RÉCOLTE DES GRANIFÈRES
Fig. 410.
je viens de décrire sont en usage sur diverses parties du territoire français, el notamment dans la Flandre française. Elles conviennent non seulement aux céréales, mais encore à toutes les graines oléagineuses.
Les moyes à couches verticales sont usitées plus particulièrement sur certains points de la Picardie. Une gerbe bien liée en forme le noyau ou le centre; on range tout autour des javelles, l’épi en haut, appuyées contre la gerbe centrale, non pas parallèlement, mais un peu inclinées. La fg. 412 en moutre la coupe par le centre. Fig. 412.
Lorsquele meulonaun diametre qui ne peut être déterminé, mais qui ne dépasse pas deux fois la longueur MA ES 1 des pailles, on le cou- Fe 8 LL UA vre du chapeau, com- noue cine, me dan; la méthode précédente.J’ai va pratiquer les deux sortes de moyes, l’une à Roville et l’autre au Ménil. Toutes deux offrent des avantages qui leur sont particuliers. Celle par couches horizontales sera préférée toutes les fois que le grain devra demeurer longtemps à l'air, ou être exposé à de grandes pluies ; l’autre offre l’avantage de la célérité et de l’économie, mais elle a l'inconvénient de se laisser plus facilement pénétrer par les pluies.
On a dans certains pays un autre mode de javelage qui ressemble beaucoup au précédent. On prend une javelle, on en saisit les épis de la main gauche et on la dresse, en ayant soin que la partie inférieure des liges touche le sol; pendant celle manœuvre la main droite écarte la partie inférieure, de sorte que la javelle, ainsi disposée, forme un cône tronqué (/#g. 413). On se sert de cette méthode dans les Vos- Fig. 413.
ges et en Allemagne pour le sarrasin, dans la Basse-Bretagne pour le trèfle de semence.
Telles sont les précautions qui assurent à la pratique du javelage les succès qu'avait promis la théorie, et
ui nous fournissent l’occasion de répéter un axiome qui doit être médité par tous les vrais cultivateurs, c’est que lorsqu'un principe est vrai, et ne réalise pas les espérances qu'il avait fait concevoir, on peut être sûr que l’on se trompe sur lapplication.
Les avantages des moyes sont incalculables dans les temps piuvieux, et offrent une solution satisfaisante du problème de la conservation des grains pendant ces saisons désastreuses. Dans le climat humide du nord de la Norwége et de la Suède, on a un autre moyen de paralyser l'influence des pluies. Ce procédé, qui est difficilement applicable à la grande culture, mais qui convient à de petiles superficies, consiste à planter dans le sol un fort pieu assez élevé, et traversant le centre d’une gerbe debout sur sa partie inférieure (/#g. 414). L’extrémité qui est hors de
Fig. 414.
terre recoit des gerbes de moyenne grosseur qui sont fixées presque horizontalement, en ayant soin de donner à l’épi une légère inclinaison vers le sol.
Lorsque la paille des céréales est mélangée de plantes étrangères dont le feuillage est encore vert, il est prudent de la laisser exposée quelque temps à l'air, afin de faire sécher ces végétaux qui ne manqueraient pas de l’altérer par leur fermentation si on les amoncelait en grande quantité.
L'engerbage s'exécute de différentes mapières suivant les localités et les modes de battage. Ici, le lieur s’aide de la cheville ; ailleurs, on n’en a pas même l'idée, là, on fait des gerbes qui n’ont que 2 pi. de circonférence, tandis que dans d’autres endroits elles sont démésurément lourdes et massives.
Celles qui dans tous les cas paraissent bien conditionnées ont 1 pi. et demi de diamètre, ou environ 4 pi. de circonférence. Elles sont PRoROrHOREEsS à la force ordinaire d’un
iomme,se manient avec facilité et donnent un grand avantage pour équilibrer le chargement.
$ IV.—De la rentrée des moissons.
Je comparerais volontiers le cultivateur au moment de la moisson, à un général d’armée au moment d’une bataille : il doit être présent partoul, se multiplier sur tous les points, avoir des paroles d’encouragement pour l'activité des uns, gourmander la len-
teur des autres, payer souvent de sa personne, prévenir le désordre et la confusion.
L'œil du maître est indispensable. « Qu’on me permette là-dessus, dit un cultivateur du département de l'Oise, quelques détails qui ne me sont que trop connus. — Le temps presse, on reçoit l’ordre d’atteler et de partir. Si le maitre n’y est pas, le charretier attèle lentement ses chevaux, qu'il fait sortir l’un après l’autre de l’écurie; les chevaux sont prêts à partir, mais le calvanier n'a pas encore préparé les liens : il se passe 10 minutes avant qu’ils soient mouillés el mis dans la voiture. Cependant le charretier sort de la maison, il s’en va pas-à-pas comme s’il n’était pas pressé, parlant à l’un, s’arrêtant pour rendre l’autre dans sa voiture; enfin, avec É tempsilarrive. Les moissonneurs recoivent du calvanier l’ordre de lier; mais ils veulent finir leur route, ou mettre la pièce au carré; en attendant, les calvaniers ou charretiers causent ou se reposent étendus dans le champ. Les moissonneurs se mettent pourtant en train de lier, et les gens les regardent faire; ce n’est qu’au bout d’un cerlain temps qu’ils se mettent en devoir de faire un dizeau. Pour les moissonneurs, ils ne s'inquiètent guère si la voiture se charge ; ils continuent à lier, et ce n’est que sur les instances réitérées du charretier qu'ils détachent un d’eux pour mettre les gerbes en dizeaux. Après bien des pourparlers la voiture vient à être chargée ; on la comble avec lenteur ; on se met en marche; on arrive à la grange. Les calvaniers sont à goûter; les arrivans les imitent. Ce n’est qu'au bout d’un quart-d’heure que la voiture se décharge, et encore comment ? à peine s’il tombe une gerbe par minute ; il fait chaud, on cause, on s’essuie ; il se passe une heure avant que la voiture soit déchargée; elle repart enfin, et arrive dans les champs la nuit fermée, ou est surprise par la pluie. — Que l’on compare la lenteur dont je viens de donner les détails, et qui est néanmoins fort ordinaire, avec l’activilé que produit la présence du maitre. — « Qu'on parte sur-le-champ pour aller chercher le blé. Pierre et Jacques, attelez les chevaux ; Thomas, trempez des liens pour mettre dans la voiture : allez tous trois à la pièce en grande hâte. » La voiture y arrive, mais le maitre y est déjà ; les moissonneurs ont quitté leur ouvrage et attendent des liens; ils lient avec promptitude; Jacques met les gerbes en dizeaux ; Thomas les donne à Pierre qui les met dans la voiture : en moins d’un quart-d’heure la voiture est chargée et comblée. Elle arrive à la maison, où elle trouve les calvaniers placés pour la décharger ; les gerbes tombent comme la grêle ; au bout d’un instant la voiture se trouve vide. La servante apporte à boire aux chargeurs et charretiers qui partent en poste chercher une autre voiture : celle-ci se charge et décharge avec la même promptitude. On fait trois voitures au lieu de deux, et l’on brave ainsi l'incertitude du temps et l’obscurité de la nuit. »
A ces observations si bien senties, je n’en ajouterai plus qu’une, c'est qu’on se trompe beaucoup lorsqu'on croil faire une grande économie en chargeant fortement les voitu-
citAP. 11°.
res. Le résultat est diamétralement opposé; resque toujours on agira avec plus de céférité en chargeant modérément.
6 V. —De quelques manières de moissonner.
Il y a déjà quelque temps qu'on a essayé d'introduire en Angleterre l’usage des chars moissonneurs. Parmi ces machines à moissonner, les plus nouvelles et les plus dignes d'attention sont : 1° celle de Smira (Ag. 415);
Fig. 415.
KDPX
Y L'ÆPATTINA WALLON AZ
RECOLTE DES GRANIFERES,
le coupeur de cette machine est circulaire et agit horizontalement; 1l est attaché sur un tambour tellement disposé que la machine en marchant lui communique un mouvement de rotation rapide, et que les chaumes coupés tombent en formant une ligne régulière. Cette machine abat environ un arpent à l'heure. 2° La machine à moissonner de BELL (/g.416) est le plus récent et le plus parfait de ces appareils; la figure le fera suffisammentcomprendre,en remarquant dans le détail ( £g. 417) la disposition des dents qui cou-
Fig. 417.
pent les chaumes. Le pen de perfection avec laquelle ces sortes de machines fonctionneut, ne permet guère d’en conseiller actuüellement l’emploi exclusif. Il est à désirer qu'ils se perfectionnent assez pour pouvoir les introduire économiquement dans les fermes un peu étendues.
On a cherché à obtenir le même résultat par une sorte de main où de chariot à peigne. Cette méthode est suivie dans quelques parties du Norfolk et du Suffolk, et aussi dans le département de l'Indre et cantons limitrophes. Elle était en usage dansl'ancienne Gaule, au rapport de PL. Elle consiste à ne couper des tiges que Les épis. Cette méthode abrége certainement le faucillage, mais comme il faut ensuite faucher les chaumes après la moisson, l’économie n’est réalisée qu’en partie. Nul doute qu’elle ne présente un grand avantage pour le battage. Ce procédé est demeuré très-circonscrit, et parait n’avoir été introduit dans les contrées que nous venons de mentionner, que pour remédier aux vices de la culture; en effet, lorsque les céréales sont infestées par les mauvaises herbes, le meilleur moyen d'en pur-
er le froment, c’est de ne moissonner que es épis ; mais je me hâte d'ajouter que c’est aussi le moyen le plus efficace que l’on puisse imaginer pour perpétuer dans le sol ces générations de parasites qui font tant de tort au cultivateur.
Aux environs de Ploërmel (Morbihan) et dans quelques autres localités, on moissonne je seigle en laissant des chaumes qui ont un pied ou plus de hauteur, tandis que l’avoine se coupe ras. C’est là une de ces pratiques dont les cultivateurs eux-mêmes de ces cantons n’ont pu donner la raison, et je crois quil est impossible d’en trouver une plausi-
le.
Je ne terminerai pas cet article sans dire un mot des dizeaux, non pas pour indiquer la manière de les construire , elle est partout la même avec quelques variantes insignifiantes, mais parce qu'ils fournissent au cultivateur un moyen prompt et facile de se rendre compte de ce que chaque pièce, chaque espèce de récolte a produit. En faisant la base du dizeau de quatre gerbes, le monceau en contiendra dix, et en comptant les monceaux on a instantanément le nombre total.
Il est rarement avantageux au cultivateur de faire glaner ses champs moissonnés autrement qu’en les faisant parcourir par un troupeau de moutons. Autant que la législation le permet, il doit proscrire le glanage sur ses terres. C’est rendre un véritable service à la population, parce qu’on la force ainsi à renoncer à une coutume dont le résultat le plus déplorable est une sorte de vagabondage, de gaspillage, qui dispose le glaneur à regarder définitivement comme sien le bien d'autrui. Quant à la question légale, il en sera parlé à l’article Législation agricole.
SECTION 1V.-— De la récolte des racines.
$ I°".— Époque de l’arrachage.
Depuis que ces plantes sont regardées comme élément essentiel dans la combinaison d’un assolement judicieux, soit qu'on les fasse consommer en totalité, soit que l’agriculteur associe l’industrie à son exploitation pour transformer ses produits sur les lieux, afin de les écouler plus facilement et d’en utiliser les résidus, la culture et la récolte des plantes à racines a acquis une haute importance.
Pour ceux de ces végétaux qui sont bisannuels , et la plupart sont dans ce cas, La maturité où le maximum du développement ne se manifeste par aucun indice; dans ceux qui ne vivent qu'une seule année, tels que la Pomme-de-terre et le Topinambour, la maturité se décèle souvent par la teinte jaunâtre que prennent les feuilles et les tiges.
Dans tous les cas, l’époque de l’arrachage est subordonnée à la saison, ainsi qu’à la plante qui doit succéder. Lorsque le terrain est destiné à rapporter des plantes hivernales, on ne saurait trop se hâter d'opérer larrachage ; quand l’emblavure ne doit avoir lieu qu'au printemps suivant, on peut ne consulter que les circonstances atmosphériques. Il ÿ a dans la culture des terres argileuses une grande difficulté pour lintroduction des racines, c’est que celles-ci y mürissent plus tard qu'ailleurs, et qu'il faut néanmoins récolter plus tôt, sans quoi on s’exposerait à voir le terrain pétri el pour ainsi dire corroyé par les travailleurs et les attelages.
$ IL.— Récolte à la manière des Anglais.
L’Angleterre, entourée de mers profondes , enveloppée sans cesse d’une atmosphère brumeuse, ne voit pas comme chez nous une température excessivement basse succéder brusquement à une forte chaleur. Le climat y est plus égal, et, quoique située plus au nord que la France, rarement la gelée y a autant d'intensité. Cette différence dans la climature en a amené une autre dans l’économie rurale; je veux parler de la stabulation daus des parcs ouverts, ou à l'air libre. L'art ou peut-être la nature a créé des races de moutons qui s’accommodent fort bien de ce régime, tandis que les végétaux n’éprouvent que peu de dommages dela part des gelées. Aussi, rien de plus commun dans