‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 189 sur 357 · DES RECOLTES. LIV. L · texte numérisé non relu

DES RECOLTES. LIV. L

$ IT. — Soins à donner aux grains moissonnés, surtout dans les années pluvieuses.

On a, dans ces derniers temps, agité une question qui intéresse au plus haut dégré les consommateurs et les producteurs de céréales, celle du javelage. En lexaminant sous un point de vue général, on est frappé d’une sorte de contradiction qui règne entre les partisans des diverses hypothèses qui ont élé émises à ce sujel. Ainsi, ceux qui préconisent le blé coupé avant maturité, et qui, par conséquent, doit être javelé, sont ceux qui, précisément, ne veulent pas entendre parler du javelage de l’avoine. Ceux, au contraire, qui pratiquent celui-ci avec le plus d’obstination et d’insistance, coupent leurs fromens lorsqu'ils sont arrivés au dernier degré de maturité! En ne tenant compte que des circonstances de température, ceux qui laissent javeler l’avoine paraissent agir moins rationnellement que les autres, car c'est ordinairement à l’époque de la moisson des avoines que les pluies commencent à devenir opiniâtres et à s'opposer à la rentrée des récoltes; il faudrait donc, pour ce grain, profiter du beau temps dès qu'il se présente. Combien de cultivateurs, en 1816, laissèrent pourrir leurs avoines sur la terre sans pouvoir les rentrer, et cela pour s’être obstinés à les laisser javeler?

En appliquant au javelage les lois de physiologie végétale que nous avons posées précédemment, on voit que la maturation s’achève indépendamment de la végétation; sous ce rapport, le javelage repose sur un principe vrai; c’est seulement dans lapplication que l’on se trompe. Tout le monde sait que l’orge javelée ne conserve plus cette teinte blonde et pure qui en fait le mérite ;

ue l’avoine abandonnée aux accidens qui érangent l'atmosphère, a perdu cet œil luisant qui caractérise un grain bien conditionné; que souvent une odeur de moisi décèle une conservation vicieuse, et que la couleur terne qui l'accompagne déshonore toujours ce grain aux yeux de l’acheteur. D'où vient donc que le javelage, si utile en théorie, soit si pernicieux dans la pratique ordinaire des cultivateurs ? Je crois en reconnaître la cause dans un agent dont on n’a pas assez cherché à éloigner l’influence, je veux parler de l’humidité. Si on met digérer une semence quelconque dans de l’eau exposée à l’air, il se manifestera bientôt un commencement de végétation {jui décèle toujours une modification dans la composition normale du grain; «Je ne doute nullement que ce ne soit à cette réaction que l’on doive attribuer la mauvaise qualité des grains Javelés. è

Il s’agit donc, tout en conservant le javelage, d’éloigner l'humidité, soit qu’elle provienne du sol, soit qu’elle soit produite par les pluies, les rosées, etc. k |

C’est à quoi l'on parvient facilement au moyen des z2eulons qu’en nomme aussi #20yes ou moyettes. ÉÉ

« Ainsi, dit Y vaRT, si le javelage,telquenous venons de l'entendre, est recommandable. et quelquefois même forcé, le javelage, tel

qu’on le pratique communément, n’a aucun avantage réel, et il en résulte ordinairement perte de poids et de qualité, altération de couleur et renflement trompeur, commencement de fermentation que nous avons vue plusieurs fois poussée jusqu’à la germination, après des pluies abondantes longtemps attendues ; et, par une conséquence nécessaire, des maladies funestes qu’on attribue souvent à toute autre cause, quelquefois même des incendies dans les granges et dans les meules, qu'on attribue encore à la malveillance; et des semailles faites avec des grains avariés, qui lèvent mal ou ne lèvent pas, ce dont nous avons été plusieurs fois témoins. »

Lorsqu'il faut au grain peu de jours pour achever de mürir, on peut le laisser sur le sol ; mais, lorsque, pour obtenir ce résultat, on prévoit qu'il faudra attendre un certain espace de temps, on fera bien de se résoudre à construire. des moyes. Leur édification ne présente pas de difficultés sérieuses, pourvu qu'on en confie la direction à un homme jaloux d'apporter dans la besogne qu’il entreprend toute la perfection possible.

Il y a deux manières de former un meulon ; on dispose les chaumes circulairement sur un plan vertical, ou bien horizontalement.

Nous allons d’abord décrire ce dernier procédé. Après avoir aplani grossièrement le sol en le foulant aux pieds, on dépose triangulairement trois javelles disposées de manière que les épis ne touchent pas le sol (fig. 408). Sur cette 1"° base on place circu-

lairement un rang de javelles, les épis con vergens vers le centre et se touchant en ce point (/fg. 409). On continue à disposer pareillement plusieurs lits successifs, jusqu’à ce qu'on soit arrivé à une hauteur de 4 pi. environ. Alors les couches de grain se déposent de manière que les épis se croisent au centre, ce qui ne tarde pas à élever ce point au-dessus de tous les autres. La paille prend une inclinaison de haut en bas comme un toit, disposition qui facilite l'écoulement des eaux pluviales. Lorsque l’exhaussement central forme une inclinaison qui approche de 45°, on cesse l’opération pour construire une nouvelle moye. Pendant tout ce temps un ouvrier exerce a préparé le chapeau ( fig. 410 ); il consiste en une forte gerbe bien liée avec un ou deux liens, selon Ja grandeur de la paille. On écarte les épis, on pose le chapeau renversé sur le meulon qui offre la forme représentée par la #g. 411. Les moyettes que

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