DU RIZ
nicules formant une sorte de petit balai.
Comme le panis, le sorgho veut une terre fertile et chaude.— La manière de le semer, de le sarcler et de le buter, est en tout la même ; seulement, il est bon de l’espacer davantage. Cette plante, fort cultivée en Arabie et sur divers autres points de l'Asie, s’est répandue aussi en Italie, en Espagne, en Suisse, dans quelques parties de l'Allemagne et de la France méridionale et occidentale. Mais elle s’y est fort peu étendue, parce que, quoiqu'elle épuise le sol à peu près autant que le maïs, elle donne des produits en général moins fructueux.
Oscar LECLERC-THOUIN.
SECTION vil. — Du Riz.
Le Riz cultivé (Oryza sativa), en anglais Rice ; eu allemand, Ress; en
italien, Réso;
(Zg. 572), est une plante annuelle qu’on Fig. 572.
croit originaire des Indes et de la Chine, et qui appartient à la famille des graminées.
Ses racines sont fibreuses et superficielles, et ressemblent à celles du froment; elle fournit des tiges hautes de 3 à 4 pieds, gréles, et aussi fermes que celles du blé. Les feuilles sont longues, étroites, terminées en pointes.
Les fleurs portent des étamines de couleur purpurine, et forment des panicules comme chez le millet. Les grains sont contenus un à un dans une balle sans arêle, à pointe aiguë, à deux valves à peu près égales ; ils sont oblongs , sillonnés, durs, demi-transparens et ordinairement blancs.
Le riz, comme toutes les plantes cultivées depuis un temps immémorial, a produit un grand nombre de variétés. Celles des Indes, nolamment le benafouli et le gouondoli, donnent un grain meilleur que le riz de l'Europe. À la Chine, il en existe aussi un graud nombre d'excellentes variétés; celle dite r£z impérial parait être d'un tiers plus précoce que les autres, et peut ainsi mieux réussir au nord de l’Empire. Il y en a une au Japon dont le grain est fort petit, très-blanc et le meilleur qu’on connaisse ; il est aussi nourrissant que délicat; ies Japonais n’en laissent presque pas sortir. Mais, pour nous, les variétés les plus intéressantes sont celles cultivées en Piémont et dans les Carolines.
M. Poivre a rapporté de la Cochiuchine à l'Ile-de-France une variété de rés qu'on appelle vivace où perenne, parce qu’elle reproduit chaque année des tiges nouvelles; son grain est brun et de bon goût ; cette espèce est peu répandue. ;
Il ya une dizaine d'années, on avait, en
France, fondé de grandes espérances sur une variété de riz sec, provenant de la Cochinchine, envoyée à la même époque par Porvre en Europe, et mise en vogue par A. Taouix; on prétendait qu’elle pouvait être cultivée sans inondations dans les terrains frais. Malheureusement, les essais tentés de divers côtés, et ceux que nous avons faits en Piémont ont démontré que cette variété est une plante aussi aquatique que l'espèce à laquelle elle appartient, et qu’elle ne peut fructifier sans l'intervention be feau. Onsait en effet que les variélés de riz sec de montagne de l'Asie, particulièrement de la Cochinchine, ainsi que de Madagascar, ne prospèrent, sans être Inondées, que dans les pays et aux époques où les moussons procurent des pluies continuelles et constantes. Le grain obtenu ,en cullivant ce riz comme le riz humide, nous a paru plus dur et par conséquent d’une cuisson plus longue.
$ 1". — Usages du riz.
Les usages du riz sont nombreux et variés.
L'analyse chimique ya fait reconnaitre une quantité considérable de fécule, environ 96 pour cent; aussi ce grain est-il Pune des substances les plus nutritives, et, pour une grande partie des peuples de l'Asie, de l’Afrique et de l'Amérique, il est d'une Importance égale à celle du froment pour les habitans de l'Europe. L'analyse nous a prouvé que le riz cultivé en Europe offrait plus de princi-
es nutritifs que le riz exotique; il est moins Dane. mais plus savoureux.
Le riz seul ne parait pas susceptible de panification, et la manière la plus ordinaire de le consowmer consiste simplement à le faire ramollir et gonfler dans de l’eau bouillante ou à la vapeur; on le mange en cet etat, soit seul et assaisonné avec quelques sels où épices, ce que les Orientaux nomment pélau, soil mélangé avec les autres substances qui composent le repas ordinaire. à
M. ARNAL a récemment fait valoir les avantages qu’il y aurait à mélanger un septième de riz réduit en farine, avec la farine de blé destinée à la préparation du pair, ei il a trouvé qu'en composant la pâte de 12 livres de froment, 2 de riz et 13 d’eau, on obtient 24 livres d’un pain excellent, très-nutrilifet d'une
fancheur parfaite, tandis que 14 livres de farine ne donnent habituellement aux boulangers qu'environ 18 livres de pain. in”
En Europe, on mange aussi le riz bouilli, mais on en prépare surtout une foule de potages, de gâteaux el de mets sucrés excellens. —On sait que la décoction des grains du rizest très-employée en médecine dans les dyssenteries et comme boisson très-salutaire. — Dans quelques pays, on en nourrit la volaille. — En Chine, ce grain, soumis à la fermenutation et à la distillation, fournit une liqueur spiritueuse appelée arack, el au Japon, une sorte de boisson vineuse nommée fackr. — Enfin, les Chinois en composent une péte qui acquiert une grande dureté, qui se mou le comme le plâtre, et avec laquelle ils font di vers pelitsouvrages de sculpture et de modelé.
La balle du riz, que les Piémontais nomment bulla, se donne aux chevaux après l'a-
AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. wrv. 1°"«
voir légerement mouillée, maïs c’est une médiocre nourriture. — Quant à la {orgue paille, on n’en peut faire que de la litière pour les bœufs; aussi en laisse-t-on souvent une
boune partie pour l’enterrer dans le sol. —
Nous ne parlerons pas de l’enploi du riz pour la préparation des chapeaux et tissus appelés dans le commerce paille de riz, car on sait qu'ils sont confectionnés avec le bois de diverses espèces d’osiers et de saules, ou d’autres arbres à bois blanc.— Quant au papier de
riz, il est fait avec les tiges de l'OEschynomène
des marais (OEschyÿnomene paludosa, Roxb.), plante de la famille des légumineuses, qui croit abondamment dans les plaines marécageuses du Bengale,
$ II. — Exploitation et insalubrité des rizières.
Il est bien constaté que la culture du riz ne prospère que sur les terrains qu'on peut inonder à volonté, ou dans les contrées soumises à des pluies régulières et abondantes. C’est ainsi qu’elle est pratiquée, quoique avec des modifications particulières,enChine, au Japon, dans les Indes et les iles de l'Asie; en Egypte et autres parties de l’Afrique; aux Etats-Unis d'Amérique, notamment dans les Carolines,qui produ sent du rizenabondanee, et en fournissent une grande quantité au commerce européen ; enfin, en Europe, dans le Piémont et la Romagne, et en Espagne, partout où les cours d’eau sont nombreux et abondans, et où il est par conséquent facile d'inonder les champs de riz. Dans un grand nombre de localités, et surtout aux Indes, en Chine et au Japon, on cultive le riz sur des terrains où l’eau ne viendrait pas naturellement, et on l’y amène par des canaux d’irrigation, en l’élevant au moyen de machines.
La culture du riz a été essayée avec succes dans plusieurs parties de la France, en Provence, dans le Forez, le Dauphiné, la Bresse, en Languedoc et dans le Roussillon, et, de nos jours, aux environs de la Rochelle par madame du Cayla. Mais elle a été abandonnée, à cause des maladies meurtrières qui l’accompagnaient, et qui portèrent le gouvernement à l’interdire formellement.
Ces ordonnances, quoique sans application depuis un très long temps, n’ont point été abolies : ensorte qu'on peut se demandersi la culture du riz pourrait être rétablieen France de nos jours, sans l'intervention de l’autorité législative. Zn Espagne, elle avait été aussi proserite sous peine de mort; mais cette defeuse est tombée en désuétude; cependant il est encore défendu d'établir des rizières, si ce rest à la distance d’une lieue des villes. En Amérique, comme ez Jtalie et en Piemont, la culture du riz est soumise à diverses mesures restrictives, qui ont pour but de diminuer les fâcheux effets de son insalubrite, dont il est facile de se convaincre en observant les visages livides, pâles et bouffis des habitans, et en remarquant que des fièvres intermitlentes y règnent presque toute l’année, Dans ces derniers pays même, où l'influence délétère des rizières est en partie dissimulée par leur mode d'exploitation, si l'on écoutait les vœux des amis de l’agriculture et de l’hu-
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manité, au lieu d'encourager cette culture, on tendrait à la réduire.
Les grands travaux nécessaires pour niveler le sol des rizières et y amener les eaux d'une manière régulière, ne permettent pas ce genre decullureaux paysans, ni aux petits propriétaires. En Piémont, ils restent toutà-fait étrangers à la culture des rizières, qui sont ordinairement des propriétés d'une vaste étendue, situées dans des contrées où la population est rare et chélive, et qui appartiennent à de riches citadins. Ceux-ci en confient la direction et la surveillance à des régisseurs qui font exécuter tous les travaux de culture comme de récolte, par des étrangers ; ceux-ci arrivent à cel effet de diverses contrées, aux époques convenables.
Pour l’agriculture francaise, le riz n'offre un grand intérêt que par l'étendue que sa culture pourrait prendre sur le territoire d’Aiger, où il exisie de vastes plaines d'un terrain fertile et facilement irrigable, et où la population, peu considérable dans certaines localités, aurait peu à souffrir de l’insalubrité des rizières. Peut-être aussi pourrait-on l’introduire, sans de grands dommages pour la santé publique, dans quelques contrées du midi de la France, qui trouveraient ainsi un emploi plus productif que par la végétation des mauvais herbages et des roseaux qu'elles fournissent.
$ I1.— Culture du riz.
Le climat exigé par le riz ne permet pas à cette culture de dépasser avantageusement vers le nord le 45° ou le 46° degré de latitude; il faut, en effet, au riz, pour bien fructifier en Europe, une température élevée pendant 4 à 5 mois au moins. Il demaude aussi, autant que possible, une exposition méridionale et une situation qui re soit pas ombragée.
Le terrain préféré par Le riz est gras, humide et naturellement fertile. Le sol des rizières est souvént assez riche par lui-même et par la décomposition des matières animales et végétales, sans cesse activée par l’acüon de l’eau, pour permettre la culture du riz sans engrais pendant plusieurs années de suite. Il est même des sols si riches qu'on risquerail d’y voir verser le riz, Ce qui anéanirait la récolte. On lui fait alors succéder d’autres céréales, et surtout le maïs ou le sorgho. Il est des riziéres où le riz est cultivé sans interruption; dans d’autres, tous les 4, 5 ou 6 ans, on le soumet à une aznée de jachere, pendaut laquelle oz fume ou bien on adopte un assolement qui intercale de loin en loin le mais et le chanvre. Du reste, les engrais sont rarement inuliles de temps en Lemps, si ce n'est sur les terrains trop féconds, et ils deviennent très-avantageux sur ceux de médiocre qualité.
Environné de toutes parts d’eau qu'il faut renouveler constamment, le riz y pompe presque toute sa nourriture, en sorte qu'il épurse trés-peu le sol. Son propre feuillage et la présence de l’eau prévienuent aussi très - efficacement l’évaporation des principes fertilisans et la propagalion des herbes. Il en résulte que toutes les récoltes qui succèdent immédiatement à celles du riz, sont nettes, abondantes et très-avantageuses, et