‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 272 sur 357 · AGRICULTURE : DES CERÉALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE : DES CERÉALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE

suelles, et bien plus encore à mesure qu’on approche de la fin de année. »

Le seigle de printemps ne se cultive guère que dans les pays de montagnes et dans les lieux où des causes particulières empêchent les semailles d'automne. Comme les autres céréales de mars, il est moins productif que la race automnale. Toutefois, la récolte, au moins en grains, est souvent presque égale, et l’on ne doit pas être surpris de voir sa culture gagner depuis quelque temps sur divers points de la France.

$ VI. — Du mode d’ensemencement, de la culture ultérieure et des produits comparatiis du seigle.

Le prix modique du seigle en grain, et la valeur assez importante de sa paille, qui augmente au lieu de diminuer quand on le sème un peu dru, parce qu’elle croit et s’effile davantage, font qu’il n'y aurait pas grand avantage, d’une part, à diminuer la quantité de semence, et de l’autre à espacer les louffes par un semis en lignes. Aussi, on sème toujours à la volée, elon recouvre à la herse ou à la charrue, en ne perdant jamais de vue qu'une trop grande profondeur serait une entrave à sa prompte germinalion. — Le seigle pourrit assez facilement en terre.

Dans la plupart des provinces voisines des rives de la Loire, en Sologne, dans le Berry, partout où la culiure en billons est usitee, après avoir égalisé la surface du chainp a la herse ou à la rabattot-

? re (fig. 551), et répan- Ï #, TUE RULES QUE HE du fa semence,on l’en- Nas Lerre en reformant les

Em ados par deux traits de charrue.

Un exemple curieux de la facilité que présente la culture des seigles a été rapporté autrefois par M. Tessier. Un fermier, qui en avait semé sous ses yeux, dans une terre nouvellement défrichée, en fit une belle récolte au mois de juillet. Il avait laissé passer de quelques jours l’époque précise de la malurilé, et, comme la saison était très-sèche, il s’en égrena beaucoup. Au mois d'août suivan, il fit labourer sa pièce pour lensemencer en moutarde; mais, s'étant apercu ensuite qu’il levait une aussi grande quantité de seigle que s’il en eût semé de nouveau, il le laissa croître et se procura une récolte non moins abondante que la première, sans qu’il lui en ait coûté ni labour, ni semence.

Il peut arriver, et il arrive en effet dans des circonstances favorables, qu’en semant le seigle dès la fin de juin, ou même après une récolte enlevée de bonne heure en juillet, on peut le faucher ou le faire päturer avant l’époque des grands froids, sans diminuer sensiblement les produits de lamoissonsuivante.

— Il parailrait, d'après des renseignemens recueillis par M. Tessier, et consignés par lui dans le Cours complet d’agriculture de Déterville, que, dans le nord de l'Allemagne, c'est le seigle trémois qu’on applique à cet usage. Nous ne sachons pas qu'aucune expérience analogue ait été faite en France, où nous avons vu au contraire préférer constamment le seigle d'hiver, ou mieux encore celui de la Saint-Jean, dont on peut espérer

LLV2 LE.

faire une première coupe au commencement et une seconde coupe à la fin de septembre ou dans le courant d'octobre. — Malheureusement cette pratique, avantageuse dans les climats où les pluies d'été se succèdent avec quelque fréquence, n’est pas applicable partout ailleurs.

L'usage de cultiver le seigle mélé à des proportions variables de froment, s’est conservé dans plusieurs départemens, où l’on trouve que ce mélange, connu sous le nom de meéteil, est plus productif que l’une ou l’autre céréale semée seule dans les mêmes proportions.En d’autres localités, le méteil a fait place à du froment pur. Nous croyons que c’est un bien, puisqu'il est certain que cette innovation ne peut être la suite que d'une amélioration du sol, et que le froment donue en définitive le meilleur pain. Néanluoins, nous ne pensons pas qu'on doive proscrire absolument la première méthode, encore assez fréquente dans le Midi, malgré l'inconvénient assez grave de la précocité plus grande du seigle. —M. le comte Louis DE ViLLENEUVE a eu l’heureuse idée,pourses propriétés de la Haute-Garonne, de faire venir de la semence de seigle de la région la plus élevée de la montagne Noire, pour remplacer celle de la plaine, et il est ainsi parvenu à rapprocher sensiblement l’époque de la maturité des deux espèces. — Le seigle de la Saint-Jean, plus tardif que le seigle ordinaire, serait également propre au même usage.

Nous avons vu qu'à volume égal e seigle pèse sensiblement moins que le froment. Rarement ses produits en volume sont beaucoup plus considérables. En suivant l’assolement triennal, jachère fumée, froment et seigle, il arrive même que ce dernier, comme cela doit être, rend moins que le premier. Mais, lorsque les deux céréales sont mises, par rapport à l’engrais et à la nature du sol qui conviennent à chacune d’elles, dans des circonstances également favorables, le contraire a lieu.—ScaweRrrTz pour la Belgique,et ARTHUR YouxG pour l’Angleterre, ont établi que le produit en volume du seigle est à celui du froment, dans le premier de ces pays, comme 12,28 : 11,80, et, dans le second, comme 9,58 : 9,39.—En France, nous avons éprouvé qu’en des localités différentes les résultats peuvent être complètement opposés.Dans des sols doux et légers, le seigle nous a donné environ 1/8 de plus que le froment ; dans les terres fortes, le froment a renduau contraire beaucoup plus que le seigle; aussi se gardeton, généralement, de le cultiver dans ces sortes de terre. Notre remarque ne contribue pas moins à faire mieux sentir la difficulté de pareils calculs, et le peu de foi qu'ils doivent inspirer lorsqu'ils ne sont pas basés sur des renseignemens précis et surlout nombreux.

Oscar LecLerc-THouin et VILMORIN.

SEecTion mi. — De l’Orge.

L’Orge ( Hordeum, Linn.); en anglais, Barley; en allemand, Gerste; en italien, Orzo, et en espagnol, Cebado , a des usages aussi nombreux qu'importans. Sa farine, quoique plus courte que celle du froment et même du seigle,

CHAE. iô°.

est cependant susceptible de donner un pain rude et de qualité inférieure, mais nourrissant et sain, et quis’améliore beaucoup par le mélange du seigle ou du froment.—On mange aussi l'orge à l’état de gruau ou d’orge mondé. Dans ce dernier état, sous une forme analogue à celle du riz, et associée à de la viande, elle est fréquemment utilisée dans les fer es allemandes pour la nourriture de la famille. — Le grain d'orge est diversement employé dans l’art de la distillerie. — En médecine, on le considère comme rafraichissant; — enfin, personne n’ignore l'usage considérable qu'on en fait, dans une grande partie de l’Europe, pour la fabrication de la .biére.

Nous verrons ailleurs avec détail que cette même graminée donne un excellent fourrage vert. — Sa paille, quoiqu'ii y ait beaucoup de diversité dans l’opinion des écrivains el des cultivateurs, sur la valeur nutritive qu’on doit lui attribuer, diversité qui peut être due autant au choix des variétés qu'à la nature du terrain ; sa paille, disons-nous, si on s’en rapporte aux analyses chimiques, est cependant supérieure à celles du froment el du seigle, comme fourrage sec.— L’orge en grain est fort souvent substituée, dans le Midi surtout, à l’avoine, pour la nourriture des chevaux. — Trempée, et encore mieux moulue ou simplement écrasée entre deux cylindres, et déjà en état de fermentation, e/le augmente considérablement le lait des vaches, engraisse rapidement les bœufs, Les cochons, les volailes, etc.

$ If. — Espèces et varietés (1).

Das le froment, les épillets, solitaires sur chaque dent de l'axe, sont alternés sur deux côtés opposés. Dans l'orge, ils sont ternés sur chaque dent; les deux latéraux sont souvent mâles et pédicellés; celui du milieu, sessile et hermaphrodite. Cependant, ce dernier caraclère, très-ordinaire dans les espèces sauvages, l’est beaucoup moins pour les espèces cultivées. Il en est dont toutes les fleurs sont même constamment hermaphrodites. — Les glumes sont à deux valves, qui forment une sorte d’involucre à six feuilles; — chaque glume renferme une seule balle à deux valves.

A. Orge carrée (2), — Orge commune de De Candolle (Hordeum vulgare, Lin.).

L’orge carrée a presque toujours toutes ses fleurs hermaphrodites et munies de barbes longueset droites. — Des 6 rangées de fleurs, 4 sont plus proéminentes que les autres, et donnent ainsi à lépi une forme à peu près quadrangulaire.

1. Escourgeon, scourgeon (en Flandre); — Orged’hiver;— O.carrée d'hiver( Hordeum vulgare hybernum) ( fig. 55?).—C'est l'orge hivernale par excellence. Elle est très-estimée et

Page 1