DES TRAVAUX NECESSAIRES POUR L'IRRIGATION
étendues et multipliées ? pour y parvenir, les moyens sont ordinairement fort simples et presque toujours la dépense très-faible.
S'il s’agit de dériver les eaux d’une petite rwiere et qu'elle présente aussi une position et une pente favorables relativement au terrain, un simple barrage ne serait plus suffisant pour remplir le but; il faut alors employer des barrages ou réservoirs en maconnerie. Enfin, si c'est un fleuve, les travaux de dérivation deviennent plus compliqués, plus dispendieux, et exigent plus de connaissances théoriques et pratiques.
Quelquefois, dans les prises d'eau sur les rivieres, On profite de quelques cataractes naturelles; ordinairement c’est au moyen de retenues artificielles qui élèvent les eaux.
Dans certaines circonstances on peut traiter avec les propriétaires de partie des eaux re- £enues pour les besoins d'usines et de mou- Bios ; dans d'autres on opère ces retenues au moyen de digues, barrages où écluses auxquelles on donne diverses formes et pour lesquelles on emploie divers matériaux , selon les localités, la largeur, la profondeur et la force du courant de la rivière. La fig. 354
Fig. 354.
donnera une idée de l’un de ces barrages.
On peut encore élablir un barrage sumple et économique, de la manière suivante : On place sur une rive de la rivière une ou plusieurs pierres appuyées sur le tuf, et aussi élevées que le bord; cela forme un pelit pilastre qu'on glaise suffisamment pour empêcher le fuiement de l’eau ; même chose se lait sur l’autre rive; on unit les deux pilastres par une ou plusieurs pierres placées en forme de seuil rez-terre; au fond, dans la largeur de la rivière, une feuillure de deux pouces règne uniformément sur les deux pilastres, et, sur le devant du seuil, elle sert d'appui à des planches épaisses de ? à 3 pou., larges de9 à 12 pou., qu'on place sur champ l’une sur l’autre, et en quantité nécessaire pour élever l’eau à la hauteur qu’on désire ; si la rivière est large, on enfonce une ou plusieurs fiches dans le milieu, à l’aliznement des pilastres, pour soutenir les planches ; de l'autre côté elles sont suffisamment appuyées par l’eau; c'est un vannage commode, économique et peu dispendieux.
Lorsqu'on projetle uu établissement de ce genre, il faul s'assurer avant tout de la possession illimitée de l'eau et du so} qu'elle occupe ; car il faut être assuré que les voisins au-dessus et au-dessous de vous n'apporteront aucun empéchement à vos travaux projetés. Ces empéchemens sont souvent suscités par les meuniers, parce que ceux qui sont au-dessus de votre prise d’eau craignent qu'elle ne reflue vers leurs rouages; ceux au-dessous, qu’on ne leur ôte l’eau, et d'être forcés de chômer. Ces plaintes ne sont pas toujours Justes, mais elles donnent sou-
246 AGRICULTURE : DES ARROSEMENS ET IRRIGATIONS
vent lieu à des procès dans lesquels les propriétaires succombent, parce que les apparences ne donnent que trop souvent gain de cause aux meuniers. Faisons des vœux pour qu'une législation prompte et précise, dégagée de ces vaines formalités de procédure, juste effroi des propriétaires, détermine d'une manière positive la jouissance des eaux, et concilie l'intérêt de la propriété et celui des usines; car souvent les chicanes que suggèrent l’égoisme, l’envieet la cupidité, sont plus difficiles à vaincre que les difficultés du terrain. L'ancien parlement de Douai avait successivement établi des réglemens de police très-remarquables sur l'usage des eaux.
On doit en second lieu s'appliquer à bien connaître la quantité d’eau dont on peut disposer dans les diverses saisons de l’année, et prendre pour mesure celle que l’on conserve où que l’on à à sa disposition dans la saison la plus sèche ; calculer si elle est en rapport avec l’étendue de terrain que l’on se propose d’irriguer.
Enfin, lorsqu'on est assuré de la jouissance paisible des eaux, il faut savoir si l’on pourra les faire écouler aussi promptement qu'on les a introduites; car, si l’on ne pouvait les égoutter complètement, on pourrait craindre de transformer sa prairie en marais.
Le cultivateur qui projette des améliorations fondées sur les irrigations doit done agir avec beaucoup de circonspection avant de mettre la main à l’œuvre; il doit prendre tous les niveaux dans les diverses directions et à différentes reprises, s'orienter de la manière la plus exacte sur loute la contrée, pour déterminer avec précision les quantités d’eau que cette contrée peut et doit réunir, quelle en sera la direction la plus favorable, etc. C’est à la fonte des neiges surtout qu'il est important d'examiner les parties du terrain sur lesquelles se dirigent les cours d’eau; lorsqu'ilestsablonneux, des établissemens de ce genre donneni la facilité de faire transporter par l’eau des terres dans les basfonds et de former ainsi une surface unie d’une inclinaison appropriée à l'irrigation.
Quelque sentiment de pratique que l’on ait acquis dans ce genre, par une longue habitude dans ces travaux, il ne faut jamais s’en reposer sur elle; il faut au contraire, avant d’en venir à l’exécution du plan, vérifier chaque opération de nivellement par sa contre-épreuve, c’est-à-dire en le recommençant là où l’on a fini la première fois.
On se convaincra alors combien l’œil peut être induit en erreur, et l’on verra la possibilité de conduire l’eau sur des hauteurs qu’on avait jugées plus élevées qu'elle, et vice versé.
Il ne suffit pas de s’assurer de la hauteur des lieux où l’on se propose de conduire l’eau, il faut encore connaitre celle des places où l'eau doit passer. Il faut éviter les places basses autant que possible, dût-on méme faire des détours considérables. Quelquefois, pour conserver l’eau à hauteur, on n’a d’autres moyens que de la faire passer sur des conduits élevés, formés avec de la terre ou avec les matériaux le plus à portée, un
canal de bois, d'argile, une arcade en maconnerie avec un aquéduc, lorsque l’eau doit passer sur un terrain profond, un enfoncemeni, ou même par dessus un autre cours d’eau. I] faut toutefois comparer l'avantage à obtenir avec le prix de revient de l’eau.
Après s'être assuré des niveaux, la première chose qui doit attirer l’attention, c’est d'apprécier la quantité d’eau que l’on peut se »rocurer, afin de donner au caual principal es dimensions convenables. Quoique la quantité d’eau dont on peut disposer soit petite, on peut cependant en tirer un grand parti; pour cela 1l ne faut que lui donner l'emploi le plus économique, et la reprendre ou s’en rendre maitre dès qu’elle a produit son effet, et la verser sur une place inférieure, et ainsi de suite; mais cette pratique demande beaucoup d'attention pour donner à chaque portion de terrain une pente suffisante pour que l’eau s’étende sur toutes les places où cela est praticable et perde le moins possible de sa hauteur. Il est difficile de dire quelle étendue de prairie peut étre arrosée par une quantité déterminée d’eau, puisque les terres en retiennent plus ou moins, et que les pentes varient à l'infini. Cependant on estime en moyenne que 70 à 90 mètres cubes d’eau, employés journellement, peuvent arroser un demi-hectare.
Les fontainiers mesurent la quantité deau par pouces, c’est-à-dire, par ce que laisse écouler un trou cylindrique d’un pouce de diamètre, lorsque l'eau se mainlient à un niveau constant d’une ligne audessus du bord supérieur de ce trou; cette quantité est égale à 20 mèt. 584 cubes par 24 heures. Pour profiter de ces données et les appliquer à la mesure de l’eau, il suffit de l'arrêter avec une planche percée d'une file de trous d’un pouce de diamètre qu'on bouchera et débouchera à volonté
$1I. — Du canal principal ou canal de dérivation.
Le canal de dérivation est destiné à recevoir les eaux dérivées ou détournées d’un cours d'eau, et à les conduire sur les parties les plus élevées de la prairie, pour les répandre ensuite sur sa surface. Son tracé est naturellement jalonné par les positions des points les plus élevés du terrain à inonder.
Sa pente doit être très-menagée; trop forte, les eaux y acquerraient trop de vitesse, elles ravineraient le canal; trop faible, les eaux ne Joueraient pas avec assez de facilité et pourraient y rester en stagnation.La pente la plus avantagense parait être dans les limites de 2 à 4 millimètres par mètre.
Les diverses dimensions du canal seront proportionnées au volume des eaux qu’il doit recevoir; ses bords seront établis en talus d'autant moins rapides que le terrain aura moins de consistance ; dans ceux d’une consistance moyenne, ces lalus devront avoir au moins un mètre et demi d’évasement pour un mètre de profondeur. Le canal de dérivation étant construit, dans les cas les plus ordinaires,on y fait écouler les eaux de la rivière ou du ruisseau, au moyen d'un barrage
* © car, 9.
établi sur son cours immédiatement au-dessous de la prise d’eau de ce canal.
Lorsque plusieurs communes ou particuliers ont des droits sur un cours d’eau, ou que le canal principal de dérivation est desüiné à l'irrigation de plusieurs propriétés, il faut procéder au partage des eaux. On peut le faire au moyen d’éciuses de partage, dans le genre de celle représentée (/g. 355). Dans
Fig. 355.
LATE
les pays chauds où les eaux forment la richesse du cultivateur, on s’est appliqué à en faire un partage combiné de manière que chacun peut en recevoir avec précision et sûreté la portion à laquelle il a droit. Les Maures, habiles en ce genre, ont fait, particulièrement dans le royaume de Valence, des travaux dont les Espagnols profitent encore et dont on doit la counaissance à MM. DE LASTEYRIE el JAUBERT DE PAssa.
$ ILE. — Des vannes d'irrigation.
Les vannes d'irrigation sont des barrages temporaires établis sur le canal de dérivation pour en élever les eaux et les forcer à s’écouler dans la prairie que l’on veut arroser. Ils ne doivent exister que le temps nécessaire à l'irrigation. Pour n'être pas obligé de les détruire et de les rétablir continuellement, ce qui serait fort dispendieux, on les construit à demeure sur le canal, mais, suivant sa largeur, avec un ou deux empellemens qu'on lève ou baisse selon le besoin.
Alors ces barrages prennent le nom de vannes d'irrigation.
$ IV. — Des rigoles principales d'irrigation.
Ce sont celles qui prennent l’eau dans le canal de dérivation, et qui, d’après l’exhaussement opéré par les peiles des vannes d’irrigalion, les conduisent sur les points les plus élevés de ja partie du terrain que l’on veut arroser.
Ces rigoles principales ze sont pas toujours une partie essentielle d’un système complet d'irrigation. Lorsque les pentes sont très rapides et qu'il serail dangereux d’arroser à grande eau. le canal de dérivalion sert en méme temps de rigole principale et même de rigoles secondaires. Egalement, lorsque la pente du terrain est insensible. on peut se