DES CONDITIONS QUI PERMETTENT L'IRRIGATION
L'irrigation, considérée sous différens aspects, peut être regardée aussi bien commeune opération de culture que comme une amélioration permanente du fonds. En conséquence, elle peut être pratiquée quelquefois par le fermier, mais en général, à cause des avances considérables que cette opération nécessite, et des avantages durables qui en sont le résultat, elle doit recevoir des encouragemens et des indemnités extraordinaires de la part du propriétaire.
Dans les environs des villes on peut se livrer avec un grand avantage à l’arrosement au moyen d'engrais liquides. Stepnexs nous apprend qu’autour d’Edimbourg plus de deux cents arpens de terre sont ainsi arrosés avec les eaux du principal égout, et que, malgré la mauvaise direction donnée généralement à ces prairies, les effets de ces liquides sont surprenans : ils donnent des récoltes de fourrages qu'on ne peut égaler nulle part, permettant de 4 k 6 coupes par année; ces herbes servent à la nourrilure en vert des vaches.
Morin DE SAINTE-COLOMRE.
SECTION II. — Des conditions qui permettent l'irrigation.
$ I**.—Des cultures pour lesquelles l'irrigation est plus avantageuse.
Si les prairies naturelles non irriguées ont perdu et perdent tous les jours de leur imortance à mesure que la culture s'améliore il n’en est pas de même des prairies naturel. les arrosées; elles constituent toujours et partout les fonds de terre les plus précieux.
L'irrigation est surlout avantageuse aux terrains élevés et dans les climats chauds, où la pluie est rare précisément à l’époque où elle serait le plus nécessaire. C’est là particulièrement où l’homme doit suppléer au manque d’eau atmosphérique, par l’arrosement artificiel. Maitre de son eau, l'irrigation la répand sur le sol, lorsque les plantes en ont besoin, tandis que par d’autres dispositions, il en fait écouler la surabondance; de sorte
ue les terres arrosées ne peuvent souffrir ni
’un excès d'humidité ni de la sécheresse, et sont réellement indépendantes de l’atmosphère sous ce rapport.
Aucun terrain n'est plus favorable à l’irrigation que la ARE Aucune récolte n’en retire autant de profit que l’herbe. On n’y éprouve pas, comme dans les terres arables, l'inconvénient de la destruction d’une partie des travaux d'irrigation à chaque culture; la surface gazonnée permet d’ailleurs, bien mieux que la terre arable, à l’eau de couler et de se répandre également sur toute la superficie. Le tassement excessif du sol qui resulte de l'irrigation dans certaines natures de terres, n’a pas lieu non plus dans les prairies. Enfin, l’expérience nous apprend que l’eau est plus favorable au développement de la tige et des feuilles qu’à celui de la graine, et par conséquent plus favorable à la production des fourrages qu'à celle des grains.
Nous savons, en outre, que des arrosemens périodiques conviennent d’une manière toute particulière à la plupart des graminées qui composent le gazon des prairies: de là aussi
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ce proverbe allemand : Avec de l’eau on fait de l’herbe.
Malheureusement l'irrigation demande la réunion de diverses circonstances sans lesquelles elle devient impossible, ou du moins peu profitable, ce qui équivaut au même pour l'industriel. Il est donc nécessaire de connaitre et d'examiner ces circonstances.
La possibilité de l'irrigation dépend du sol, de sa position, de sa forme, de sa surface,
uis de sa situation, de la direclion, de l’aondance et de la nature de l’eau, enfin, des travaux et dépenses.
$ IL.— Conditions dépendant de la nature du sol, de la position et de la forme du terrain.
Il n’est aucune espèce de terre sur laquelle l'irrigation wait un bon effet; néanmoins le résultat n’est pas également avantageux partout.
Les terrains qui en retirent le plus de profit sont ceux qui sont les plus perméables et les plus brülans,comme les terrains sablonneux, graveleux, rocailleux, crayeux; il n'y a pas jusqu'aux grèves pures qui ne puissent être améliorées de cette manière par le limon que l’eau finit par déposer entre les pierres.
Les loams ou terres franches et surtout les sols vaseux et limoneux, ne retirent pas autant d'avantages de l'irrigation, etne supportent pas autant d’eau que les précédens ; les arrosemens ne doivent pas y durer aussi longtemps; l'intervalle entre chaque arrosement doit être plus grand, et il fauc cesser dès que le temps devient humide ou froid. Un écoulement prompt et complet de l’eau y est plus nécessaire que dans les sols précédens.
Ce qui vient d’être dit s'applique à plus forte raison aux so/s argileux compactes, surtout lorsqu'ils sont dénués de parties calcaires.
Dureste,en parlant du sol, j'entends non seulement la couche supérieure, mais surtout Le sous-sol, qui, dans l'irrigation, est plus important peut-être que le sol même. Avec un sous-sol perméable, une terre argileuse supportera sans inconvéniens des arrosemens abondans et réitérés, tandis que le sol Le plus léger en souffrira s’il a un sous-sol imperméable : les bonnes plantes y disparaitront, et les laiches, les roseaux, eic., prendront leur place.
Quantauxterres tourbeuses, si elles se trouvent dans une position sèche, des arrosemens réitérés, mais de courte durée, sont ce qui leur convient le mieux. Mais, même dans des positions humides, l'irrigation leur est avantageuse, surtout lorsqu'on la donne à grande eau. C’est un fait averé, que le passage rapide d’une quantité suffisante d’eau sur ces terrains les améliore notablement, en leur enlevant une grande partie de leur acidité.
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Une chose importante à examiner lorsqu'on veut établir une irrigation, c’est de*s’assurer si la position et la forme du terrain permettent à l’eau d’y arriver, de s’y répandre également sur toute la surface, et de s’en écouler complètement. Lorsqü’on n’est pas entièrement sûr de rencontrer ces dispositions indispensables, il faut avoir recours au rivellement, dont il est question ailleurs.
La forme de terrain la plus favorable à Y'établissement d’une irrigation, est une légère inclinaison ; un terrain entièrement plat nécessite de grands travaux pour être rendwaple à l’arrosement; sur une pente trop rapide, au contraire, l’arrosement est assez facile à établir, mais les plantes profitent peu d’une eau coulant avec force; loin de déposer du limon sur la prairie, celte eau peut entraîner le sol, pour peu qu'il ne soit pas parfaitement engazonné. Toutefois il est possible de remédier jusqu’à un certain point à ce défaut. Du reste, l'inconvénient d’une pente rapide est moindre pour une terre compacte que pour un sol léger. Une terre de la première espèce, dans une position pareille, craint moins l’humidité que lorsqu'elle a peu d’inclinaison.
Les fortes pentes demandent en général des arrosemens réilérés, mais à petite eau, c'est-à-dire avec un faible volume d’eau à la fois.
On a vu (chapitre des Desséchemens) que, dans certains cas, il est avantageux de profiter d’une position pareille, pour faire laver et enlever par l’eau le sol des parties supérieures, et pour le transporter dans les bas-fonds marécageux. C’est une méthode économique de niveler, dont on fait aussi usage pour enlever une mauvaise couche de terre, de tourbe, par éxemple. et mettre à nu un sous-sol de meilleure qualité.
Une condition non moins importante que la déclivité, pour l’arrosement, c’est l'égalité de la surface ; de nombreuses et fortes inégalités, des ravines et des noues dans une prairie, sont les obstacles les plus difficiles à vaincre pour l'irrigation. Les petites inégalités doivent être nécessairement aplanies; quant aux grandes, il serait souvent trop difficile de le faire complètement. On tâche de disposer l'irrigation de manière à n’avoir pas besoin d'exécuter cette opération, toujours très-dispendieuse. En général, il ne s’agit Jamais de donner à tout le terrain une pente uniforme, mais seulement d’oblenir qu’aucune élévation ne reste sans être arrosée, el que d’un autre côté l’eau ne séjourne dans aucun bas-fond.
La fég. 351 expliquera mon idée. a est le canal de dérivation; b est la rigole d’arrosement ; d est la ligne qu'il faudrait suivre, s1 on voulait donner une pente uniforme de & en g; pour cela il serait nécessaire d’enlever toules les élévations et d’en porter la terre
Fig. 351.
LT
cHar. 9°.
au loin ; en adoptant au contraire la ligne € pour la forme à donner au terrain, on laisserait la hauteur €, et on n’enlèverait que les bosses LA qui serviraient à combler les basfonds; en /, où la pente change, on ferait une seconde rigole d’arrosement; en g, celle d’écoulement.
La situation d’une prairie au-dessous d'un village est des plus avantageuses, surtout quand le ruisseau qui l’arrose passe par le viiage même. Le terrain reçoit alors toute celle quantité d’eau de fumier et de purin qui, grâce à la négligence des cultivateurs, s'écoule constamment des cours, des étables et des écuries. Dans ce cas on ne doit épargner aucune peine el aucune dépense pour fare profiter toutes les parties du pré de ce précieux arrosement.
Une position élevée tire plus de profit et a lus besoin de l'irrigation qu’une situation asse. Il en est de mème d’une exposition au
sud ou à l’est, à laquelle larrosement est plus avantageux qu’à une exposilion à l’ouest ou au nord.
Enfin, il y a encore d’autres considérations qui. dans une entreprise de ce genre, peuvent surgir de la position du terrain, et favoriser ou empêcher l'irrigation. Du nombre de ces dernières sont l’enclavement ou même simplement le morcellement des propriétés, l’absence de clôtures et la difficulté d’en établir pour se soustraire à la vaine pâture qui est incompatible avec une irrigation soignée; de même, la difficulté de faire écouler les eaux sans nuire aux terrains inférieurs.
La législation présente déjà des facilités pour se soustraire en partie à ces inconvéniens; il y a lieu de croire que le nouveau code rural qu’on nous fait espérer en procurera davantage encore.
IT. — Conditions dépendant de la situation, de la direction, de l'abondance et de la nature des eaux.
Une des conditions les plus importantes de Pivrigation, est la jouissance non contestée d'un cours d’eau situé plus haut que la prairie, à l'endroit où on le fait dériver sur cette dernière.
Ici encore, le rivellement est nécessaire lorsqu'on n’est pas bien assuré de faire parvenir l’eau sur la partie la plus élevée du terrain. Les résultats de cette opération seront souvent contraires aux prévisions, car l’œil même le plus exercé est sujet à se tromper; aussi, comme il est extrêmement important d’amener l'eau aussi haut que possible, il ne faut pas hésiter à faire usage du nivellement dans tous les cas douteux.
En procédant de même pour létablissemeut des canaux secondaires, des rigoles d’arrosement et d'écoulement, on ne saurait se tromper. En général, il faut, dans toutes ces opérations, agir avec la plus grande circonspection et ne rien brusquer.
Une fois le lieu de la prise d’eau délerminé, c'est au moyen d’un barrage placé immédiatement au-dessous, que l’on force l’eau à changer de direction et à se déverser, en totalité ou en partie, dans le canai qui doit la conduire sur la prairie. Lorsqu'on ne peut