DU SEIGLE
beaucoup dépassé.— Nous avons cité l’exemple de M.DEvRÈPE; nous pourrions en ajouter plusieurs autres pris également en Flandre ou en Angleterre. Mais aussi, à côté d’une fécondité s1 remarquable, due autant à une excellente culture qu'à un excellent sol, nous trouverions, en parcourant des contrées moins favorisées et moins éclairées, que le produit de l'hectare se réduit trop souvent à 6 ou 7 hectilitres, — Généralement, selon que le sol est médiocre ou fertile, cultivé avec négligence ou avec soin, eic., on doit trouver le terme moyen entre 8et 16 hectol.
En adoptant les bases fixées par M. DE Mo- REL-VINDÉ (v0y. p. 267), l’hectare de blé froment doit donner, terme moyen, 720 bottes de paille d'environ 5 kilog. chacune, ou 3,500 kilog. — Sur des terres d’excellente qualité, nous avons trouvé un grand tiers de moins, et THAER est encore resté au-dessous de notre estimation, en établissant que « le froment donne ordinairement en paille /e double de son poids en grain : sur les lerrains élevés, quelque chose de moins ; sur les terrains bas, quelque chose de plus.» — Au milieu de données aussi vagues, et qui doivent nécessairement l'être, tant est grande Ja diversilé des produits, non seulement de localité à localité, mais d’année à année, on sent qu'il serait bien difficile de donner des chiffres un peu précis. — La quantité de paille varie plus encore que celle du grain.
Oscar LecLerc-Tnouix et VILMoRIN.
SECTION 11. — Du Seigle.
Le Seigle Secale cereale); en angl., Rye; en allem., Rocken; en ital., Secale, et en esp., Centeno, esi cerlainement une de nos plus précieuses céréales , sous le double point de vue de ses nombreux usages économiques et de la propriété qu’il possède de prospérer dans beaucoup de lieux où la culture du froment serait impossible, ou tout au moins peu productive. — Son grain donne une farine, à la vérité moins blancheet moins nourrissante que celle du froment, mais qui procure cependant, seule ou mélangée avec cette dernière, un pain de bonne qualité, fort agréable au goût, qui se conserve longtemps frais, et qui sert encore à la nourriture de l'homme dans une grande partie dej Europe, — Le seigle fait aussi la base du pain que l’on donne aux chevaux en divers lieux, et dont l'emploi commence à se répandre parmi nous. Tantôt, après une mouture grossière et sans blutage préalable, on le mêle, en proportions variables, à de la farine également grossière d'avoine où d'orge ; — tantôt à celle de pois, de gesses, de féverolles. — Le grain de seigle sert à nourrir et à engraisser les volailles; — on le transforme en gruau; — on l'utilise pour la fabrication de la bière, celle de l’eau-de-vie de grain, etc,
Nous verrons ailleurs que cette même céréale produit un des fourrages verts les plus abondans et les plus économiques que l’on puisse donner aux bestiaux après la consommation des racines hivernales, et l’un des plus propres à rafraichir les chevaux fati-
ués, ou à renouveler les produits des vaches aitières.
La paille de seigle est tellement utile qu’il arrive parfois qu'on en préfère la récolte à celle du grain même. On l’emploie généralement comme litière. — Dans beaucoup de lieux, on en fait un cas particulier pour affourrager les moutons,les vaches et les bœufs: — elle sert à faire des liens, des paillassons ; __ à remplir les paillasses; — à garnir les chaises ; — à fabriquer des chapeaux commuus; — enfin à former des toitures qui ne manquent ni de solidité ni de durée.
$ I. — Des variétés du seigle.
Le seigle a, comme le froment, les épillets solitaires sur chaque dent de l’axe central de l’épi, mais il en diffère en ce que ces mêmes épillets ne renferment que deux fleurs , qui portent une arête au sommet de la valve externe de leur balle ; an trouve cependant accidentellement le rudiment stérile d’une 3° fleur.
On ne cultive qu’une espèce botanique de seigle. — Ses tiges, articulées et garnies de feuilles étroites, s'élèvent parfois au-delà de 6 pieds (2 mètres); — l’épt qu'elles portent à leur sommet est plus grêle que celui du froment, et entouré de barbes assez longues; — ses épitlets, biflores, ont les valves garnies de cils rudes; ils sont accompagnés chacun de deux paillettes calicinales sélacées dont la longueur ne dépasse pas celle des fleurs.
Cette espèce a donné naissance, sous linfluence de la culture et des climats, à diverses variétés transmissibles par le semis, ou, en d’autres termes, à des races parmilesquelles nous distinguons les suivantes : ;
1. Le Seigle d'automne (Jig. 550), qui est au seigle de printemps ce que les fromens d’hiver sont aux fromens marsais. Sur pied, on le reconnait à sa végétation plus forte, à ses produits en tout plus abondans ; — apres la récolte, à la grosseur et au poids plus considérable de ses grains.
2. Le Seigle de mars ou Trémois, qui a la paille moins longue et plus fine que celui d'automne, et dont le grain est plus menu, quoique pesant et de bonnequalilé.Diverses expériences positives de M. Tessier démontrent que cette variété, si on la sème en automne, perd d’année en année les faibles caractères qui la distinguent, et qu’elle reprend tous ceux de la race, ou plutôt de l’espèce hivernale. | as
3. Le Seigle de la Saint-Jean, qui se distingue des deux autres par la longueur de sa paille et de ses épis, par son grain un peu plus court que celui du seigle d'automne, et la
AGRICULTURE : DES CÉRÉALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. iv. x,
propriété qu’il possède bien sensiblement de taller davantage et de mürir plus tard. En Saxe, où on le cultive à la fois comme fourrage et pour son grain, on le sème, ainsi que l'indique son nom, vers Ja fin de juin; on le fauche en vert, ou on le fait pâturer depuis l'automne jusqu'aux approches du printemps, ce qui n’empéche pas de le moissonner l'été suivant. — Cependant; comme l’a fait observer ailleurs celui de nous qui a particulièrement contribué, dans ces derniers temps, à faire mieux connaître en France le seigle de la Saint-Jean (M. Vizmorin), cette époque de semaille n’est pas de rigueur, ce dernier pouvant être, aussi bien que notre espèce commune, semé à l’automne et mürir en temps ordinaire, l'année d’après.— D'un autre côté, quelques essais ont paru établir que notre seigle d'hiver, comme l’espèce du Nord, peut en quelques circonstances être semé au milieu de l'été et donner des résultats analogues; en sorte que la différence entre les deux races, sous ce rapport, n’a pu être encore parfaitement élablie. Ce qui est quant à présent bien constaté, c'est que le seigle de la Saint-Jean constitue une variété intéressante par sa grande vigueur, et qui mérite, à tous égards, d'être essayée comparativement avec notre espèce ordinaire, comme grain et comme fourrage. À raison de la petitesse de son grain et de la force des louffes, il demande environ 1/5 de semence de moins que le seigle commun.
Ilest probable que la variété que THAER a recue des provinces russes des bords de la mer Baltique, et qu’il désignait sous le nom de seigle à buisson, diffère fort peu, si elle diffère réellement, de celle-ci. Voici ce qu'il en dit : « Elle résiste beaucoup mieux aux intempéries que les autres, elle talle davantage, ne verse pas si facilement, lors même qu'elle végète sur un sol très-riche, et, sur un terrain bon et bien ensemencé, elle donne toujours un plus haut produit; seulement, 1l faut absolument qu’elle soit en terre avant la fin de septembre. Si on la sème plus lard et sur du terrain tout-à-fait maigre, sans doute elle perd ses avantages. Elle pousse ses tiges, fleurit et mürit sensiblement plus tard que le seigle ordinaire; pour pouvoir la récolter en même temps que l’autre, il faut la semer de très-bonne heure. Cette variété me parait très-constante..…. »
En résumé, on peut conclure de ce qui précède, que les races les plus tardives de seigle sont aussi les plus productives, et il est hors de doute que le seul changement de position peut leur faire acquérir ou perdre à la longue cette double propriélé. Aussi remarque-t-on que sur les montagnes, notamment dans le Brianconnais, l'Auvergne, elc., où elles mürissent plus tard que dans la plaine, elles ont une végétation plus forte, une paille plus abondante, des épis plus volumineux et des grains plus gros.
$ II.—Choix du terrain.
Le seigle est beaucoup moins exigeant que le froment, sur le choix des terrains. — On peut dire que lous ceux qui ne contiennent
car. 15°,
pas une humidité surabondante lui conviennent. — Il vient très-bien dans les sols arsilo-sableux, substantiiels et profonds, quoiqu'on ne l'y rencontre pas souvent, parce que ses produits sont inférieursen qualité à ceux du froment, qui aime de prédilection ces sor-
tes de sols. — Il vient éyalementbien dans les terres sablo-argileuses, sableuses même, et sans beaucoup de fond. — Enfin, et c’est un de ses plus précieux avantages, il couvre utilement des sols crayeux ou marneux de trèspeu de valeur.
Moins que les autres céréales, celle-ci redoute L’aridité du fonds sur lequel elle croët, sans doute parce quesa végétalionrapideet sa
maturité précoce font qu’elle ombrage mieux
la couche labourable dès sa jeunesse,et qu’elle n’a plus autant besoin d'humidité pour continuer sa courte existence, à l’époque des fortes chaleurs de nos étés. — Par suite de celte disposition, le seigle, dont les tiges sont proportionnellement plus grêies et les grains moins pesans que ceux du froinent, exige aussi des champs moins féconds. Il parvient à maturité complète dans les régions montagneuses, où les courts étés sont loin de suflire toujours à celle de nos autres grains, l’orge exceptée, tandis que, dans la plaine, on le woïissonne parfois assez tôt pour obtenir après lui une seconde récolte fourragère ou une culture propre à être enfouie. — Enfin, il redoute si peu l'intensité du froid qu’on le voit prospérer, en dépit des hivers vifs et longs du nord, jusque dans les contrées voisines du cercle polaire.
$ IL. — Préparation du terrain.
Ce que nous avons dit de la préparation du sol, pour les semailles du froment, peut s’appliquer én grande partie à celles du seigle.
Cependant 1l est d'observation que ce dernier préfère un guéret plus entièrement divisé. Le but des labours est donc, pour lui, d'arriver à un ameublissement aussi grand que possible, cequi ne veut pas direque leur nombre doive être pour cela plus considérable, attendu que la pulvérisation des terres légères est beaucoup plus facile que la division, même incomplète, des terrains argileux.
Le seigle prend dans les assolemens le rang du froment qu’il remplace, maïs il est à remarquer qu'il ne paraît pas donner comme lui de moindres ou de moins bons produits sur les terres neuves ou renouvelées par une longue culture forestière ou herbagère; de sorte que, si nous nous en rapportions à notre propre expérience, nous le regarderions comme aussi propre que l’avoine à féconder les premières années d’une défriche.
Le trèfle ne réussissant pas dans toutes les terres à seigle, la /upuline ou le sainfoin le remplacent avantageusement comme culture préparatoire de cette céréale. Nous ne répé- Lerons pas ce qui a été dit, à l’article 4ssolement, des autres plantes fourragères et industrielles des sols légers. — Comme pour le froment, us terrain bien net est une condition importante de succès. Toutefois,