FACONS POUR LE TERRASSEMENT DES PLANTES
enfin parce que les pluies ou d’autres circonslances déformeraient et abattraient les buttes. On est donc forcé de différer jusqu’à ce que la tige ait pris un certain développement, et il est bien rare alors que l’opération n’ait pas été trop retardée, car c’est surtout dans leur jeunesse que les plantes veulent être
cultivées. Cependant, lorsqu'on ne peut être
maitre des circonstances, on fera toujours mieux d’exéculer le butage à bras d'hommes que de ne donner aucune culture. Celui qui se trouvera dans ce cas devra bien se persuader qu’une seconde façon sera largement payée par le surplus du produit.
La perfection dans le butage consiste à amonceler autour de la tige une butte de terre qui, sans recouvrir le feuillage. soit ceperdant aussi élevée que possible. Lorsque la plante a plusieurs tiges, l'opération est meilleure lorsqu'on les écarte les unes des autres par la terre el qu’on en fait une sorte de marcottage.
L Butage à la main. — Avec la houe à main On sy prend de deux manières. Lorsque les végétaux sont alignés, on élève une butte continue en exhaussant la terre non seulement près de chaque plante, mais encore entre tous les vides qui se trouvent d’une plante à l’autre: pour cela il n’y a qu’à creuser l'intervalle qui existe entre chaque rangée parallèle; ou bien on élève autour de chaque plante une butte en forme de cône plus ou moins tronqué. Cette dernière méthode est plus longue que la première et n’est pas plus parfaite. Elle exige de plus un instrument de forme particulière; il faut se servir d’une houe dont l’extrémitétranchante décrive à peu près la même courbe que la base de la butte, car la butte étant ronde , si on se servait d’une lame rectiligne, celle-ci ne pourrait être appliquée tangentiellement et n'agirait Jamais que sur un point, tandis que la lame courbe s'applique exactement sur tous les points de la ligne qu’elle décrit.
Le premier butage sera peu énergique, et la profondeur de terre qu'on amoncellera proportionnée à la hauteur des plantes. Le second se donnera à une plus grande profondeur, et aussitôt que l’on s’apercevra que la terre durcie par la première opérauon s’est tassée de nouveau ou a formé croûte.
Quelques précautions que l’on prenne on ne pourra Jamais éviter que le butage à bras d'hommes n'’exige des frais considérables. Cette méthode offre encore un autre genre de difficulté qu'on surmonte rarement. On sait que pour les travaux de cette nature l’à-propos a au moins autant d’influence sur les résultats que la bonne exécution ; on peut fort bien saisir l'instant propice pour commencer; mais si un changement quelconque de température force à interrompre, on n’obiiendra qu’un succès partiel, Ce dernier inconvénient se rencontre principalement quand on a peu de bras à sa disposition.
Il. Butage a la charrue. — Le butage au moyen de la charrue offre, sur celui que nous venons de décrire, l'avantage de l’économie, de la célérité et de la perfection. En effet, lorsque les rangées de plantes sont à 27
pouces les unes des autres, un homme et un cheval font 1 hectare et demi dans un jour, tandis qu'avec des houes à main il eût fallu au moins 20 personnes pour buter la même superficie.
L'instrument dont on se sert s'appelle butorr. Il y en a de différentes sortes; tous doivent être sans avant-train, et portent un double versoir. Celui de M. nE DomBAsLeE (ig. 349) n’a vi sabots ni roulettes. Les deux
Fig. 349.
versoirs tournent en avant sur un pivot qui a ses points d'appui sur l'age et sur le sep; celui-ci se termine par un soc en fer de lance. Les versoirs s’éloignent ou se rapprochent à volonté dans leur partie postérieure, et on les maintient à uu écartement déterminé au moyen d’un régulateur horizontal placé sur l’étancon de derrière, et dans les trous duquel s'engagent des crochets fixés à la paroi interne et postérieure de chaque versoir.
La charrue à buter de M. Rosé (ffg. 350), du
Fig. 350.
prix de 55 fr., est construite à peu près sur les mêmes principes ; seulement chaque versoir à un pivot spécial. L’age repose sur une roulette à chappe. Je crois que laddition de cette roue au butoir et à la houe à cheval est trèsimportante; l'instrument marche avec plus d'assurance pendant son travail, et on ne risque pas de détruire beaucoup de plantes en tournant lorsqu'on est arrivé à la fin d’une rangée. Cet accessoire coûte fort peu, puisque toute montée celte roue à chappe ne revient qu’à 10 francs.
Pour le premier butage à la charrue on écarte beaucoup les versoirs et on prend peu de profondeur. Dans les operations subséquentes on fait précisément le contraire, c’est-à-dire qu’on diminue l’écartement des versoirs et qu'on fait piquer l'instrument à une plus grande profondeur.
Le butoir est un snstrument facile à diriger. On l'atièle ordinairement d’un seul cheval. Si le sol présentait trop de résistance, on pourrait en mettre deux a la file l’un de Pautre. Dans ce dernier cas uu enfant est nécessaire pour conduire, tandis qu'avec un animal exercé un conducteur habile peut
AGRICULTURE : FAÇONS D'ENTRETIEN DES TERRES
taire seul toute }a besogne. Le butage a d'autant plus d'efficacité que l'instrument marche plus vite ; il faut par conséquent einployer les chevaux; les bœufs, toujours voraces et sans cesse affamés, se détournent el s'arrêtent continuellement pour manger les plantes qui les environnent. On ne remédierait que médiocrement à cette difficulté en les muselant ou en leur mettant un panier à claires voies, comme on le fait dans certaines contrées pour les mulets et les chevaux de somme.
ART. 11.— Du terrage et du rouchottage ou riolage-
C'est une opération analogue au butage pour les résultats qu’on en obtient. Il est certaines récoltes qui demandent à être rechaussées pendant le cours de leur végétation, et qui poussent annuellement une couronne de racines lorsque le collet se trouve couvert de terre. Comme ces racines nombreuses s'étendent dans toutes les directions, elles ne peuvent souffrir l’action d’un instrument qui, pénétrant à une certaine profondeur, en détruirait la plus grande partie.
Dans ce cas le terrain se divise par planches d'inégale largeur; on ensemence celles qui ont le plus de superficie, les autres restent libres. Lorsqu'arrive l’époque du terrassement on fait passer une charrue ou l’extirpateur dans les plates-bandes afin d’ameublir le sol. On prend à la pelle cette terre ainsi pulvérisée et on la jette sur la planche où se trouvent les plantes à chausser.
Ilest inutile de donner des indications sur le mouvement que décrit le bras de l’ouvrier pour la distribution uniforme de la terre; Prébere et l'habitude sont ici les meilleurs maitres. Une précaution qu’on ne néglige pas impunément dans le terrage, c’est de ne jeter la terre que lorsqu'il n’y a plus de rosée sur les plantes. Si le feuillage était humide, la terre s’y attacherait, empêcherait l’'évaporation, et la réussite de la récolte serait compromise si une pluie ne survenait bientôt.
Cette opération se pratique non seulement sur la garance, mais sur les céréales et sur le colza. En Flandre, de 12 en 12 pieds, ou même moins, on creuse une rigole de la lar-
eur et de la profondeur d’un bon fer de
èche, et la terre qui en provient est jetée sur le colza. On recommence la même operation au printemps.Cette pratique. nommée rouchottage, est fortvantée par les Flamands, qui l’emploient, non seulement pour le colza, mais pour toutes les plantes indistinctement. Le sillon est changé chaque année ; en sorte
ue dans l’espace de 10 ans toute la pièce a été défoncée à plus d’un fer de bêche.
Le terrassement ze se fait pas toujours avec des terres prises dans le champ même.
Dnconduitsurles récoltes par un beau temps, des terres, des marnes, des composts, pour être répandus sur les plantes en végétation.
Toutes les fois qu'on aura à sa disposition des décombres de bâtimens, des curures de fossés, des limons, des vases d’étangs, on ne pourra mieux faire que de les répandre sur les récoltes d’une végétation languissante.
ANTOINE de Roville,
cHap. 9°.
ART. LL —- Des terrasses et costières.
Dans les Cevennes, les habitans emploient des moyensappropriés pour retenir les terres de leurs montagnes que les pluies entraînent, et pour les défendre contre les ravages des torrens, en les faisant même tourner à leur profit. Ces moyens étant susceptibles de trouver leur application dans d’autres localités, il ne sera pas hors de propos de les faire connaitre.
Dans les lieux les plus escarpés, des murs en pierres sèches diminuent les pentes, soutiennent les terres et par conséquent les arbres ; leur hauteur et leur longueur dépendent de la situation des lieux et de la quantité des terres; l’agriculteur cevennois prend souvent la peine d’en transporter sur son dos pour remplir ses terrasses ; il remonte du bas de la montagne celle que les torrens lui enlèvent.
Dans quelques endroits les murs sont si mullipliés, qu'ils forment un amphithéâtre de terrasses horizontales appelées des faëssos. Des pierres saillantes forment des escaliers pour aller de l’une à l’autre. C’est là que sont les vignes, les plantations de müûriers, le peu de seigle et les jardins des Cevennois.
Dans les montagnes plantées de châtaigniers, des valats (tranchées) sont creusés de distance en distance pour recevoir les eaux du ciel et les diriger vers les ravins. Après quelques instans de pluie, ces valats, remplis de celle qui tombe dans les intervalles qui les séparent, font couler l’eau, les uns à droile, les autres à gauche, sur les croupes des montagnes, et formeraient dans toutes les gorges des torrens impétueux si le Cevennoisne savait rendre leur cours moins rapide.
Après avoir empêché les eaux de se creuser des sillons profonds en les recevant dans