FORMATION DU SOL
amendemens.— Les fumiers longs de litière présentent le même avantage. Cependant, comme il n’y a rien d’absolu en agriculture, il faut distinguer : lorsque les terres argileuses sont de nature humide et froide, ce qui arrive dans la plupart des cas pour peu qu’elles aient de la profondeur ou qu’elles soient situées dans les lieux bas, les engrais verts où d’une décomposition peu avancée seraient insuffisans, parce qu'ils ne trouveraient pas dans le sol la chaleur nécessaire pour se transformer en umus. Ils agiraient a. la vérité comme amendemens, mais fort peu comme alimens. Dans de telles circonstances, pour obtenir le double but qu’on se propose, on doit donc chercher à faciliter leur fermentation, en employant la chaux ou en les mélant à d’autres engrais très-chaüds, c'est-à-dire très-actifs, tels que celui de mouton, de cheval , le noir animal, etc. Lorsque les terrains argileux offrent au contraire peu de profondeur, qu’ils sont situés sur des hauteurs, l'emploi des engrais chauds pourrait devenir dangereux. Alors surtout les récoltes vertes, enfouies par un labour avant la floraison, sont particulièrement avantageuses.
Les travaux d'écoulement des eaux sont souvent indispensables dans les argiles. Malheureusement, s'ils donnent les moyens d’éviter une humidité excessive , ils ne peuvent remédier qu'à ce seul inconvénient. — Les pluies d’averse ne battent pas moins le sol de manière à le couvrir d’une croûte épaisse, compacte, imperméable aux gaz atmosphériques et à l’eau elle-même, lorsqu'elle tombe momentanément ou en faible quantité. — La chaleur solaire ne lui fait pas moins éprouver un retrait qui met à nu dans de larges crevasses où qui comprime les racines outre mesure.
À ces graves inconvéniens, le jardinier trouve jusqu’à un certain point remède, par des parllages et de fréquens binages; l’agriculteur, moins heureux, ne peut recourir qu’à de coûteux amendemens destinés à changer la nature même du sol. Encore ne le peut-il pas toujours avec profit.
Mais tous les terrains dans lesquels l’argile domine sont loin d’être aussi homogènes dans leur compositon que nous les avons jusqu'ici supposés; lorsqu'ils contiennent de l’oxide de fer en surabondance, du sable et de la chaux carbonatée en proportions plus appréciables, leurs propriétés se modifient.
;: — De là ces diverses sortes de terres auxquelles on a donné les noms d’argilo-ferrugineuses, — argilo-calcaires, — argilo-sableuses, — argilo - ferrugino - calcaires, — argilo- Jferrugino-siliceuses ou sableuses,— argtlo-calcaro-sableuses,—argilo-sablo-calcaires, etc.
I. Terres argilo-ferrugineuses. Quelquefois les argiles contiennentune quantité si grande d’oxide de fer, qu’elles ressemblent à de véritables ocres rouges.—Dans cet état, à tous les défauts des argiles plus ou moins compactes, elles en joignent d’autres qui sont dus à la présence du métal. — Lorsqu'il surabonde, il les rend complètement impropres à la végétation. — Lorsqu'il est moins abondant et mêlé à du sable ou des graviers, il ne produit pas des effets si fâcheux. — On a cru même remarquer qu’une pelite quan-
tité d’oxide de fer favorise le développement des plantes, et on en découvre en effet, par l’analyse, quelque peu dans leurs divers tissus ; mais il n’en est pas moins vrai que les argiles ferrugineuses son! généralement très-peux favorables à la culture ; À peine pourrait-on citer quelques végétaux qui puissent y croître médiocrement, à moins qu’elles n’aient été préalablement amendées avec des marnes ou toute autre substance calcaire, et richement fumées.
J'aurai occasion un peu plus loin de parler des zerres'sablo-ferrugineuses. ;
IT. Les terres argilo-calcaires sont de plusieurs sortes, et peuvent présenter divers degrés de fertilité.
Lorsque le carbonate de chaux qu’elles contiennent se présente à l’état de sable ou de petits graviers, elles ne diffèrent pas beaucoup, sous le point de vue de la culture, des terres argilo-sableuses qui devront bientôt nous occuper; — lorsque, par une combinaison plus intime, l'argile et le calcaire forment une masse en apparence homogène, comme on peut le remarquer dans certaines marnes, elles offrent des particularités remarquables. R
Les argiles marneuses, autant au moins et plus peut-être que les sols glaiseux, conservent les eaux des pluies. Elles s’en pénètrent si facilement et à des profondeurs telles, qu'il n’est pas rare de les voir réduitesen une sorte de bouillie, jusqu’au-delà de la portée des plus longues racines des plantes qui les couvrent. C’est assez dire que dans les années
luvieuses on ne peut guère compler sur eurs produits. — Les semis de printemps y sont le plus souvent impossibles ; —ceux d’automne doivent être faits de très-bonne heure; malgré cette précaution, ils n’en sont pas moins trop fréquemment détruits, soit par l'humidité constanteet surabondante de l'hiver, soit par l'effet des gelées qui se font sentir sur ces sortes de terres plus que sur d’autres. — Toutefois, après la mauvaise saison, lorsqu'elles ont été égouttées et qu’elles sont assez saines pour être travaillées, on peutencore,siles autres récoltes ont manqué, leur confier quelques plantes d’une végétation rapide ou susceptible de se prolonger après l'été, telles que le sarrasin, les pommes-de-terre, et parmi les fourrages, les navets, les vesces, etc., etc.
Dans certaines localités, les argiles marneuses servent de sous-sol à des sables presque purs. De deux terres à peu près improductives, il est alors possible, sans de grands frais, de composer un excellent sol, puis qu’il suffit de les mêler et d'attendre un ou deux ans les effets quelquefois prodigieux d’un tel amendement.
Depuis les argiles qui contiennent une faible quantité de carbonate de chaux, jusqu'à celles qui perdent ce nom pour prendre celui de terres calcaires proprement dites, il existe une foule de nuances impossibles à décrire utilement. — J'ai dû choisir les plus tranchées. J’ajouterai cependant, d’après TrL- LET el BERGMANN, que deux sols d’une fer- Lilité remarquable, l'un pour le climat de Paris. l’autre pour celui de la Suède, étaient composés :
Le 1° : de 37,5 d’argile;
37,5 pierre à chaux pulvérisée :
25 sable quarizeux, Le 2°: de40 argile; 30 calcaire, 30 sable quartzeux.
III. Les terres argrlo-sableuses, dans leurs rapports avec l’agriculture, ont pu être divisées assez bien en terres fortes et terres franches qui correspondent à peu près, les unes : aux glaises grasses de SCHUBLER; c'est-à-dire qu'on peut en séparer Jusqu'à un tiers environ et même plus de sable fin par l’ébullition et le lavage; les autres aux glaises maigres du même auteur qui en abandonnent du tiers à la moitié et au-delà.
1° Zerres fortes. Elles tiennent le milieu entre les terres vulgairement dites glaiseuses et les terres franches. — Elles partagent à un moindre degré les inconvéniens dont je viens de parler pour les premières, et les avantages
ue nous reconnaitrons bientôt aux secones.—Un sol de semblable nature susceptible de produire, année commune, d'assez beaux fromens, a donné :
Aneile- team 60 Sable quartzeux. . 29 .
Calcaire dû en partie à l'usage fréquent de la chaux. . .. 16 Perte et humus... 5 et sur une autre partie du même champ :
Anreule 2908 T- tr CHAN Sable 454444 -27..51094 Calcarehks-atiowtints Perte et humus. .. 8,5
Dans l’un et l’autre cas l’argile ne m'a paru qu’assez imparfaitement dépouillée du sable qu’elle contenait. Au reste, la moindre erreur en de semblables opérations peut changer tellement les résullats, les erreurs sont si faciles hors des laboratoires d’habiles chimistes, et tant de causes peuvent d’ailleurs changer les propriétés physiques de sols composés à peu près des mêmes élémens, que sans prétendre que les analyses ne puissent être parfois d’un grand intérêt, Je les regarde en partie comme plus satisfaisantes pour l'esprit qu'utiles à la pratique. — Un réactif qui ne trompe jamais le laboureur, c’est sa charrue et le nombre d’animaux de labour qu’il est obligé d'employer pour la mouvoir.
Dans les années favorables, c’est-à-dire ni trop sèches, ni trop humides, lorsque les labours ont pu être convenablement effectués,que leterrain est suffisamment égoutté et ameubli à l’époque des semis; que les pluies de printemps et d'été se succèdent à de courts intervallessans tomber par averses avant que la végétation couvre complètement le sol, les terres fortes sont très-productives. Pendant les étés peu pluvienx, elles conservent même plus long-temps que d’autres une humidité favorable qui se fait remarquer de la manière la plus heureuse sur leurs produits. Mais le concours d’un si grand nombre de circonstances favorables estrare. Aussi peut-on dire, d’une manière générale, queces terres, années communes,sont non seulement moins faciles et plus coûteuses à cultiver, mais d’un produit moins assuré que-beaucoup d’au-
| tres. —Elles conviennent aussi à un moindre
cxaAP. 2°.
SOLS SABLEUX. 27
nombre de plantes; toutefois, il en est quel- | l'atmosphère,qu'on recommence à cultiver.—
ues-unes qui ont la propriété de les améliorer, et qu'il est toujours facile de faire entrer dans un bon système d’assolement.
La luzerne et le trèfle sont dans ce.cas. Toutes deux, par leur racines, pénètrent et divisent le sol à diverses profondeurs, et le rendent plus léger pendant les années suivantes.
Parmi les céréales, le froment et l’avoine conviennent particulièrement aux terres fortes. — Pour peu qu’elles soient plus humides que sèches, ce qui est le cas le plus ordinaire, les graminées vivaces y forment de bonnes prairies naturelles. — Les fèves y réussissent de préférence. — Les pois, les vesces et les gesses, la chicorée, les choux y peuvent donner des fourrages foliacés; — les rutabagas, les choux-raves, et même les betteraves, des racines alimentaires dont chacun connaît les divers usages; — enfin, quelques plantes, telles que le colza, le pavot, la moutarde, des produits économiques ou industriels. e
Quand les terres fortes sont situées dans des localités basses, elles deviennent excessivement humides, surtout si elles sont abritées du soleil du midi et des vents absorbans, par des montagnes ou des forêts; elles prennent alors plus particulièrement le nom de terres froides. Lorsqu'on ne peut les débarrasser des eaux surabondantes de l’hiver, la chaleur les pénètre si lentement que la végétation n’y fait presque aucuns progrès.— Dans les climats chaudselles offrent à la vérité quelques chances favorables ; mais, dans le nord et le centre de la France, elles donnent des produits sans saveur, qui ne parviennent pas toujours à leur complète maturité, et qui sont fréquemment détruits par les gelées. — Le meilleur, parfois le seul moyen d'utiliser ces sortes de sols, c’est de les planter en arbres. Les bois blancs y réussissent généralement:conduits en taillis ouentêtards, comme cela se pratique pour les oseraies, ils rapportent beaucoup.
Les schistes argileux, très-abondans à la surface du globe, donnent naissance, par leur décomposition successive, à des sols d'une ténacité d'autant plus grande qu'ils contiennent moins de silice.—Ce sont de véritables terres fortes, mais qui, dans certains cas, avant d'arriver à cel état, présentent des particularités remarquables. Dans une partie de la Vendée, les métayers achetaient et achètent encore fort cher, malgré l’emploi du noir animal et de la chaux, les terres de jardin produites par la décomposition de ces ichités, dès qu’elles ont été améliorées par un certain nombre d'années de cuilure et des engrais suffisans. — Les vendeurs, ayant ainsi mis anulesous-sol,s’empressentaussitôt de le défoncer à une profondeur proportionnée aux cultures dontilsveulentle couvrir.—Leschisie se lève par plaques lamellaires, plus ou moins volumineuses, qu’ils concassent, sans beaucoup de soin, en très-grossiers fragmens; de sorte qu'après cette opération, le sol présente plutôt l’aspect d’un résidu de carrière que d'une terre labourable. — Cependant, à peineles pluies et les gelées d’une seule année ont-elles fait effeuiller à leur surface celles de ces pierres qui se trouvent en contact avec
LA
On concoit que ces rocailles soient pendant quelque temps peu propres à la culture des légumes et des plantes à racines chevelues; mais, pour peu qu’elles soient mêlées à un reste de terre végétale, les arbres y prennent un développement remarquable.—En Maineet-Loire, les schistes dont je parle, sous le nom de roc, sont habituellement employés pour l’amendement des vignes. Tant qu'ils ne sont pas complètement décomposés, ils divisent la terre, empêchent qu’elle ne se durcisse à sa surface par l'effet des pluies, et qu’elle nesoit trop promptement privée d’eau par les effets de l’évaporation. — Ils augmentent plus tard la couche de terre végétale. À la vérité, leur nature argileuse les rend peu propres alors à l'améliorer, et nécessite l'emploi de nouveau roc.
2° Les terres franches font le passage insaisissable en pratique, des sols argileux aux sols sableux, et semblent faire allernativement partie des uns et des autres. Les proportions desable qu’ellescontiennent varient, ainsi qu’il a déjà été dit, du tiers environ à la moitié et quelquefois au-delà.—J’en ai vu dont on pouvait extraire de 25 jusqu’à près de 40 pour cent de calcaire, d’autres qui, sans être sensiblement moins fertiles, en donnaient à peine 10.
Les terres franches conviennent au plus grand nombre de végétaux usuels. — Toutes les céréales y prospèrent ainsi que la plupart des plantes économiques. — Rarement elles ont besoin d’amendemens. — Elles s’accommodent de tous les engrais.—FElles partagent enfin presque tous les avantages des meilleures terres sablo-argileuses.
$ IL. — Des Sols sableux.
Les TERRAINS SABLEUXx offrent des inconvéniens et des aventages diamétralement opposés à ceux des argiles. — Ils ne peuvent retenir l’eau au profit de la végétation; celle des pluies ou des arrosemens les traverse comme elle ferait d’un crible. — Ils s’échauffent à la vérité faciiement au printemps, mais, par la même raison, ils se dessèchent promptement et deviennent brülans en été.
— Dans les contrées froides et pluvieuses ils sont parfois fertiles alors que les terres argileuses cessent de l'être; dans les pays chauds ou tempérés sujets à des sécheresses de quelque durée, ils se dépouillent au contraire de toute végétation pendant le cours de la belle saison, tandis que les terres fortes sont encore couvertes de verdure.
Les terres sableuses changent d'aspect selon la nature du sable ou du sablon qui domine dans leur composition. — Leur couleur est ordinairement Jaunâtre ou brunâtre; parfois d’un blanc plus ou moins pur qui leur donne au premier aspect une apparence crétacée.
Leur culture est peu coûteuse. Il est toujours facile de trouver le moment de les labourer; car, quelque humides qu'elles soient, elles ne forment jamais pâte comme les argiles, et quand elles sont sèches elles n’offrent pas une grande résistance.
Elles n’exigent pas d’ailleurs des labours aussi fréquens, parce qu’elles se laissent dans
28 AGRICULTURE : SOï.
tous les cas facilement pénetrer par les gaz atmosphériques et par les racines ; mais aussi leur mobilité les rend peu propres à offrir à ces dernières un point d’appui de solidité convenable.—On peut presque toujours ne pas leur donner les hersages ou émottages qui doivent rigoureusement précéder les semis sur les terres fortes. Pour celles qui nous occupent maintenant la herse n’a d’autre usage que de recouvrir les semences; encore lui substitue-t-on parfois assez maladroitement, pour cette opération, un simple fagot chargé de quelques pierres.
Les plombages sont plus nécessaires et doivent être plus pesans, en raison de la plus grande légèrelé du sol. A la herse retournée les bons cultivateurs préfèreront toujours, dans ce cas, des rouleaux d’un bois lourd, de pierre et même de fonte.
Une condition première de fertilité des argiles, c’est, en seosrab qu'elles soient débarrassées de leur humidité surabondante. Il est indispensable de procurer ou de conserver aux sables celle quileur manque,ou qu’ils sont toujours prédisposés à perdre trop rapidement. — Avec des irrigations, la plupart des inconvéniens de ces sortes de terres disparaissent; l’eau est pour elles plus que les'engrais; mais il faut pouvoir en donner d’autant plus souvent, qu’elles sont plus exposées aux effets de l’évaporation. De là, les soins qu'on doit prendre pour les abriter, par tous les moyens possibles, des rayons trop directs du soleil de l’été.—Les jardiniers font usage de paillis. Les agriculteurs ne peuvent malheureusement que bien rarement les imiter.
Cependant, dans quelques parties du département du Gard, et notamment aux environs d’Aigues-Mortes, ils couvrent leurs champs de jonc qu’ils font piétiner par les moutons, de maniere à le fixer sur lesol après l’époque des semailles, afin d'éviter en méme temps le vent qui entraîne une partie du sable, et la sécheresse qui s’oppose à la germination des graines. — En Toscane, la culture des plantes économiques se fait pour ainsi dire à l'ombre des grands arbres, auxquels on marie la vigne. Pour les terrains sablonneux du midi de la France, la position est presque la même. Pourquoi ne pas recourir a des moyens analogues? — Des palissades, des haies de végétaux à racines peu traçantes, devraient être multipliées parallèlement entre elles, et en regard du midi sur toute la surface du sol. — Les plantes cultivées devraient, autant que possible, être choisies parmi celles dont la végétation rapide s'achève avant les fortes chaleurs, ou dont les feuillages épais couvrent la terre complètement. — Enfin, des plantations par rangées, dirigées du levant au couchant, devraient étre faites à des distances plus ou moins rapprochées, au moyen de végétaux annuels ou vivaces, dont les tiges parviennent àune certaine hauteur, et peuvent procurer uni Ombrage salutaire, tout en donnant d’utiles produits, tels que le maïs, le sorgho, le millet, le topinambour, etc., etc.
Dans certaines localités, l’eau se trouve à une petite distance de la surface du sol. On
peut alors, comme cela se pratique sur quel-
ques points de l'Egypte, de l'Espagne, de l1-
talie (/£3. 21), abaisser le niveau duterrain de Fig. 21.
manière à lui communiquer le degré d’humidité convenable à chaque localité, et même à chaque culture. — Par un semblable moyen mieux encore peut-être que par des irrigations, on peut quintupler les récoltes et couvrir des sables peu fertiles, des cultures propres aux meilleures terres.
La chaleur n’est pas seule à redouter dans ces sortes de sols; par suite du peu de consistance de leurs parties, ils présentent quelquefois à la suite des gelées de graves inconvéniens : je veux parler du déchaussement des blés. — La glace qui s’y forme en longs filets perpendiculaires, d'autant plus fréquens et plus rapprochés que la terre est plus riche en terreau ou plus pulvérulente, la soulèvent parfois de plusieurs pouces, et mettent ainsi a nu les racines, ce qui entraine habituellement la mort des tiges.
Il est dans certains cas assez facile d’amender les terrains sableux ; car fréquemment ils reposent, à une faible profondeur, sur une couche d'argile dont on peut ramener une partie à la surface, en donnant un second trait de charrue au fond de chaque sillon.—A la vérité, l'effet d’un pareil défoncement est ordinairement de rendre les terres moins productives, parfois même à peu près improductives, pendant un certain temps, jusqu’à ce que le sol nouvellement remué se soit pénétré des gaz atmosphériques et convenablement incorporé avec le sable; mais l’avenirindemnisera amplement de cette courte non-valeur. — Si le sous-sol est à une plus grande profondeur, l'opération devient plus coûleuse; car alors il faut extraire et transporter les amendemens, et il peut arriver que les frais s’élèvent au-delà de l’augmentalion de produit qu’on est raisonnablement en droit d’attendre.
Tous les amendemens qui peuvent augmenter la consistance des sols sableux leur sont favorables. Il en est cependant qui conviennent plus que d’autres. Parmi ceux-ci, il faut citer les argiles marneuses, dont les effets dépassent pour ainsi dire toute croyance. J'ai vu par leur moyen de misérables cultures de sarrasin se transformer en peu d'années en de bonnes cultures de froment.
Les alluvions boueuses de la mer, dont les Hollandais savent depuis des siècles tirer un si bon parti, et que les habitans de certains comtés d'Angleterre recherchent à l’égal des engrais à la fois les plus actifs et les plus durables, pourraient à coup sûr être employées avec un égal succès sur quelques-unes de
‘ nos côtes el dans le voisinage des marais sa-
oHaAP. 2°.
Jans, comme amendement et comme fumure des terres trop légères.
Les fumiers qui conviennent le mieux dans ces sortes de terres sont en effet ceux qui contiennent et qui conservent le plus d’humidité. — C'est pour cela qu'on préfère à tous autres celui des bêtes à cornes, et qu’on a préconisé avec autant de raison, au moins, que pour les terres argileuses, l’enfouissement des récoltes vertes. —Les engrais très-actifs ont, en général, sur les sables une action d'autant moins favorable, que ces derniers sont plus secs et plus chauds. L’expérience de tous les temps est à cet égard d'accord avec la pratique de tous les lieux.
I. Terres sablo-argileuses. Elles viennent naturellement se placer à côté des terres franches, dont elles ne diffèrent que parce que la proportion du sable siliceux qu'elles contiennent l'emporte sur celle de l'argile.
En pratique, le passage des unes aux autres est inappréciable, et ce que j'ai dit des premières se rapporte encore aux secondes.
Tant que le sable ne domine que faiblement, le mélange change à peine d'aspect; mais, à mesure qu'on s'éloigne du point moyen, où les sols argilo-sableux se confondent avec les terres sablo-argileuses, il devient assez facile de distinguer ces dernières. Humides, elles sont moins'boueuses ;— sèches, elles offrent moins d’adhérence. La simple pression des doigts pent les réduire en une poussière grenue et rude au toucher.
Tantôt, quelle que soit leur origine, elles sont éloignées des grands cours d’eau, ou, ce qui revient au même, z2submersibles par eux; — tantôt elles proviennent d’alluvions récentes des rivières et des fleuves, et sont sujettes aux inondations.
Dans l’un et l’autre cas, elles doivent à leur légèreté plus grande quelques avantages de plus que les terres franches ; également favorables à toutes les cultures qui réussissent sur ces dernières, elles peuvent l’être encore à celles des chanvres, des lins, et de divers végétaux qui aiment comme eux les sols légers et pourtant substantiels. L'analyse d’un sol de cette nature qui venait de produire en Touraine un beau chanvre a donné :
Sable grossier. . . 49 RME ee. + 2020 EAEAÏre. 00. - 20
Ni trop compactes, ni trop meubles, ces terres sont également perméables aux pluies, à l’air atmosphérique et aux faibles chevelus des plantes délicates.—Elles absorbent l’eau, s’en pénètrent, sans jamais s’en imbiberoutre mesure ou la retenir en nappes comme les argiles. — Elles s’'échauffent au printemps moins promptement que les terres purement sableuses, mais plus facilement que les sols argileux, et, presqu’autant que ces derniers , elles conservent leur humidité à l’époque des chaleurs. — Enfin, pour citer encore un seul de leurs autres avantages, elles sont, par suite des propriétés que nous venons de leur reconnaître, dans l’état le plus favorable à la décomposition des engrais, puisqu'elles les entourent presque constamment pendant l’époque dela végétation, d’une humidité chaude et modéree, et qu’elles
laissent l’oxigène de l’air pénétrer facilement
Lu
SOLS SABLEUX
jusqu’à eux.—Par cette dernière raison, elles exigent de moins fréquens labours. Ceux qu'on leur donne sont faciles , et l’on est presque toujours à même de les donner en temps opportun. — Tous les engrais conviennent à ces sortes de terres, Elles ne sont point assez froides pour retarder les bons effets des fumiers peu décomposés, pas assez chaudes pour rendre dangereux les effets des fumiers actifs. Pour peu qu’elles aient un peu de fond, elles se prêtent encore à l'emploi modéré de la chaux. En un mot, dans des circonstances favorables, on peut les regarder presqu’à l’égal des suivantes, comme types des meilleures terres.
Les terres sablo-argileuses d’alluvion récente et submersibles sont fréquemment recouvertes, à l'époque des inondations, d’une couche souvent assez épaisse, d’un limon qui a été tenu plus ou moins long-temps en suspension dans les eaux, et transporté parelles parfois à de fort grandes distances.— La nature de ce limon varie nécessairement en raison de celle des terrains que dépouillent les cours d’eau auxquels il doit sa formation. Onctueux , doux au toucher, il contient ordinairement , en quantité prédominante, de Yargile, d’autres fois du calcaire, toujours beaucoup d’engrais et de substances végétales à divers degrés de décomposition. En se mélant progressivement par suite des labours aux sols qu’il recouvre, illeur communique en partie ses propriétés fécondantes, et conserve avec eux le nom de terres limoneuses, terres de vallées, etc.
Il n’est personne qui n’ait entendu vanter la fécondité prodigieuse des terres limoneuses des bords du Nil, et les effets remar-
uables des débordemens annuels de ce
euve. — S'il menace de loin en loin de ne pas sortir de son lit, l'Egypte redoute une famine. — L'autorité prend des mesures extraordinaires pour prévenir les suites d’un tel événement.—En France, nous avons aussi des terres limoneuses d’une fertilité qui ne peut être bien appréciée que par ceux qui les ont vues couvertes de leur luxueuse végétation, et surtout qui ont été àmêmedeles cultiver. — Telles sont celles de la plupart des iles et des rives de notre belle Loire. — Sur divers points, les cultures épuisantes du lin, du froment et du chanvre, peuvent s’y succéder sans interruption et donner constamment, à l’aide de fumures moyennes, d’admirables produits.— Aux céréales d’automne, qui sont fréquemment submergées et détruites par les inondations d’hiver, on est souvent dans l'obligation de substituer celles de printemps; aussi en sème-t-on rarement au-delà du besoin de chaque famille, la terre étant plus avantageusement occupée par les plantes textiles.— Les lins ysont de qualité supérieure ;on acommencé à introduire ceux de Flandre, qui, loin de se détériorer, semblent au contraire s'améliorer.— Quant à la culture des chanvres, elle y prend annuellement plus d'extension à mesure que le commerce apprécie davantage la bonté de ses produils.— Dans ces sols favorisés le besoin des prairies artificielles se fait rarement sentir; car chaque coin de terre, dès qu’il est abandonné sans cultures, se Couvre de riches pâturages.
Les graminées qui y croissent spontanément arrétent, lors des grandes eaux, le limon fer- Litisant; elles augmentent ainsi peu-à-peu lélévalion du sol et résistent aux efforts désastreux des forts courans. C’est pourquoi on laisse en pétures ou en prés les parties les plus exposées des rivages que l’on défend en outre par des plantations d’osiers et par le couchage périodique de celles de leurs branches qui se trouvent directement sur les bords du fleuve.— Les frênes, les ormeaux cultivés en tétards, donnent de trois en trois ans des coupes superbes, et produisent chaque été par leurs feuillages un riche supplément de fourrage. — Les peupliers croissent avec une rapidité remarquable.—Les arbres fruitiers, à pépins surtout, se couvrent d’abondans et d’excellens fruits. Les noyers, les châtaigniers, les müriers blancs, etc., etc., ne prennent nulle part un développement plus grand et plus rapide. — Enfin, les légumes d’été et les racines alimentaires que chaque habitant cultive avec parcimonie dans son petit Jardin, acquièrent un volume considérable sans rien perdre de leur goût: privilége particulier à ces sortes de terrains, dans lesquels l’humidité féconde qui développe, est combinée en de justes proportions avec la chaleur qui müûrit et qui donne la saveur.
Toutes {es terres de nature sablo-argileuse sont faciles à travailler. Celles dont je parle actuellement sont tellement divisées entre les petits propriélaires ou leurs fermiers, que chacun cultive sa parcelle sansle secours de la charrue.—Les labours se font au moyen d’une large Aoue (Jig. 22 ). — On dirait un
Fig. 22.
vaste jardin entretenu avec le plus grand soin.
Tant que les sables sont mélangés à une certaine quantité de terre végétale, on peut leur demander d’utiles produits. — Nous venons de voir que leur fertilité augmente à mesure qu’ils prennent plus de consistance, jusqu’à former sans nul doute les meilleures terres connues. — Elle diminue au contraire a mesure qu'ils perdent trop de leur adhérence.— Le premier degré dé cette progression décroissante, est le passage des terres à froment aux terres à seigle. — En pratique une telle modification en résume une foule d’autres.
Dans ces sortes de terres, les végétaux qui font la base des assolemens sont le seigle, l'orge, l’épeautre et le Sarrasin, parmi les plantes panaires ; — le sainfoin, la lupuline, le mélilot, les cicers, les lentillons et quelques autres, parmi les fourrages verts; — les raves ou turneps, et les navets, parmi les ra-
cines alimentaires ; — enfin Ja navette, la ca-