‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 31 sur 357 · LIV. i · texte numérisé non relu

LIV. i

ment sont ceux qui, non seulement peuvent croître dans les sables les plus arides et vivre dans une atmosphère imprégnée d’émanations salines, même d’eau de mer dans les temps de tourmente, mais encore dont les racines ont la propriété de tracer de proche en proche jusqu’à de grandes distances, et les tiges, lorsqu'elles appartiennent à des plantes vivaces , de présenter une consistance coriace‘qui les maintient et les conserve le plus long-temps possible à leur place. — Je crois devoir citer particulièrement :

1° Pour le nord de la France, —parmi les plantes vivaces : Les Eryngium maritime et champêtre, les Elymus gigantesque et des sables, l'Arundo où Oya des Côtes du Nord, le Ray-grass, le Crambé ou chou marin et le Topinawbour ; — parmi les arbrisseaux : Le Rhamnoïde ou liciet d'Europe, l'Ephèdre ou raisin de mer, l’Ajonc et le Saule des dunes; Permi les arbres de diverses hauteurs : Le Pin laricio, le Pin d’Ecosse, le PinWeimouth, l’Epicea , le Sapin argenté, le Génevrier de Virginie, les Peupliers blanc et noir, le Tremble, le Saule marsault, le Saule à feuilles d’amandier, le Saule helix ou bleuâtre;

2 Pour le midi du méme pays, — parmi les plantes vivaces : Le Sparte d’Espagne, l'Echinophora maritime, la Christe-marine ou perce-pierre, le Panicum-Pied-de-poule, l’Asperge maritime, et le Jonc marin; —parmi les arbrisseaux : Le Chalef à feuilles étroites, le Genèêt épineux, le Genêt d’Espagne, l’Arroche ou pourpier de mer, l’'Asperge à feuilles aiguës; —enfin, parmi les arbres verts, outre les espèces déjà désignées pour le nord : Le Pin d'Alep, le Pin maritime, et même le Cyprès commun, et parmi les arbres à feuilles caduques, le Tamarix de Narbonne, le Chêne yeuse ou chêne vert, etc. .

On multiplie ces divers végétaux degraines, de boutures au moyen de leurs tiges, ou d’éclats de leurs racines.— On peut done, selon les circonstances, les semer ou les bouturer en place,oules planter après les avoir élevés en pépinière.

Je parlerai d’abord des semis. Quelles que soient les graines qu’on aura pu se procurer, on devra mêler, à un tiers de celles des arbres et des arbrisseaux, deuxtiers,non pasen poids et en volume, mais en nombre, des semences de plantes vivaces, dont les tiges, d’une croissance, autant que possible, rapide, abriteront pendant leurs premières années les jeunes végétaux ligneux, etempêcheront le sable d’être entrainé de manière à mettre leurs faibles racines à nu. — Les semis se font épais et à la volée; on enterre les graines par un léger hersage. Puis, pour diminuer Ja mobilité du terrain, on étend et on fixe à sa surface, au moyen de piquets, des branchages d'arbres verts, ou, à leur défaut, de genêts, d’ajoncs, etc., etc., qui produisent en mème temps un obstacle efficace contre les vents, et un abri favorable contre les rayons et la réverbération du soleil. — Ce mode est préférable à tout autre. — Mais si l’on ne peut pas se procurer ces branchages en suffisante quantité, pour suppléer le mieux possible à leurs bons effets, onréuniten cordons des fascines de quelque épaisseur, qu’on dispose ensuite comme les cases d’un damier

cHaAP. 2%.

(fig. 25), et entre lesquelles on fait les semis. Fig. 23.

SOLS SABLEUX

— Enfin, lorsque ces cases présentent une trop grande étendue, on peut augmenter les chances de réussite en substituant, par moitié dans le mélange de graines dont j'ai parlé ci-dessus, aux semences des plantes vivaces, d’autres semences de plantes annuelles d’une croissance plus rapide, telles, par exemple, que diverses soudes, des arroches, des anserines ou Chenopodium, la glaciale (Mesembrianthemum cristailinum), quelques amaranthes, etc., etc. Toutes ces lantes, etbeaucoup d’autres qu'il serait trop ong de citer, croissent de préférence dans les sables marins, et peuvent y donner quelques produits, au moyen de la soude qu'on en extrait par la combustion.

Par de semblables moyens, en peu d’années, on doit obtenir une première ligne de plantation, à l'abri de laquelle d’autres semis réussissent bien plus facilement que les premiers. — Toutefois, sans attendre des années, rien n'empêche de continuer progressivement sur toute la surface du terrain l'opération que Je viens de décrire, et qui, à de légères modifications près, peut fort bien s'étendre aux dunes elles-mêmes.

Les boutures se détachent des arbres à la fin de l’automne, après la chute complète des feuilles. — On choisit des scions de 3 à 5 et 6 décimètres (de 1 à 2 pieds) de long, qu'on réunit en pelites bottes. —Sile lieu où viles doivent être planiées est éloigné de plusieurs journées, il est utile de les enveiopper de mousse fratche,et de les empailler à la manière des arbres qu’on fait voyager au loin. — Arrivées à leur destination, elles seront déballées et enterrées par leur gros bout à l'exposition du nord, sans délier les paquets qui peuvent rester dans celle position jusqu'au moment de la plantation.

— Lorsque les pluies ont pénétré et affermi les sables à une profondeur assez considérable, on transporte sur le terrain autant de paquets de boutures qu'on croit pouvoir en planter dans la journée: on les

couvre provisoirement d’une toile humectée où d’un paillasson, pour les abriter, si besoin est, de la sécheresse de l'air. — Enfin, on les fixe au plantoir à 2, 3 ou 4 décimètres de profondeur (6 po. à un pi. et plus, aux endroits où l’on juge convenable de les planter, de manière à nelaisser hors deterre que les 2 ou 3 derniers yeux. — Les arbres, les arbrisseaux et les arbustes qui se prétent le mieux à ce mode de multiplication sont, parmi ceux que j'ai précédemment indiqués , les divers peupliers, les saules, le tamarix, le rhamnoïde, le chalef, l’éphedre, et les arroches ligneuses.

Les plaines de sable mouvant, plus encore que les dunes, sont désastreuses pour les cultures voisines. L'agent qui les a formées, par son action continue, les transporte de proche en proche dans l’intérieur du pays; elles stérilisent chaque année une étendue toujours croissante de terres labourables — Les moyens de les fixer et de les féconder sont en tout les mêmes que ceux que je viens d'indiquer.

Quant aux sables qui se trouvent entre ces cultures nouvelles et l’intérieur des terres, leur étendue est parfois si grande, surtout sur les côtes méridionales de l'Océan, et les frais de plantation seraient par conséquent si considérables, que lon ne peut guère re- Courir qu'aux semis. Ceux de graines de plantes maritimes annuelles et vivaces, mélées à d’autres arbres, d’arbrisseaux et d’arbustes d’une germination promple et d'une croissance rapide, offrent le plus de chances de succès, surtout lorsque la nature du climat ou celle des végétaux permet de les faire en automne.

Si l’on pouvait les couvrir en partie, comme précédemment, par des ramilles, il y a lieu de croire qu'en effectuant ces semis par lignes parallèles et croisées, qui formeraient plus tard des brise-vents et des abris contre l'excessive chaleur, on rendrait infiniment plus facile pour l’avenir le boisement complet.

Les sables des bords des fleuves, ou les grèves, lorsqu'on a le droit de se les approprier, sont d’une amélioration facile. — On peut les fixer et les accroître rapidement au moyen du marcottage des luisettes d’osier qui bordent le rivage (fig. 24), ou de boutures

SAUNA

faites à peu près de la manière que j'ai indiquée. Pour paralyser les efforts du courant

pendant les grandes eaux, on dispose de distance en distance, dans une direction oblique, des Aates d’arçons en saule (fig. 25), derrière lesquelles les sables et le limon ne manquent jamais de s’amonceler. La portion inférieure des deux figures 24 et 25 fait conce-

voir le détail de l'opération.

Fig. 25.

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