C. B. de M
CHAPITRE SECOND.—pu SOL, DE SES PROPRIÉTÉS ET DE LA NATURE DIVERSE DES TERRES.
Les premiers objets, les premiers motifs d'étude dans la science agricole, sont les qualités du sol, question importante et l’une des plus difficiles de celles que présente lagriculture, ces qualités variant en raison de la nature el de la composition des terres, de leurs propriétés physiques, de l'influence qu'exerce la couche inférieure, enfin de leur degré de fertilité. La connaissance de ce qui concerne les sols sera complétée par l’indication des moyens de juger des qualités des sols d'après l'aspect et les propriétés physiques, d'après Jes plantes qui y croissent spontanément, enfin par l’analyse chimique.
SECTION 1°. — De la formation des sols.
Le sol arable, c’est-à-dire la couche terreuse propre à la végétation, et quise rencontre à la surface de notre globe, dans tous les lieux que n’occupent pas les eaux et les rochers, est composé d’une multitude d’élémens divers ; ce sol varie autant que les couches géologiques qui ont contribué à sa formalion par leur décomposition plus ou moins rapide, plus où moins complète, et il a la même nature, mais sous un autre élat.
Les roches, à leur état primitif, se présentent sous la forme de masses très-solides, compactes, souvent pierreuses : transformées en terre, elles sont devenues friables, pulvérulentes, à un degré plus ou moins grand en raison des propriétés chimiqueset physiques des élémens qui les composent, et du mélange de leurs diverses espèces.
La vegétation elle-méme contribue à la formation des terres : c’est ainsi que sur les rochers les plus nus il s’établit d’abord quelques lichens imperceptibles qui retiennent l'humidité, agissent sur le roc et contribuent, avec les variations du temps et les influences atmosphériques, à le décomposer peu-à-peu.
Bientôt cette première décomposition,mélée aux débris de cette première végétation, forme une petite couche de terre végétale ; c'est alors que naissent d’autres plantes plus fortes, telles que les grands lichens, les mousses, des graminées, etc., dont l’action plus puissante et les débris plus considérables accroissent avec plus de rapidité la couche de terre, et finissent par en faire un sol arable.
Tel a été, nous devons le croire, son premier mode de formation sur un grand nombre de terrains, et, si nous voyons ericore aujourd’hui des rochers à nu, c’est que leur silualion abrupte a empêché l'établissement de toute væétation, ou a laissé successivement entrainer par les pluies, dans les lieux plus bas, le produit de la décomposition des rocset de la végétation des plantes. C’est par
cette raison que le s0/ des vallées esttoujours plus profond,d’une épaisseur inégale,et d’une composition très-variée, tandis que celui des plateaux offre peu de profondeur, mais beaucoup d’uniformité dans son épaisseur el sa composition.
Certaines couches géologiques sont naturellement à un état terreux qui rend leur désagrégation où mélange bien plus facile.
Ces couches peuvent généralement être rapportées à trois espèces d’après lesquelles les terres arables ontété divisées entrois classes, savoir : 1° les terres argileuses, plus ou moins compactes ; 2° les terres sableuses, plus ou moins légères, et 3oles terres calcaires, plus ou moins pures.
Le degré de fertilité de ces différentes espèces de terre dépend du mélange qui en a élé opéré par la nature ou par la main de Phomme ; chacune d’elles isolément ne possède guère plus de propriétés végétatives que les rochers dont elles proviennent, tandis que leur mixtion constitue tous les sols, depuis les plus médiocres jusqu'aux plus riches , en raison de ce que l’une ou l'autre de ces lerres domine, ou bien qu’elles sont combinées dans des proportions convenables.
14 janv. 1834.— L. HÉRICART DE THuRY.
SECTION 11. — Composition, qualités des dif- Jérens sols.
Les ditférens terrains propres à la culture offrent des variations tres-nombreuses dans leur nature, leur composition et leurs qualités ; maistous doivent réunir les conditions générales suivantes.
$ IT. — Nature et qualités des sols.
1° Étre assez divisées pour que les racines les pénètrent facilement, et que les plumules ou germes les soulèvent ; assez pesans pour que les tiges ébranlées par les vents résistent à l’aide de l'espèce de scellement des racines.
Ainsi, par exemple, si l’on considère une plante à tige hauteet feuilles très-développées, comme le Soleil (Helianthus annuus)de lafigure 19, on concoit que le poids de toute cette partie volumineuse hors de terre, augmente par les mouvemens que lair agité lui imprime, sera difficilement contrebalañcé par le poids du volume de terre que comprennent les racines.Cette condition de stabilité ne sera donc pas remplie dans les sols trop allégés, soit par l'abondance du terreau, soit par des proportions trop fortes de calcaire magnésien, et un seul coup de vent pourra renverser une plantation de ces végétaux à haute tige. L’arrachage à la main de ces pläntes et de diverses autres peut donner des indices sur la nature d'un sol, uotamment sa éenacute, sa
perméabilité aux racines, sa /égereté qui favorise le développement de cellesci, etc.
2° Etre assez perméables aux eaux pluviales et retenir l’eau, au point de se conserver humides à quelques pouces de profondeur, sans former, après les aipluies er d'une manière
durable , une sorie de pâte ou bouillie qui chasse la presque totalité de l'air . libre, et sans présenter
pendant les temps secs de ces larges crevasses qui déchirent les raci- | nes, et les font souffrir en les meltaut en par- : tie àl’air libre.
\ 83° Etre assez légers pour absorber , contenir etexhaler sous certaines influences l’air atmosphérique et les gaz ou vapeurs des engrais.
4° Avoir, au moins près de sa superficie, ure couleur jaunâtre, fauve, ou brune, assez foncée pour s’échauffer aux rayons solaires, et présenter aux plantes une chaleur humide (air et gaz chargés à une température douce de vapeur d’eau), circonstances qui excitent si puissamment la végétation.
5° Contenir de l’humus (débris organiques ou restes de végétaux et d’animaux morts,plus ou moins pourris Où consommés ), susceplble, par une décomposition spontanée, de fournir aux plantes des alimens solubles ou volatils. .6° Renfermer de l'argile, du sable (argileux, sililceux ou calcaire), et de la chaux carbonatée en proportions telles que les caractères précédens soient ou puissent être réunis, et surtout assez de la dernière substance (carbonate de chaux) pour qu’il ne puisse s’y produire ou s’y perpétuer un excès d'acide.
7° Avoir les propriétés précédentes dans une profondeur égale au moins à celles que les racines des plantes en culture doivent habituellement atteindre. Ainsi, par exemple, les betteraves jaunes, dites de Castelnaudary (Beta major), exigeraient une profondeur d'environ 45 centimètres, ou 15 à 16 pouces de terre meuble, puisque leur racine charnue fusiforme À (fg. 20), peut atteindre facilement celte longueur, et que si lesous-sol , wrop graveleux ou formé de tuf ou d'argile peu perméable, était plus rapproché, la racine pivotante se bifurquerait en radicelles sans valeur ou difficiles à utiliser. — Plu-
ÉIVARSe
Fig. 20.