‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 188 sur 357 · DES RÉCOLTES. LIVRES · texte numérisé non relu

DES RÉCOLTES. LIVRES

produits de la moisson ni sur la facilité du travail. Il en est de même des dents dont se trouve armée le bord intérieur de la lame. Une expérience comparative, faite sur une grande échelle à Coëtbo, a même permis de conclure que les faucilles à dents sont plus tôt hors de service que les autres. Les dents doivent toujours être prises sur le côté supérieur deJa lame et tournées vers le manche (fig. 402).

On se sert de la faucille de deux manières.

Dans l’une l'opérateur s avance la tête tournée vis-à-vis le grain qu'il veut abattre. Il saisit leschaumes de la main gauche en tourpaut la paume en dedans. En même temps il engage le croissant de la faucille dans la moisson, l’appuie contre le grain saisi par la main gauche, et tirant brusquement vers lui le tranchant de l’instrument, la poignée se trouve coupée.

La méthode que je viens de décrire est la plus usitée, mais je ne la crois point la meileure. En Angleterre, on exécute avec la faucille une opération que j'ai retrouvée dans les environs de Rennes, où on la désigne sous le nom de crépeler ou crételer: l'ouvrier se pose de manière que le grain à couper soit à sa gauche. La main qui est de ce côté saisit les chaumes à 18 pouces au-dessus du sol, la paume tournée en dehors, puis, faisant vibrer la faucille de sa main droite, il s’en sert comme d’une faulx pour couper le grain qui est dans la gauche; il fait un pas en arrière en poussant le grain coupé contre celui qui ne l'est pas et qui l'empêche de tomber, donne un second coup comme à la première fois, et recommence la même manœuvre jusqu'à ce qu'il en ait assez pour former une Javelle. Quoique ce dernier procédé se soit peu répandu , Je n'hésite pas à le considérer comme ayant sur le premier des avantages notables : ainsi, un mème ouvrier coupe au moins 1/4 de plus; le chaume est également coupé plus bas. Il serait à désirer que cette manière de manœuvrer la faucille pût se propager rapidement; ce serait un acheminement vers l'emploi de la sape ou piquet flamand.

La sape ( fig. 403), est, je crois, l’instru-

Fig. 404. Fig. 403.

Fig. 402.

ment le plus avantageux pour moissonner les

circonstances actuelles,

cHAP. 11°.

Elle est facilement maniée par les femmes, coupe le blé versé avec une perfection et une

romptilude que l’on chercherait vainement a rencontrer dans un autre instrument. La manière de s’en servir, quoique simple, exige cependant une telle complication de mouvemens simultanés, que nous n’essaierons pas de la décrire. Nous dirons cependant qu'elle ne diffère du crépilage qu’en ce que l’ouvrier, au lieu de saisir avec la main le grain qui va ètre coupé, se sert d’un crochet emmanché à un petit bâton (/£g. 404). Le point qui présente le plus de difficulté dans l'opération, c'est de rassembler les tiges coupées sur le

ied, en forme de javelle. En effet, avec æ sape, on coupe et on forme les javelles en même temps, et c’est là un avantage que ne possède pas toujours la faubr. |

Ce dernier instrument s'emploie de deux manières, selon l'espèce de grain qu’on veut couper. On fauche ex dedans ou en dehors.

La première méthode s'emploie pour les céréales dont les chaumes ont une certaine hauteur, et généralement pour les diverses espèces de froment et de seigle. L'ouvrier a le grain à sa gauche, et la pointe de sa faulx étant dirigée vers la pièce, il dirige la lame de droite à gauche, en jetant le grain coupé contre celui qui ne l’est pas. Le travail de la faulx est d'autant plus parfait que le grain coupé s'appuie régulièrement sur l'autre sans tomber. Une femme avec une faucille ou un bâton recourbé suit le faucheur, et met en Javelle ce qui vient d’être abattu. Pour faucher en dedans, l'instrument est muni d’un accessoire nommé playon (fig. 405),

Fig. 405.

et qui n’a d'autre usage que d'empécher les liges de tomber au-delà du manche.

On fauche en dehors les céréales qui ont peu de hauteur. parce que les chaumes ne pourraient soutenir ceux qui sont coupés.

L’instrument, dans cette circonstance, est armé de manière que la pointe, aa lieu d'être tournée vers le grain, l’est dans le sens opposé. L'ouvrier la promène de gauche à droite. Elle est, dans ce cas, munie d’un crochet ( fig. 406), qui n’est autre chose que deux ou plusieurs baguettes nommées rdteau dans quelques contrées. Le fauchage est le même que celui de l'herbe; seulement le râleau À A À À dispose régulièrement les épis qu'une légère secousse dépose sur le sol, mais du côté opposé où ils seraient si l’on fauchait en dedans. Dans ce qui vient d'être dit sur le fauchage en dehors, j'ai toujours entendu quele faucheur alegrain à sa gauche.

RECOLTES DES GRANIFÉRES.

Lorsque tous les épis ne sont pas dressés ou inclinés conformement, il arrive que quelques-uns s’engagententreles dents 1 râteau, ce qui en rend la besogne moins parfaite, et le maniementassez embarrassant. On est parvenu à détruire, ou du moins à atténuer cet effet, en tendant une toile grossière sur un arc de fer a a ( fig. 407) par le haut , et en

Fig. 407.

bas sur la lame même de la faucille par l’intermédiaire d’une plaque de fer-blanc,

Si l'on cherche à établir une comparaison entre ces trois procédés, on trouve que la Jauctlle est désavantageuse sous tous les rapports. Elle laisse des éteules plus grands; il

| faut un habile moissonneur pour abattre en | un Jour 20 ares de céréales. Dans le même

temps un sapeur coupe du grain sur une superficie de 40 ares. Un faucheur peut moissonner une surface de 60 ares, mais il a besoin d’un aide pour amasser et ranger le grain derrière lui. Avec la faucille on emploie les bras des enfans et des vieillards, ce qui est d’une grande ressource pour les populations : avec la sape on n'utilise que les forces des personnes vigoureuses : avec la faulx on emploie les uns et les autres.

Chaque cultivateur consultera sa position et les habitudes de la contrée qu’il habite. 11 prendra garde, en adoptant un procédé nouveau, de donner l'éveil aux ressentimens et de heurter gratuitement les préjugés de la localité.

$ II.— Conventions avec les moissonneurs.

Dans quelques cantons, on donne aux moissonneur un tantiéme de la récolte de tout

grain; quoique ce tantième varie peu chaque année dans une même localité, quel que soit le prix des céréales, il varie d’une contrée à une autre du 10° au 18°. Bien des personnes trouveront que ce mode de paiement est sujet à beaucoup d’inconvéniens. Le moissonneur perçoit un salaire assez élevé lorsque les céréales atteignent un haut prix; lors, au contraire, que, par une circonstance quelconque, ces produits ont une faible valeur, la portion qui revient aux moissonneurs se réduit à peu de chose lorsqu'on la convertit en numéraire. Cependant cette disproportion n’a lieu qu’à l'égard du cultivateur; car il faut toujours à un ouvrier la même quantité de grain pour sa nourriture, que ce grain soit cher où à vil prix. Ainsi, pour lui, tant que la uotité ne varie pas, la valeur n’a aucune inuence sur l’étendue de son salaire.

Quoique les conventions de cette nature deviennent tous les jours moins communes, elles subsistent néanmoins dans toute leur vigueur sur plusieurs points du territoire français, et il serait souvent impruadent de vouloir en imposer d’autres, parce que la main-d'œuvre étant recherchée à l’époque des moissons, on pourrait se trouver subitement sans ouvriers. Un autre genre de convention beaucoup plus commode et plus usité que celui que je viens de mentionner, c’est celui qui consiste à payer les moissonneurs proportionnellement à la superficie sur laquelle ils ont opéré. Dans ce cas, il faut éviter d’avoir à traiter avec un grand nombre de bandes : d’abord, afin de simplifier les frais d’arpentage, et ensuite afin de pouvoir distribuer à chacun, dans une proportion suffisante, les pièces dont le travail sera plus difficile. Il faut encore moins traiter avec une seule bande; on déiruirait ainsi tout genre d’émulation pour la propreté et la perfection du faucillage.

Enfin, on fait moissonner ex payant les ouvriers. à la journée. C’est assurément le meilleur moyen d'obtenir un ouvrage soigné, et si l’on peut se procurer chez soi assez d'ouvriers, on regrettera rarement un supplément de salaire. Il y a, d’ailleurs, dans cette combinaison, un avantage qui découle de la nature même de la convention. C’est qu’on peut appliquer les ouvriers à tel travail qu’on le jugera à propos. Ainsi, le temps se dispose-t-1l à la pluie, un orage se présente-t-il ? on suspend le sciage, pour mettre ce qui est coupé à l'abri des événemens; tandis que, avec le sciage à la tâche, on ne peut distraire les ouvriers de leur travail pour les occuper à un autre qui n’entre point dans leurs conventions, à moins qu’on n'en ait fait mention expresse, ce qui souffre, de leur part, quelques difficultés.

Il est rare que l’on trouve de l’avantage à faire eryaveler, ou engerber et lier les grains coupés par les moissonneurs. On perd du temps dans les déplacemens inutiles, dans les allées et venues. Il convient d'avoir, pour cette spécialité, un atelier dirigé par un homme habile et actif, bien au fait de cette manœuvre, ayant assez de sagacité pour diriger sa troupe sur un point préférablement à tel autre, et prenant conseil des circonstances plutôt que du hasard.

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