DES RÉCOLTES. ROLE
convexe que prend Fig. 400.
l’herbe la soutient, et ps
pluviales. L'air circule donc l'brement de tous
dre danger. Cette méthode comporte une dépense qui, une fois faite, ne se renouvelle plas pendant bien des années.
SECTION m1. — De la récolte des graniféres, ou des moissons.
On a comparé le cultivateur qui moissonne à un navigateur qui rentre dans le port après une expédition longue et périlleuse. Le cultivateur, en effet, est un nautonnier qui, au milieu des orages et des tempêtes, entouré d’ennemis puissans et nombreux, conduit sa frêle embarcation vers le port; mais qu’il n'oublie point que cette rade qu’il appelle de ses vœux, est encore bordée d’écueils et de récifs, et que les périls de la navigation sont d'autant plus imminens qu’elle approche de son terme. L’agronome savant, le praticien distingué peuvent faire produire à la terre de beiles récoltes ; c’est ,à l’administrateur éclairé qu’il est donné de les recueillir avec le plus de succès.
Les cu-constances sur lesquelles il importe surtout de diriger son attention sont l’époque ou le degré de maturité le plus convenable pour obtenir des produits qui réunissent la quantité et la qualité, les modes les plus expéditifs et les moins coûteux selon les localités, et l’organisation du travail.
ART. I*., — Epoque et degré de maturité,
Si l’homme en cultivant les plantes se proposait le même but que la nature, c’est-àdire la conservation et la propagation des espèces, la question que nous examinons n'offrirait aucune prise à la discussion. L'époque de la récolte serait précisément celle où la plante, ayant accompli son œuvre, laisse tomber les fruits qu’elle a fécondés; c’est aussi celle-là que l’on choisit lorsque le but du cultivateur se rencontre avec le vœu de la nature, en la devançcant de quelque temps afin de ne pas percre sur la quantité. Mais il arrive souvent que, pour les besoins qu’elles sont appelées à satisfaire, les plantes n’exigent pas un degré complet de maturité. Cela est vrai surlout pour les végétaux dont les semences sont destinées à la panification ou à la fabrication de l'huile.
Il y a d’ailleurs une question préalable à examiner ; c’est de savoir si la maturation est entièrement un acte de la végétation. ou si elle n’est qu'une combinaison nouvelle des élémens préexistans, qu’une réaction chimique des substances contenues dans le péri-
| sperme. Tout nous autorise à admettre cette
dernière hypothèse. On sait que les fruits
d'hiver se récoltent vers la mi-automne, et
que ce n’est que quelques mois plus tard
cap. {1°.
qu’ils ont acquis le parfum et la saveur qui les distinguent ; pour eux la maturation s’accomplit indépendamment de la végétation; et ce n’est pas se placer en dehors des probabilités, que de conclure que, dans la plupart des plantes, l’accomplissement de la maturité suit une marche analogue. Dans les lantes annuelles, les seules dont nous ayons à nous occuper ici, la maturité est le plus grand symptôme de mort. Si l’on recherche avecles yeux du physiologiste les phénomènes qui accompagnent cet anéantissement de la vie végétale, on verra que l’on peut admettre deux hypothèses :—la première, et c’est celle ui est la plus plausible, que la vie finit là où elle a commencé, c’est-à-dire aux racines.
Or,une foislesracines mortes,elles ne peuvent fournir à la tige des alimens qu’elle puisse s’assimiler ; et, quand même tout le reste de la plante serait vert, l’intus-susception de nouvelles substances est désormais impossible par l'intermédiaire du système radiculaire.—La seconde hypothèse, qui ne réunit plus qu’un petit nombre de partisans, c’est ue la mort commence immédiatement auessous de l’épi. Il est encore évident qu'ici toute communication entre les semences et les parties vivantes ou herbacées est interrompue. Dans ces deux cas donc, si le grain subit des transformations, elles s’accomplissent érxdépendamment des autres parties, soit que la plante communique avec le sol, soit qu’elle en ait été separée. Si on examine au printemps, à l’aide de microscopes, la fécule des tubercules d'Iris de Florence, on verra que le calibre de ces grains ne dépasse pas 1/100 de millimètre ; si on abandonne ces tubercules au contact de l'air, après 15 jours les grains de fécule seront devenus trois fois plus gros. (RASPaIL, Nouveau système de chimie organique.) Il est donc une époque où la "fécule se développe sans que la plante communique avec le sol.
Toutes ces considérations déduites des plus saines théories, seraient encore de peu de poids en faveur de la coupe prématurée des céréales, si la pratique et l'expérience n’en confirmaient les avantages. On a cru cette méthode nouvelle, et plusieurs l’ont rejetée a cause de cetle prétendue nouveauté. Cependant il y a bien des siècles que COLUMELLE disait aux agriculteurs de son temps: « Rien de plus pernicieux que le retard : d'abord parce que le grain devient la proie des oiseaux et des autres animaux ; ensuite parce que les semences el les épis eux-mêmes se détachent facilement des chaumes : si des vents impétueux ou des tourbillons leur impriment de violentes secousses, les tiges tombent à terre. C’est pourquoi 1l ne faut pas attendre, mais coinmencer la moisson aussitôt que les épis prennent une teinte jaunâtre, et avant que Îles grains deviennent durs,afin qu'ils grossissent (grandescant ) dans la gerbière plutôt que dans le champ : car il est certain que si on moissonne à propos, le grain prend e"suile du développement (ircrementum).» (COLUMELLE, p. 99, édition des Deux-Ponts. )
CADET DE Vaux assure que le blé récolté avant complète maturité pèse 5 hilog. par hectolitre de plus que l’autre : et si l’on prend trois livres de farine de l'un et de l’autre
RECOLTE DES GRANIFERES.
froment, celle provenant d’un blé récolté prémalurément donnera 4 onces de pain en plus.
Il est bien certain que le froment ÉScbIté bién mür a la pellicule bien plus épaisse et plus adhérente que l’autre.
Voici en général les avantages que l’on trouve à la coupe prématurée :
1° Tous les fromens mürissent à peu près à la même époque; si l’on attend qu'ils soient mûrs, les derniers coupés laisseront échapper le grain. En commencant le sciage, lorsque les tiges sont encore verdâtres, on évite cette perte ;
2° La paille, moins épuisée, esl meilleure pour la nourriture des animaux ;
3° On court moins de chances de voir la récolte détruite ou au moins considérablement diminuée par les accidens de la tempéralure ;
4° Le froment coupé prématurément contient moins de son; Coke prétend, ce semble avec raison, que quand on laisse le blé trop longtemps sur pied, la pellicule s’épaissit aux dépens de la substance nutritive contenue daus le grain;
5° On n’est pas en danger de perdre les plus beaux grains. Ceux-ci sont toujours ceux qui ont müri les premiers, et qui les premiers aussi tombent de l’épi.
Nous ne pouvons cependant dissimuler que cette méthode entraïne plusieurs inconvéniens dont les principaux sont les suivans :
1° Si l’on a les plus beaux grains, il y en a aussi qui ne sont pas arrivés à un développement suffisant;
2° S'il survient des pluies opiniâtres, la récolte se sèche moins facilement:les semences, n'étant pas complètement sèches, sont dans des conditions plus favorables à la germination ;
3° Le grain, dansla plupart des cas, ne peut servir de semence. On cite dans le département du Var la ville de Brignoles, qui récoltait autrefois assez de blé pour fournir à la subsistance de ses habitans, et qui n'en récolte plus assez pour les nourrir pendant six mois depuis que l’on se sert pour semence de fromens récoltés prématurément, quoique la population ne soit pas augmentée.
Le point où il convient de motissonner est celui où le grain n’est déjà plus assez tendre pour s’écraser sous les doigts. C’est là l’opinion des meilleurs agronomes. :
Quant aux plantes oléagineuses, il est facile d’apercevoir le moment le plus favorable à la coupe, au moyen de l’inspection de la semence. Toutes les graines tiennent à la plante par un point de leur périphérie nommé ile, et l'organe où se trouve le point d'attache se nomme placenta. Aussitôt qu’il y a solution de continuité entre le placenta et le hile,on peut couper, quel que soit l’état de la plante.
Enfin Ze degré de maturité est subordonné, dans quelques arts technologiques, à la nature des produits qu’on veut obtenir.
Dans l’art de l’amidonnier, par exemple, « la mouture altérant considérablement les grains de fécule, il s'ensuit une grande perle dans l'extraction. D'un autre côté, la chaleur produite par la fermentation fait éclater un assez grand nombre de grains,
et pouriant la fermentation est nécessaire pour décomposer le gluten de la farine. Il y aurait un moyen d'éviter ces deux occasions de déchet, en employant, pour l’extraction de l’amidon, les grains de céréales avant leur complète maturité, et à l'époque où le périsperme s'échappe tout laiteux sous la pression des doigts; car, à celte époque, les grains d’amidon sont parvenus à leur maximum d’accroissement, et le gluten n’a pas encore acquis ses propriétés ordinaires, en sorte quil est à présumer que les grains de fécule extraits à celle époque tomberont tous au fond du vase, sans entrainer avec eux aucune parcelle de gluten assez appréciable pour nécessiter une fermentation. Le déchet serait nul et la perte de temps moins grande, » ( RaspaiLz, Noureau système de chimie.)
Arr. 11.—Des différentes manières de moissonner. & 1°".—Des instrumens pour moissonner.
Lorsqu'on lit dans les anciens auteurs les procédés usités de leur temps pour exécuter les travaux de la moisson, on ne tarde pas à s’apercevoir que cet art a été porté chez eux à un degré aussi élevé de perfection que chez nous. Dans l’énumération des instrumens agricoles que nous a laissée AUsonius Pomra, on voit que la faucille des Romains élait, comme la nôtre, en forme de croissant (lunatæ), avec les modifications qui subsistent encore dans quelques départemens, telles que celles à dents. Le même auteur parle même d'un instrument qui ne parait pas s'éloigner beaucoup du piquet flamand. Quant aux chars moissonneurs, il est à présumer que le peigne dont parle PaL- LADIUS De faisait pas un ouvrage plus détestable que ceux qu'ont inventés les Anglais, puisqu'il n’y a pas long-temps que EGipro NsGni l’a appliqué à la moisson des rizières.
L'instrument le plus généralement employé aujourd’hui est encore /a fauctille (fig. 401), mais la manœuvre en est différente dans quelques pays.
Cetinstrument se compose de deux parties :
le manche et le fer.
Le manche doit être bien tourné, et en bois d'érable ou de frène, ou de tout autre bois susceptible de prendre au tour un beau poli,afin de ne pas blesser la main du moissonneur. On a proposé d'adapter à la faucille un manche dévoyé qui aurait pour l'ouvrier l'avantage de ne pas le forcer à approcher la main trop près des éteules, ce qui le blesse quelquefois ; mais cette modification exige qu'on emploie plus de force
our obtenir une même somme de travail.
ailleurs, l'inconvénient des éteules est une chimère pour l’homme qu’un peu d’exercice a familiarisé avec la faucille. — Le fer, dans sa forme et son ouverture, diffère d’une contrée à une autre, mais ces légers changemens n'ont pas une influence appréciable sur les
Fig. 401.
it le
céréales dans les