‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 237 sur 357 · CONSERVATION DES RACINES · texte numérisé non relu

CONSERVATION DES RACINES

gelées ne déterminent pas a décomposition des autres.

$ IV. —Autres moyens de conservation.

On à remarque que toutes les plantes du genre Chou et du genre Navet sont moins sensibles au froid que ja plupart des autres racines. Ainsi, il est rare de voir geler des rutabagas, et, après l'hiver, on trouve souvent des navets qui n'ont pas été attaqués par la gelée. On a fait à ce sujet une remarque importante, c’est que les plantes qui n’ont point parcouru tout le cercle de leur végétation résistent mieux au froid que celles qui seraient complètement müres, lorsqu'on les laisse sur le sol sans les arracher; et on a remarqué, au contraire, que les plantes récoltées avant malurité, et mises en silos, contractent plus facilement Ja pourriture. Cette vérilé a paru dans tout son jour à l'automne 1834. Une foule de fabricans de sucre, qui avaient commencé leurs récoltes de racines en septembre avant la maturité, ont perdu beaucoup de ces produits serrés avant l’époque convenable, tandis que les autres se conservent fort bien.

Ainsi, pour les cruciféres qui produisent des racines charnues et qui ne sont pas avancees dans leur végétation, on peut se dispenser de les récolter avant l’hiver. Ce cas se présenle fréquemment daus les récoltes dérobées, telles que navets semés dans du sarrasin et des féverolles, ou, après du seigle, du froment, etc. On les laisse à eux-mêmes Jjusqu'au printemps; alors, quand la végétation commence à se réveiller et les tiges à monter, on arrache le tout pour en affourrager les animaux.

Si l'on avait besoin de ces plantes pendant le courant de l'hiver, on pourrait les arracher, les entasser modérément sur le sol, en ayant soin de les couvrir avec leurs feuilles après les avoir décolletées, ou mieux de les a monceler sans les dépouiller de leur feuillage, pourvu que celui-ci soit étalé de manière à servir de couverture.

On pourrait encore rentrer les racines crucifères dans des granges, des hangars, ou même dans des cours. Elles se conserveront très-bien, pourvu qu'on ne fasse pas de gros monceaux, et qu'a l'approche des grandes gelées, on les couvre d’une légère couche de paille; dans le Limousin, où l’on consomme une grande quantité de raves, onse contente de les rentrer dans les granges et de couvrir la superficie des tas avec de Ja menue paille de sarrasin. Les cultivateurs qui en usent ainsi assurent n'avoir jamais eu à regretter la perte d’une seule racine.

$ V.—Couservation des racines destinées à la nourriture de l’homme.

Tout ce que nous avons dit jusqu'alors ne peut guère convenir qu'aux produits employés a la nourriture des animaux domestiques ; les racines que l’on réserve pour la consommation de la ferme, ou pour être conduites au marché, seront serrées dans un local où l'on puisse en prendre journellement la provision nécessaire sans beaucoup de travail, et sur-

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tout sans déranger les autres racines. On a ordinairement, pour cet objet, une serre obscure, dite jar dix d'hiver. Les racines de chaque espèce sont stratifiées par lits alternaiifs avec du sable sec. Elles conservent ainsi toute leur fraicheur, et les qualités qui les distinguent ou les font estimer ne sont nullement altérées par le contact d’autres objets.

Le meilleur moyen de conservation, c’est certainement la dessiccalion, puisqu’elie a pour résultat l'évaporation de l’eau de végélation, laquelle est un agent puissant de désorganisation. Mais on ne peut employer ce moyen que dans des cas très-rares, et sur de pelites quantités. C’est ainsi que, dans cer- {aius cantons, on deéssèche Les oignons et Les carottes, que lon expédie sur la capitale pour les apprêts culinaires. On se sert, pour cela, d’une étuve ou d’une touraille à drèche.

La dessiccation est encore le seul moyen de conservation employé pour certaines plantes commerciales, telles que la garance el la rhubarbe; nous en parlerons à la culture spéciale de ces plantes.

ANTOINE, de Roville.

ART. IV. — De la conservation des fruits.

Il appartient à l’'HORTICULTURE et à l’Éco- NOMIE DOMESTIQUE d'indiquer les moyens de conserver, pendant plus où moins longtemps, les fruits qui parent nos desserts à diverses époques de l’année. Ici, nous devons nous borner à quelques préceptes généraux applicables aux fruits que les agriculteurs peuvent avoiroccasion de récolter en grandes masses, tels que les pommes, les poires, les chàtaignes, les noix, les olives el quelques autres. Les moyens spéciaux de conservation comme derécolte, de quelques-uns de ces fruits, trouveront place dans les articles qui traiteront des détails de leur culture.

Il est généralement reconnu qu'on doit laisser sur les arbres le plus tard possible, jusqu’en novembre si les froids le permeltent, les fruits dont l’usage doit se continuer pendant longtemps. Quand ils ont été cneillis, on les laisse en tas pendant quelques jours, pour les laisser suer el se ressuÿér ; On les place ensuite dans divers lieux pour les conserver. :

La plupart des moyens de conservation reposent sur le priocipe qu'on évite la fermentation ét la pourfiture en interdisant le renouvellement de l’air et l’accès de lhumidité. IL n’est pas moins indispensable de mettre les fruits à cidre ou à couteau à l'abri des gelées. En général, dans les fermes, on se borne à placer Les fruits dans les greniers, par couches peu épaisses, sur de la paiile, el on les recouvre encore de paille lorsque les froids se font sentir; dans quelques etablissemens bien ordonnés, il existe des fruitiers proprement dits, où les fruits sont rangés par espèces sur des étagères, ou entassés dans des compartimens, des boites, des tonneaux, par couches alternatives, avec du son, des cendres, du sable desséché au four, des balles d'avoine, de la mousse, etc: 1

Ce moyen de conservation nous conduit à citer, comme l’une des meilleures pratiques

LIV. 1%, lorsqu'on doit l'appliquer à de grandes quantités de fruits, de les placer, comme les racines, dans des celliers secs et frais. Enterrés dans des fosses, bien préservés de l’hüumidité, on les a trouvés parfaitement sains et frais une année après qu'ils avaient été récollés. On peut alors appliquer aux fruits des dispositions analogues à celles prescrites précédemment pour les racines, en faisant observer, loutefois, qu'il est beaucoup plus nécessaire que le terrain où on les enterre soil parfailemeut sec, élevé, et à l’abri de toute humidité. Les couches de fruits ne doivent pas être trop épaisses, et il est indispensable qu'on puisse les retirer partellement, sans que toute la masse soit exposée au contact de l’air,quirend leur altération très-prompte.—M. Morisor a proposé pour cet usage un silo qu’on pourrait adopter. Il consiste en une fosse dont on garnit le fond et les parois de paille longue, assujettie au moyen de gaulettes et de petites chevilles. Au foud on place ensuite un fort châssis en charpente, sur lequel sont superposées, jusqu'à la partie supérieure, qui est fermée de planches et recouverte d’une couche épaisse de terre, des caisses plates à claire-voie, dans lesquelles les fruits sont déposés. De cette mauière, ces fruits se trouvent isolés les uns des autres, a peu près comme sur les étagères d’un fruitier, et parfaitement à l’abri des alternatives atmosphériques de sécheresse, d'humidité, de froid ou de chaud.

. C.-B. ne M.

SEcTion 11. — Du battage et du nettoyage des grains.

ART. 1%. — Du battage des grains.

La séparation des grains de la paille, Z'égrenage, est une des opérations les plus importantes de l’agriculture : de la manière dont on l’exerce, dépend en grande partie, le profit quele cultivateur retire de son exploitation. Il influe essentiellement sur la qualité du produit tant en grain qu’en paille; il rend cette opération plus ou moins coûteuse, et met le produit plus tôt ou plus tard à la disposition du propriétaire.

Cette opération s'exécute par le barrage au fléau, par le dépiquage, où par légrenage. Cest l’homme qui manie le fléau ; c’est au moyen du piétinement des animaux que le dépiquage a lieu; ce sont les machines qui effectuent l’égrenage. Le battage au fléau, quoique très-lent, est le procédé le plus généraiementrépandu, et celui qui probablement disputera le plus longtemps le terrain aux machines qui le remplacent très-avanlageusement presque dans toutes les localités et dans presque toutes les circonstances; ce que nous indiquerons, en montrant d’un côté les nombreux et graves inconvéniens inhérens au battage, et de l’autre, les avantages que procurent les machines à battre, dont l'efficacité est prouvée par l’expérience.

$ 1°". — Du battage au fléau.

Pour se faire une idée de la fatigue que le battage cause à l'ouvrier qui l’exécute, 1!

suffit de le voir manœuvrer le fléau : il lève cet instrument au moins 37 fois par minute pour le faire tomber avec un fort appui autant de fois; s’il travaille 10 heures par jour, 1l frappe donc 22,200 coups avec un instrument assez lourd. Aussi ce ne sont que des hommes forts qui peuvent être employés à ce genre de travail; et l’emploi des femmes ou inême des hommes faibles n’est qu’exceptionnel, ce qui constitue un très-grand inconvénient de ce procédé, surtout dans les contrées où la population est clairsemée, et uon moins dans les localités où les fabriques absorbent une grande fraction des ouvriers valides.

La /enteur avec laquelle s'effectue le battage au fléau est un autre grand inconvénient de ce mode. Il demande une surveillance journalière très-attentive, qui se prolonge pendant une grande partie de l’année, et qui, par celte raison, est coûteuse, sans pouvoir empêcher de nombreuses dilapidalions et sans pouvoir garantir un égrenage parfait, attendu que l’ouvrier, quel que soit le genre de sa rétribution, n’a aucun intérêt à extraire le dernier grain de l’épi; en effet, il gagne en faisant son travail d’une manière imparfaite, s’il est payé à la tâche; et il ménage ses forces, s’il est soldé à la journée. L’esprit de corps qui règne parmi les ouvriers de tous les pays rend le contrôle, quant aux petites iufidélités des batteurs à fléau, trèsdifficile.

Encore une des conséquences fâcheuses pour l'agriculteur, qui résulte de la lenteur de ce procédé, c’est qu’il ne peut pas disposer de ses grains quand il en a besoin, soit pour faire la semence, soit pour profiter des conjonctures commerciales, souvent aussi avantageuses que passagères.—Dans les localités où les ouvriers vigoureux n’abondent pas, le cultivateur est réduit quelquefois à la nécessité de subir des conditions très-onéreuses.

— Le blé qui a souffert de l'humidité pendant la récolte, ou après, ne peut être sauvé par ce mode lent d'égrenage.

Le battage au fléau,en outre, ne brtsant pas suffisamment la paille, Yapprête mal pour la nourriture des bestiaux, ce qui est l'usage le plus économique qu'on en peut faire dans la presque totalité des cas: Ce n’est que dans la proximité des grandes villes que la paille uon brisée est recherchée pour la litière des chevaux de luxe et pour quelques fabriques.

— Dans les localités où les bâtimens ruraux sont couverts en chaume, la paille longue est bien un objet de nécessité ; mais ce besoin n’absorbe qu’une petite fraction du produit total de la paille, et n’est pas par conséquent une raison suffisante pour mainteir le batlage au fléau comme règle générale.

Cependant, malgré tous ces inconvéniens, le battage au fléau est préférable à tout autre mode d’égrenage, dans le ceutre et dans le nord de la France, pour les cultivateurs peu aisés, à cause de l’économie de ce moyen et de la facilité de limiter ses résultats aux besoins, aux travaux de la ferme. La petite propriété demeurera toujours son domaine, Jusqu'à ce que l'usage des machines à battre transportables et mues par les bras des hom-

DÜ BATTAGE AU FLEAU.

mes, éprouvées en Angleterre, soit introduit en France.

Le fléau est ur instrument composé de 2 bâtons attachés l’un au bout de l’autre au moyen de courroies. Ses formes varient beaucoup selon les pays : la plus ordinaire est celle représentée (/#g. 469). Nous citerons encore le fléau usité Fig. 470. 469.

dans les Landes ( fig.

478 ). Dans quelques contrées, notamment dans l’ancienne Provence et le Dauphiné, on bat les grains, non plus au fléau, mais avec de longues gaules.

Plusieurs hommes peuvent battre ensermnble sans se nuire, en se mettant deux par deux à quelque distance ; ils frappent alternativement et souvent en mesure,sur les gerbes étendues devant eux. Les coups portent dans toute la longueur des gerbes, afin que les épis des chaumes les plus courts soient égrenés comme les autres. Lorsqu'un côté est bien battu, un des batteurs retourne les gerbes, puis, après avoir battu ce nouveau côté, il’délie les gerbes, en forme un lit de l'épaisseur de 4 à 6 pouces, qu’il bat et retourne encore avec le manche du fléau; enfin, il secoue la paille toujours avec la verge du fléau, et la bet de nouveau. En sorte qu'une quantité de gerbes doit passer 8 fois sous le fléau, 2 avant d’être déliées, 4 après l'avoir été, et 2 lorsque la -paille est secouée. On se dispense de ces 2 dernières facons lorsque le blé est bien sec, ou qu'on ne tent pas à ne laisser aucun grain daus la paille.

La paille battue est trainée, d’abord avec le manche du fléau, puis avec un râteau, dans un coin de la grange, où on en fait des bottes d'environ 12 liv.:2 bottes de blé non battu n'en font guère qu'une de paille. Quand le tas de blé est assez considérable pour gêner le battage, on l’amoncèle dans un coin pour procéder, soit à la fin de la Journée, soit à Jour fixe, au vannage et au netloyage.On appelle autons, blé chappé, blé vétu, les grains qui ne perdent pas leur balle florale interne dans les opérations du battage et du criblage; on les met généralement à part pour les donner aux volailles.

Un 0or batteur peut battre complètement où à net, par jour de travail, de 50 à 80 gerbes de froment, d’aprèsles différens degrés de dessiccation et le poids différent des gerbes. — Du reste, la diificuité du battage varie à l'infini, en raison des années et des terrains, de l’état dans lequel les céréales ont été rentrees, etc. Le seigle est plus facile; le grain

| humide ou battu peu de temps après la ré-

colle offre plus de dilficulté; on risque même quelquefois. dans les pays du Nord, d’écraser le grain, si l’on n'attend pas assez pour opérer le battage. , Quant au prix du battage au fléau comparé à la valeur vénale du rendement en grains, il diffère d'après les circonstances » locales, Suivant les résultats recueillis par la

Société royale et centrale d'agriculture, le r2cnimum de la moyenne prise par département, du prix proportionnel du battage, à-a valeur vénale du rendement en grains, est de 3 p.100. C’est le département de la Haute-Garonne qui jouit de cet avantage. Dans le département de Tarn-et-Garonne, le prix du baltage est à p. 100; dans celui des Pyrénées-Orientales, de 5 1/2 p. 100; dans ceux de Jura et de la Sarthe, 6 1/4 p. 100; Haute-Auvergne, Basse-Auvergne, 8 p.100 ; Puy-de-Dôme, 6 1/3 p. 100; Haute-Saône et Haute-Vienne, 6 2/3 p. 100 ; Isère, 8 1/2 pour 100.

$ IL.— Du dépiquage des grains.

Le dépiquage est l’égrenage fait au moyen du piélinement des animaux. Ce mode est très-ancien dans les pays méridionaux. Les dégâts que les animaux font ordinairement pehdant la récolte peuvent avoir donné lieu a cette découverte : quelques gerbes renversées et foulées aux pieds des animaux, auront été remarquées par un agriculteur industrieux qui aura conçu la première idée que le piétinement des animaux suffit pour faire sortir les grains des épis.

De nombreux documens historiques prouvent que le dépiquage a été conbu, de temps immémorial, des Hebreux, des Egyptiens et des autres peuples de l'antiquité.

En France, ce mode d'égrenage dale probablement de l’époque des Croisades. L’usage en a été de tout temps borné à quelques contrées méridionales de ce pays, et il y est resté confiné. Il est généralement répandu dans les départemens de Vaucluse, de l’Hérault, des Bouches-du-Rhône, des Basses- Alpes, du Var et du Gard; dans 6 autres départemens, il est en usage simultanément avec le battage au fléau; ce sont l’Ariége, l'Aveyron, les Pyrénées-Orientales,la Haute- Garonne, l'Aude et la Corse.

Pour être à même d'apprécier les avantages et les inconvéniens du dépiquage comparativement aux autres procédés d’égrenage, il faut conpailre tous les détails de celle opération. L'abbé Rozier en a fourni, dans son Cours complet d'agriculture, une description aussi claire qu'exacte; nous la lui emprunions. — « On commence par garntr le centre de l'aire par 4 gerbes sans les délier; lépi regarde le ciel, et la paille porte sur la terre; elles sont droites. À mesure qu’on garnil un des côtés des 4 gerbes, une femme coupe les liens des premières, et suit toujours ceux qui apportent les gerbes; mais elle observe de leur laisser garnir tout un côté avant de couper les liens. Les gerbes sont pressées les unes contre les antres, de manière que la paille ne tombe point eu avant; si cela arrive, on a soin de Ja relever lorsqu'on piace des nouvelles gerbes : enfin, de rang en rang, on parvient à couvrir presque toute la surface de l'aire. ;

» Les mules, dont le nombre est louJours en raison de la quantité de froment que l’on doit battre, et da temps qu'on doit sacrifier pour celte opération, sont attachées deux-àdeux, c'est-à-dire que le bridon de celle qui décrit lecôté extérieur du cercle estliéau bridon de celle qui décrit l’intérieur du cercle;

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