‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 280 sur 357 · DU SARRASIN · texte numérisé non relu

DU SARRASIN

végétal, est-il dit dans le Calendrier du bon cultivateur. — Comme litière destinée à être convertie en fumier, M. SPRENGEL classe la paille du sarrasin entre celle des vesces et celle des fèves.

$ IL. — Culture du sarrasin.

Après avoir fait connaitre les caractères, les propriétés économiques et les principaux usages du sarrasin, envisageons-le plus spécialement sous Le rapport de la culture et de l’assolement.

Voici les principaux avantages qu’il présente à cet égard : il se contente de terrains trop maigres pour toutes les autres espèces de grains d’été ou de printemps; il y produit davantage. C’est l’unique récolte qui réussisse entre celles de seigle dans les contrées sablonneuses (Ta4Er).Surles terres qui n’ont pu être suffisamment préparées, il est plus profitable que l’orge (Arthur YouxG;. On le place indifféremment avant ou après loute espèce d'autre récolte. Il est très-propre à combler une lacune dans. l’assolement, à remplacer d’autres plantes ou même des céréales à fourrage qui n'auraient pas réussi, ou qu'on n'aurait pu semer à l’époque convenable, et à atténuer ainsi les effets de la disette. On peut facilement, dit M. de Dow- BASLE, le semer en seconde récolte après du seigle, du colza, des vesces, elc., et même après du blé, lorsqu'on veut le faucher en vert ou l’enfouir pour engrais. Le trèfle, la luzerne, le sainfoin, et probablement aussi, les autres espèces de plantes de prairies artificielles, réussissent parfaitement bien dans sa société, peut-être mieux que dans celle de toute autre espèce de récolle. Il laisse le sol dans un aussi bon état d’ameublissement et de propreté qu’une récolte sarclée, et est moins épuisant qu'aucune autre céréale, parce qu’il ombrage davantage la terre ettire beaucoup de nourriture de l'atmosphère. Enfin, sa culture exige peu de travail.

Quant à ses défauts, en ce qui concerne sa culture, on lui reproche sa sensibilité au froid et aux intempéries, l'incertitude de ses produits, l'inégalité avec laquelle il mürit ses graines dans un même champ; la facilité un peu trop grande avec laquelle il les laisse tomber, et la difficulté de sa dessiccation.

Suivant Rozier et quelques autres agronomes, il préfère les terrains forts à tous les autres; d’après M. de Dombasle, au contraire, il réussit mal dans l'argile et se complait dans les terres meubles. Il est possible que cette divergence d'opinionstienne aux différens effets du climat, de l'exposition et du mode de culture, ou qu’elle n’existe réellement pas, etque les deux assertionsse concilienten ce sens que la végétation du sarrasinserail plus vigoureuse sur les sols de la première espèce, et que ceux de la seconde seraient plus favorables à sa fructification. Quoi qu’il en soit, c’est principalement sur les sols légers, sablonneux et arides, qu'on le place. On sait, en Bretagne et ailleurs, qu'il réussit sur les défrichemens de bruyères et de landes ; cependant on ne craint pas, dans maintes contrées, dans la Frise orientale, par exemple, de le cultiver sur des emplacemens de marais qu’on a as-

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sainis et écobués. Concluons de là qu'il n’est pas difficile sur la nature du sol, et que, comme toute autre plante, il croît plus vigoureusement sur les sols riches, bien fumés, mais aux dépens peut-être de sa fructification. C'est, dit V. Yvarr, une des plantes les plus précieuses pour les assolemens des terres sèches, siliceuses, caillouteuses et crelacées.

La croissance du sarrasin est rapide. Il est très-sensible aux influences atmosphériques : la moindre gelée le détruit. On prétend que les éclairs lui causent beaucoup de mal (DunamEeL), et que sa fleur coule dans ce cas, ou lorsque les phénomènes électriques se développent dans Pair sans qu’il pleuve (Tnagr). Elle ne supporte pas non plus la trop grande ardeur du soleil, ni les vents violens de l’Est.—Le sarrasin ze craint pas une température sèche. Immédiatement après qu'il a été mis en terre, il lève, même par les plus grandes sécheresses ; mais, lorsqu'il sé revet de sa troisième feuille, il demande la pluie pour pouvoir développer les autres; sa longue floraison se développe quelques semaines après, et alors il doit avoir alternativement de la pluie et du soleu pour que sa croissance s'achève et que ses fleurs nouent; après sa floraison, il veut derechef un temps sec qui accélère et évalise la maturalion de ses fruits, qui arrive après un temps variable entre 2 et 5 mois.

On peut semer le blé noir à toute époque de la belle saison, en prenant garde qu’il ne soil exposé ni aux gelées du printemps, ni à celles de lPautomne. Pour plus de sûreté, ou pour avoir un produit continu en fourrage, onu sème à 3 où 4 époques différentes. Si le champ doit être fumé, il convient de réparür le fumier de manière à en répandre la moilié seulement avant l'ensemencement du sarrasin, et le reste apres la récolte. Les débris de bruyère lui conviennent particulièrement.

Ordinairement, on ne donne qu'un labour au champ qui doit le recevoir. Cependant Tnazr croit qu'il estindispensable de labourer deux fois, afin, surtout, de détruire les mauvaises herbes, et M. bE DOMBASLE va jusqu'à dire que, si 4 ou 5 labours sont nécessures pour ameublir le soi, on ne doit pasles épargner. A Roville, on exécute 2 labours : l’un en avril, l’autre en mai, et on les fait précéder chacun d’un heérsage. Au reste, le nombre des facons préparatoires peul varier, suivant l'usage auquel on destine la piante.

Le mode de sa végétation exige qu'on emploie peu de semence. Xl n’en faut guere qu’un demi-hectolitre par hectare, quand on a en vue la production de sa graine, el le double quand on veut le faire servir d'engrais (Vir- MORIN). La graine demande à être ezterrée peu profondément, et par un simple coup de herse où d’extirpateur.

On choisit pour la récolte le moment où la plus grande partie des graines sont mûres.

il y a deux manières de l’exécuter : l’une consiste à couper les tiges avec la faulx ou avec la faucille; Pautre, à les arracher. La première est plus expéditive et plus usitée; la seconde diminue la perte qui résulte de légrenage, et permet à un plus grand nombre

de graines d'achever leur maturation après le moment dela récolle. Onréunitles tigesen bottes qu’on dresse les unes contre lesautres, el qu'on laisse plus ou moins long-temps sur place en les disposant en moquettes, comme il a été expliqué au chap. des Aécoltes, pour les preserver des déprédations des oiseaux.

On est presque toujours forcé, dit le directeur de Roville, de procéder au battage lorsque les plantes sont à moitié sèches, et alors on ne peut conserverla paille. On étend le grain en couches très-minces dansles greniers, afin d’en achever la dessiccation. Le sarrasin se bat très-bien au fléau et à la machine.

Le produit qu'il donne est irès-variable.

Lorsqu'on le sème après une récolte de céréales, dit TRAER, on compte en 7 ans, sur une bonne récolte, trois médiocres et trois mauvaises; si on le confie à un champ quiest resté en repos où en pâturage pendant plusieurs années, on s'attend en revanche à une bonne récolte sur deux : 20 à 25 hectolitres de grain par hectare doivent ètre regardés comme une bonne récolte; daus les années particulièrement favorisées, le produit peut s'élever au double. Celui du sarrasin, cultivé comme fourrage, est également variable : à terrain égal, Taaer l'a trouvé plus considérable que celui des vesces. Lorsqu'on erterre en vert, On fait agir la charrue à simple ou à double versoir. J. Yuxc.

SECTION vi. — Du Maïs.

Le Mais (Zea Maïs, Linn.); en anglais, Maïze ; en allemand, Aays; en italien, Gran turco; en espagnol, Maiz, vulgairement connu en différens lieux sous les noms de blé d'Inde, blé de Turquie, blé d'Espagne, ble de Barbarie où de Cure etc., parait originaire des Deux-Mondes, ainsi qu'il ressort des preuves historiques que J'ai développées ailleurs.

$ LT, — Usages.

Il n’est aucune plante d'un intérêt plus grand et d’une utilité plus générale que le Mais. I1 croit sous les tropiques, à côté du manioc et de l’igname, el ses épis féconds se retrouvent dans une grande partie des régions tempérées rivaux de ceux du blé. Il sert, sous un grand nombre de formes différentes, à la nourriture des hommes, à celle des animaux domestiques ; -— aux besoins de l'économie industrielle ; — et il offre des ressources à la médecine hygiénique.

Sous le premier point de vue, on ulilise ses grains, tantôt simplement grillés on bouillis quelque temps avant leur complète maturité; tantôtréduits en farine et sous forme de pâte, d’une digestion facile, à laquelle on a donné, selon sa consistance, le choix des assaisonnemens et le mode de prépara tion, les noms de polenta, de garde où de millias; — d'autres fois, sous forme de pain où de gâteaux, avec où sans mélange de farine de froment, de seigle, de sarrasin, de fécule ou de pulpe de pommes-de-terre.

__ Soumis à la fermentation alcoolique, le mais peut remplacer l'orge ou le blé dans la

car. 15°.

préparation de la bière.— On en extrait, par infusion, après l'avoir torréfié, un breuvage qui a l'apparence du café, et dont les Chiliens sont fort avides. — Sous les tropiques, la tige de cette plante est tellement sucrée que les Indiens la sucent, comme dans d’autres lieux on suce la canne à sucre.—Lesuc qu'on peut en extraire, après avoir fermenté, sert, en divers lieux, à la préparation de liqueurs spiritueuses ; et, si des expériences diverses n’ont pas encore suffisamment démontré qu'il contienne une assez grande quantité de sucre pour permettre de l'utiliser profitablement à l'extraction de ce précieux produit, on peut en retirer, en proportion notable, du vinaigre-par la fermentation acide, ou de l’alcool par la distillation. Ajoutons que ce même suc concentré par une chaleur modérée,et étendu de beaucoup d’eau, fournit une boisson douce et rafraichissante : mélé avec du jus de groseilles, et sans addition de sucre ou de sirop, il donne un breuvage aussi sain qu'agréable.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'emploi du maïs comme fourrage ; ses grains sont une excellente nourriture pour presque tous lies animaux ;— les chevaux s’en accommodent fort bien; — les porcs ne s’en dégoùtent jamais, et l’on sait combien les oiseaux d’étang et de basse-cour en sont avides.

On peut employer les feuilles du maïs pour la fabricalion du papier.—En Amérique, on extrait deses grains une sorte d'huile grasse dans la proportion d’un litre environ par boisseau. — Dans le même pays, on fait de ses spalhes des chapeaux assez solides. — Ailleurs on en fait des naites, on en tresse des liens; —onen remplit les paillasses, matelas, coussins, elc., et ce dernier emploi est d’un très-bon usage.

$ II. — Espèces et variétés.

Nous cultivons depuis plusieurs années, dans le Jardin dont la direction nous est

DU MAIS

| Joliis

confiée, quatre espèces de maïs, dont la première seule à jusqu'ici fixé lattention des cultivateurs européens. Ce sont : le Zea mais, Lin., foliis integerrimis (à feuilles entières) (48. 563 el 564); — le Zea Curagua, Mol.,

subserratis (a feuilles denticulées); —le Zea hirta, Nob., foliis hirtis (à feuilles velues); —et le Zea erithrolepis, Nob., seminibus compressis, glumis rubris (à grains comprimés, à rafle rouge).

Ces espèces, dont les caractères ne s’altèrent jamais au point de devenir méconnaissables, ont donné naissance, la première surtout, à uu grand nombre de variétés transmissibles de semis, ou plutôt à une multitude de races qui diffèrent entre elles par la couleur, la forme, le volume des grains, leur consistance, l'époque de leur maturité, ou par d’autres modificalions plus légères, mais as: sez solides néanmoins pour se reproduire.— Les unes sont préférables à raison de la grosseur ou de la qualité des grains, les autres à cause de leur plus grand produit, de leur précocité ou de leur aptitude à résister au froid, à la sécheresse, etc.

Dans notre ouvrage, où sont figurées de grandeur naturelle et représentées en couleur les principales variétés de maïs, nous avons rangé ces variétés en trois sections basées sur la couleur des grains, caractère assez fixe lorsqu'on a soin d'éviter les effets de l’hybridité si fréquente chez les végélaux monoïques.

À. variétés à grains roux.

1. Maïs d'août ou d'été, connu en Piémont sous le nom de melia ostenga ou agostana, dérivé de ce que cette variété, la plus généralement cultivée en Italie, y vient à mx turilé dans le mois d'août. Cent épis produisent 20 à 24 livres de grains ; le poids moyen de l’émine {23 litres) n'excède pas 49 livres. — La durée ordinaire de la végétation de ce mais est de quatre mois.

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