‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 179 sur 357 · A. DANS LE NORD ET LE CENTRE · texte numérisé non relu

A. DANS LE NORD ET LE CENTRE

1° En terrains de consistance moyenne.

Nous avons vu que l’assolement quadriennal offrait un moyen facile, sans autre augmentation de frais qu’un peu plus de main-

DE LA PRATIQUE DES ASSOLEMENS

d'œuvre, de passer d’une rotation avec jachère à une rotation sans jachère. Nous retrouvons avec M.Fouquier »'HÉROUEL, dont l’excellent mémo’re a élé couronné cette année même ar la Société d'agriculture de St.-Quentin, e même avantage dans l’assolement sexennal, qui permet aux plus pauvres cultivateurs et sur les terres les plus souillées, d'arriver peu-à-peu à l’une des cultures les plus ri-

ches et les mieux entendues. -- Voici la marche proposée :

1'° année : Blé. — 2° année ?: Jachère. —

3° année : Blé, puis trèfle. — 4° Trèfle. — 5° année : Avoine. — 6° année : Jachère.

« Suivant l’ancien usage, blé, avoine, jachére, dit M. FouquiErR D’HÉROUEL, la terre dans une période de six ans donne deux récoltes de blé, deux d’avoine, et elle reste deux années en jachère; dans l’assolement sexennal, en conservant également deux années de jachères, on obtient deux récoltes de blé, une de trèfle et une d’avoine ; par les deux méthodes, les deux récoltes de blé ont eu lieu après des jachères, par conséquent leurs produits sont égaux. Dans l’ancien système on a deux récoltes d'avoine après le blé; dans le nouveau une seule récolte après du trèfle ; mais, pour peu qu’on se soit occupé d'agriculture, on sait qu’une récolte d’avoine après trèfle donne plus de paille et de grain que deux récoltes après le blé, faites suivant l’ancien assolement. Supposons seulement quil y ait égalité, il restera en bénéfice

aus l’assolement sexennal deux coupes de trèfle qui n'auront coûté que la valeur de la semence et des cendres minérales qu'il faut répandre sur la terre au mois de mars, et cet avantage est d'autant plus grand qu'il fournit aux cultivateurs les moyens de nourrir un plus grand nombre de bestiaux, par conséquent d’augmenter la masse de leurs engrais, et de parvenir graduellement à diminuer la quantité de terres laissées en jachères, en les couvrant successivement de nouveaux fourrages. »

Lorsqu'on se sera assuré ainsi /es moyens de fumer chaque pièce deux fois en six ans, on pourra entreprendre la culture des plantes textiles ou oiéagineuses, et voici alors l’assolement que propose l’auteur du mémoire précité, pour les terres à froment ou à seigle.

1"° année : Blé froment ou seigle. — 2° 4rnée : Engrais, récolte sarclée. — 3° année :

Avoine ou orge et trèfle ou lupuline. — 4° 4ynée : Trèfle ou lupuline. — 5° année : Blé,

uis engrais. — 6° année : Colza, pavot, in, etc., fumés.

On voit que de cette manière, conformémentau principe qui a été développé dans l’un des paragraphes de la section précédente, on aura la moitié des terres en céréales, blé ou seigle et avoine ,ou orge; — un sixième en prairie artificielle, — un sixième en racines fourragères, — et un dernier sixième en plantes propres aux arts.

Dans les Loams fertiles de l’ Angleterre, sir J. SincLair recommande le cours suivant :

1’: année : Turneps ou jachère, avec fumure. — 2° année : Blé ou orge, puis trèfle.

— 3° année : Trèfle, soit seul, soit mélé de ray-grass, avec addition d’un peu de trèfle

jaune. — 4° année : Avoine. — 5° année : Vesces, pois ou fèves. — 6° année : Blé.

Pres Bar-sur- Aube M. DE FONTENAY conserve le tiers de sesterres pour le blé; — un deuxième tiers est pour l’avoine ou l'orge et les féverolles ; — et le troisième pour le trèfle, Les racines ou les graines rondes. Voici sa rotation :

j'< année : Orge ou avoine fumée, puis trèfle. -— 2° année : Trèfle. — 3° année : Blé. __ 4° année : Féverolles fumées. — 5° année : Blé. — 6° année : Racines fourragères.

A Genève M. PICTET avait adopté un assolement qui lui donnait huit récoltes en six ans à l’aide d’une seule fumure et d’un parvage.

1'° année : Productions fumées et sarclées deux fois. —2° année : Blé, puis sarrasin, vesces ou turneps. -— 3° année : Vesces consommées sur place après le parcage, labours. —

4° année : Blé puis trèfle. — 5° année : Trèfle. —6° année : Blé, puis sarrasin, vesces ou turneps.

Voici le résultat curieux des essais entrepris autrefois par feu M. le professeur YVART sur une des meilleures pièces de terre de l'exploitation d’Alfort.

1'° année : Immédiatement après l’enlèvement d’une récolte de froment blanc hâtif, faite à la fin de juillet; — semé le 2 août des navets sur un hersage profond ; — cornsommés sur place par les moutons dans les premiers jours d'octobre; — semé le 12, sur un labour et sur fumier enfoui, de la vesce d’hiver mélangée avec un tiers de seigle. — 2° année : Consommée sur place en avril par des brebis nourrices et leurs agneaux. — Le 26, semé sur un labour de l'orge nue ou céleste ; — moissonnée le 20 juillet; — le 23, semé sur un nouveau Jabour, dans une partie du champ, de la vesce blanche hâtive tirée du midi, — fauchée défleurie le 18 septembre ; — et dans l’autre, du mais pour fourrage, fauché et consommé à la même époque; — remplacé le 26 sur un hersage profond comme le précédent, par des planches alternatives : 1° de criblures de seigle; 2° d’escourgeon ; 3° de colza; 4° de rulabaga; 5° d’un mélange de vesce, de lentillons et d'avoine d'hiver, et 6° de trèfle incarnat. — 3° année : Consommé successivement sur le champ ces diverses plantes en mars, avril et mai dans l'ordre ou elles sont présentées; —fini de labourer la totalité du champ le 2 mai, el semé sans délai du sarrazin très-clair, et après le hersage un mélange de navets et de carottes, couvert avec le rouleau; — récolté le sarrasin le 6 octobre, et consommé sur place pendant l'automne et une partie de l'hiver, les navets et les carottes dépouillés d'abord de leurs feuilles par les moutons, puis ramenés à la surface des champs par un labour et des hersages qui ont exposé les racines restantes, consommées en majeure partie par les mêmes animaux. — 4° année :

Semé à la fin de février du blé de mars et du trèfle sur un labour qui avait enfoui en janvier de nouveau fumier; — récolté le blé dans les premiers jours d'août, — et consommé sur place, en automne, la première pousse du trèfle. — 5° année : Fait en mars deux récoltes de trèfle platré, — enfoui la

AGRICULTURE : DES ASSOLEMENS,

EIVAT

troisième le 7 octobre pour semer du froment. — 6° année : Froment d'automne.

Aux environs de Lille et de Douai on trouve les assolemens suivans :

1'° année : Colza ou lin fumé. — 2° année :

Froment. — 3° année : Fèves fumées et binées. — 4° année : Avoine avec trèfle. — 5° année : Trèfle. — 6° année : Froment.

1'° année : Tabac fumé. — 2° année : Hivernages, c’est-à-dire mélanges de vesces, de pois, de fèves et de grains de différentes espèces. — 3° année : Colza fumé. — 4° année :

Grains de mars et trèfle. — 5° aznée : Trèfle. — 6° année : Froment.

Près de Bergues on remarque celui-ci :

[': année : Froment fumé avec trèfle. — 2° année : Trèfle. — 3° année : Orge d'hiver ou de mars où avoine. — 4° année : Fèves ou colza, avec fumure.— 5° année : Froment. — 6° année : Lin ou labac fumé.

Sur de vieilles prairies que l'on juge nécessaire de faire rentrer dans la rotation des cultures économiques, la terre étant presque toujours d’une fécondité très-grande, ou peut semer :

1'* année : Choux non fumés. — 2° année :

Avoine id. — 3° année : Fèves id. — 4° année : Froment id. — 5° année : Fèves fumées.

— 6° année : Froment Après quoi on rélablit la prairie en abandonnant le sol à luimême, ou, ce qui est bien préférable, en le semant en graminées.

Voici un second exemple choisi dans Le département du Nord :

1'e année : AVoine, sans engrais. — 2° année : Lin, td. — 3° année : Froment, id. — 4° année : Mélange de vesce et de seigle pour fourrage. — 5° année : Colza fumé. — 6° aunée : Froment dans lequel on sème une prairie artificielle, dont la durée varie suivant la nature de la plante.

Non loin des glaciers perpétuels de la vallée de Chamouni, sur les vieux pàlurages qu’on a défrichés l'automne précédent, on sème au printemps de l’avoine. — La 2° année : A l’avoine succèdent des pommes-de-terre, fumées où non fumées, selon l’état du sol. — La 3: année : Aux pommes-de-terre succède le Jin ou le chanvre. — La 4° année : Vient le froment de mars avec trèfle qui occupe le sol la 5° année. Enfin la 6° aznée : On sème de nouveau du froment ou du seigle, sur lequel on répand de la graine de foin pour oblenir un pré qu’on laissera subsister tant que ses produits ne diminueront pas sensiblement.

: 2° Enterres légères et peu fécondes.

Sur les sables arides de la Campine, couverts de bruyères et supportés par un banc de tuf ferrugineux plus infertile encore que la couche labourable, avec une culture opiniâtre, on est parvenu à rendre très-productives les deux rotations suivantes :

1'e année : Pommes-de-terre fumées et binées. — 2° année : Avoine et trèfle. — 3° année : Trèfle. — 4° année : Seigle, puis spergule la même année, — 5° année : Navets ou sarrasin pâturés on enfouis. — 6° année :

Seigle.

17° année: Pommes-de-terre comme dans le

csAP. 10°.

cas précédent. — 2° année : Seigle également fumé, sur lequel on sème au printemps un mélange de lupuline et de navets ou de carottes, qui, après la récolte de cette céréale, fournissent une abondante nourriture aux bestiaux. — 3° aznée : Avoine et trèfle, mélés encore de navets et de caroltes. — 4° année:

Lrèfle. — 5° année : Trèfle retourné avant une dernière coupe. — 6: année : Seigle.

Une autre rotation sexennale a été adoptée avec succès sur des sols d’une semblable nainre”

1°: année : Carottes, lurneps ou pommesde-terre fumées et binées. — 2° année : Céréale avec graine de prairie artificielle. — 3:-année : Prairie fauchée. — 4° année : Pàturage. — 5° année : Pàturage. — 6° année : Céréales. à

Avec cet assolement recommandé par sir J. Sixcuar, les sols sablonneux ou graveleux de diverses parties de l'Angleterre donnent un produit considérable, et, au lieu d'être épuisés, augmentent en fertilité. — Si les récoltes ne sont pas aussi multipliées qu'on pourrait l’attendre d’une rotation de six aus, on ne doit pas perdre de vue que les dépenses sont peu considérables et qu'il est des cas où l’on ne doit pas compromettre sur un mauvais sol de trop grandes avances.

B. DANS LE Mipl.

Dans les parties méridionales de la France ou le trèfle et la lupuline réussissent, on pourra sans peine suivre à peu près les inémes combinaisons qu'ailleurs. — Dans les localités plus propres au sainfoin qu’au trèfle, ricn nempéchera d'adopter l’assolemeni précédent, en ayant soin de préférer, d’après l'avis de M. bE GaspaRiN, la betterave et la carolte aux autres racines fourragères. — On aura ainsi:

1": année : Betteraves ou carottes fumées ct binées. — 2° année : Céréales avec graine de sainfoin. — 3°, 4° et 5° années : Sainfoin

.fauché et fumé la dernière année. — 6: axnée : Céréale.

Ou mieux, toujours dans les localilés où le irèfle ne réussit que médiocrement :

1°: année : Betleraves, elc. comme dans le 1 "exemple. — 2° année : Céréale sans engrais. — 3° année : Maïs fourrage, puis la inéme année lupin enfoui. — 4° année : Céréale sans engrais. — 5° année : Betteraves luinées. — 6: année : Céréale sans engrais.

Ou encore, sans presque rien chauger aux habiludes locales :

1'« année : Céréale sans engrais. — 2° année : Maïs. — 3° année : Jachère. — 4° année : Céréale fumée. — 5° année : Maïs. — 6° anaée : Racines fumées et sarclées.

$ VI. — Assolemens de sept ans.

Jusqu'ici, à coté des céréales et quelquefois des plautes dont les produits sont utilisés dans les arts, nous avons à peine remarqué des prairies artificielles qui occupassent le sol plus d'une année en état d’être fauchées.

Nous allons voir successivement paraître des végétaux fourragers d’une plus longue durée,

DE LA PRATIQUE DES ASSOLFMENS

nent avec les cultures annuelles, de manière à former pour ainsi dire deux assoiemens en un. Les rotations de 7 et de 8 ans, bien qu’elles se prêtent aux mêmes combinaisons que toutes celles qui précèdent, nous en offriront quelques exemples.

Avec ur assolement septennal on peut avoir pour but d'obtenir quaire soles de céréales el trois soles seulement de plantes fourragères. C’est ainsi que dans les terres les plus riches du Suffolk on récolte :

1° année : Turneps. — 2° année : Orge. —

; 8° année : Fèves. — 4° année : Blé froment. —

5° année : Qrge. — 6° année : Trèfle. — 7° année : Blé.

Mais une telle méthode ou toute autre analogue ne peut être recommandée que comme une rare exception. — Plus ordinairement, si l’on préfère l’assolement septennal à l'assolement de six ans, c’est afin d’éloigner piutôt que de rapprocher le retour des blés et d'augmenter le nombre des cultures améliorantes. Ainsi en commencant la rotation par une récolte sarclée et fumée, on aura :

2° année : Céréale, puis trèfle. — 3: année : Trèfle. — 4° année : Céréale. — 5: année :

Culture sarclée et fumée. — 6- arznée : Fourrage aunuel, vesces ou autre plante légumineuse avec parcage. — 7° année : Céréale.

On obtient ainsi trois céréales, deux cullures fourragères ou industrielles, fumées, binées ou butées, et deux prairies artificielles, fauchables en vert; sans compter les récoltes doubles que le climat peut perinettre.

D’autres fois on forme les rotations septennales d’un assolement de 3 ou de 4 ans, auquel succède une prairie artificielle de 4 ou de 3 ans. — Cette pratique est surtout applicable aux terrains d’une petite valeur qui supporteraient difficilement un cours plus productif. Il arrive cependant que pour entretenir plus sûremeul où pour augmenter progressivement la fécondite de chaque sole, ou la soumet à son lour à une semblable rotation. ,

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