‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 151 sur 357 · FAÇONS POUR LE NETTOYAGE DU SOL · texte numérisé non relu

FAÇONS POUR LE NETTOYAGE DU SOL

et meurent aussitôt que la fructification a lieu, c'est-à-dire après 7 ou 10 jours, suivant les circonstances. C'est seulement alors que les tiges stériles ou foliacées commencent à se développer. D’après cela il est aisé de se convaincre que, pour détruire la prêle, il est indispensable d’arracher les tiges fertiles à mesure qu'elles se montrent. Il ne faut pas songer à en arracher les racines; elles pénètrent à une trop grande profondeur.

Le Mélampyre des moissons ( Melampyrum arvense), appelé aussi rougeole, queue de renard, est une plante de la A à des Rhinantacées, haute d'environ 1 pied, dont les feuilles intérieuressontentières et sessiles;celles du hautn’ont point non plus de pétiole, mais elles sont découpées comme une plume. Les fleurs sont toujours fermées, rouges, avec une tache jaune dans le milieu. Elles sont disposées en un épi terminal et entremélées de bractées purpurines; chaque capsule porte une semence marquée à son extrémité d’une tache noire. Cette semence, du reste, a la forme et la couleur du blé. La présence de cetle plante diminue le produit du froment et de quelques autres plantes, mais elle produit encore une détérioration sensible sur la farine de fromeut, soumise à la panification. L'homme, au moyen de machines pias ou moins perfectionnées, parvient à débarrasser le blé des graines plus petites ou plus grosses, plus légères ou plus pesantes que lui; mais celle du mélampyre, par son poids et son volume, échappe à toute opération de ventilation ou de criblage. Le blé qui en contient, même en très-pelite proportion, communique au

‘pain une couleur violette qui lui donne

moins de valeur commerciale. Mais cette propriélé a paru jusqu'alors n’avoir aucune influence malfaisante sur l'économie animale; aussi, le blé qui contient beaucoup de mélampyre est-il l'aliment ordinaire des fermiers. Cette plante se cantonne dans les terrains argileux et calcaires. Il est difficile d’en débarrasser un terrain qui en est infesté. De méme que plusieurs autres végétaux, cette plante vient surtout dans les récoltes hivernales. Il n’en lève presque point dans la jachère ni dans les récoltes sarclées. Dans le blé même le mieux soigné, le peu de plantes qui ont échappé aux sarclages se développent avec rapidité, fleurissent et mürissent une partie de leurs graines avant la moisson. Celles qui sont complètement müres tombent et infestent le sol de nouveau; les autres se trouvent mélangées avec le grain. Les moyens qui paraissent les plus sûrs pour opérer la destruction de cette piante sont les sarclages rigoureux et répétés. On pourrait aussi faucher la céréale pendant qu'elle est en fleurs : cette opération détruirait en même temps le mélampyre. C’est au cultivateur à juger si ce sacrifice serait assez compensé par la beauté et la pureté des produits ultérieurs.

Quant à la plupart des autres plantes pour la destruction desquelles on emploie le sarclage, je n'en finirais pas si je voulais les énumérer. Elles ne déprécient pas autant le froment que le mélampyre, parce qu’elles ne lui communiquent pas de couleur noirâtre, et que d’ailleurs le vannage les sépare tou- Jours du bon grain avec facilité.

Cependant, les plantes suivantes demandent encore une attention particulière : d’abord le Liseron(Convolvulus arvensis).Si, pour sarcler une céréale qui en contient beaucoup, on attend que les chaumes soient montés, on causera du dommage aux plantes, on les cassera ou on les arrachera. Le liseron est une des plantes que les botanistes nomment volubrles, parce qu’elles s’enroulent autour des objets qu’elles rencontrent. Le liseron repousse promptement, lorsqu'on ne l’a pas coupé à une grande profondeur. Au lieu de l’arracher à la main, on fera mieux de se servir d’une faucille usée, et de le couper profondément entre deux Lerres.

L'espèce d’Zvraie qu’on nomme enivrante (Lolium temulentum) a certainement des propriétés délétères sur la vie animale. On la distingue des autres espèces, en ce que les épillets n’ont jamais plus de douze fleurs, et que les chaumes sont rudes au toucher, surtout dans le haut. Heureusement cette plante est assez rare.

La Folle-avoine (Avena fatua) est quelquefois si abondante dans certains cantons, qu’elle forme la moitié de la récolte; elle est alors fort nuisible et difficile à détruire. On ne saurait trop recommander de l’arracher à Ja main dans lesblés, et surtout dans les fèves qui paraissent avoir la propriété d’en favoriser la naissance.

Le Pas-d’ Ane (Tussilago farfara), regardé comme indomptable, parce que ses graines naissent de si bonne heure au printemps, qu’elles sont ordinairement tombées avant que le sol ait recu le second labour, peut être facilement détruit en arrachant les plantes après la récolte des grains, en août, septembre et octobre.

Les Patiences (Rumex acutus et obtusifolus) sont des plantes vivaces dont l’extirpation est difficile, à cause de la longueur de leurs racines qui reproduisent obstinément de nouvelles tiges, et de l’énorme quantité de leurs graines. On ne peut arracher leurs raeines pivotantes qu’à la main après une forte pluie.

Plusieurs plantes nuisibles ayant leurs semences ailées, notamment les chardons, il est évident que leur destruction ne pourra être complète que quand il existera des déspositions législatives et des réglemens locaux

ui la rendront générale. Jusque là, le cultivateur soigneux sera victime de la négligence de son voisin. Ce sujet sera traité dans la Législation agricole.

ART. IV. — Emploi des produits des binages et des sarclages.

Lorsque les herbes détruites par les menues cultures sont peu abondantes , où n’ont pas pris beaucoup de développement, on les laisse sécher sur le sol, pourvu que leurs graines ne soient pas arrivées à maturité; si elles étaient dans ce cas, on devrait les transporter hors du champ, les faire sécher et les bräler. — I] est beaucoup d’herbes inutiles qui sont pour les animaux une assez bonne nourriture; on devra les amasser avec soin, secouer la terre qui adhère à leurs racines, et les porter auratelier. — Lorsqu'on a d’ailleurs beaucoup de fourrages ou que les plantes sont

AGRICULTURE : FAÇONS D'ENTRETIEN DES TERRES

Liv. E°°,

dédaignées par le bétail, on se trouvera bien de suivre la méthode usitée dans les Etats- Unis. Elle consiste à stratifier ces végétaux par lits alternatifs avec de la chaux. Le composi ne tarde pas à fermenter, et les substances qui le constituent se combinent et forment un bon engrais. On pourrait également Jeter ces plantes dans un croupissoir OU excavation remplie d’eau. La décomposition des substances végétales réagit sur le liquide et le rend très-propre à l’arrosement des prairies.

L’éclaircissage de quelques récoltes fournit encore des produits qui ne sont point à dédaigner.Ainsi,dans la culture du maïs,on sème deux fois plus épais que cela n’est nécessaire ; on laisse venir toutes les plantes jusqu’à ce qu'on s’apercoive qu'elles commencent à s’affamer et à se gêner dans leur développement.

Alors seulement on retranche les pieds surnuméraires qui forment pour toute espèce de bélail une excellente nourriture. On agit de même dans la culture de la Carotte, de la Betterave, du Navet, etc.

ART. V. — Retranchement des feuilles et des somimités des tiges.

Ces diverses opérations s’exécutent sur un trop petit nombre de plantes pour que nous nous en occupions longuement ici. Nous dirons seulement que trop de personnes se font illusion sur les avantages de cette pratique. Le retranchement des sommités du Maïs, des Jeuilles de la Betterave, des tiges dela Pommede-terre fournit bien une nourriture plus ou moins alibile pour beaucoup d'animaux ; mais la soustraction de ces diverses parties ne peut

ue nuire au produit principal, parce qu'elle dainie les surfates destinées à puiser dans l'atmosphère les élémens de fertilité qui s’y trouvent. Il a été prouvé par maintes expériences que si on retranche par exemple les fannes des pommes-de-terre 1 mois après la fleur, on n’obtiendra, dans un bon sol, que 30 mille livres de tubercules, tandis que si l’on eût fait cette opération 2 mois après la fleur, on eüt récolté 41 milliers. Il n’en est pas de même du retranchement des parties florales.

Comme elles ne servent point à tirer les gaz répandus dans l'atmosphère, mais à être le récipient des sucs élaborés par les autres parties, il estévident que leur retranchement se fait à l'avantage des parties qu’on veut conserver. Pour les plantes dont le produit consiste en fruits, on ne retranche que quelques fleurs : ainsi, il est hors de doute que le vigneron gagne beaucoup en ne conservant sur chaque pied de vigne qu’un petit nombre de raisins; qu'on augmente le nombre et la grosseur des pois, des féverolles, des haricots, etc., en coupant les fleurs des sommités.

En somme, la soustraction des feuilles est presque toujours nuisible, et celle des fleurs presque toujours utile. k

Nous ne pouvons mieux terminer ce que nous avons dit sur les menues cultures que

ar les sages réflexions du WMusæum rusticum, e plus ancien journal d’agriculture.« On ne peut pas douter, dit-il en parlant de la végétation du froment, que les épis en général n'arrivent pas à la grosseur dont ils sont naturellement susceptibles ; et si le temps où ils

cHAP. 8°.

commencent à se former était mieux connu, on pourrait prévenir les obstacles qui arrétent les progrès de leur développement. Ilest une saison particulière où les semences tallent; cette saison passée, il n'y a aucune culture qui puisse leur faire produire un seul tuyau de plus : il en est de même de la formation de l’épi; dès qu'il est sorti des enveloppes que lui forment les feuilles, on ne réussira ar aucun art à le rendre plus considérabte, c'est-à-dire à augmenter le nombre de ses balles ou calices: et l’on peut ajouter qu’après le temps de la fleur, tous les labours du monde ne parviendront pas à faire croître un seul grain de plus que ceux qui sont déjà formés dans l'épi, quoique la plante eût pu recevoir, dans chacune de ces circonstances, une grande amélioration par une culture bien entendue et donnée à propos. Il est donc pour nous d’une grande importance de connaître les diverses périodes du développement des différentes parties des plantes, et cela, afin que si nous manquons de lui donner les secours dont elle peut avoir besoin dans une saison, nous puissions lui en donner d’autres dans les développemens qui doivent succéder.

Si nous laissons échapper le moment d’accroître le nombre de sestiges, nous tächerons du moins de saisir celui de multiplier le nombre des grains dans les épis, de les rendre plus gros, plus pesans et plus remplis de fleur de farine. » C’est à l’aide de l’observation et des connaissances botaniques qu’on pourra mettre en pratique de si sages conseils.

ANTOINE, de Roville.

SECTION 1V.—Facons pour le terrassement des plantes.

ART. 1%. — Du butage.

Il est impossible de déterminer d’une manière générale la nature des plantes auxquelles cette opération convient particulièrement : ce n’est guère qu’à celles dont la tige pousse des racines latérales, là où seraient venus des bourgeons si cette partie avait été exposée à l’air au lieu d’être couverte «ie terre. Il est de fait aussi que les plantes à feuilles radicales supportent difficilement un buttage énergique qui les couvrirait de terre.

Le butage est une opération de la plus haute importance, et si des cultivateurs ont cherché à se faire illusion sur ce point, c’est que, quand on n’y emploie que les bras de l’homme, le butage est très-pénible, dispendieux et souvent mal exécuté. Cette dernière assertion sera peut-être en contradiction avec les idées que quelques personnes se sont faites, sur le butage ordinaire; cependant l’expérience ne la confirme que trop souvent.

En effet, lorsqu'on a résolu de ne buter qu'une seule fois, parce qu'il serait trop coùûteux de le faire deux, ou ne choisit pas pour ce travail l’époque de la première croissance de la plante, soit parce qu’en opérant alors à une certaine profondeur on risquerait de les recouvrir totalement de terre, soit parce que depuis le moment de l’opération jusqu’à celui de la récolte les mauvaises herbes au- ‘ raient trop de temps pour se multiplier, soit

Page 1