DES HARICOTS
sont moins volumineux, la plante, végétant moins vivement à sa naissance, reste en arrièredes autres, et se montre rarement aussi vigoureuse et aussi féconde que celle qui a été mieux favorisée au moment de la germination. Cela est vrai, et quoique, dans la grande culture, l'exclusion de quelques graines sur des milliers ne soit pas indispeusable, une telle précaution peut être utile dans quelques cas.
Les haricots conservent longtemps leur pro-
| priété germinative. Aussi il importe peu de
semer des graines de la dernière ou des 2 ou 3 dernières récoltes. Quelques personnes ont même cru remarquer que des semences de 2 et de 3 ans étaient plus productives en gousses, et moins sujeltes à la dégénérescence que celles d'un an. Je voudrais d’autant moins le nier que ce fait physiologique n’est pas isolé dans la pratique de la culture, et que je connais moi-même plusieurs exemples analogues; mais j'ai acquis, d’un autre côté, la certitude qu'il serait dangereux d’en outrer les conséquences; car, non seulement les haricots vieillis lèvent moins vite et moins nombreux, mais on peut reconnaître dans la plupart des cas, à la couleur jaune de leur naissante plumule et de leurs feuilles séminales, la progression decroissante de leur force végétative.
On cultive les haricots de deux manières :
tantôt en augets, contenant chacun de 6 à 8 grains, et disposés en échiquier de la même manière que pour les pois, les lentilles, etc.; tantôten lignes, dont l’espacement est déterminé par le choix des variétés et le développement plus ou moins grand qu’elles doivent prendre, eu égard à la fécondité du sol.
Les semis en augets sont les plus fréquens aux environs de Paris. Leur principal avantage est de faciliter l'emploi des fumiers boueux dont on les recouvre, et, dans quelques lieux, des pailles qu’on emploie avec un succès trop peu apprécié, pour conserver la fraicheur au pied des jeunes plantes; mais cet avantage, qu’on peut d’ailleurs retrouver dans les semis en lignes, ne compense pas, à mon avis, des inconvéniens plus graves, tels que la lenteur de l'opération, l'impossibilité d'utiliser plus tard, pour les binages, la houe à cheval, et l'accumulation, sur quelques points seulement du terrain, des pieds qui devraient être, autant que possible, enveloppés de toutes parts d’air et de lumière.
Les senus en rayons, dont l'usage, déjà beaucoup plus répandu depuis quelques années,se répandra davantage encore à mesure qu'on verra prévaloir celui des semoirs, réunissent mieux les conditions désirables.
M. Hugues a ajouté par ses expériences une nouvelle démonstration à cette proposilion.
Partout où on possédera son ingénieuse machine, la culture des haricots en plein champ sera singulièrement simplifiée et améliorée.
— Làoù les semoirs sont encore inconnus, le semis en lignes se fait tantôt sous raies, à la charrue, tantôt en laissant tomber les graines une à une dans les sillons, et en recouvrant à la herse. La première de ces pratiques est propre aux terrains trés - légers, faciles à échauffer; la seconde, aux terrains plus
rome I. —53
418 AGRICULTURE : DES LÉGUMINEUSES A SEMENCES FARINEUSES
consistans. Dans cette dernière situation, les baricots doivent être fort peu enterrés, attendu qu’ils pourrissent facilement. — Un pouce suffit généralement.
M. MaTuiEU DE DomMBAsLE croit que ja meilleure manière de semer les haricots, dans la culture champêtre, est en rayons espacés de 18 pouces (0 ® 50), en metlant 5 ou 6 graines par pied de longueur dans le rayon. On obtient certainement ainsi une grande économie de main-d'œuvre, mais on ne peut se dissimuler que la terre ne donne pas, à beaucoup près, tous les produits qu’on serait en droit d’en attendre à laide d’un semis plus rapproché, car diverses variélés naines peuvent se développer convenabiement en rayons de moins de 12 po, (0 * 33). — En se tenant au premier espacement, on obtient une diminution très-sensible sur le temps employé aux binages et les frais occasionés par eux ; — on épuise moins le sol pour la culture suivante, mais aussi on récolte mains. Chacun, selon les moyens d’exécution dont il peut disposer et la position locale dans laquelle il se trouve, appréciera ce qu'il doit faire. — Dans les jardins, on sait qu’on cultive ies haricots en planches de 1 à 1 1/2 mètre, séparées par des pelits sentiers qui permettent de sarcler et de biner au besoin. Là, les rayons sont rarement distans de plus de 6 à 8 pouces (15 à 20 cent.).
Lorsque la terre est humide et la température douce, les haricots lévent assez promptement. Dans des circonstances moins favorables , il n’est pas rare de ne les voir sortir de terre qu'après une quinzaine de jours. Si, sur les terres un peu compactes, il survenait une pluie qui durcit la surface avant l’apparition des cotylédons, on se trouverait fort bien de donner un léger hersage. Cette opération, qui n’est, comme on voit, qu’accidentellement nécessaire, peut être considérée, lorsqu'on la juge telle, comme le complé-
‘ment du semis.
Les semis ne doivent être effectués, pour chaque climat, que Lorsque les gelées prèntanières ne sont plus a craindre. Vers le centre de la France, on commence rarement
avant la fin d'avril, et on a soin de ne pas dé-.
passer celle de mai. Cependant la culture des haricots peut quelquefois succéder, la même année, soit à une récolte fourragère, soit même, si le sol est très-fécond, à une moisson précoce. — Dans les Jardins, on sème de 8 en 8 jours, depuis la fin de mars jusqu’à la fin de juillet; mais là, on peut mieux se procurer les abris nécessaires au printemps, et l’on peut remédier aux sécheresses de l’été par des arrosemens.
On doit juger, d’après ce qui précède, que la quantité de graines employées est fort va-
riable. I] a été calculé, dit Bosc, qu’un arpent (sans doute 1/2 hectare) peut contenir 12,000 touffes de haricots de Soissons, qui absorbent environ 175 livres (87 kilog. 1/2) de semence.
$ V. -- Soins d'entretien et recoltes.
A peine lesharicotsont-ils atteint 2 à 8 po.
de haut (0% 054 à 0 * 081), qu’on doit songer à leur donner un premier binage.—On leur en donne ordinairement un second , ou plutôt un butage, vers le moment de la floraison, et un troisième un mois plus tard.
Dans les jardins où l’on préfere frequemment les variétés grimpantes comme plus productives, oz les rame dès que les filets commencent à s’alonger. Dans les champs, une pareille opération serait plus coûteuse que profitable. Pour la rendre inutile, on choisit des variétés naines.
Pendant leur croissance, les haricots redoutentautantune excessive sécheresse qu'une con: stante humidité. Dans le nord, les semis tardifs sont le plus souvent impossibles, parce que les pluies de la fin de l’été font pourrir les gousses et même les plantes qui les portent. — Dans le midi, le manque d’eau au printemps arrêle le développement des tiges et empêche le grossissement des gousses.
Aussi, les irrigations sont-elles, en pareil cas, une précieuse ressource. Lorsqu'elles ne sont pas possibles, ,ontrouverait bien encore moyen de retenir la fraicheur dans le sol en le couvrant, à la manière des jardiniers, d’un pailis, après le second binage, qui précède ordinairement les fortes chaleurs; mais ce moyen, auquel j'ai pu recourir avec Succès sur des cultures peu étendues (1), serait rarement praticable en graud, à moins que le voisinage de champs de genêts, de bruyères, ou la proximité des côtes et la facilité de se procurer des herbes marines n’en diminuassent singulièrement les frais.
Les haricots ramés mürissent fort inégalement, parce que leurs tiges florales continuent de s'élever long-temps après l’apparition des premiers boutons et la formation des premières gousses. C’est une raison de plus pour les exclure de la culture des champs.
— Les haricots nains ne présentent pas au
|. même degré cet inconvénient. Généralement
on commence à les récoller au moment où la dessiccation avancée des dernières gousses, qui devance de quelque temps celle des tiges, permet d’arracher ces dernières sans inconvénient pour la bonté des produits. Il n’est pas sans importance de remarquer que les haricots récoltés les plus mürs sont de meilleure qualité et d'une bien plus longue conservation que les autres. La meilleure
(1) Je possèdeun terrain tellement situé que, malgré sa nature argilo-sableuse, il se dessèche rapidement, et devient brûlant en été. A chaque pluie d'averse, à chaque arrosement un peu copieux, il se prend en masse à sa surface, de sorte que, faute d'eau et de binages multipliés à l’excès, je ne pourrais lui demander aucune récolte à demi productive. Depuis quelques années, j’ai assez bien paré au double inconvénient précité en répandant, après un premier ou un 2° binage, entre les rayons des cultures en lignes, des tontures de charme et d’aubépine trop grêles pour être utilisées à la boulangerie ou à la buanderie. Les résultats marqués de cette pratique ont été économie d’eau, de travail; récoltes plus productives, et amélioration progressive du sol, par suite de lenfouissement des branchages après la recolte. Cette dernière considération mérite à mon gré quelque attentien. Du reste, je crois , comme il a été dit plus haut, qu’un pareil moyen ne peut être que rarement praticable tout-à-fait en grand. 0.L.T
CHaAP. 16°.
maniere de garder ceux qu’on destine à la semence est de les laisser dans leurs gousses.
— On bat les autres au fléau, ou, ce qui vaut mieux, parce qu’on n’écrase aucun grain, à l’aide de perchettes assez minces pour conserver leur élasticité
$ VI. — Quantité des produits.
La culture des haricots est généralement productive,mais cependant très-variable dans ses produits en raison du climat, du sol et du mode de culture,et des fluctuations extrêmes du cours du commerce. Sur un seul hectare, on a quelquefois trouvé dans le voisinage des grandes villes, où les fumiers sont à bas prix et la vente irès-avantageuse, un bénéfice net de plus de 1000 fr.
SECTION ut. — Des Dolics.
Les Dolics, tous originaires des régions intertropicales, où on les cultive pour la nourriture des hommes, parfois celle des animaux, sont à peine connus dans quelques parties seulement du midi de la France, notamment en Provence, où on en cultive une espèce, sous le nom de mongette.
Les dolics différent fort peu des haricots.
— Leur calice court est à quatre dents, dont la supérieure seulement est échancrée; — leur étendard, réfléchi, comprime à sa baseles deux ailes; — leur carêne n’est pas contournée en spirale ; — leur gousse, de fornres diverses, est parfois velue ; leurs grains offrent la plus grande analogie avec ceux du genre précédemment cité.
1. Le Dolic à onglet; mongette où banette (Dolichos unguiculatus) (fig. 598), est le plus
Fig. 598. répandu en Europe. — Ses gousses sont fort alongées, ses grains à ombilic nôir. Il est assez productif et fort bon en purées. Il donne successivement ses gousses pendant une
grande partie de l'été.
2. Le Dolic à longues gousses ( D. sesquiedalis) est surtout remarquable par la ongueur de ses gousses étroiles el charnues, assez bonnes en vert; — il n’est cultivé que dans quelques jardins.
3. Le Dolic lablab (D. lablab) (fig. 599), Fig. 599. estimé en Egypte, est trop délicat sous notre climat, pour y devenir l'objet d'une culture utile. —Sessiliques violettes renferment des grains noirs bordés de blanc, quelquefois toul-a-fait blancs.
4. Le Dolic soja( D. soja) (Je. 600) ne s’é- Fig. 600 lève qu'a une faible + hauteur; ses légumes, pendans et. hérissés , contiennent un petit nombre de grains d’un brun foncé et presque
mat. Il paraît qu’on le cultive dans quelques parties de l’Ariége. M. Dounous, en ayant