CONSERVATION DES RACINES
doit peu balancer devant un léger surcroit de dépenses, lorsqu'il s’agit de pourvoir à la subsistance des animaux, et qu'on a des doutes sur la propriété du cellier à former obstacle aux rigueurs de l’hiver.
On placera prés de l'entrée les racines qui, ayant été récoltées par un temps peu propice, seraient sujeltes à pourrir, afin qu'on puisse les faire consommer les premières, sans déranger les autres monceaux,
Il ne faul jamais placer les racines à conserver sur le sol nu, mais étendre au préalable une couche de feuilles sèches où mieux de paille. On a recommandé dernièrement, pour le même objet, le charbon réduit eu poussière.
Dans tous les endroits où l’on a à sa aïsposition une source qui sorte immédiatement de terre, on se trouvera très-bien de faire circuler un filet d’eau dans le cellier. Elle y maintiendra, pendant l’hiver, une température chaude qui empêchera la gelée d'y pénétrer ; et, lorsque les premières chaleurs du printemps arriveront, elle y entretiendra une fraicheur qui préviendra la germination.
$ IL. — Conservation dans les étables.
On sait que /es étables bien construites, tout en permettant la circulation libre de l'air, coùservent néanmoins beaucoup de chaleur. On a cherché à utiliser cette chaleur pour établir et chauffer des serres de primeurs. On pourrait, dans la plupart des cas, l’employer plus utilement à préserver les racines de la gelée. Je ne fais qu'indiquer cette idée, à laquelle on a donné suite dans quelques parties de la Belgique. ScæwerTz, dans l'ouvrage qu'il a laissé sur Pagriculture de ce pays, donne la descriplion d’uis étable d'engrais et dans laquelle on peut fort bien conserver les racines au moyen de la chaleur qui se dégage du corps des animaux, et du fumier qu’on y laisse. Nous en allons faire.une description succincte (fig. 464).
Cest la partie où se trouvent les animaux dont la chaîne d’altache est fixée au poteau 9; Dest un sentier réservé derrière les bestiaux pour le passage ; E est l'endroit où loi: jette le fumier à mesure qu’on le retire de dessous les animaux; une excavation est creusée dans le sol et recouverte par des planches, lesquelles forment le plein-pied du .
couloir A, réservé pour la circulation, et
pour y déposer les aliens devant les animaux. C'est dans lexcavation creusée ou ménagée au-dessous de À, qu’on place les racines ; on les relire à volonté, pourvu que l’on ait eu l'attention de ne pas clouer les plan-
328 AGRICULTURE : CONSERVATION DES RÉCOLTES
ches du couloir. Il sera facile de faire à ces dispositions les modifications nécessitées par la disposition des bâtimens.
$ IT. — Conservation dans les silos.
Les procédés de conservalion que nous venons de décrire ne conviennent guère qu'à la petite culture. Qnand on récolle une grande quantité de racines, iln’est pas possible, ou du moins économique, de construire des caves où des celliers d’une dimension suffisante. Aussi, dès qu'il a été prouvé que l'enfouissement dans la terre est un moyen de conservation aussi sûr que facile, tous les agronomes se sont-ils empressés de l'adopter. IL est résulté de l'introduction des silos un autre avantage auquel on n'avait pas songé; c’est qu’on peut, parce moyen,utiliser les forces des animaux dans un moment où ils sont ordinairement peu occupés. En effet, l'époque où l’on transporte les racines dans les caves où dans les celliers est également celle où s’exécutent les ensemencemens d'hiver, opérations qui sont encore aujourd'hui les plus importantes de l’agriculture européenne. Par le moyen des silos, établis dans le champ même, on n’a pas besoin des attelages, qui alors se reportent tout entiers aux travaux des semailles. Lorsqu'arrive la saison rigoureuse, les animaux de travail sont occupés utilement au transport des racines nécessaires à la consommalion où aux opérations industrielles.
Le silo, dans le sens le plus étendu de ce mot, est un monceau de racines recouvert d'une couche de terre suffisante pour empêcher l'introduction de la pluie qui les ferait pourrir, — de l'air qui provoquerait la germination, — et de la gelée qui en désorgauiserait le tissu.
Dans les commencemens, et ceci a lieu encore dans certaines parties de la Belgique, on raliquait dans le sol une excavatioù circu- [ie ou quadrangulaire dans laquelle on empilait les racines jusque près de la superficie, et on refermait l'ouverture avec de la terre amoncelée en forme de cône ( f£g. 465 ).
Fig. 465.
N KINÈR K
Mais on ne larda pas à s'apercevoir, surioul daus les terrains légers et sablonneux, que l'eau pénétrait jusqu'aux racines et en déteriniuait la putréfaction. Il y a d'ailleurs un inconvénient inhérent à ces sortes de silos, c'est qu'on ne peut les visiter souvent el facilement, en sorte que, si la décomposition des plantes commence à la partie inférieure, l'on ne s'aperçoit du dégât que lorsque la lotalité est détruite, et lorsqu'il n’est plus temps d'y porter remède. Il fallait d’ailleurs uue assez forte dépense en main-d'œuvre
pour déplacer une aussi grande masse de terre:
Ce furent Les Anglais qui les premiers songèrent à construire les silos en partie hors de terre, et en partie dans le sol même. On commence par ouvrir dans le sol une tranchée ( #g. 466) sur une largeur de 4 pi.
Fig. 466.
Ke | K 7 NS
el à une profondeur de 2 pi.; on la prolonge aussi loin que l’on veut. Au fond et sur les côtés on net une légère couche de paille, indiquée par une ligne spéciale qui la représente. On met alors les racines dans l’excavation ; une fois arrivé au niveau du sel, on élève le monceau en talus. Il faut que ce taius soit naturel, c’est-à-dire formé sous un angle de 45°: plus aigu, les racines s’ébouleraient; la terre dont on les couvrirait se soutiendrait mal, et finirait par tomber lorsqu'elle aurait été travaillée par les gelées : plus obtus, les pluies, n'ayant pas assez de pente pour s’écouler rapidement, pénétreraient dans le silo, le dégraderaient et feraient pourrir les racines. Lorsque le talus a été ainsi formé, on couvre le tout d'une légère couche de paille, et on creuse les fossés sur une largeur de 15 pou. en jetant Ja terre qui en provient sur la paille, ce qui forme la couverture de terre BB, laquelle aura au moins 18 pouces d'épaisseur. Les fossés seront creusés à TUE, pouces plus bas que le fond inférieur de la tranchée où sont les racines. Ainsi l'humidité, de quelque manière qu’elle arrive, ne peut séjourner longtemps dans le silo, parce que l’eau cherche toujours à descendre ‘au point le plus bas qu’elle puisse atieindre.
On a soin de battre fortement à la pelle la terre rapportée contre le talus, afin que les premières pluies ne puissent l’entrainer.
Pour prévenir cet inconvénient, lorsque la terre a trop peu de consistance, on plante de distance en distance des ramilles qui la retiennent. Ces ramilles sont encore d’un grand secours pour empêcher la neige d’être balayée par les vents. La neige empêche tellement les grands froids de pénétrer dans la terre, que souvent on a vu des racines qui en étaient abritées, lever et croitre pendant les froids les plus rudes. Les silos anglais se construisent ordinairement près des cours et des habitations : le plus souvent on les fait à demeure, c’est-à-dire toujours à la même place. Ainsi, les frais d'établissement n’ont lieu qu’une fois. à
Cependant il est des circonstances où la culture des racines, entreprise sur une trésgrande échelle, ne permet pas de construire ainsides silos permanens, parce qu'il faudrait faire le sacrifice d’une trop grande étendue de terrain, et qu'ils ont l'inconvénient, signalé tout-à-l'heure, d'exiger un transport
immédiat. C’est particulièrement le cas où se trouvent les cultivateurs qui ont annexé à leur exploitation une fabrique de sucre de betteraves. Ainsi, il n’est pas rare de trouver des cultures où un hectare suffirait à peine pour l’emplacement des silos; on comprend qu'il faudrait, pour ce seul objet ,perdre annuellement la valeur d’un hectare ou davantage.
Dans ce cas, on fait le si/o dans le champ méme, au bord des chemins les mieux entreteous ; el, au lieu de creuser dans le sol une excavation, on dispose simplement les racines sur la terre (Æg. 467 ) : on couvre le ta-