TOME I
gement de seinence, quand il est fait avec connaissance de cause, c’est la disparition de quelques herbes parasites. Il n’est pas de cultivateur qui n'ait remarqué que la plupart de ces végétaux se cantonnent chacun sur un sol d’une nature particulière. Il est évident que les semences de ces plantes qui se trouveraient dans le grain destiné à la reproduction, viendront mal ou ne viendront pas du tout si on les répand sur un terrain d’une nature différente de celle où ils croissent spontanément.
Si l'on excepte les circonstances que je viens d'énumérer, croire qu'un changement de semence est indispensable, c’est s'abuser; c'est dépenser un temps et un argent inutiles, et s’exposer même à remplacer une variété excellente par une autre qui n'ofire en compensation aucun genre de mérite. Est-ce à dire qu’il faille s’en tenir à la variété qu'on cullive et qu'on a toujours cultivée? non certainement. Le cultivateur prudent et ami du perfectionnement saura ne pas resier en arrière du progrès, concilier les enseignemens de l'expérience etles révélations de lascience. I! essaiera les variétés nouvelles et préconisées, mais sur une petite étendue, et ne se prononcera qu'en face de faits positifs et de résultats concluans.
On a discuté la question de savoir sr les semences nouvelles sont préférables à celles qui ont été récoltées depuis plusieurs années. Il est des graines qui conservent leurs facultés germinalives pendant plusieurs années, il en est d’autres qui la perdent après quelques mois. Cependant la plupart des plantes agricoles. possèdent cette propriété pendant 2 années au moins. L'inconvénient que l'on trouve à se servir de semences vieilles et surannées, c'est que le germe raccorni par le temps et une longue dessiccation est plus long-temps à lever, et que la graine court par conséquent plus de chances d'être détruite pre les animaux avant que la plante soit à ‘abri de leurs atteintes. On a remarqué encore que les semences nouvelles fournissent de plus belles tiges, et que les vieilles produisent un grain mieux développé.
ART. II. — Époque et profondeur des semaulles. $ 1. — Époque des semailles.
Nous ne parlerons pas ici des préparations auxquelles on a proposé de soumettre les plantes avant de les confier à la terre; nous aurons soin de les indiquer lorsque nous traiterons de la culture spéciale. L'époque où l’on doit semer est subordonnée au climat , à la rusticité de la plante, au TRES où l’on se propose d’en récolter les produits. On tomberait dans une grave erreur si l'on croyait qu'il y a pour chaque contrée une époque fixe pour la semaille. Les Anglais, qui ont sur ce sujet des idées très-saines, possèdent un adage qui devrait être répété par tous les cultivateurs : « Soyez plutôt hors du TEA que de la température.» A Vépoque ordinaire des semailles, l’inclémence de la saison ne laisse souvent aucun espoir de succès : alors,
quelques circonstances. Un avantage du chan-
Erv. 1°.
malheur au cultivateur qui, ne sachant pas se plier aux circonstances, s’obstine à exécuter cette opération dans un temps peu opportun.—Le moment dessemailles d'automne est indiqué par des signes naturels qui sont les mêmes pour tous les climats. Je rapporte les paroles d'OLIvIER DE SERRES sur cel objet: « Les premières feuilles des arbres tom- » bant d’elles-mêmes nous donnent avis de » l’arrivée de la saison des semences. Les » araignées cle terre aussi par leurs ouvrages » nous sollicitent à jeter nos blés en terre ; » Car Jamais elles ne filent en automne que » le ciel ne soit bien disposé à faire germer » nos blés de nouveau semés, ce qu’on con- » nait aisément à la lueur du soleil qui fait » voir les filets et toiles de ces bestioles tra- » verser les terres en rampant sur les gué- » rels. Instructions générales qui peuvent » servir el être communiquées à toutes na- » tions, propres à chaque climat, et indi- » quées par la nature qui, par ces choses ab- » Jectes, soilicite les paresseux à mettre la » dernière main à leur ouvrage, sans user » d'aucune remise ni longueur. » Ces préceptes sont excellens pour déterminer l’époque la plus favorable à la semaille des plantes hiveruales.— Celles qui sont semées en une autre saison courent beaucoup plus de chances, et le cultivateur habile saisira aux cheveux l’occasion qui se présentera favorable. Il n’y a souvent au printemps qu'une semaine, qu'un jour propice, el il faut être préparé d'avance à eu profiter. Il est même des circonstances où il vaut mieux semer en temps convenable, au risque de ne pas donner à la terre les préparations d'usage. Je ne connais pas de céréales qui exige un sol plus meuble que l'orge; cependant 1l arrive souvent que pour procurer à la terre celte puivérisation si utile, l’époque de la sémination se trouve ajournée indéfiniment; les chaleurs de l’été surprennent la jeune plante dans son enfance, et sa végétation se trouve arrétée instantanément. Ainsi, toutes les fois que pour douner au sol une meilleure facon on sera obligé d'outre-passer de beaucoup l’époque reconnue la plus conveaable, on pourra être assuré d’une diminution notabie dans les produits.
Si nous examinons la question dans ses rapports avec l’économie rurale et la chimie agricole, nous verrons : 1° que, pour les semailles d'automne, les terres argileuses doivent étre ensemencées avant celles dont la nature est calcaire ou siliceuse. Les terrains de ce dernier genre se laissent encore travailler à l’arrière-saison, même lorsque les pluies ne laissent entre elles que de courts intervalles,
arce qu'ils laissent abondamment échapper l'huiniaité dont ils se sont emparés. L’argile, au contraire, où l’évaporation est beaucoup plus lente, devient plastique, boueuse et difficile à cultiver. Les honmes, les animaux sont excédés de fatigue. les instrumens fonctionnent mal ou se brisent, et il n’est que trop commun de voir une semaille, ainsi exécutée, anéantir toute espèce de succès;
2° Qu'on doit encore semer les premières Les terres les plus éloignées des bâtimens d'exploitation, afin de pouvoir saisir, pour celles qui sont plus rapprochées, les courts
intervalles de beau temps que l’arrière-automne permet d'utiliser;
3° Que Ze contraire arrive précisément pour les semailles exécutées au printemps. Les terres argileuses, humides des pluies de l'hiver, ne peuvent encore laisser marcher la charrue ou la herse, que déjà les terres siliceuses et calcaires sont ressuyées. C’est donc par celles-ci sue convient de commencer. Les jours se dépenseraient inutilement en voyages si les animaux allaient, au commencement du printemps, travailler les parties les plus reculées du domaine; c'est donc à celles qui sont plus rapprochées que l'on devra donner les premiers soins.
C’est en faisant une étude sérieuse de la nature de son terrain et de l'exigence du climat que le cultivateur parviendra à distribuer ses travaux d’une manière régulière, el à exécuter la semaille de chaque pièce dans le temps le plus opportun.
$ II. — Profondeur des semences.
Quand on songe au grand nombre de semences que produisent les plantes des champs, les arbres des forêts, on est étonné de la petite quantité de végétaux qui croissent spontanément sur le sol; mais l’étonnement cesse lorsqu'on voit que la plupart de ces semences, abandonnées au hasard, n’ont pas été placées dans les conditions indispensables à la germination. La principale de ces conditions, c’est d’étre recouvertes d’une couche de terre suffisante. Les expériences des physiologistes nous apprennent que les phénomènes qui accompagnent la germination dans ses phases diverses ne s’accomplissent qu’imparfaitement sous l'influence de la lumière. Il faut donc que la semence soit enterrée à une certaine profondeur, afin qu’elle soit dans la plus complète obscurité. D’après d’autres expériences, la présence de l’oxigène est indispensable pour que l'embryon se développe. Il faut donc, en second lieu, que la couche de terre qui recouvre la semence soit assez peu épaisse pour ne pas intercepter la communication de l’oxigène de l'air avec la graine.
Le cultivateur qui a étudié les vœux des plantes sous ce double rapport ne sera Jamais embarrassé pour déterminer la profondeur à laquelle “ doit enterrer Ja graine.
Cette profondeur n’est point absolue, elle varie avec la nature du sol, l’époque de la semaille et la grosseur de la semence. Plus la graine est grosse, plus elle veut étre enterrée profondément. Cet axiôme est général, mais pas universel. Plus Le sol est argileux, plus il faut enterrer superficiellement, et Ja raison en est tirée de ce que nous avons dit tout-à-l’heure; l'argile est une terre tenace, peu perméable aux influences extérieures; el il est impossible à l’oxigène de pénétrer une couche qui ne lui laisse aucun passage.
Ce sol, par sa tenacité, offre également, à la sortie de la jeune plante, des obstacles qu'elle ne peut souvent surmonter.
Il est certaines terres qui sont sujettes au déchaussement; pour celles-là, on enterre également la semence à une plus grande profondeur qu’à l'ordinaire, afin que les ra-