DU SARRASIN
importe que les semences soient à une assez grande profondeur pour profiter du peu de fraicheur qu'elles ne trouveraient pas plus près de la surface.
Les cultures d'entretien se bornent à des sarclages, et, selon les circonstances, des roulages ou des hersages. Pour ces trois opéralions, nous renvoyons à ce qui a été dit précédemment à l’occasion du froment.— Afin d'éviter un double emploi, nous prions également le lecteur de consulter, pour les récoltes des blés et de l’avoine, la 3° section du chap. XI de ce livre. Pour le avelage et les diverses manières de l'exécuter, voir page 299, et la figure 412.)
$ VI.— De la quantité des produits.
On a souvent cherché à comparer Les produits de l’avoine à ceux de l'orge, pour faire ressortir les avantages de la culture de l’une ou de l’autre de ces céréales. Pécuniairement parlant, la différence üent surtout à deux causes dont on n’a pas toujours assez tenu compte : le climat et les moyens de consommation. — Si, dans le midi, l'orge est généralement plus productive, dans le nord il arrive souvent le contraire. À cet égard, c'est au cultivateur, avant de se fixer, à bien étudierle pays qu’il habite. — D'un autre côté, le prix relatif de ces deux grains varie selon les besoins du commerce, pour la fabrica- Lion de la bière ou la nourriture des chevaux, de manière que chacun, sous ce second point de vue, ne doitencore prendre conseil que de la: position dans laquelle ilse trouve.
En Belgique, d’a- Fig. 561.
près les calculs de ScHweRTz, la production de l’avoine est en volume à celle de l’orge, comme 24 à 17.
ARTHUR Y OUNG est arrivé à très-peu près aux mêmes résultats pour l'Angleterre. La différence est au moins aussi forte au nord et au centre de la France.
Oscar LECLERC- Tuouix el VILMORIN.
SECTION Y. — Du Sarrasin.
Le Sarrasin(Polygonum l'agopyrum, L.); } en anglais, ÆBuck- TN W heat; en allemand, f Buch-weizen, Heide- y!
korn;enitalien, Grano saraceno, Polenta negra;en espagnol, 7ri20 negro; Vulgairement blé noir, carabin, bucail,bouquette, appartient à l’octandrie trigynie de Linné et à la famille valurelle des
! polysonées. Ilse re-
connaît aux caractères suivans : racine fibreuse, annuelle; tige herbacée, dressée, haute d’un pied ou deux, cylindrique, glabre, légèrement pubescente à l'articulation de chaque feuille, rameuse, rougeûtre dans sa partie inférieure; feuilles tres-distantes entre elles, cordiformes, aiguës, un peu sinuées et portées sur des pétioles longs d’un
ouce à trois; fleurs blanches, disposées à Paisseilé des feuilles en épis courts et serrés, dont les supérieurs, plus courts que les inférieurs, forment une sorle de corymbe terminal; calice persistant, divisé supérieurement en cinq lobes ovales; cinq étamines en dehors des tubercules du disque, et trois en dedans ; anthères globuleuses, rougeâtres ; ovaire comme pyramidal et triangulaire ; fruit d’un noir pâle, à trois angles fort saillans. — On croit que /e sarrasin estoriginaire de la zone tempérée de l’Asie, où sa culture est assez répandue, et d'où il nous a été apporté à l’époque des Croisades suivant les uns, vers la fin du xv* siècle suivant les autres. Aujourd'hui,ilest naturalisé dans tout le centre et le midi de l'Europe.
Une autre espèce, que, depuis quelques années, les agronomes ont tenté d'introduire dans la grande culture, est le Sarrasin de Sibérie où de Tartarie (Polygonum Tataricum),
{ fig. 562), qui diffère du premier par ses gral-
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nes plus dures, plus petites, munies de dents sur leurs angles, et par ses tiges plus jaunàtres, plus fermes et plus ramifiées.On ditqu'il a sur son congénère l'avantage d'être plus rustique, plus vigoureux, plus précoce, plus productif; d'exiger moins de semence, et de donner un grain plus pesant, plus facile à vanner, qui acquiert de la qualité en vieil-
AGRICULTURE : DES CÉREALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE. niv. 1°.
lissant; mais son grain s'échappe encore plus facilement du calice, et se moud plus difficilement ; la farine qu’on en retire est noirätre, plus rebelle que celle du sarrasin orainaire à la fermentation, et amère. Il est vrai qu'on attribue cette amertume à l’écorce du grain, et qu’on pourrait vraisemblablement la faire disparaître par un procédé de mouture qui séparerait exactement la farine de l'écorce. Quant au produit, il a été de plus de 80 p. 1 dans les essais de MM. pe TURME- LIN et MarTIN, de l'Isère, insignifiant, au contraire, dans ceux de THAER.
Le tissu dusarrasin esttendre et aqueux;\\se décompose promptement quand on l’eufouit.
Dans 100 parties en poids de paille sèche desarrasin, le professeur SPRENGEL a trouvé 22,600 de inatières solubles dans l'eau ; 23,614 de malières solubles dans une lessive alcaline caustique ; 0,900 de cire et de résine; 52,886 de fibre végétale. L’extrait aqueux ne contenail que quelques traces d’albumine, beaucoup d'acide libre ou d’un sel végétal acide, peu de gomme et beaucoup de musilage ; la saveur de cel extrait était fortement acide, âcre et astringente; les cendres de la paille de la même plante contenaient, comparativement aux autres plantes ordinairement employées comme engrais, beaucoup d’acide phosphorique, d'acide sulfurique, de chlore, de soude et surtout de magnésie.
Les expériences de VAUQUELIN lui ont indiqué, dans la paille de sarrasin, 20 à 30 p. 100 de carbonate de potasse. SPRENGEL, au COntraire, n’a obtenu de 100 parties en poids de la paille réduite en cendres, que 0,332 de potasse caustique.
Les fleurs du sarrasin, nombreuses et odoantes, s’épanouissent successivement, et, par conséquent, leurs graines n'arrivent pas toutes en même temps à leur maturité. Cent parties deces graines, analysées par le professeur ZENNECK, lui ont donné les résultats suivans : 26,94 fibre végétale ; 52,29 fécule ; 10,47 gluten; 3.06 matière extractive avec sucre; 2,53 matière extractive oxigénée; 0,36 résine, et 0,22 albumine. La farine de sarrasin a une saveur propre, qui paraît plus développée dans les pays graniliques (Bosc).
$ IT. — Usages du sarrasin.
Lesarrasin est susceptible de recevoir quatre destinations différentes. Il peut servir à la nourriture de l’homme, à celle des bestiaux, à celle des abeilles, et à l’engraissement du sol.
Son grain seul est consommé par l'honime.
La farine qu'on en tire est convertie en bouillie, engalettes, en gâteaux, d'une faculté nutrilive assez grande, et qui ne causent pas d’aigreurs sur lestomac. En temps de disette, de même que dans les pays pauvres, comme, par exemple, la Bretagne, on en fabrique aussi du pain. Ce pain lève mal, et cependant, à en juger par l'analyse du professeur Zenneck, le blé noir n’est guère moins riche en gluten que le froment. Faut-il conclure de là,avec ce professeur, que si lon appliquait à la mouture du sarrasin un meilleur mécanisme, sa farine, qui, d’ailleurs, donne à peu près le même produit que le seigle en
cHAP. 15°.
amidon, ne le céderait pas en qualité à celle de plusieurs sortes de blés ? ou bien, doit-on admettre que le gluten n’est pas la cause première de la fermentation panaire?—Le grain du blé noir a été employé à la distillation en Angleterre, et il l'est encore sur le Continent (Loupow).—Mais c’est à la nourriture de la volaille et des bestiaux qu'il est particulièrement consacré. Suivant Arthur Youxe, un bushel (36 lit. 35) équivaut à 2bushels d'avoine, pour la nourriture des chevaux; 8 bushels de la farine les entretiennent autant que 12 bushels de farine d’orge. M. MATHIEU DE DOMBASLE se borne à dire que ce grain a autant de va- {eur que l'orge pour la nourriture et l’engraissement des cochons, et qu'il est plus nutritif que l’avoine pour les chevaux. RoZIER assure que, mêlé à celle-ci par portions égales, et donné aux chevaux el au bétail qui travaille, il les entretient en chair ferme. Bosc prétend qu’il fait pondre de bonne heure les oiseaux 4 basse-cour qu’on en nourrit. Il enivre, dit-on, les animaux qui en mangent pour la première fois.
Tels sont les emplois du grain. Quant aux tiges et aux feuilles, elles forment un assez bon fourrage, lorsque la plante est fauchée
endant la fioraison, et qu’elle est donnée aux
esliaux encore verte. Dans cet état, elle possède une faculté nutritive supérieure à celle du trèfle, suivant Loupox; inférieure, suivant M. ne Domgasee. Elle influe, dit-on, favorablement sur la quantité et sur la qualité du lait, chez les vaches qui la consomment. On ne sait trop si les bestiaux trouvent du plaisir à la manger, comme quelques agronomes l’assurent, ou si elle leur cause d’abord quelque répugnance, comme d’autres le pensent, et ainsi qu'on peut le supposer « priori, en ayant égard au principe àcre qu’elle conüent. Elle ne paraît pas d’ailleurs sans quelque inconvénient; des expériences faites à Mæglin, et plusieurs faits rapportés par différens observateurs, tendent à montrer que, sous certaines conditions du moins, elle fait enfler la tête des moutons qui s’en repaissent, et leur occasione des boutons dans cetle région du corps. À l’état de dessiccation, elle ne narait presque pas appétée par les animaux, et on ne la conserve pas volontiers au-delà de Noël pour la leur donner, soit à cause de cette circonstance, soit parce qu'elle est difficile à dessécher. Sous le rapport de sa valeur nutritive, M. SPRENGEL place la paille de sarrasin au dernier rang, dans une série composée de 12 espèces de pailles communément employées comme fourrages et chimiquement analysées par lui. Rozrer dit que les chevaux la mangent lorsqu'elle est batiue.
Les fleurs de sarrasin fournissent une riche pâture aux abeilles pendant un espace de temps assez considérable, dans une saison où les autres fleurs commencent à manquer; les abeilles qui se nourrissent de leur nectar, produisentun miel très-coloré, mais de bonne qualité, comme le prouve celui du Gâtinais, si connu à Paris (Bosc).
Enfin, on cultive encore le sarrasin pour le faire servir d'engrais, en l’enterrant pendant sa floraison. C’est une des meilleures plantes que l’on connaisse pour former un engrais