‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 185 sur 357 · DES RÉCOLTES. LIV · texte numérisé non relu

DES RÉCOLTES. LIV

campagne d'Italie et qui ont stationné dans le Milanais, conviennent que ce foin était consommé par leurs chevaux, sans que ceux-ci témoignassent la moindre répugnance, excepté les trois ou quatre premiers jours.

$ I. — Récolte des foins de prés naturels.

L'époque où le fanage de ces sortes d’herbages s'exécute, varie avec la température de l’année et la climature de chaque contrée; elle est également et surtout subordonnée à la nature des plantes qui composent la prairie. Un défaut qu'ont la plupart des prés naturels, c’est d’être composés de végétaux qui n’arrivent pas à maturité au même moment de l’année. Si l’on fauche quand les ur.es ont pris tout leur développement, on perdra en quantité sur celles qui sont moins avancées; si l’on attend que celles-ci soient arrivées à maturité, les premières n’offriront plus qu’un fanage sec, fibreux, ne contenant de principes alimentaires qu’en très-faible proportion. Dans une même prairie, la Flouve odorante (4rthoxanthum odoratum ) a fleuri vers la fin d’avril, la majeure partie des Paturins ( Poa) fin de mal; les Fétuques, dans la première moitié de juin ; les Agrostides (4grotis), dans la seconde moitié de juillet ; les Canches ( 4zra ), les Orges ( Hordeum), les Bromes (Bromus) ét les Houques (Holcus), dans la 1° quinzaine du même mois. D’autres ont fleuri plus tard encore, tels que quelques Alopécures, Ivraies et Fromens. Nous nous étendrons davantage sur cet objet lorsque nous parlerons de la composition et de la régénération des prés naturels.

Les cultivateurs qui estiment le fourrage par le poids brut, attendent pour faucher que la plupart des graminées aient amené leurs semences à maturité. Il serait plus judicieux de prendre pour base de sa détermination la!

quantité de matière nutritive que contient la plante aux diverses époques de sa croissance. Peu d'expériences ont été faites sur un objet! qui intéresse cependant l’agriculture au plus haut degré. En attendant qu'on veuille bien s'occuper de recherches analogues, j’extrais du tableau dressé par Georges SINCLAR ce qu'il y a de réellement pratique dans son ouvrage sur les graminées propres aux prairies.

Les plantes qu’i/ convient de faucher à l’époque de la floraison, sont les suivantes : Fétuque élevée et F. roseau ( Festuca elatior et arundinacea), Brome stérile (Bromus sterilis), Houque molle ( Holcus mollis ), Brome à plusieurs fleurs (Bromus muliflorus ), Phalaris roseau ( Phalaris arundinacea ), Fétuque dure ( Festuca duriuscula ), Poa à petites feuilles ( Poa augustifolia ), Houque laineuse ( Holcus lanatus ), Féluque des prés ( Æ. pratensis ), Alopécure des prés ( 4/opecurus pratensis ), Avoine pubescente ( {vera pubescens), Brome des toits ( Zromus tectorum ), Paturin des prés ( Poa pratensis ), Avoine jaunâtre ( {vena flavescens ), Avoine des prés

(À. pratensis ). Il convient au contraire de faucher à l'époque de la maturité des graines, les prairies naturelles dont les graminées principales sont les suivantes : Fléole des prés (Phleum pratense), Dactyle pelotonné (Pac.

cHap. 11°.

tylis glomerata), Agrostis traçante ( A4grostis stolonifera ), Fétuque rouge (F.rubra), [vraie vivace ( Lolium perenne), Brize tremblante { Briza media), Cynosure à crête (Cynosurus cristatus ), Flouve odorante ( 4nthoxanthum odoratum ), Poa Commun ( Poa trivialrs ).

L'époque dépend encore de l'espèce de bétail auquel le fourrage est destiné. Les bêtes à cornes préfèrent celui qui a été fauché de bonne heure ; les chevaux aiment mieux celui qui l’a été à une époque assez avancée.

Dans tous les cas, le cultivateur se persuadera bien qu'il n’y a rien à perdre à faire la récolte des prés à l’époque de la floraison, quelle que soit la nature des plantes qui les composent. Si l’on fait une seconde coupe ou un regain, elle sera plus abondante ; si l’on fait pâturer immédiatement après la première coupe, le pâturage durera plus longtemps. Une seule circonstance demarde exception. Lorsque les souches des plantes viennent à périr ou du moins à donner des signes d’une prompte destruction, on laisse mürir les semences : le fauchage et le fanage, en les secouant, les répandent sur le sol; on donne ensuite un hersage énergique pour les enterrer et remuer la terre. Elles ne tardent pas à germer et à donner une nouvelle vie à la prairie. Mais ce moyen n’est qu’un palliaüf; ilest certain que si des plantes vivaces meurent, c'est qu'il y a dans le sol un vice liatrinsèque qu'il faut détruire, et le meilleur moyen de régénérer une prairie, c’est de la ÉREMEÈTEE pour quelque temps en terre ara-

Le fauchage des prés naturels s'exécute comme celui que nous avons décrit pour les prairies artificielles, si ce n’est que l’espace compris entre les andains devant être bientôt recouvert de foin, on n’a pas besoin d’adapter à la faulx l’appendice dont nous avons parlé. Dès qu’une certaine superficie est abattue, on se hâte de la disperser le plus également possible sur toute la surface. On se sert pour cela des bras, ou du râteau, ou de la fourche en bois à deux ou trois dents. La première espéce de fourche (fig. 390) se ren-

Fig. 390. 391. 392.

contre assez communément dans nos forêts du centre, du midi et du nord de la France ;

RÉCOLTES DES FOURRAGES

le frêne , l’orme , le charme, en fournissent d’assez bonnes. On les choisit bien droites, car si le manche est courbé, il tourne dans la main de l’ouvrier, de sorte que souvent ses efforts portent à faux. Le châtaignier, aménagé en taillis, en fournit d'excellentes.

Quelle que soit l'essence dont on se serve, il faut écorcer, faire sécher au four un peu chaud jusqu’à noircir légèrement la superficie de la fourche, et la frotter ensuite avec un corps huileux, ce qui la rend plus dure et moins cassante.

La fourche à trois dents est quelquefois artificielle (#g. 391), et quelquefois naturelle (f£g. 392). Le Midi se sert généralement de ces dernières. Je suis persuadé qu’on réussirait à élever le frêne quadrangulaire de manière à nous procurer d’excellentes fourches à deux ou trois dents. Cet arbre vient rapidement, et n’exigerait d’autres soins qu'une taille appropriée au but que l’on voudrait obtenir. Il faudrait pour cela le cultiver et le planter assez dru, afin que les jets montent perpendiculairement. Les deux branches latérales feraient peut-être avec le tronc de l'arbre un angle trop ouvert. On le rendrait plus aigu au moyen de ligatures. Ce que je viens de dire n’est qu’une hypothèse, mais il y a lieu de croire qu’elle n’est point dénuée de fondement.

On répand tout ce qui est fauché jusqu'à trois heures, ou jusqu’au repas que prennent ordinairement les ouvriers vers quatre heures où quatre heures et demie. Ce qui est fauché après cette époque est laissé en andains. On amasse ce qui a été répandu

en petits tas que, dans certains pays, on

nomme chevrottes, et quireprésentent assez bien la moitié d’une sphère qui aurait vingt pouces à deux pieds de diamètre. Cependant, si la température menacait,on laisserait les andains sans les toucher. Même pendant des pluies abondantes et persévérantes ils se conservent bien, pourvu qu’on ait la précaution de les retourner aussitôt qu’on s’aperçoit que les feuilles da dessous commencent à jaunir. Mais une fois la dessiccation commencée, on aura pour règle invariable de ne pas laisser expose à la pluie ou à la rosée un seul brin d'herbe qu'il ne soit amassé en chevrottes. Ces chevrottes,ou monceaux, seront d'autant plus grosses que le foin sera arrivé à un point plus avancé de siccité.

Aussitôl que la rosée est évaporée, ces monceaux sont répandus sur la surface au moyen des fourches. Quelques heures après on retourne le foin avec des râteaux qu'on manœuvre de manière que l'herbe qui était au-dessous se trouve au-dessus après l’opération.

Le râteau varie peu dans sa forme et dans la manière dont il est armé. Ceux que nous représenions (fig. 393 et 394) sont doubles; quelquefois ils sont simples, c’est-à-dire qu'il n’y a des dents que d’un seul côté; les premiers sont préférables. Presque toujours les dents sont en bois; en fer elles seraient tro» lourdes, pénétreraient, dans le sol et méleraient au foin de la terre, des feuilles mortes, des herbes sèches. On dit proverbialement que le foin doit sécher sur le râteau, c’est-à-dire que la dessiccation est bien plus prompie si on le tourne et retourne

299 AGRICULTURE : DES RECOILTES.

Fig. 394.

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UT ANTTS

sans cesse. Je crois l’adage vrai sous ce rap-

ort; mais il ne faut pas confondre ici céférité avec économie. Pour se convaincre de la perte qu’on éprouve par un fanage trop fréquemment répélé, on n’a qu'à prendre 20 livres de foin à moitié sec , et le faire secouer à plusieurs reprises consécutives, or ne trouvera plus que 16 à 17 livres.

La préparation du foin au râteau est longue et assez dispendieuse, puisque, s’il a fallu un faucheur pour couper une superficie donnée, on calcule qu’il faudra quatre femmes pour faner. On a imaginé plusieurs machines pour faire exécuter celte opération par des animaux. L'instrument le plus parfait de ce genfe est le rdteau tournant employé à la ferme de Holkam. Il y en a de deux espèces.

La première espèce, et la plus simple (Ag. 395 ), se compose d’un châssis, des-

Fig. 395.

tiné à porter l'essieu des roues. Ici l'essieu n’est pas fixe comme dans les véhicules ordinaires. Il tourne sur ses coussins, et entraîne dans son mouvement de rotation les roues et le ràteau circulaire. Ce râteau est formé d’un prisme de six à huit pans, lequel fait corps avec l’essieu. Chacun de ces pans est percé de trous où s’engagent les chevilles qui servent de dents.

La seconde espèce (f#g. 396 ) est beaucoup plus compliquée, mare travail en est plus parfait. Ce n'est pas moins une machine de luxe. Elle fut, dit-on, inventée par SALMON, de Woburn. Comme la précédente, elle se compose d’une paire de roues qui ne sont:

point fixées à l’essieu. La face intérieure.du

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