‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 125 sur 357 · LIANT · texte numérisé non relu

LIANT

diculairement, il se trouverait trop à droite.

En conséquence, on le dirige obliquement vers la gauche, et la résistance qu’il éprouve dans le sol, par suite de cette inclinaison,

eut se trouver sensiblement augmentée dans es labours de quelque profondeur. Elle nuit, d’ailleurs, à la bonne et facile exécution du travail. C’est pour ce motif qu’on a inventé des coutres a manches coudés, ou fixés par un mécanisme particulier sur la gauche de l'age, de manière que la lame n'offre plus une telle obliquité. Cette disposition présente des avantages trop peu appréciés de la plupart des cultivateurs.— Dans les charrues dont le corps est entièrement en fer coulé, et dans quelques autres, le coutre est maintenu dans une entaille latérale, au moyen d’un boulon ou d’un coin.

Fig. 199, coutre fixé au milieu de l’age.

Fig. 200, coutre à manche coudé.

Fig. 201, coutre de la charrue de Roville.

Fig. 199. Fig. 200.

Fig. 201.

Les coutres doivent avoir une force proportionnée à la résistance que présente chaque espèce de terrain; à peine utiles dans les sols d’une grande légèreté, ils deviennent d’une indispensable nécessité sur ceux qui se distinguent par leur compacité. On a recommandé avec raison d’actérer leur tranchant; et, comme il essuie un frottement trèsfort, l’acier doit souvent en être renouvelé. -- Lorsqu'il s’agit de défoncemens ou de défriches dans des champs qui contiennent de nombreuses et fortes racines, au lieu d’un coutre, on en met quelquefois deux et jusqu'à trois, en leur donnant progressivèment une entrure moindre, à partir de celui qu est le plus rapproché du soc.

Dans quelques circonstances, ainsi qu'on a déjà pu le voir à l’article Ecobuage, page 118, au coutre ordinaire on substitue, pour des labours peu profonds, un disque métallique tournant sur son axe comme une roue et tranchant à la circonférence, tel qu'il a été représenté Æg. 76.

$ III. — Le sep.

Le sep est cette portion de la charrue qui reçoit le soc à sa partie antérieure, et, assez communément, l'origine du manche à sa partie postérieure. — Il glisse au fond du sillon de manière à s'appuyer sur la terre non labourée, du côté opposé au versoir. Tantôt

ouaP, 6°.

il ne fait qu'un avec la gorge qui le prolonge et l’unit à l'age, comme dans la fg. 202; — Fig. 202.

tantôt il est fixé à cette dernière pièce par uu plateau ( fig. 203) ou par deux étançons ou montans (fig. 204).

Fig. 203. Fig. 204.

Dans tous les cas, Za résistance occasionée Er la cohésion de la terre se fâisant particuièrement sentir à la face inférieure et latérale du sep, il faut avoir soin de lui donner un poli aussi complet que possible; de le travailler en bois dur, tel que le hêtre, le chéne, etc.; de le garnir de bandes de fer en dessous, ou même de le construire en entier en fer forgé ou en fonte nerveuse.

M. Marmieu pe DomBasLE, pour remédier au seul inconvénient reconnu aux charrues à bâtis en fonte, la prompte usure du talon des seps dans les sols sablonneux, fait construire des seps dont le talon, formant une pièce détachée, peut se démonter à volonté et se fixer avec des boulons à vis.

Il est évident que plus un sep est long et large, plus Ze frottement est considérable, mais aussi plus le mouvement de la charrue est régulier et son maniement facile, en raison de la multiplicité des points d'appui.

Lorsque la semelle est neuve, elle est ordinairement un peu concave; en s’usant, elle devient de plus en plus convexe, à mesure que les angles s’usent, et alors elle tient moins bien la raie. Cependant une forme analogue se retrouve dans quelques araires du Midi, et notamment dans celle de Montpellier.

Afin de diminuer encore plus le frottement sans nuire à la régularité de la marche des charrues, on a exécuté en Angleterre, et on est dans l'usage, en certains cantons de ce pays industrieux, d'utiliser exclusivement des seps dont le talon est porté sur deux roues (fig. 205), ou dont toute la partie qui

Fig. 205.

se prolonge postérieurement au-delà du soc est évidée de manière à recevoir une seule roue ( fig. 206) fixée dans une mortaise, au

DES CHARRUES

moyen d’un axe qui traverse le sep dans son épaisseur. Il est de fait que le mouvement progressif de rotation des roulettes, ou de la roulette dont il vient d'être parlé, sans diminuer en rien la régularité du labour, rend la traction plus facile, puisque le sep n’éprouve plus de froltement continu que sur un bien moins grand nombre de points. Cependant cette amélioration ne s'est point encore fait jour dans nos campagnes ; nous faisons des vœux pour qu'elle y soit tentée.

$ IV. — Le versoir.

Ce n’était point assez de détacher la bande de terre du fond dusillon; pour atteindre toutes les conditions d’un bon labour, il fallait encore la soulever, la déplacer et la retourner de côté dans la raie précédemment ouverte. Telle est la destination du versotr.

Les versoirs affectent deux formes principales qui se modifient, on peut dire à l'infini, dans leurs proportions et leurs détails. — Ils sont planes ( fig. 207) ou diversement contournes \ fig. 208 ).

Fig. 208.

Fig. 207.

Planes. Is sont ordinairement faits d’une planche plus ou moins large, plus ou moins mince, clouée ou accrochée au côté droit du sep près du soc, et tenue à distance de ce mêmesep, à sa partie postérieure, par un ou deux bras. Dans cette position, ils repoussent la bande de terre, et la retournent même tant bien que mal, lorsqu'elle offre une certaine consistance, et qu'ils ont une longueur et une obliquité convenables. Mais, dans la plupart des circonstances, ils donnent des résultats fort imparfaits, et, par surcroil d'inconvéniens, le poids et le frottement de la terre, dont ils ne sont débarrassés que lorsqu'elle a dépassé leur extrémité, augmente considérablement la résistance au tirage.

Naguère, les versoirs de la plupart de nos charrues avaient cette forme vicieuse. Beau coup l’ont même conservée; néanmoins, depuis un certain nombre d’années, les versoirs contournés se sont multipliés en France d’une manière remarquable. Tous les cultivateurs qui connaissent le prix et les conditions d’un bon labour les ont adoptés pour toutes charrues autres que la charrue à tourne-oreille, Encore verrons-nous qu’on a cherche, saus changer la direction si commode du travail de cette dernière, à la remplacer par des charrues à versoir fixe qui pussent rejeter D bvemen la bande à droite et à gauche.

JEFFERSON est, à notre connaissance, le premier qui ait formulé géométriquement l’art de donner aux versotrs concavo - convexes une courbure identique et modifiable selon des règles fixes, eu égard à la largeur et la profondeur dusillon proposé, ainsi qu’à la longueur de l’arbre de la charrue, depuis la jonction avec l'aile jusqu’à son arrièrebout. Son beau travail, que nous regrettons de ne pouvoir reproduire dans un ouvrage de la nature de celui-ci, publié dans le 1°° volume des Annales du Muséum d'histoire naturelle, en 1802, eut alors en Europe une réputation méritée. Toutefois, quelques essais, trop peu nombreux peut-être, durent faire penser que la forme adoptée par lhonorable président des Etats-Unis n’était pas dans tous les cas la plus parfaite, et elle fut en conséquence modifiée, selon les localités, d’une manière plus où moins heureuse.

Il serait fort difficile de décrire bien intelligiblement, même à l’aide de figures, les modifications dé forme des versoirs considérés de nos jours comme les meilleurs, et encore plus d'indiquer, pour l’un d’eux, les conditions d’une perfection qui n’exisie pas d’une manière absolue. En effet, si dans les terrains légers, ou déja divisés, une courbure considérable produit en général le meilleur effet, dans les sols plus consistans, et particulièrement sur les défriches des champs enherbés, avec une concavilé moins grande on arrive à de meilleurs résultats. — Dans notre opinion, qui est appuyée de l’imposante autorité de TnaEr, et de la pratique, chaque jour plus répandue, de nos meilleurs agriculteurs, le versoir doit être combiné de manière à retourner la bande obliquement, ainsi que l’indique la 5. 209, plutôt qu'à plat. « Cette in-

Fig. 209.

OS

clinaison, dit l’agronome, justement célèbre, que nous venons de citer, est précisément ceile qui, au moyen des espaces restés vides entre chaque tranche, opère l'ameublissement du sol de la manière la plus parfaite ; car l’air est ainsi en quelque sorte renfermé dans la terre et entre en contact même avec la partie inférieure du sol. Ces espaces servent aussi à conserver l’eau que les pluies ont amassée dans la terre, et, lorsque cette humidité est évaporée par la chaleur, le sol s’ameublit encore davantage. La terre alors descend peu-à-peu et remplit les espaces vides. Cette surface, qui contient autant de prismes qu'il y a de raies, a beaucoup plus de points de contact avec l'atmosphère, et la herse y a une action bien plus sensible que sur une surface unie, à tel point même que, non seulement la terre en est pulvérisée, mais qu'encore les racines qui y sont contenues sont arrachées par cet instrument.

Ainsi donc, dans tous les terrains qui ont besoin d’être divisés et ameublis, cette inclipaison des tranches a de grands avantages, et c’est dans des terrains trop légers seulement

AGRICULTURE : FACONS GÉNÉRALES À DONNER AU SOL

NIV 1.

qu'elle peut avoir des inconvéniens... »

Le grand avantage des versoirs concavoconvexes sur les versoirs plats, c’est qu’au moyen de leur courbure, la terre, en s’élevant sur le soc et le versoir, est tournée sur son axe, de sorte qu'a mesure que le mouvement s'opère, la bande, entrainée par son propre poids, se détache d’elle-même après un court frottement.

Dans un terrain d’une consistance moyenne, assez siliceux pour user promptement les parties frotiantes de la charrue, si on einploie un versoir en bois, déjà disposé d’après les principes connus, on remarque que la surface agissante prend la forme exacte que suit la bande dans les divers mouvemens d’ascension et de renversement. Par ce moyen, résultat bien simple d’une pratique continue, le versoir usé peut devenir un modèle qu'il est facile de reproduire en fonte, en suivant exactement sa courbure à l’aide des procédés connus des sculpteurs pour mettre au point.

Aux versoirs en bois on a substitué généralement, dans les temps modernes, ceux ex Jer battu Gu en fonte. Ces derniers, beaucoup plus durables et plus solides que ceux de bois, et moins coûteux que ceux de fer forgé, ont sur les uns et les autres l’avantage d'une exécution parfaitement uniforme.lls se polissent à l’usage, de manière à présenter une surface parfaitement lisse, qui retient beaucoup moins la terre que le bois, toutes les fois que celle-ci n’est pas pénétrée d’une humidité surabondante : dans ce dernier cas il peut arriver qu’un versoir en bois soit préférable à tout autre. Cependant c’est ici le lieu de dire que l’Anglais FINLAYSON, dont nous ferons connaître plus loin quelquesuns des travaux, a inventé un versoir Composé de 3 ou 4 bandes de fer dirigées dans un sens presque parallèle au sep, et dont la courbure peut être réglée comme dans le versoir ordinaire dont elles forment pour ainsi dire la charpente; de cette sorte les points de contact avec la terre étant beaucoup moins nombreux, le frottement est diminué d’autant. Cette innovation singulière, a, dit-on, recu,depuis quelques années, chez nos voisins d'outre-mer, la sanction de l'expérience.

Les versotrs se fixent à la charrue de plusieurs manières: {rtérieurement : tantôt par des boulons adhérens au montant de devant, qui unit le corps du sep à la haye,comme dans la charrue américaine,—tantôt par une agrafe qui embrasse en entier ce même montant, comme dans la grande charrue écossaise (d’après cette disposition le versoir peut s’écarter du sep plus ou moins, selon la largeur de l’aile du soc); —tantôt enfin parun boulon horizontal qui traverse le sep, et autour duquel le versoir peut être élevé verticalement ou abaissé pour le service, comme dans la charrue Hugonet modifiée, que nous décrirons plus tard, et qui est destinée à labourer à la manière des charrues à tourne-oreille; — Postérieurement : soit contre lecorps dusep et le montant de derrière,—soit par une disposition particulière (/g. 210) qui permet, ainsi qu'il a déjà ëté dit, de lui donner plus ou moins d’écartement à l’aide d’une vis a et de deux écrous b b fixés de chaque côté

cHaAP. 6°.

Fig. 210. d'une tige en forme : d'anse, boulonnée, d’une part sur le sep c, de l’autre sur la

haye et le mancheron

€ V.— De l’age.

que nous avons Jus-

ment Le corps de la charrue, c’est-à-dire la partie qui opère directement sur le sol. Pour lui imprimer le mouvement à l'aide des animaux de trait, el pour

la diriger convenablement, on a dû lui ajus- |

ter -deux autres pièces principales, qui sont

l'age ou la haye, quelquefois aussi nommé che, et le manche où les mancherons.

L'age (fig. 211) est destiné à recevoir et à

transmettre le mouvement de progression à la machine entière. Assez souvent il est assujetti sur le devant de la charrue par le montant ou la gorge, à l'extrémité inférieure de laquelle s'unissent le sep et le soc, et sur le derrière par le manche gauche. — D'autres fois il est supporté par deux étançcons AA, l’un antérieur, l’autre postérieur; par un seul étançon B et la prolongation du ranche C, etc., etc.

Il est évident que l'union de ces parties doit se faire de manière que, quand les traits sontconvenablement fixés,la charrue marche

arallèlement à la surface du sol, et pour cela il faut que l’age ne soit ni trop relevé ni trop abaissé sur le devant; car, dans le premier cas, le soc serait entrainé trop profondément en terre, et dans le deuxième il tendrait à en sortir. Sur la plupart des charrues modernes il est dirigé parallèlement au sep, où il s’écarte légèrement de cette direction en se relevant un peu de son extrémité postérieure vérs son extrémité antérieure.

Dans les charrues à avant-train on peut obtenir l’entrure et l’horizontalité voulue, soit en élevant ou en abaïssant la haye sur son point d'appui, ce qui se fait, comme nous le verrons, de diverses manières; soit, ce qui revient au même, en diminuant ou en augmentant la longueur de la partie de l’age qui se trouve entre la sellette et le corps de la charrue. — Dans Les araires, le point d’attache étant toujours à l'extrémité antérieure de l’age, on arrive au même résultat en haussant ou en baïissant les traits à l’aide du regulateur dont il sera parlé ci-après.

La forme de l’age n’est pas entièrement indifférente ; tantôt elle est droite d’un bout à l’autre, tantôt elle est droite et courbe toutà-la-fois : droite depuis son origine jusqu’au

Les diverses pièces,

qu'ici examinées for-

DES CHARRUES

coutre, et plus ou moins concave de ce point Jusqu'à l'extrémité antérieure. Cette dernière disposition, qui ne change absolument rien à la ligne mathématique du tirage, présente surtout des avantages dans les charrues à plusieurs coutres et pour les labours en des terrains couverts de chaumes, de bruyères ou autres végélaux qui ne peuvent pas s’accumuler aussi facilement au sommet de l’angle formé par le coutre et la haye.

$ VI. — Le régulateur

Le régulateur, ainsi que son nom l'indique, sert à régler l’entrure de la charrue, et dans son état de perfection, à modifier la largeur de la raie ouverte par le soc.

Pour les charrues à avant-train, tout ce qui contribue à élever ou à abaisser la haye sur son appui, à rapprocher ce point ou à l’éloi-

: gner du corps de la charrue, ou enfin à mo-

difier la direction du tirage, doit être considéré comme régulateur.— Parfois c’est une simple broche À, fig. 212, qui maintient l’anneau où s’attache la chaine, et qui peut la fixer plus ou moins haut sur l’age, au

Fig. 212 A. 213 B.

moyen de trous pratiqués de proche en proche pour la recevoir ; — d’autres fois ce sont des rondelles B fig. 213, qui s’interposent, en FE ou moins grand nombre, entre ladite

roche et le point de urage; — en certains cas le régulateur est invariablement fixé sur le timon. Dans la charrue Gurrraume, ce sont deux m#ontans D percés de trous nombreux ( #3. 214) le long desquels on fait glis-

Fig. 214.

ser la sellette, qui se peut ensuite arrêter et consolider, à la hauteur voulue, par de simples broches et des boulons à écrous. — Ailleurs, comme dans les charrues Rosé les plus récentes, on peut faire varier l’entrure d’une manière encore plus prompte, à l’aide d’une vis À fig. 215, mobile dans un pas fixe, et qui abaisse ou élève l’avant-train B tout entier, avec l’age C dont il détermine ainsi la plus ou moins grande obliquité.

Pour les arares proprement dites, le régu-

lateur varie aussi beaucoup de forme, mais il est toujours fixé à l’extrémité antérieure de la flèche. — La fg. 216 représente un des

Fig. 216. plus simples, vu de faceen A et de profil en B. La tige dont il se compose traverse une mortaise dans laquelle il est fixé plus ou moins haut, au moyen d’un boulon transversal. La branchehorizontale ou crémaillère C, qui peutse tourner à gauche ou à droite à volonté, recoit dans une de ses dents le dernier anneau D de la chaine, au moyen de laquelle il est ainsi facile de faire prendre plus ou moins de largeur de raie.

— Le crochet E sert à retenir la balance des chevaux.

La fig. 217 donne l’idée d’un autre régula-

Fig. 217. teur non moins simple, qui se compose d’une bride À tournant sur Ja flèche au moyen d’une cheville de fer qui lui sert d’axe. Une clavetteB placée, selon le besoin, dans un des trous de la partie supérieure, suffil pour la maintenir et fixer la ligne de tirage. Le degré d’entrure se détermine en accrochant la chaine du palonnier à un des trous plus ou moins élevés de la bride.

Enfin, pour choisir encore un exemple, nous indiquerons, /£g. 218, le régulateur per- 218. fectionné de M. pe DoMBASLE ; c’est une boîte de fer qui embrasse un chässis , sur lequel elle peut glisser indistinctement à droite ou à gauche, et qui est traversée par une 9e & crans.

La boite et la crémaillère peuvent se mouvoir in- La dépendamment D . l’une de l’autre, la

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