de :a pluie et du soleil. Lorsqu'on en a formé un lit de 2 à 3 pieds de largeur, on les couvre d’une couche de 2 pouces de sable ou de terre qui soit fraiche sans êlre humide, pardessus laquelle on dispose un second lit de rameaux, puis une nouvelle couche de sable, et ainsi de suite alternativement, jusqu à ce qu on en ait formé un tas de 20 pouces à 2 pieds de hauteur. Lorsque le moment de greffer est arrivé, l'ouvrier prend sur le

DU MURIER

dessus du tas ce qu’il croit pouvoir employer de rameaux en un travail suivi pendant 3 à 4 heures, et prenant successivement chacun de ces rameaux, il les serre dans la main gauche, en commencant par le baset en finissant par le haut. En même temps que chaque partie d’un rameau est maintenue et serrée par la main gauche, il imprime avec la droite un mouvement de torsion au rameau, et, par ce moyen, il détache peu-à-peu l'écorce du bois, de sorte que quand celle-ci n’y adhère plus, il pourrait la tirer tout d’une pièce comme un long fourreau ; mais il la laisse pour le moment à sa place jusqu’à ce qu'il ait ainsi fait subir cette préparation préliminaire à tous les rameaux qu'il doit employer dans la journée. C’est là la partie la plus difficile, parce qu'il faut faire grande attenüon, en serrant d’une part les rameaux et en cherchant de l’autre à en détacher l'écorce par un certair mouvement de torsion, de ne pas endommager les yeux qui sont la partie essentielle de la greffe. Tout ce qui restera à faire après, sera très-facile, puisqu'il ne s’agit plus, pour préparer chaque greffe, que de faire une incision circulaire au-dessous et au-dessus de chaque œil, de manière que celui-ci fasse partie et se trouve à peu près au milieu d’un anneau d’écorce de 8 à 10 lignes de hauteur au plus. Quand cela est fait, chaque anneau qui n'adhère déjà plus au bois, s’en dégage avec facilité, et l’ouvrier l'en sépare tout-à-fait, en commençant alors par le supérieur, et en descendant successivement jusqu’au plus inférieur. A mesure que chaque anneau est complètement détaché du bois, l’ouvrier le met dans un pot de terre, au fond duquel est un linge mouillé assez grand pour qu'il puisse, en le repliant, en envelopper les anneaux destinés à servir de greffes, et lorsqu'il en a ainsi préparé ce qu'il peut en employer en 3 à 4 heures, il se transporte au pied des müriers sur lesquels il doit opérer. — Comme la principale difficulté de la greffe en flüle consiste à bien détacher l'écorce du bois, ne la rendrait-on pas plus facile, au lieu de séparer cette écorce en un long fourreau tout d’une pièce, en faisant d’abord l'incision circulaire qui doit servir à diviser chaque anneau, qu'on laisserait toujours sur le bois jusqu’au moment de séparer tous les anneaux à la fois, comme on le pratique habituellement pour ce genre de greffe? — Quoi qu'il en soit, l’ouvrier doit faire en sorte d’avoir à sa disposition des anneaux qui soient autant que possible de la même dimension que les tiges ou les rameaux auxquels il doit les adapter.

Cette précaution ayant été prise, il retranche, avec une forte serpette, la parlie supérieure de la tige ou de la branche à gretfer, et il pratique sa coupe aussi horizontalement qu'il le peut. Cela étant fait, il détache, avec l'ongle du pouce droit, l'écorce du sujet en 5 à 6 lanières ou languettes qu'il rabat en dehors, de manière à mettre à nu 8 à 10 lignes de bois, enfin, la même hauteur qu'ont ses anneaux ou ses greffes; ensuite, il choisit dans son pot l'anneau qui s'adapte le mieux à la portion de bois qu'il a mise à nu sur le sujet, l'en enveloppe en faisant descendre l'anneau jusqu'à ce que teut le bois dénude

soit recouvert. Si la greffe se trouve un peu iache, il prolonge ses lanières en les faisant descendre plus bas jusqu’à ce qu'elle soit assez serrée contre le bois, car il vaut mieux en général que l'anneau entre sur le sujet avec quelque difficulté que d’être trop lâche; il peut même se fendre dans une partie de sa hauteur, pourvu que ce soit du côté opposé à l’œil. Lorsque la greffe est suffisamment entrée dans le sujet, l’ouvrier empoigne doucement celui-ci au-dessous des languettes pour les relever un peu autour de l'anneau, et la greffe est terminée, sans avoir besoin d'appliquer aucune ligature ni aucun masüuc.

Comme celle de tous les arbres Jactescens, la greffe du mürier a besoin d’être faite par un beau temps; s’il survient de la pluie après qu’on l’a pratiquée, cela en fait souvent manquer beaucoup. Pour parer à cet inconvénient, ilest bon, lorsque le temps est à la pluie, de recouvrir ou de coiffer pour ainsi dire le sommet de chaque greffe avec une coquille vide d’escargot d’une grosseur convenable ; cela empêche l’eau de s'infiltrer entre le bois et l’écorce.

Les greffes en flûte faites de la manière qui vient d’être expliquée reprennent en général avec tant de facilité que, par un temps favorable, elles sont parfaitement soudées sur le sujet en moins de 24 heures, et que quelques jours après on voit les yeux commencer à se gonfler, et au bout de8, il y a des greffes qui ont déjà développé 2 à 3 feuilles. J’ai vu, le 23 août de cette année (1835), des müriers à haute tige, qui, ayant été greffés le 5 du même mois, avaient déjà fait des pousses de 2 pouces de longueur et développé 9 à 10 feuilles.

La greffe en flûte peut se pratiquer depuis

le 10 ou 15 de mai jusque dans les premiers:

jours d'août, et un homme bien exercé peut en faire par jour 250 à 300.

On ne greffe pas le sauvageon au même âge dans tous les pays. En Provence, en Italie, et particulièrement dans le Véronais, où la culture du mûrier peut servir d’exemple, on greffe toujours près du collet de la racine, lorsque les sujets ont acquis au moins 18 à 20 lignes de tour à leur base.

Dans les Cévennes, au contraire, on ne greffe guère les müriers qu’en tête, et lorsqu'ils sont déjà plantés à demeure depuis un an ou deux. La première de ces deux méthodes parait offrir plus d'avantages : 1° dans une etite étendue de terrain, on peut rassemler un nombre plus ou moins grand d'arbres qui sont bien plus faciles à soigner que lorsqu'ils sont éloignés les uns des autres, et répandus çà et là dans les champs; 2° la greffe faite pres du collet des racines, point vital de l’arbre, reprend toujours plus facilement que celle qui est faite sur les branches.

Dans les pépinières du midi de la France, où les fumiers, les labours, les binages et les arrosemens sont abondamment répartis aux mûriers greffés, on obtient souvent, dans l'année qui suit l'application de la greffe, des jets de 7 à 8 pieds de hauteur, et quelquefois même il s’en trouve qui ont jusqu’à 10 pieds.

MURIER ET DE SA CULTURE

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