‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 269 sur 357 · C. — Froment dur ou corné (Triticum durum · texte numérisé non relu

C. — Froment dur ou corné (Triticum durum

(fig. 544.)

Epi dressé, presque cylindrique dans quelques variétés, à faces déprimées avec des angles peu prononcés dans d’autres ; barbes très-longues et roides ; épillet plus long que large ; glume velue ou glabre, ovale-alongée, terminée par une pointe droite; grain long, anguleux, très-dur et glacé; paille roide et dure.

Les fromens de cette série appartiennent tous aux climats chauds; on les cultive beaucoup en Afrique, dans le midi de l'Europe, et particulièrement dans les provinces méridionales de lEspagne.

mais point ou peu en France, dont le climat leurconvient mal.

Nous ne parlerons donc pas en détail de leurs variétés et nous en mentionnerons une seule, qui peut figurer avec quelque avantage au nombre de nos blés de mars.

+34. Trimenia, où blé trémois barbu de Sicile ( fig. 544). Son épi, glabre et jaunâtre, est presque quadrangulaire, long, un peu étroit, les barbes droites et peu écartées. Le grain, de forme alongée, est moins anguleux que dansles autres variétés de cette espèce; la paille est fine, roide et assez dure,ce quin’empé-

Fig. 544.

372 AGRICULTURE : DES CÉREALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. £rvat,

che pas que le bétail ne la mange fort bien. Dcpuis environ 20 aus que ce blé a été introduit par FRANÇoIs DE NEUFCHATEAU, nous l'avons semé plusieurs fois avec succès aux envirous de Paris et en Gâlinais ; 1l nous a paru moins difficile sur le terrain que les autres blés de mars, et pourrait, dans certains cas, leur être préférable, quoique le peu d'apparence de son grain lui donne, relativement à eux , du désavantage pour la vente.

D.— Blé de Pologne (Tr. Polonicum).

(Ag. 545.)

Cette espèce se distingue facilement de toutes les autres, par ses grands et longs épis barbus, d'un blanc jaunâtre, par ses glumes très-alongées, et par son grain tres-long aussi, de la fornie de celui du seigle, et glacé au point d'être presque transparent.

35. Quoique le blé de Pologne ait quelques variétés, nous ne parlerons que de celle & épt long, connue aussi sous les noms de seigle de Pologne, seigle d’Astracan, etc. (fig. 545), qui a été l’objet d'essais multipliés en France. Malgré sa belle appareuce et la bonne qualité de son grain, il a été presque partout abandonné après quelques années de culture :

coume blé d'automne, il est délicat pour notre climat, où les hivers lui sont assez souvent funestes ; comme blé de printemps, il müritincomplètement et son grain reste Imparfait; nous l’avons de plus trouvé toujours peu productif; nous ne saurions donc en recommander la culture. Ne doutant pas, toutefois , qu'il ne soit long - temps encore l'objet de nouvelles tentatives, nous conseillerons, si on le sème avant l'hiver, de lui donner une terre très-saine, attendu qu'il craint singulièrement l'humidité, et si l’on en veut faire un blé deprintemps, de le semer dès le mois de février. M. le comte DE Bussy, qui cultive le blé de Pologne depuis 10 ans, aux environs de Nogent-le-Rotrou, nous a dit en être assez satisfait, en choisissant cette époque de semaille. Nous ajouterons que notre opinion, peu favorable sur cette belle espèce de froment, se rapporte seulement au nord de la France; nous ne croyons pas 1m-

ossible que, dans le midi, il ne se montre besuenes meilleur, d'autant plus que, malgré son nom, nous le regardons comme orl-

inaire d'Afrique. Les noms de blé d'Egypte, Pre du Caire, qui figurent au nombre de ceux won lui donne en Allemagne, paraissent

Fig. 545.

l'indiquer, et ce dont nous sommes certains, :

c'estque PRGUSSONNET en a envoyé, il y a en:

viron 30 an, du royaume de Maroc, au Jardin des Plantes, sous le nom de blé de Mogador.

E. — £peautre ( Tr. spelta).

(fig. 546 et 547.)

Epi long et grêle, à épillets écartés, laissant l'axe à nu dans leurs intervalles; glume épaisse, coriace, tronquée ; axe de l’épi fragile ; balles adhérentes au grain.

Les épeautres sont beaucoup moins cultivées que les fromens à grain pu, ce qui tient sans doute principalement à ce que leur grain ne se séparant pas de la balle par le battage, on est obligé, pour le dépouiller, de le faire passer une première fois sous la meule un peu soulevée; ces blés sont regardés comme plus rustiques, moins difficiles sur le terrain que les autres fromens et résistant mieux à l’humidité. Ils sont principalement cultivés dans les pays froids et montueux, notamment en Suisse et dans une partie de l’Allemagne septentrionale; tous sont d'automne, quoique susceptibles de mürir semés jusqu'en février; quelques-uns, même,selonMetzger, préfèrent cette dernière époque.

Le grain des épeautres, bien qu'un peu anguleux et de médiocre apparence, donne une farine très-estimée pour sa douceur et sa finesse, et que l’on emploie, de préférence à toute autre, pour les pâtisseries légères.

36. Les variétés barbues ou sans barbes, lisses ou velues, sont assez nombreuses ; la pius cultivée est l’épeautre sans barbe, à épi blanc ou rougetre (fig. 546), qui paraît être la meilleure pour le produit et la qualité.

Fig. 546. Fig. 547.

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++ 87. L'épeautre noire barbue ( fig. 547) est aussi une espèce vigoureuse el productive, mais qui, d'après Metzger, doit être semée de préférence en février où au commencement

de mars.

F.—Froment amidonnier (Tr. amyleum ).

(fig. 548.) Æpi barbu, comprimé, composé d'épillets

cHar. 15°.

étroits, rapprochés, et imbriqués régulière-

ment sur deux rangs; épillet à deux grains.

Les blés de cette race étaient autrefois compris parmi les épeautres,et en ont ele se-

parés par les botanistes modernes; on leur

donne fréquemment dans la pratique le nom d’épeautres de mars. Ce qui a été dit des qualités de l'espèce néralement applicable

Fig. 548.

récédente leur est très-gé- ; mais tous sont de printemps et veulent étre semés de bonne heure à la fin de lhiver.

+ 38. Parmi leurs variéltés, qui sont assez nombreuses,celle & épi blanc et glabre ( fig.

548) est d’une très-ancienne cullure enAlsace, où elle est estimée comme produclive et de bonne qualité, et où on lui donne les noms d’amelkorn, d’amylon et d'épeautre de mars.

D’après le témoignage de M. Wacini, elle réussit dans les terrains médiocres, trop pauvres pour l'épeautre d'automne ; la paille en est estimée pour le bétail.

G.—Froment engrain (Tr.monococcum).

Epi barbu, dressé, étroit, très-aplali, composé de deux rangées d’épillets très-resserrés et à un seul grain.

Cette céréale, qui, par l’apparence de son épi, ressemble plus à une petite orge à deux rangs qu'à un froment, est inférieure à toutes les espèces précédentes, et pourtant elle ne laisse pas d’être fort utile, à raison de la facilité avec laquelle elle réussit dans les plus mauvaises terres calcaires ou sablonneuses.

Dans une parlie du Berry et du Gätinais, on la sème avec succès sur des terrains regardés comme trop pauvres pour produire du seigle.

Nous l'employons personnellement en grand sur des terres excessivement calcaires, où,

Fig. 549. sans fumure, elle donne || hs d'assez bonnesrécoltes; sa paille est très-bien mangée par le bétail. L’engrain doit étre semé à l’autompe el peut l'être jusqu’en décembre , attendu sa grande rusticité. Onle seme quelquefois aussi sur Ja fin de l'hiver, mais il faut que ce soit de bonne heure, dès février, attendu que sa maturité est un peu tardive.

+39. Nous n'en connaissons d'autre variété que celle figurée ici (#g. 549), dont l'épi est d’un jaune roux.

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DES FROMENS.

Quelques considérations additionnelles sur les espèces et les variétés de froment.

Blés rouges et blés blancs.On a vu plus haut que, parmi les variétés du froment ordinaire (Triticum sativum), il s’en trouve à grain blanc et à grain rouge ou rougeâtre : les premiers, désignés sous le nom de blés blancs, sont regardés comme les meilleurs de tous les fromens; on a, depuis quelques années, mis beaucoup d'intérêt à les introduire dans le centre de la France, et presque partout les cultivateursenontétéextrémementsatisfaits; mais, dans beaucoup de lieux, les meuniers et les boulangers les ont décriés, au point d’en faire quelquefois délaisser la culture. Le memoire de M. Desvaux contient à ce sujet des remarques importantes, dont nous croyons utile de reproduire ici la substance. Le défaut des fromens blancs est de donner une pâte trop courte et moins liée que celle des fromens rouges; cela tient à ce qu’ils conliennent une trop grande proportion de fécule ou d’amidon, au détriment de celle du gluten. Ii suffirait dès-lors d'y ajouter, à la mouture, une petite portion de blé dur ou glacé, dans lequel le gluten surabonde, pour en obtenir une pâte parfaite. Ce mélange, selon M. Desvaux, pourrait, au besoin, être suppléé par l'addition à la farine de blé blanc d’une petite quantité de gélatine animale.

Blés durs et blés tendres. Selon M. Desvaux, les fromens durs ne donnent que 70 parties de pain sur 100 parties de farine brute, tandis que les fromens tendres, et les blanes spécialement, en donnent 90. Ce serait uve grande raison pour préférer les derniers ; toutefois les blés durs ont aussi leurs avantages ; le pain fait avec leur farine, quoique moins blanc, est plus savoureux, sèche et durcit moins promptement,et parait être plus nutritif. Si ce dernier point pouvait étre apprécié rigoureusement en chiffres, cela établiraitpeut-être la compensation.Nous ajouterons que les blés durs sont d’une conservation meilleure et plus facile que les blés tendres ; enfin, on sait qu'ils sont les plus propres à la confection du vermicel et des autres

| pâtes analogues. — Les circonstances qui ten-

dent à donner au grain du froment l’une ou l’autre de ces qualités sont imparfaitement connues. On sait qu’en général, les climats chauds, tels que celui de l'Afrique, donnent des blés durs, tandis que, dans le Nord, ce sont les blés tendres qui dominent; maïs cette règle présente bien des exceptions : ainsi, vous avons vu la touselle devenir beaucoup plus glacée aux environs de Paris qu’elle ne l'est en Provence; quelquefois dans le blé de Pologne, froment dur par excellence, et dont la substance est presque vitreuse, on trouve desgrains complètement tendres et farineux ; d'autres espèces, et notamment le trimenia barbu de Sicile, présentent assez fréquemment des grains dont une moitié esi tendre et l’autre cornée. Les causes de ces variations, qui ne sont pas sans importance pour les cultivateurs, mériteraient d’être recherchées.

Blés d'hiver où d'automne et blés de printemps. Linné avait fait de ces deux sortes de

blés deux espèces botaniques; ses suCCesseurs pe les ont pas admises, et, comme botanistes, ils ont eu raison. Mais les agronomes, beaucoup d’entre eux du moins, ont eu tort d’abonder tellement dans ce sens qu'ils aient presque regardé comme une hérésie de faire mention de blés de mars et de blés d'automne comme de choses distinctes. Bien que ce ne

soient, à la vérité, que des qualités acquises,

wune habitude de tempérament résultant

‘une longue succession de semis dans une saison donnée, il est certain, cependant, que cette qualité est fort importante à considérer pour le cullivateur. Plusieurs écrivains ont avancé que l’on pouvait faire à volonté, en 3 ou 4 ans, un blé de mars d’un blé d’automne, el réciproquement. Cette assertion nous paraîttrès-hasardée ; il est peu probable que l'on puisse faire ou défaire en 3 ou 4 ans ce qui, dans nos espèces acquises, est le résultat de la continuité d’une même influence pendant des siècles. D’un autre côté, le peu de faits que nous connaissons est, en général, contraire à celte opinion. Nous pensons, enfin, qu’elle peut être récusée par cela seul qu’elle est généralisée ; il est possible, en effet, qu’à l'épreuve, cette proposition se trouvàt vérifiée pour une variété de froment, et qu'elle fût démentie pour dix autres. Les agriculteurs doivent doncse garder de cesraisonnemens théoriques qui tendent à leur persuader que du blé d'automne et du blé de mars sont à trèspeu près la même chose; s'ils ont à semer du froment au printemps, qu'ils prennent un vrai blé de mars, et qu'ils choisissent plus soigneusement encore un vrai blé d'hiver, s'ils sèment en automne. Mais tout en nous faisant ici les avocats de la routine contre la fausse science, nous sommes très-loin de rejeter des essais et des tentatives ayant pour but d'éclairer ces questions et d’augmenter l’utilité des variétés. Voici même un sujet de recherches que nous proposerons. Rien ne serait, selon nous, plus important que d'arriver àtrouver un froment qui püt servirégalement pour les deux saisons, que fût à la fois trèsrustique comme blé d'hiver, et assez hatif pour que, semé en mars et même en avril, il parvint constamment, et dans le temps ordinaire des moissons, à sa maturilé Complète. On conçoit avantage qu'offrirait un pareil blé pour réparer les désastres d’un hiver rigoureux, ou les destructions locales causées par les inondations, par les mulots, les insectes, etc. En pareils cas, on à vu les fermiers manquer de blés de mars pour les réensemencemens, et être obligés de remplacer par de l'orge et de l’avoine leurs fromens détruits. Ici, les blés d'automne offriraient une ressource immédiate. Ce problème est probablement très-difficile à résoudre, altendu qu'il ne suffirait pas de la double condition énoncée plus haut, mais qu'il faudrait encore que ce fûtun blé productifet de bonne qualité. Malgré la difficulté, nous ne croyons pas la chose impossible : la nature est si libérale en variétés et en combinaisons de qualités! Nous proposons cetle tâche à des agriculteurs à la fois Jeunes, éclairés et persévérans; il s’en élève heureusement aujourd’hui de tels en France. Un de leurs devanciers dans la carrière, un des meilleurs

AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. uv. 1.

cuitivateurs que nous possédions, M. Bouréxois, de Rambouillet, l’a déjà essayé sur le blé lammas sans un succès décisif; semé en mars,le grain n’était pas toujours assez nourri ou assez complètement mür pour faire un bon blé marchand, et cette condition est de rigueur : à défaut du lammas, un autre froment d'automne la réalisera peut-être. Nous avons indiqué par des marques ++, dans l’énumération qui précède, quelques variétés réputées ou soupconnées êlre des deux saisons; on pourrait commencer par celles-là sans renoncer à en essayer d’autres. Enfin, on a la ressource des variations naturelles et spontanées : en s’attachant à rechercher dans un bon froment d'automne, sur pied,des épis qui, sans altération accidentelle, fussent d’une maturité beaucoup plus précoce que le reste du champ, on parviendrait peut-être, ainsi, à créer ou trouver une variété qui satisfit aux conditions énoncées. C’est une œuvre de patience que nous proposons ; mais on a bien vu des hommes employer leur vie à étudier et créer des variétés de jacinthe ou de tulipes ; pourquoin'en verrait-on pas qui destineraient quelques semaines parannée à éludier etcréer des variétés de froment ?

$ II. — Choix du terrain.

Les sols qui ont été désignés dans la seconde section du chapitre II de ce livre, sous le nom général d’argilo-sableux, sont ceux qui eonviennent le mieux au froment ; mais 1ls ne sont pas les seuls dans lesquels cette précieuse graminée puisse donner de bons produits. Chaque jour, grâce à l'emploi plus abondant et mieux raisonné des engrais et des amendemens, on s'aperçoit qu’il est >ossible d'étendre profitablement sa culture a des terrains qui n’en avaient point encore porté, — On doit regarder son apparition sur

beaucoup de points de la France comme une

preuve évidente des progrès agricoles.

Avec upe préparation convenable, Les terres fortes peuvent donner de beaux fromens.

Toutefois Les terres franches leur sont préférables, non seulement parce qu’il est plus facile de les travailler, mais encore parce qu’elles réunissent au plus haut degré les propriétés physiques les plus favorables, c'est-à-dire une consistance moyenne et une aplitude convenable à retenir l’humidite pluviale, tout en se pénétrant suffisamment de la chaleur solaire.

Le sol, les engrais et les amendemens apportent une grande différence, non seulement dans la quantité des produits du froment, mais dans les proportions relatives de ces produits, pailles et grains, et même dans celles des parties constituantes du grain, considéré chimiquement.—Si le choix des fumiers peut ajouter, aussi sensiblement qu’on l’a répété, à la quantité de gluten, il est certain que la nature du terrain influe beaucoup sur celle de la farine et du son. — Un champ humide produit des grains à écorce épaisse ; —un champ plus accessible à la chaleur donne une paille sensiblement moins longue, mais des grains mieux nourris en farine et par conséquent de plus de valeur, puisque le volume du son est toujours en raison inverse du poids total.

cHAP. i5°.

$ LI. — De la préparation du sol.

Une des circonstances les plus nécessaires à la réussite du froment, c’est que Le sol soit net de mauvaises herbes et suffisamment ameubli, au moins à quelques pouces de sa surface; car, après un labour profond, il n’est pas nécessaire de donner au soc une grande entrure avant d’exécuter les semailles.

Nous venons de dire, aprés ur labour profond, et, en effet, ce serait se faire une fausse idée de la croissance du froment, de croire que, parce que ses racines se contentent, à la rigueur, de 5 à 6 pouces, elles nesont pas susceptibles de s’étendre davantage. Il est de fait que leur longueur est proportionnée à l'épaisseur de la couche arable, et il est hors de doute que leur développement plus ou moins grand influe sur celui de la tige. Toutefois, pour que ce développement ait lieu même au-delà des limites ordinaires, il n’est pas indispensable que le sol ait été tout nouvellement remué à une grande profondeur.

—Onamême cru remarquer que cette céréale s’accommode mieux, après l'émission de ses premières racines, d’un fond de consistance moyenne, que de celui qui aurait été ameubli à l’excès, et que, généralement, elle craint moins les effets du déchaussement dans le premier que dans le second cas.

A la surface du sol, il faut aussi, par un autre motif, éviter plutôt que chercher à atteindre une pulvérisation complète. Les petites mottes que les cultivateurs aiment à voir sur leurs guérets après les semailles, ont l'avantage de retenir la neige, et,en se fendant plus tard à la suite des gelées, elles procurent aux jeunes plantes un utile rechaussement.

De tout cela il ne faut pas conclure que le froment se plaise sur des terrains peu ou mal Zabourés. La première observation doit engager seulement à ne pas donner trop de profondeur aux derniers labours, la seconde à modérer l’énergie des hersages ; et il n’en reste pas moins démontré que plus la terre a élé ouverte aux gaz aériens, mieux elle est propre à la végétation du froment. — Le système de Tue, qu'avait en quelque sorte adopté Dunamez; celui que le major Bearson a cherché tout récemment à faire prévaloir, et dont on ne peut nier quelques-uns du moins des résultats, viennent à l'appui de celle vérité. — Il est évident que les petites moites dont il a été parlé ne font qu’ajouter aux bonseffets des labours, puisqu'elles multiplient les points de contact du sol avec l’atmosphère. C’est en grande partie pour se donner le temps de préparer convenablement les champs aux semailles d'automne, qu'on a si longtemps suivi sur une grande partie de la France, et qu’on suit malheureusement encore dans beaucoup de lieux, la coutume de jachères biennales ou triennales, et que , même d’après les méthodes de culture les plus perfectionnées, on a fréquemment recours à des jachères partielles. C’est par suite du même principe que les fromens succèdent généralement avec avantage aux cultures fumées qui ont exigé de fréquens

DES FROMENS.

binages ou des butages. Dans tontes ces circonstances, le but principal est atteint : la terre est nettoyée, suffisamment ameublie, riche sans excès, pénétrée des gaz atmosphériques. La coïncidence de ces deux dernières conditions, comme on a pu déjà le pressentir, semble acquérir une importance toute particulière relativement au froment,: lorsqu'on songe que c’est une des plantes qui réussissent le moins bien sur les terres qui n’ont point élé encore ou qui n’ont pas été depuis longtemps sillonnées par la charrue. Personne n’ignore,en effet, qu’après un défoncement sur une défriche quelconque,ou sur une vieille luzerne retournée, etc., le froment donne, comparativement à toutes les racines, et même à l’avoine, à l'orge et au seigle, de fort chétifs produits. Cependant, il faut se hâter d’ajouter que le trèfle, comme culture étouffante (voy. l'art. Assolement), lorsqu'il w’occupe le sol que peu de temps, et par cela même sans doute qu’il ne l’occupe que peu de temps, est une excellente préparalion pour le froment. Cette exception, si on eut la considérer comme telle, est désormais ien connue.

Il serait impossible d'indiquer d’une manière précise le zombre de labours qu'il convient de donner pour préparer un champ aux semailles de blé, sans répéter en partie ce qui a été dit dans le chapitre V de ce livre, et dans la 3° section du chapitre II, puisque ce nombre doit, de toute néressilé, varier en raison de la nature et de l’état du sol. — Sur une jachère, 3 ou 4 façons sont parfois insuffisantes ; — sur un trèfle rompu, — après une culture de vesce ou de sarrasin, — après une récolte de féverolles binées, etc., etc.,— un seul labour peut, au contraire, assez souvent suffire.

Les cultures intercalaires, considérées comme préparation au semis du froment, doivent donc être prises en grande considération. On a cherché à établir, sur ce point, des règles générales à l’article 4sso/ement ; nous croyons devoir en rappeler ici les conséquences pratiques : Dans les terres fortes, les fèves pour les blés d'automne, les choux pour ceux de printemps, lorsque leur réussite a été assurée par de riches engrais, sont généralement suivis d’une belle moisson. Si nous ne consultions que notre propre expérience, nous en dirions aulant de la betterave, et 11 serait facile de trouver ailleurs bon nombre d’écrits et d'exemples à l'appui de notre opinion; mais, comme nous n’ignorons pas que les avis des cultivateurs sont encore partagés sur ce point, nous laissons à l’avenir le soin de prononcer en dernier ressort, bien convaincus, pour notre part, que sa décision sera favorable. — M. MA- THIEU DE DOMBASLE a reconnu, conformément à la pratique allemande, que le colza ou la navette précède ordinairement une belle récolte de blé; nous avons pu fréquemment constater le même résultat sur divers points de la France, et, plus particulièrement, chez un babile cultivateur de l'Ouest, M. B. CeserON, qui ne craint pas, dans ses assolemens, ordinairement très-fructueux.

de faire venir régulièrement le froment après le colza. — Dans les terres franches, moins

tenaces que les précédentes, le trèfle est, ainsi que nous l'avons déjà dit, une des meilleures cultures préparatoires. Enfin, dans les sols encore plus légers, la lupuline peut, jusqu’à un certain point, le remplacer pour cette destination. Queni aux pommes-deterre, l'opinion la plus répandue parmi les cultivateurs praticiens leur assigne une autre place; et, quoique nous soyons fondés à dire qu'avec d’abondans engrais elles n’épuisent pas assez le sol et ne l’effritent pas tellement qu’on ne puisse obtenir après elles de beaux fromens, toujours est-il qu'à moins d'expériences répétées avec succès pour chaque localité particulière, nous ne voudrions pas recommander d'une manière générale de faire suivre immédialement leur récolte d'une culture de froment, ou tout au moins de froment d'automne.

Les amendemens calcaires conviennent particulièrement à la culture du froment, dans tous les cas où l’on peut les employer conformément aux principes qui ont été développés ailleurs. — Dans les départemens où l’on fait un usage convenable de la chaux, on a remarqué que la qualité des blés s’est progressivement améliorée; non que les pailles y acquièrent des dimensions plus qu'ordinaires, mais parce que les épis y sont plus pleins et mieux nourris; parce que Ha terre, disent les laboureurs, devient plus grainante. Ce fait, d’une grande importance, et sur lequel l'attention du cultivateur n’a

as été peut-être Jusqu'ici assez atlirée, si lee s'en rapporle aux analyses répétées de Saussure, ne peut être dû à l'assimilation du carbonate de chaux dans l'acte de la nutrition ; car la petite proportion de ce sel qu'on retire par l'incinération des chaumes disparait dans les épis pour faire place à une quantité presque toujours assez considérable de phosphate de chaux. Mais, soit que ces phosphates apparaissent dans le sol en même temps que les carbonates, à mesure que la chaux change d'état, soit que cetuxide forme avec les engrais, conformément à l'opinion de Chaptal, de nouvelles combinaisons mieux appropriées aux besoins de la plante, toujours est-il quesil’explication est incomplète ou douteuse, leseffets sont avérés.Il y a quelques années, diverses personnes employèrent des résidus d’os, dont on avait extrait en grande partie la gélatine; le journal de la Sociélé industrielle d'Angers constata les résullats avantageux de ces essais sur les fromens. L'un de nous fit aussi des expériences qui'lui dounèrent à penser que le phosphate de chaux, malgré son apparente insolubilité, pourrait bien être un utile stimulant de la végétation des blés. Toutefois, comme ces os contenaient encore visiblement de l’engrais, la question dut rester indécise.— Il est fort à désirer que de nouvelles tentatives viennent Jeter quelque jour sur la théorie si curieuse el encore si peu avancée des stimulans. — Qu'on ne perde pas de vueles effets prodigieux du plâtre sur les légumineuses.

Presque partout on emploie exclusivement les engrais de litière produits dans la ferme même, mais il y a deux manières de les appliquer : En se conformant aux anciens usaes, on fume directement pour le froment; et

AGRICULTURE : DES CÉRÉALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. xa1v. 1.

quoique cette méthode ait l'inconvénient de porter souvent dans le sol les germes de mauvaises herbes, ou de faire partiellement ver-ser les récoltes, lorsqu'on ne peut disposer que d’une faible quantité de fumiers, elle est encore la meilleure, surtout si ces fumiers sont déjà en parlie consommés lorsqu'on les répand.— D'après le nouveau système de culture, au contraire, la masse des engrais disponibles étant beaucoup plus considérable, et l'usage de les répandre moins consommés commencant à prévaloir, on fume abondamment les plantes sarclées qui ouvrent la rotation, et l’on obtient parfois ensuite, sans addiüon de fumier, jusqu’à deux céréales séparées par un trèfle, lune la seconde, l’autre la 4° année. Une trop grande fertilité du sol est peu favorable à la production immédiate du tromeut, parce qu’en donnant lieu à une végélation luxuriante des chaumes, elle les conduit à l’étiolement, et que, si elle ajoute à la longueur de la paille, ce ne peut être qu’au détriment de la qualité du grain. Aussi peuton dire sans paradoxe que les meilleures récoltes de blé ne se font pas toujours dans les champs les plus féconds.

Assez souvent, au lieu de les répandre immédiatement sur le terrain, o7 transforme les engrais en composts, en les mélant à une certaine quantité de terre et de chaux. Cette méthode est fort bonne en pratique. Un de ses principaux avantages est de faciliter plus que toute autre l’égale répartition de la matière fécondante à la surface, et par suite dans la masse du sol.— Les cendres lessivées, celles de tourbe, etc., etc., ajoutent à la masse et à l'énergie de semblables mélanges, dont on a fait connaitre ailleurs la composilion, les proportions et le mode d'emploi.

Quant aux engrais puivérulens, on les emploie, par supplément aux autres, plutôt pour des cultures intercalaires, telles que celles des choux, des colzas, des navets, des betteraves, etc., que pour le froment. Cependant, lorsqu'on veut éloigner dans une terre peu fécoude le retour d’une famure complète, on peut les utiliser fort bien pour préparer une récolte céréale. Selon qu’ils sont de nature à se décomposer où moins ou plus vite, on les répand pour cela sur le trèfle avant sa derniére coupe, ou sur le froment même avant le hersage qu’on est, en certains lieux, dans l'usage de lui donner au printemps.

Pour les terres meubles naturellement sujettes à se soulever par l'effet des gelées, le parcage peut donner encore un engrais d’autant meilleur que le fumier de mouton augmente, dit-on, la quantité de gluten du grain. el que le piétinement du troupeau produit un plombage nécessaire. L’un de nous (M. Vilmorin) s’est toujours on ne peut mieux trouvé de faire parquer sur $es blés semés sous raie, dans les sols crétacés du Gâtinais, immédiatement après les semailles.

$ IV.—Choix des semences.

Notre vénérable confrère, M. TESSIER, a soutenu par d’excellens raisonnemens et démontré par des faits positifs, que le renouvellement des semences ne peut être considéré

car. 15°.

DES FROMENS:

comme une chose géréralement nécessaire, | longtemps à germer, à cause de sa sécheresse,

ou même ulile à la belle qualité des blés. Cepeudant, tandis que les habiles cultivateurs du pays de Caux et de plusieurs autres parties du royaume semblent attester, par une longue et invariable pratique, la solidité de cetteopinion, d’autres cultivaleurs non moins éclairés suivent une marche contraire, et demeurent convaincus, après des expériences répétées, des avantages qu'elle leur procure.

La première solution qui se présente à l'esprit, de faits ausst contradictoires, esl tout vaturellement que le froment, comme le lin, le chanvre et la plupart des plautes cullivées, se conserve plus longiemps exempt de toute dégénérescence, el dans un élal de belle végéialion, en certaines localités, que dans d’autres. Qu'un tel résullat soil exclusivemernl dû à la nature du sol ou à des causes moins facilement appréciables, il n’en est pas moins positif et bien reconnu comme tel par toutes les personnes qui se sont un peu occupées de physiologie végétale, dans ses rapports avec la cullure. Sans sortir des limites étroites de la France, nos jardins, nos champs en offrent de fréquens et d’irrévocables exemples. D'un autre côté, les soins différens de culture peuvent influer beaucoup sur la qualité des produits. Toutes circonstances égales d’ailleurs , le fermier qui néglige les sarclages, les criblages, d'autant plus nécessaires pour lui que ses grains sont inévitablement plus salis de mauvaises graines, et qui ne chaule pas convenablement, ne peut espérer d'aussi belles récoltes que celui qui fait bien toutes ces opérations; de sorte que, tandis que le premier se trouve fréquemment contraint de renouveler, le second peut n'avoir aucun intérêt à le faire ; car il serait aussi déraisonnable pour lui de changer sa bonne semence pour une semence moins pure et moins nourrie, par cela seul qu'elle aurait été récollée hors de chez lui, qu'il devient indispensable au cultivateur négligent de chercher ailleurs ce qu'il n’a pas su se procurer sur son propre Champ.

Selon nous, ce qu’il importe avant tout dans le choix des grains de semus, c’est qu'ils soient de bonne qualité, bien mürs, el sans mélange de semences étrangères. La queslion du renouvellement nous semble secondaire toutes les fois que cette premiére condilion a étéremplie. Elle devientau contraire fondamentale lorsqu'il en est autrement.

Les fromens nouveaux doivent être, autant que faire se peut, préférés pour semences. Il résulte cependant d'essais multipliés el précis, dus aussi à M. Tessier, qu'il n'est pas indispensable de semer toujours Le froment de la dernière récolte. Des blés récoltés en 1779, non seulement levèrent, mais donnèrent de fort bons produils en 1787, 1788 el 1789.

D’autres semences de 2 et de 3 ans présentérent des résultats encore plus satisfaisans. « On peut donc regarder comme certain, ajoute notre vénérable confrère, que le froment bien mür, et soigné convenablement, conserve longtemps sa vertu germinative, et qu'au moins celui des deux ou trois dernières récoltes peut servir comme celui dela

plus récente, ce qu'on a peine à persuader :

aux cullivateurs. Comme il est un peu plus

il faut le semer un peu plus tôt. Ces remarques, appliquées à l'usage, offrent plusieurs avantages. Les ensemencemens en froment ancien sont utiles : 1° quand la dernière récolteesttrop entachée de carie, dont le principe contagieux a moins d’aclivité dans les vieux fromens que dans les nouveaux ; 2° quand, la grêle ayant ravagé tous les champs d’un fermier, il ne lui reste pour ressource que les grains de ses greniers; 3° dans les pays où la moisson retardée approche de trop près du moment où l’on doit ensemencer les terres, par exemple, dans les cantons montagneux ; 4° enfin, quand les grains de la nouvelle récolte ont une qualité commerciale supérieure à celle de la précédente, circonstance où l'intérêl du cultivateur et celui du public exigent que, de préférence, on sème ceux de la précédente.»

(Nouveau Cours complet d'agriculture théori que et pratique.)

A ces observations importantes, nous n'ajouterons qu'une seule remarque. C’est que, dansle cas où l’on se verrait forcé d'employer de vieux blés, il serait prudent de les essayer d'avance en pelit, afin de s'assurer si un certain nombre de grains n'ont pas perdu leur propriété germinative, et de pouvoir, dans

l'affirmative, proportionner la quantité de se-

mence à celle des bons grains.

$ V.— De la préparation de 1a semence.

Aprés le criblage, la seule préparation nécessaire, antérieurement aux semis, est Le chaulage, opération fort importante, qui a pour but principal de détruire, à la surface des grains de blé, les poussières globuliformes qui servent à la reproduction de ia carie et peut-être du charbon.

Le chaulage s'opère de plusieurs manières, et à l'aide de diverses substances. Dans quelques lieux, on emploie le sulfate de cuivre dissous et fort étendu d’eau. Dans d’autres, l'acide sulfurique affaibli, la potasse, etc.,etc. Mais, de toutes les matières minérales, l’une des plus efficaces, des moins dangereuses à employer, des plus faciles et des moins dispendieuses à se procurer presque partout, est la chaux, qui a donné son nom à l'opération.

Le chaulage se fait par aspersion et par immersion. D’après la première méthode, tantôt on répand la chaux concassée sur le grain, puis on verse dessus, en ayant la précaution de remuer sans cesse le mélange, autant d’eau qu'il est nécessaire pour l’éteindre et la transformer en bouillie ; — tantôt on fait d’abord fuser la chaux à l’eau chaude, et on la répand ensuite sur le grain pour l’en imprégner entièrement à l'aide d’une spatule.

Pour chauler par immersion, après avoir fait, comme précédemment, fuser la chaux jusqu’à ce qu'elle se délaie en consistance de

ouillie fort claire, on y fait tremper le blé, on l’y remue à plusieurs reprises, de manière que chaque grain soit enveloppé et soumis sur tous ses points à l’action caustique, et on ne le retire que plusieurs heures après. — M.'TEssiER pense que 6 baisseaux combles, ou 100 livres (50 kilogrammes) de chaux 4

bonne qualité suffisent au chaulage de 8 se- Uüers (12 bectolitres 1/2) de froment, et que ces quantités exigent au moins 260 pintes (242 litres) d’eau.

La chaux bien employée est, à bon droit, considérée comme un des meilleurs préservatifs contre la carie ; cependant il résulte des expériences de M.MATHIEU DE DOMBASLE qu'on peut ajouter encore à son énergie, par l’aadition d’une petite quantité de sel marin. — Voici ie résumé de ces expériences, faites sur des grains atteints également de carie, el infectés beaucoup plus qu’on ne les rencontre naturellement dans les circonstances les plus défavorables : —Mille grains, récol- Lés sur un terrain dont la semence avait été plongée pendant 2 heures dans une solution de 3 hectogrammes de sulfate de cuivre et de 1 kilog. 5 hectog. de sel commun (hydrochlorate de soude) pour 50 litres d’eau, n’ont donné que 9 grains cariés. — Mille autres grains, provenant des mêmes semences plongées pendantiemêmetemps dansunesolution de 6 hectogrammes de sulfate de cuivre pour 50 litres d’eau, n’en ont donné que 8.—Mille grains, proveuant des mêmes semences plongées pendant 24 heures dans de l’eau dans laquelle on avait délayé 5 kilog. &e chaux pour 50 litres d’eau, ont produit 21 grains cariés. — Enfin mille grains, provenant des mêmes semences plongées pendant 24 heures dans de l’eau dans laquelle on avait délayé 5 kilog. de chaux mêlée à 8 hectog. de sel commun pour 50 litres d’eau, n'en ont produit que 2. — Il est bon d’ajouter que, sur le terrain dont la semence w’avail reçu aucune préparation, de mille grains on en avait recueilli 486 cariés.

Il résulte de ces essais que le sulfatage, comme l'avaient indiqué toutes les expériences faites jusqu’à ce jour, est un moyen puissant pour détruire la carie; maïheureusement, quoiqu'on ait exagéré ses dangers, l'emploi des sels de cuivre pourrait ne pas êlre sans inconvéniens en des mains inexpérimentées. —-La chaux d’ailleurs est, comme on voit, d’un effet certain, et il est facile encore d'ajouter à l’action destructive qu’elle exerce sur le germe de la carie, par l'addition d’une quantité pécuniairement peu appréciable de sel marin. Nous croyons donc devoir recommander l’emploi de la chaux, de préférence à celui de toute autre substance.

On a souvent proposé, el on propose encore journeliement, une foule d’autres recettes pour ajouter à l'énergie du chaulage, pour disposer les grains à une germination plus prompte, et les jeunes plantes à une végétation plus belle. Jusqu'ici, à noire connaïissance, aucune d'elles n’a survécu aux éloges des inventeurs, où à une vogue passagère. Il est très-vrai qu’il existe des moyens de favoriser et d'activer le développement des germes, soit physiquement en mettant les graines dans des circonstances plus favorables, soit même chimiquement en rendant plus promptement soluble la substance amilacée des cotylédons ; mais ilest au moins douteux que l’action d’un stimulant où d’un engrais quelconque, appliqué aux semences, puisse s'étendre à toutes les phases de la végétation

AGRICULTURE : DES CÉRÉALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. Liv. 1% des plantes qui leur devront l’existence.

$ VI. -- De la quantité de graines à employer pour

les semis.

Cette quantité varie ou plutôt doit varier

en raison de circonstances fort différentes.

Dans les bons terrains, chaque pied tallant beaucoup, il faut moins de semences que

dans unterrain médiocre ;—par la même rai-

son, 1l en faut moins aussi pour un semis

d'automne, fait en temps opportun, que pour un semis de printemps ;—moins dans un climat où les pluies printanières favorisent le AE ee des talles que dans celui où les sécheressesl’arrétent de bonne heure, etc. Rozier s'était déja élevé fortement contre les semis trop épais, lorsque celui de nos confrères dont le nom, déjà plusieurs fois cite dans cet article, se rattache depuis près d'un siècle aux progrès de l’agriculture française, M. Tessier, voulut consulter la pratique aussi sur ce point. Il fit donc en divers lieux des expériences qui le conduisirent à ces résultats : « Qu'en ne s’attachant qu'à celle dont la différence de la semence et du produit comparés est la moindre, on trouve qu’en ensemençant un arpent de 100 perches de 22 pieds ( 1/2 hectare), avec 180 livres de froment, au lieu de 225 qu’on est dans l'usage d'employer, on peut récolter 441 livres de froment de plus dans une terre de bonne qualité. » — Une autre expérience offre des résultats plus tranchés encore, puisqu'elle prouve qu'en ensemençant un arpent avec 100 livres au lieu de 225, on peut récolter 495 livres de plus; mais, quoique M.'TESSIER ajoute qu’elle a été faite en terrain médiocre, h ne faut pas perdre de vue qu’en pareil cas il y aurait inconvénient réel à semer trop clair, car on doit avant tout désirer que le terrain soit couvert, non seulement afin d’obtenir plus de tiges et d’épis, mais aussi plus de paille, ce qui n’est pas un avaniage à dédaigner.

On sème ordinairement à la volée, terme moyen, 200 litres par kectare.—Pour les semis en lignes, à 9 pouces de distauce, la proportion peut être du tiers, et même de moitié moindre.

$ VIL — De l’époque des semailles,

Il est tout aussi impossible de firer d’une manière précise l’époque des semailles que la quantité absolue des semences qu’elles exigent pour un espace donné. La disposition des climats, les variations des saisons et la nature différente des terres, apportent nécessairement d'importantes modifications.

En France, on séme les fromens dits d’automne depuis le mois de septembre jusqu'aux approches de janvier. Vers le centre, la meilleure époque parait étre le milieu d'octobre.

Il résulte de longues observations, qu’en général les céréales d'automne semées tard produisent moins de paille et plus de grains qne celles qu'on a semées de bonne heure.

Il peut donc arriver que des semailles tardives donnent d'aussi bons et même de meilleurs produitsque des sematlles précoces. Mais, genéralemenl, le contraire a heu, et

caAP. 45°.

nous pensons qu’on ferait bien de semer toujours de bonne heure sion était prêt à le faire, circonstance assez rare, tantôt parce ue les sécheresses, en se prolongeant, rendent les labours impossibles, tantôt parce que des pluies accidentelles ne permettent pas d’entrer dans les champs. Les terres argileuses, surtout, présentent fréquemment l’un ou l’autre de ces empêchemens; aussi, laissant tout autre travail de côté, le semeur doit-il saisir avec empressement l’occasion favorable, celle où les mottes se trouvent dans un état moyen entre l'humidité et une dessication excessive, de sorte qu’elles puissent obéir convenablement à l’action de la herse ou du versoir.

Au printemps, les semailles précoces sont resque toujours fort avantageuses, parce que es blés ont le temps de developper un plus grand nombre de tailles avant l’époque où les chaleurs les saisissent. Malheureusement, si la dureté du sol n’est pas à craindre dans cette saison, l’eau qu'il contient en surabondance est souvent un très-grave obstacle sur les terres à froment, non seulement parce qu'elle entrave le labour; au’elle rend impossibles les semis sous raies; mais encore parce qu’elle contribue physiquement à empêcher ces sortes de terres de s’échauffer aussi promptement qu'il serait désirable. Un tel effet est d'autant plus marqué que largile domine davantage dans la couche labourable, et que celle-ci repose sur un sous-sol peu perméable

$ VIII. - - Des divers modes de semailles.

On en connaît trous principaux : les semailles à la volée, celles au semoir, enfis, celles au plantoir.

Les semailles à la volée se font sur raies, c’est-à-dire à la surface du champ, pour être recouvertes à la herse; ou sous rates, de manière à l’être par la charrue. Nous ne répéierons pas ce qui a été fort bien dit, sur ces deux moyens, par l’un de nos collaborateurs, dans le VII: chapitre de ce livre, auquel nous renvoyons le lecteur: pour les procédés généraux de sémination, ceux que l’on emploie pour recouvrir la semence et plomber le terrain; — pour l’importance de la coopération d’un bon semeur; — relativement à la difficulté de donner, pour exécuter les semis à la volée, des indications suffisantes pour mettre au fait celui qui ne serait pas familiarisé par la pratique avec les précautions qu’exige celte opération; — pour le choix des instrumens ou ustensiles qu’emploie le semeur pour porter la graine qu'il répand, etc.,etc.

Les avantages des semis sous raies sont de permettre de recouvrir davantage les semences dans un terrain léger; —de les répandre sur un fonds en quelque sorte plombé par suite de l’action de la charrue ; — de les dé-

‘fendre plus efficacement contre les effets du déchaussement; mais, à côté de ces avantaes, se trouve l'inconvénient grave de la enteur du travail, qui compense souvent et bien au-delà, la perte de semences que l’on reproche avec raison aux semailles sur raies,

DES FROMENS.

quelques soins que l’on donne au hersage.

L'extirpateur offre un moyen expéditif d’enterrer,sinon précisément sous raies, au moins d’une manière analogue.

Les semis en lignes présentent d’incontestables avantages pour la culture de la plupart des récoltes dites sarclées ; mais, ainsi qu’on a pu le voir dans le chapitre déjà précédemment cité, ils n’ont pas jusqu'ici prévalu en France pour les céréales, ni même dans la plupart des provinces d’Angleterre, quoiqu’on les considère, dans beaucoup de parties de ce pays, « comme le meilleur moyen connu jusqu'ici de cultiver les grains, et aussi de conserver la fertilité du sol par la destruction des mauvaises herbes.» ( Sir J.

Sinclair, Agriculture pratique et raisonnée.)

Les principaux argumens que font valoir les Anglaës en faveur de l’emploi du semoir, pour les céréales, sont, après l’économie des semences, la régularité du travail, la facilité de régler la profondeur selon la nature des terrains, et de donner les facons qui facilitent la végétation pendantles diverses phases de la croissance des plantes ;—de pouvoir diminuer au besoin la quantité d'engrais, tout en augmentant leur efficacité, parce qu’on les met en contact immédiat avec les racines. Ils considèrent de plus que les binages faits entre les lignes sont uliles, non seulement à la récolte principale, mais aussi au trèfle ou à toute aulre prairie artificielle semée au printemps ;—que les blés semés en lignes sont moins sujets à verser, parce que leurs chaumes acquièrent plus de force; — que les frais de moisson d’une récolte semée en lignes sont moins considérables que ceux d’une récolte semée à la volée, puisqu'il est reconnu que, dans le premier cas, trois moissonneurs font autant d'ouvrage que quatre dans le second ; — que les semis en lignes ont une croissance plus égale, et que leurs produits sont en général de meilleure qualité; — enfin, que les semailles en ligne, par suite des binages qu’elles admettent, non seulement facilitent la destruction d'une partie des insectes nuisibles, mais concourent puissamment au succès des assolemens dans lesquels les céréales reviennent fréquemment, parce qu’elles empêchent l’envahissement progressif des mauvaises herbes.

A ces diverses raisons, dont plusieurs ne sont ri sans fondement, ni sans importance, nos praticiens objectent le prix élevé des semoirs, qui ne permet pas de les introduire dans les petites exploitations ; — l’irrégularité du travail de la plupart d'entre eux sur les sols pierreux ou en pente; — le surcroît de main-d'œuvre, qui ne leur paraît pas suffisamment compensé par la différence des récoltes; — les retards indispensables qu’entraîne l'emploi de ces sortes de machines, et quisont incompatibles avec la célérité qu’exicent les semailles d'automne, et surtout celles de printemps, dans les saisons pluvieuses; — enfin, loin d'admettre que les semis en lignes aient une croissance plus régulière, ils ont reconnu qu'elle est parfois tellement inégale, par suite des développemens progressifs des talles latérales, qu'a l’époque de la moisson, lorsqu'une partie des chaumes et des épisont atteint un grand développement

380 AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE. iv. r°°.

et une maturité complète, les autres restent

faibles et presque verts.

Quoi qu'il en soit, es résultats offictels des essais que M.MHuGuEs a faits sur divers points du royaume, pendant le cours des deux années précédentes, sont de nature à éveiller de plus en plus l'attention de nos concitoyens sur une question qui nous semble, malgré sa gravité, fort incomplètement résolue.

Il est certain que le semoir Hugues parait devoir lever une partie des plus fortes objections dirigées contre ces sortes de machines. Presque partout on a reconnu sa solidité et la bonté de son travail, même dans des circonstances peu favorables. A la vérité, il ne peut être livré aux cultivateurs à moins de 250 à 400 fr., selon les dimensions et la rapidité du travail qu’on en obtient; mais, dans une exploitation d’étendue moyenne, le prix d’achat serait bientôt couvert par l’économie de la semence, puisque cette économie est d'environ moitié. Quant au temps employé pour le semis, et aux frais qu’il nécessite,on verra que la différence est peu appréciable,en comparant lesrésuitatssuivans, extraits du procès-verbal du 9 octobre 1832, dressé par M. Bella, directeur de lInsutut royal agronomique de Grignon :

Avec le semoir de M. HUGUES :

Seigle : 10 ares, semé à 6 pouces.

Semence : 12 lit. 50 centil. à 12 fr. l’hect.

2 hommes à 20 c. l’heuré, OL A2Icent:

1 cheval à 30 c. l'heure, 0 fr. 09 cent.

Temps employé :

18 minutes. 21

l'É7ALC:

A la volée par un semeur de GRIGNON :

Seigle : 10 ares , semé à la volée.

Hersage : 2 herses en bois attelées chacune d’un cheval conduit par un seul nomme.

Semence : 22 litres à 12 fr. l’hectolitre..

16 minutes d’un semeur à 20 c.

l'heure, 0 f. 03 cent.

2f.61ic.

Temps |13 minutes d’un homme aux employé : herses , à 20 cent. l’heure, )0 20 0 fr. 04 cent.

30 minutes de 2 chevaux à 30 c.lheure, O\fr. 13°C.

Total. . 2f.84c.

Jusque là, /’avantage en faveur du semis en lignes est donc de 1 fr. 14 c. pour les 10 ares, où de 11 fr. 40 c. pour lhectare.— Voici quels ont été les produits :

D aprés la méthode de M. Hucuss, 40 gerbes ont donné : 3 hectolitres 79 centilitres de grains; — 24 gerbes de paille, 318 1/2 kilog.; et 14 bottes dito, 105 1/2 kil. — En tout, 424 kil.

D'aprés la méthode de Grignon, 44 gerbes ont donné : 3 hectolitres 25 centilitres de grain; —24 gerbes de paille, 314 1/2 kil.; et 18 bottes dito, 106 3/4 kil.=En tout, 421 1/4 kil.

Différence en faveur du semoër : 19 litres 54 centilit. pour les 10 ares, ou 195 lit. 4 cent. par hectare.

M. BecLa ajoute : « L'un et l’autre seigles étaient de première qualité et du même

poids, de 73 kil. l'hectolitre. La paille obtenue par le semoir était la plus belle, et à donné une gerbée de plus. Chaque partie a été faite sur une planche de 138 mètres de longueur sur 7 mêtres 25 centimètres ; mais il est bon de faire observer que la partie faite selon la méthode de Grignon était couverte d’une rangée d'ormes sur toute la longueur de la planche, tandis que l’autre partie a été faile tout à côté de la première sur toute la longueur. » Sans doute cette circonstance a dûüinfluer sur les résultats; toutefois, dans beaucoup d’autres lieux,où les chances avaient été rendues plus égales, un succès plus grand encore a couronné le zèle ardent de M. Hueuss. Si l’on ajoute à ces données les résultats obtenus pendant 10 ans dans la ferme expérimentale du département de l’Ain ; — les longues expériences de M. DEvRÈDE, constatées tout récemment par les soins de la Société d’agriculture de Valenciennes, dans le journal {a Flandre Agricole et Manufacturiére ; celles que fait depuis 6 ans, dans le midi, M. À. DE Gaspa- RIN, etc., etc. : il sera difficile de ne pas reconuaitre que les semis en lignes, même pour les céréales, présentent des avantages marques selon les lieux et les circonstances. — Selon les lieux, car nous ne pensons pas qu'ils puissent réussir également sur tous les terrains et dans tous les climats; — dans les sols arides ou sous les feux d'un soleil brülant, comme dans les terres substantielles et fraiches, ou sous les latitudes du ceutre et du nord ; — pour les semis de printemps, comme pour ceux d'automne, etc. — Selon les circonstances, parce que le prix comparatif du blé et de la main-d'œuvre n’est pas toujours le même.

Ainsi qu'il a été dit ailleurs, les semis au plantoir ont été à peu près abandonnés, et nous pensons que c'est avec d'autant plus de raison qu'il est facile, à moindres frais, d'atteindre & bien peu prés le méme but, à l’aide des semoirs perfectionnés. Cependant pous ne pouvons omettre de parler de la méthode suivie, pendant plusieurs années, par le cultivateur distingué de Valenciennes dont nous avons déjà, un peu plus haut, fait pressentir le succès. « Je suppose, dit M. DEvrÈDE, le champ que j'ai dessein de planter de 6 mencaudées (1 hectare 37 ares 38 centares), la terre bien préparée, comme pour un semis à la volée; je pose deux cordes en travers de mon champ, soit sur sa longueur, soit sur sa largeur... Je les espace à 9 pouces de distance, et je place à chaque bout du champ un bâton de celte dimeusion.

Deux planteurs, suivis chacun d'un enfant de dix à douze ans, sont armés d'un plantoir de la forme de ceux dont on se sert pour les colzas, si ce n'est que l'extrémité qui doit entrer en terre est en forme de boule de cinq pouces de diamètre, aplatie du côté de la terre, el au milieu de laquelle se trouve une broche de fer de deux pouces de diamètre et de deux pouces et demi de longueur. Avec cet instrument, les planteurs fout des trous distans de 6 à 7 pouces, le long des cordes. La boule plate du plantoir tasse la terre, l'empêche de relomber dans les trous avant que les enfans qui suiveut

ertar. 13°,

aient déposé trois à cinq grains de blé...

Comme les planteurs et les enfans arrivent ensemble à chaque bout, ils s'empressent de déplacer les cordes et de les replacer à la distance de 9 pouces que les lignes doivent toujours conserver entre elles, On commence la plantation par un des bouts, et l’on travaille en avançant dans le champ, afin de piétiner l'ouvrage qu'on laisse derrière soi. — Un hersage suffit alors : on pourrait même s’en dispenser si la terre se prête bien au piétinement, et si l’on voyait les trous bien bouchés. »

D'après ce procédé, selon M. DEVRÈDE, l'ensemencement d’un hectare coûte 13 fr.

05 c., tandis que, d'après la méthode ordinaire, il ne revient qu'à 1 fr. 08 c. dans Îles mêmes circonstances; mais, d’un autre côté, ce même hectare, au lieu de recevoir 1 hectolitre 1/5 de blé, n’en recoit que 36 litres , et cependant, au lieu de 26 hectolitres 10 litres de produit moyen, il donne 39 hectolitres 15 litres. — L'auteur ne parle pas des produits en paille.

Certes, sans nier de semblables résultats, nous sommes loin de croire qu’on en obtiendrait partout d’analogues ou même d’approchans; mais, nous n’en tirons pas moins une induction de plus en faveur des semis en lignes, et nous concluons, comme nous avons commencé, en recommandant aux cultivateurs, non de changer immédiatement leurs méthodes, mais, lorsqu'ils en auront la possibilité, de les comparer à une autre pratique qu'il serait injuste de rejeter sans examen attentif,et maladroit de ne pas adopter partout où elle offrirait un avantage bien constaté. — Nous ne pouvons terminer plus utilement ce $ qu’en citant encore M. TEssiER, et en faisant connaître le résultat des expériences faites par lui à Rambouillet. — « L’ensemencement au plantoir, dit-il, a de l’avantage sur celui à la volée lorsque le blé est cher, dans un pays où les bras sont nombreux et les salaires à bon marché... En calculant à quel prix doivent être le froment et la main-d'œuvre pour qu'il y ait compensation dans l’une et l’autre méthode, j'ai trouvé qu'en supposant le prix de la main-d'œuvre constamment le même, l’avantage qu'il y a d'ensemencer au plantoir cesse lorsque le froment est à 13 fr. 74 c. l’hectolitre, ou il devient zéro : alors commence l'avantage pour l’ensemencement à la volée. J'observe d’ailleurs que, comme le profit de l’ensemencement au plantoir est en raison inverse de l’'ensemencement à la volée, et qu’en prenant 13 fr. 74 c. pour le prix où l’une des méthodes n’a aucun avantage sur l’autre, il est clair que l'augmentation ou la diminution de l'avantage ou du désavantage suivra, à partir de ce point, la progression croissante ou décroissante des nombres naturels 1,2, 3, 4,elc. — Pareillement, supposant le prix du froment toujours le même, et celui de Ja main-d'œuvre variable, l'avantage en faveur de la méthode au plantoir cesse lorsque la journée d'homme est à 2 fr. 25 c., et celle d'enfant à 75 c. — On voit que l'avantage de l'une ou de l’autre méthode dépend absolument des différentes variations que peuvent subir et le prix de la main-d'œuvre et celui

DES FROMENS.

du froment; que, quant à celui-ci, il n’est guère possible qu’il tombe à un prix assez modique (13 fr. 74 c.) pour faire perdre entièrement à l’ensemencement au plantoir son bénéfice ; qu'il n’en est pas de même du prix de la main-d'œuvre, qui, dans beaucoup d’endroits, peut être porté à 2 fr.

25 c. pour homme et 75 c. pour enfant... »

(Nouv. Cours d’agric. 1822.)

$ IX.— Des soins d’entretien des fromens.

Les soins que l’on donne aux fromens pendant leur végétation varient autant selon les coutumes locales que selon les véritables besoins de leur culture. En résumé, les principaux sont : des roulages, — des sarclages, — des hersages — et des binages.

Les roulages ne sont qu'accidentellement nécessaires. Sur les terres légères,un peu humides, tourbeuges, calcaires ou crayeuses, lorsqu'elles ont été soulevées par l'effet des

elées, et qu'il s’est formé à leur surface un poursoufflement qui met à nu une partie des racines, ces sortes d'opérations produisent un très-bon effet. En pareil cas, l’action d’un rouleau dont la pesanteur est proportionnée à la porosité du sol,peut sauver un champ de céréales d’une destruction presque totale. — Dans quelques parties de la Normandie, ilest curieux de voir, sur des sols de cette nature, aussitôt que la saison le permet, les hommes, les animaux et même les voitures diverses qui composent le matériel de chaque ferme, parcourir en tous sens lés champs de céréales, pour empêcher les désastreux effets du déchaussement. — C’est ici le lieu de rappeler que le parcage des moutons, en tant qu’il suit Immédiatement les semailles, est, en pareil cas, une excellente pratique.

Les sarclages (voy. pag. 232 et suivantes), dont chacun connaît l’importance et le but, quoique le manque de bras, ou, d’autres fois, l'incurre de certains cultivateurs les fasse négliger et même entièrement supprimer dans quelques lieux, sont cependant d’un usage plus général que les roulages. Sur les sols légers, ils produisent aussi, par le piétinement des femmes et des enfans chargés de les exé cuter, une sorte de plombage fort utile. — Sur les terres argileuses ils pourraient avoir des résultats fàâcheux, si on les entreprenait à contre-temps. Il faut donc soigneusement choisir le moment où la couche labourable n’est ni assez durcie pour entraver l’arrachement des mauvaises herbes, ni assez humide pour se comprimer sous les pieds des travailleurs. Il faut aussi avoir égard, avant de sarcler, à l’état de croissance des touffes de blés. Si on commencait avant qu’elles couvrissentsuffisamment lesol,il pourrait arriver que beaucoup de plantes nuisibles prissent de vouveau le dessus. Si on tardait jusqu’au moment où les tiges granifères se développent, on courrait le risque de nuire au succès futur de la récolte. — C’est ordinairement, pour nos régions du centre, dans le courant d’avril qu'on rencontre l’époque la plus favorable; néanmoins, Si, à celte même époque, au lieu d’arracher les chardons, soit à la main, soit à l’aide de l'espèce de pince décrite et figurée page 233, on cherchait à les couper avec je

sarcloir (voy. même page), on les verrait bientôt repousser de la racine, plus nombreux qu'avant l'opération. Par cette raison, il est bon de alé GRR BER que lorsque le ble est déjà un peu grand et en tuyaux, c’est à-dire vers le commencement de mai. — Si au lieu d’un seul sarclage on était en position d'en donner plusieurs, ce qui est presque toujours utile, on devrait alors, étudiant les phases de la végétation des principales plantes nuisibles, les détruire successivement aux approches de la floraison de chacune d’elies.

Le hersage des blés, toujours plus facile et beaucoup plus profitable sur les terres fortes que sur les terres légères, n’est autre chose qu’un binage économique, donné dans le courant de mars, aussitôt que la terre est suffisamment ressuyée. En blessant au collet de la racine les jeunes touffes de céréales, et en les recouvrant en partie de terre, la herse provoque le développement de nouvelles racines et de nouvelles tiges coronales qui compensent et bien au-delà, par leurs produits, la perte du petit nombre de pieds qui sont détruits pendant le travail. Cette opération, dont les avantages sont désormais reconnus, exige toutefois des précautions assez grandes (v0y. pag.228 el suivantes). « Du reste, si, après le hersage, dit THaEr, le champ a toute l’apparence d’avoir élé semé récemment, de sorle qu'à peine on y apercçoive une feuille verte, et qu’on n’y voit autre chose que de la terre, c’est alors que l’opération a le mieux réussi. Si même on y trouve des feuilles de froment déchirées (on n’y trouvera pas de plantes entièrement arrachées), peu importe. Après huit ou dix jours, selon la température, on verra les plantes pousser de nouveau, et le champ paraitra alors beaucoup plus garni de plantes qu'un autre qui n'aurail pas subi cette opération. Dans les contrées où ce procédé est universellement connu, on pardonnerait au cultivateur toute autre négligence plutôt que l’omission de ce hersage dans lemoment favorableet en temps propice. On laisse alors tout autre labeur pour pouvoir mettre tous les attelages sur les champs de céréales... On ne peut pas déterminer d’une manière générale combien de traits on doit donner avec la herse, parce que cela dépend de la ténacité du sol.

Il faut herser à tel point que le champ soit partout couvert d’une couche de terre meuble, el que les crevasses qui se forment sur les terrains argileux lorsqu'ils se dessèchent, soient complètement recouvertes... »(Princtpes raisonnés d'agriculture, traduits de lallemand par le baron Cru.) :

Quant aux binages proprement dits (vor.

pag. 225 et suivantes), nous craignons, malgré leur incontestable efficacité, qu'ils ne puissent être utilisés généralement pour les céréales, que dans les exploitations où l’on croira pouvoir adopter la culture en lignes.

Voilà néanmoins ce qu’en pense M.MaATHIEt DE DOMBASLE : « Le binage du blé à la houe à main est une opéralion longue et assez coùteuse. Cependant, l'augmentation qu'elle procure toujours sur la récolte paie largement les frais qu’elle entraine, et le sol reste en bien meilleur état pour les récoltes suivantes.

AGRICULTURE : DES CÉRÉALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. Liv. 1°.

Dans le binage du blé semé à la volée, vingt ouvriers fout facilement un hectare dans la journée, dans la plupart des circonstances.

— Comme on donne très-rarement plus d’un binage au blé, lorsque cette opération s’exécute à la houe à main, on doit le donner le plus tard qu'il est possible, c’est-à-dire lorsque le blé est sur le point de couvrir le terrain; si on le donnait plus tôt, il repousserait encore beaucoup de mauvaises herbes ; mais, dans le premier cas, elles sont bientôt étouffées par les blés.…. »

Tous ces travaux ont pour but d'activer la végétation des blés. En de rares circonstances, soit que le terrain présente une fertilité excessive, soil que la douceur insolite de l'hiver ait occasioné le développement trop précoce des tuyaux, il peut être nécessaire de la retarder. Pour cela, on a recours à la faulx, à la faucille ou à la dent des animaux, et un champ de froment peut ainsi se transformer momentanément en un excellent pâturage, sans préjudice notable pour lesuccès futur de la récolte de grains.

Toutefois, il ne faul user de l’unou del’autre de ces moyens qu’en des cas peu ordinaires.

Quand on fauche, comme on peut couper les feuilles sans attaquer le collet de la plante, la végétation est moins retardée que lorsqu'on fait parquer les moutons qui broutent fort près de terre. On doit donc, avant tout, bien connaitre la fécondité du sol sur lequel on opère, el tächer d'apprécier les probabilités souvent trompeuses de la température des saisons.

Cette sorte d’affanage s'exécute vers la fin de l'hiver. A cette époque, les fanes peuvent déjà procurer un fourrage assez abondant. — D'autres fois on attend le milieu du printemps pour couper à la faucille la sommité des feuilles seulement, à la mawière des cultivateurs de la Beauce et de plusieurs autres parües de la France.

Il est heureusement fort rare que les semailles d'automne se montrent assez mal au printemps pour qu’on soit obligé de les détruire. Il est arrivé cependant, dans l’appréhension d’une récolte décidément mauvaise, de mettre la charrue dans les fromens, pour y semer de l’orge, de l’avoine, ou quelque ‘autre plante de mars. Nous engageons les cultivateurs à ne pas prendre, sans de müres réflexions, ce parti extrême ; car souvent les récoltes trop claires donnent de meilleurs produits que celles qu’on leur substitue. — Dans le Mecklembourg, ainsi que l’attestent des expériences curieuses consignées dans les annales de la Société d'agriculture de cette contrée, « l’on a quelquefois semé,au moyen d’un fort hersage, de l'avoine sur un froment d'automne, qui semblait détruit par la gelée; on a récolté le froment avec l’avoine, et fait sur le tout une bonne récolte ; mais le froment a surpassé l’avoine en quantité. »

Il est probable qu’on trouverait chez nous plus avantageux, après ce hersage, de répandre de la semence de blé de printemps. Du reste, il doit être assez rare d'obtenir, de l'une ou de l’autre de ces manières, des produits qui mürissent bien également,

$ X. — Des fromens de printemps

Le succès des fromens de printemps est beaucoup moins certain que celui des fromens d'automne, dans toutes les parties du sud et même du centre de la France, et leur culture est d’ailleurs moins productive; aussi, sontils à peine connus dans beaucoup de nos dé-

-partemens. Cependant, ils offrent, partout où 1ls peuvent prospérer, une importante ressource, soit pour suppléer aux céréales d’automne, détruites par les intempéries de l'hiver, soit pour faire partie des assolemens dans lesquels le terrain ne peut être en état de recevoir des semences automnales.

Les fromens trémois exigent un terrain bien préparé par les labours, et riche en engrais d'une facile décomposition.— Comme leur végétation foliacée est promptement arrêtée par les chaleurs, ils tallent moins que les autres, et doivent par conséquent être semés plus épais. — En général, on trouvera rarement de l'inconvénient à semer jusqu’à 250 litres par hectare, quoique le moindre volume des grains puisse faire considérer cette quantité comme excessive, comparée à celle qu'on emploie pour les blés d'automne.

On a remarqué que les fromens de mars s’accommodent beaucoup mieux que les fromens de septembre, des sols légers, à la condition qu'ils aient de la profondeur, et par conséquent de la fraicheur. C’est une raison de plus pour les semer de bonne heure, attendu que ces sorles de terrains sont plus tôt que d’autres accessibles à la charrue. Les semailles ont donc lieu ordinairement, dans le centre de la France, dès ia mi-mars, quoiqu’elles réussissent encore, généralement, en avril et parfois en mai.

Les travaux d'entretien des céréales printaniéres sont moins nombreux que ceux que nous avons recommandés précédemment pour les céréales d'hiver. Le sarclage de mai ou de juin est, ie plus souvent, la seule façon qu'on leur donne.

$ XI. — De la quantité des produits,

Le froment n’est pas seulement la plus utile, il est aussi une des plus productives de nos céréales; car, si, à volume égal, il a plus de poids, ce qui est un indice suffisant de sa supériorité nutritive, assez souvent, sur une étendue donnée de terrain, il rend autant et plus en volume.

Toutes circonstances égales, lorsqu'un froment de bonne qualité pèse 80 kilog. àl'hectol., le seigle, qui s’en rapproche le plus, arrive rarement. de 72 à 75 kilog.; — l’orge vient ensuite, et l’avoine en dernier lieu.D'ailleurs, à poids égal, le froment contient encore beaucoup plus de parties nutritives que ces diverses céréales.

La quantité de semence raisonnablement nécessaire pour semer un hectare à la volée, étant de 2 hectol. 15 litres à 2 hectol. 20 lit., on sait qu’il est des localités où l’on peut espérer recueillir, sur cet espace, au-delà de 20 fois la semence, et ce chiffre, quelque beau qu'il paraisse, èst encore parfois de

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