‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 110 sur 357 · I. Réparation et conservation des travaux · texte numérisé non relu

I. Réparation et conservation des travaux

A. Envasement et attérissement des canaux.

Pour réduire au minimum les frais d’entretien des canaux d'écoulement, de navigation ou d'irrigation, il faut prévoir et empécher autant qu’on le peut l’envasement de leur lit et l’'éboulement de leurs talus.

L’envasement a lieu par deux causes principales : le dépôt que laissent les eaux lmoneuses affluentes, et le détritus des végétaux aquatiques. Pour atténuer l'effet de la première cause , il faut donner aux eaux la plus grande rapidité possible, sice n’est constamment, au moins par intervalles, pour enlever par le courant les dépôts formés à eau dormante. Dans certainscas, on peut aussi ne laisser entrer dans les canaux que les eaux déjà clarifiées ; lorsque, par exemple, on possède en amont des terrains tourbeux ou graveleux qui ont besoin pour être fertilisés d’être recouverts d’une couche de limon, il est alors doublement avantageux d'y faire séjourner les eaux avant de les laisser entrer dans les canaux d'écoulement. Si l’on n’a pu empêcher les envasemens limoneux, il faudra Jaire des curages, sojt à bras d'homme en meiiant les canaux à sec, soit, si l’asséchement est impossible, à l’aide des dragues mues à la main ou par un manége, ou même par une machine à vapeur, selon limportance des repurgemens. Dans beaucoup de cas, ja curure de ces canaux, employée comme engrais, indemnisera d’une partie notable des frais; mais, quoi qu’il en coûte, on ne doit jamais négliger cetle opération pour les canaux non plus que pour les rigoles.

Lorsque l’attérissement a lieu par la végétation des plantes de rien de plus facile que de l'empêcher; il suffit d’extirper ces plantes, une ou deux fois par an, à laide du râteau hollandais, dont nous donnons la figure (/g.125), ou de toutinstrument analo-

Fig. 125 et 126.

gue. On fait précéder cette opération d'nn

cuap. 5°.

fauchage à rez du sol, s’il se trouve dans le canai des végétaux implantés dans le plafond ou sur le talus. On se sert pour ce fauchage dans l’eau d’une faucille emmanchée d’une perche suffisamment longue, qui fait avec son croissant un angle d'environ 60 degrés (g.126).La litière que fournissent ces plantes exiraites de l’eau paiera presque toujours les 2/3 de la dépense, qui, du reste, est bien peu de chose si l’on emploie des ouvriers ayant l'habitude de ce travail. Elle est d’autant moindre qu'elle est plus souvent répétée.

Les autres instrumens le plus généralement employés pour les divers travaux d’entretien des desséchemens sont les suivans: les écopes (fig. 127 et 12$), qui servent à nettoyer le fond des fossés des branchages, herbes, pierres, boues ou autres objets qui les obstruent; le coupe-gazon (fig. 129), très-commode pour tailler et couper le gazon dans la confection des fossés ; différentes béckes en fer (3. 130) ou en bois (/g. 131), pour travailler dans des terrains plus ou moins difficiles; la bêche ou louche des pionniers (fig.132), instrument un peu concave, que ces ouvriers préfèrent, en général, pour creuser les étangs et canaux, afin de jeter la terre à de grandes distances

Fig. 130. 127. 131. 128. 129. 132.

Ts,

B. Conservation des talus: Gazonnement.

La rapidité du courant que nous venons de recommander pour empécher les envasemens a l'inconvénient d'attaquer les talus, d'occasioner des éboulemens, et par suite, bien souvent, des engorgemens qui empéchent Ja circulation de l'eau et causent des désastres.

Quand le sol a peu de consistance ou qu'il est lrès-sahlonneux, les éhoulemens ont lieu même à eau dormante. Si l’on n’a pas donné un talus très-doux aux berges, il faut le rendre tel, quand on peut, à l’aide d’un recoupement; sinon il faut gazonner ce talus, le complanter en osiers où tamarix, el même le revêtir d’un pierré, si l’action du courant est trop forte.

Nous ne dirons rien ici des recoupemens non plus que des pierrés, il en est queslion autre part. Nous renverrons aussi au Tome IV ce qui concerne les plantations.

Nous allons seulement dire deux mots sur le gazonnement. La première chose à faire, c'est dé chercher un tapis de verdure formé

ar des espèces de plantes en harmonie avec e sol où lon veut établir son gazonnement, de manière à ne pas placer des végétaux qui exigent un fond sablonneux sur un ter-

DESSÉCHEMENT DES MARAIS

rain argileux, ceux qui redoutent l’humidité: dans l’eau, etc. On sent par conséquent qu'il faudra en outre, pour réussir complètement, considérer dans ce talus trois zones, chacune demandant trois espèces de gazon différentes. La première, constamment sous l'eau, ne devra être garnie que de jones ou autres plantes aquatiques ; la seconde, tantôt sous l’eau , tantôt à sec, comportera des plantes analogues et, de plus, quelques graminées, quelques légumineuses; la troisième enfin ne devra êlre gazonnée qu'avec des végétaux qui ne craignent pas trop la sécheresse tels que ceux qui croissent le long des fossés qui longent les routes dans les prairies sèches, etc. — Le choix des gazons fait, il faudra commencer par régaler parfaitement les talus , afin de pouvoir y placer régu- Hèrement les mottes par assises parailèles, comme un macon place les pierres de taille ; on coupera ensuite des gazons égaux en longueur, largeur et épaisseur; on les placera de manière que le supérieur porte sur deux inférieurs , et qu’il y ait le moins d'intervalle possible entre les joints; on garnira même ces Joints avec de Ja terre meuble, on batira le tout et l’on arrosera, si l’on peut. (On sent combien il importe de placer les gazons aussi fraichement arrachés que possible, et point endommagés par le transport.) — D'habiles ouvriers acquièrent promptement l'habitude de faire des mottes sensiblement égales, à l’aide des instrumens ordinaires des terrassiers, mais il serait bien plus avantageux d'employer le double instrument inventé pour cet usage dans les Pays-Bas nommé zoden-mes. L’instrument( f£. 133) a la forme d’une lame courbe munie d’un anneau pour attacher une corde; il est emmanché dans un bâton : il tranche par sa partie convexe; l'instrument (fig. 134) est en forme de croissant, muni comme l’autre d’un anneau, mais emmanché dans une douille. Ce croissant a de 28 à 30 centimètres de largeur.

Fig. 134. Fig. 133.

Avec le premier instrument, on divise en petits carrés égaux d'environ 30centimètres le terrain à dégazonner; avec l’autre on détache ces carrés du sol en leur donnant lépaisseur qu’on juge convenable (ordinairement de7 à Scentim.). Un homme tire l’instrument /. 133, tandis qu'un autre le dirige, le maintient en lerreet le fait trancher.Unautre homme vient ensuite, tirant par saccades l'instrument fig. 134; à chaque saccade il détache un gazon (comme on le voit en action dans la fig. 70, T. 1, p.117), que l’ouvrier placé par-derrière soulève et met de côté pour recommencer. J’ignore si cet imstrument est connu en France ; il mériterait d'é-

tre propagé partout. Deux hommes coupent ainsi 400 mètres carrés de gazon par Jour.

Un moyen qui me parait avantageux pour conserver les digues dans les canaux à large dimension et à eau dormante, c’est celui qui a été employé sur le canal du Languedoc:

une sorte de brise-lame en mottes de jonc (Juncus acutus), placé de 50 centimètres à 1 mètre en avant du talus. On dirait une bordure de jardin, tant elle est régulière et bien entretenue dans ce beau canal.

Nous ne parlerons pas ici des clayonnages et autres ouvrages analogues, quoique l'on soit obligé quelquefois d’y recourir pour la conservalion des talus. Il en a été traité dans la section des Endiguages.

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