II. Culture dérobée, sur les chaumes
La culture des navets, comme récoite principale et de jachère, est très-peu répandue en France. C’est plus généralement aprés une première récolte qu'onsème cette plante, et elle donne alors assez souvent des produits d'autant meilleurs qu'ils ne sont achetés que par très-peu. de soins et de dépenses.
Cette culture, telle qu’elle est pratiquée, par exemple dans la plaine des Vertus, près Paris, se borne communément à un labonr qui enterre le chaume de la récolle précédente, et qu’on fait suivre d’un deuxième si la terre est trop sèche. On sème aussitôt, le plus ordinairement à la volée, et, autant que possible, par un temps pluvieux ou couvert, et on recouvre la semence par nn hersage. Le semis peut avoir lieu depuis la fin de juillet jusqu'à la fin d'août, principalement pour le Navet rond pyriforme; pour le Rutabaga, on ne peut le différer au-delà de la fin du premier de ces mois; encore arrive-t-il quelquefois qu'il ne parvient pas à toute sa grosseur. — Lorsque les plantes ont acquis leurs preimières feuilles, on donne un sarclage à la main qui suffit presque toujours, et terxuine Îles façons d’entrelien. — Suivant cette wiéthode, les navets sont espacés, Lerme
AGRICULTURE : DES PLANTES CULTIVÉES EN GRAND
LIVE
moyen, de 8 pouces les uns des autres et donvent environ 45,000 livres (22,500 kilos.) de racines par hectare, dans la plaine des Vertus, au fils de l’agronome distingué sur les traces duquel ilmarche, M. DEmars (Nicolas), qui a la fourniture des légumes des hôpitaux de Paris et des Invalides. Ce cultivateur pense, au surplus, qu’on n’atteindrait pas généralement cette quantité, le sol de la plaine d’Aubervilliers étant très-bon et richement fumé.
En Allemagne, dans les parties où la température de l'automne le permet, on cultive aussi plus volontiers les navets sur les chaumes; cetle culture est même générale dans les contrées occidentales de ce pays. — Aussitôt après l’enlèvement du seigle on déchaume superficiellement, on donne un fort hersage, on amasse au râteau le chaume qu'ou brûle, on donne un ou deux labours, et après le semis on herse. Lorsque les plantes ont développé leurs feuilles, on donne un fort hersage que l’on considère comme la condition d’une bonne réussile. On fait quelquefois suivre la récolte des navets d’un seigle d'automne; mais, plus généralement, on destine le sol qui a donné celte récolte à des grains de printemps. — Lorsqu'on se livre à cette culture sur la jachère, on sème à la fin de juin ou au commencement de juillet, aprés avoir donné trois labours el avoir fumé. Mais on n’y donne pas aux navets les soins minutieux qui en font obteniren Angleterre de si beaux produits.
$ IV. — Récolte, conservation ét consommation.
Nous avons vu que l’on pouvait semer les navels à environ deux mois de distance. Plus tôt ils sont semés, plus tôt, en général, z/s sont bons à récolter. Cette époque est donc variable selon celle de l’ensemencement, et selon que le temps est plus ou moins favorable à la végétation. En général, on ne doit commencer à faire la récolte qu'après la maturité complète.
Dans le cas où l’on ne veut pas laisser les navets en place pour y être consommés, ou enlevés successivement, 07 les arrache par un temps sec; on coupe les feuilles, que l’on donne d’abord aux bestiaux, et on met ensuite les racines à l'abri pour les conserver. Si on a beaucoup de navets à arracher, on commen cera par couper les feuilles dans le champ avant l’arrachage, ouon les fera manger sur place par les bestiaux, et on ne fera l’arrachage qu'après cette opération préalable.
Quand on fait mangersur le sol Ja feuille aux bestiaux, ii faut avoir soin que les animaux en trouvent assez, pour qu'ils n’aillent pas déterrer les navets et en attaquer le corps, qui se gâlerait alors avec plus de facilité.
Quant aux racines que “on veut conserver pour l'hiver, on les place dans un endroit très-sec, soit le côté d'une cour, d’un Jardin, d'un champ près de la maison; on pose une couche de paille sur le sol; on y entasse les navets jusqu'à la hauteur de 3 pieds; on les recouvre d’une couche de paille et d’une couche de terre par-dessus. Par-dessus la couche de terre, que l’on fait assez épaisse, on met une seconde couche de paille, qui
fHap117°.
fait toit etempèche la pluie de pénétrer dans Fintérieur. On les laisse dans cet état jusqu’au moment de s’en servir. Ils se conservent ainsi assez bien jusqu'au printemps suivant. Les Anglais appellent ces tas des pâtés. Ils les font larges et hauts de 4 pieds environ, et aussi longs que la quantité de navets l'exige. On entame le pâté par un bout, eton continue ainsi jusqu’à la fin. C’est à peu près la même méthode que celle employée dans les marshlands du Lincolnshire pour conserver les pommes-de-terre.
Quand on veut faire manger les navets sur place, on est obligé d’avoir des claies, afin d’empécher les animaux de vaguer à travers le champ, et de gâter plus de nourriture qu'ils n'en consommeraient. Ces claies maintenant sont dans beaucoup d’endroits en fer laminé et d’une grande économie. On commence par faire manger les feuiiles ; ensuite on retourne, avec la charrue, autant de rangées de navets qu'on en croit nécessaires pour la nourriture journalière du nombre d'animaux ; on environne de claies la place, el on y enferme les bestiaux. Comme ils n’ont que la quantité suffisante pour leur consommation, tout est mangé et il n’y a point de perte ; on recommence cette opération tous les jours, jusqu’à ce que toute la récolte du champ soit consommée.
Le plus ordinairement, on fait manger la moitié de sa récolte sur place et on arrache l’autre moitié; dans ce cas, la plupart des
fermiers enlèvent trois ou quatre rangées de
navets et laissent successivement le même nombre de rangées en terre, de manière que le champ tout entier, quoique dépourvu de navets dans la moitié de sa surface, puisse être successivement parqué par les animaux, et profiter également partout des excrémens et de l'urine que ceux-ci répandent.
Quand, avant l’époque présumée de leur consommalion, 07 a à craindre, pour les navets qu'on laisse ainsi en terre, /a gelée, qui les détériorerait et les ferait même pourrir, on les recouvre, avec la charrue, d’une couche de terre qu’on prend, pour la rangée du milieu entre les rangées latérales, et pour celles-ci dans les intervalles dégarnis déjà de navets. On peut même conserver les navels aiosi pendant tout l’hiver, pour ne les faire consommer qu'au printemps.
$ V.— Des ennemis et des maladies des navets.
À peine les feuilles sortent-elles de terre, qu’elles sont attaquées el dévorées par divers pelits animaux, par des altises, principalement la bleue, que nous avons représenté (tome IT, fig. 2, page 5 ) (the fly des Anglais), par les pucerons, par les limaces, et plus tard par les larves d’un petit papillon (le papillon blanc du chou), par celle d’une tenthrède, et par une mouche (la mouche des racines), qui dépose dans la bulbe un œuf d'où sort une larve qui perfore le navet. C'est le premier de ces insectes qui est le plus dangereux, et c’est particulièrement de sa destruction que l’on s’est occupé en Angleterre. Ua grand nombre de moyens ont été successivement vantés où mis en usage dans ce but. Malheureusement, ils ont été insuffi-
DE LA CAROTTE ET DE SA CULTURE
sans pour la plupart, ou inapplicables dans la culture en grand. Un seul me parait pouvoir être de quelque utilité. Il est dû à M. Porpy, et consiste à semer les turneps ex rangées épaisses et en rangées clair-semves, et cela dans le but de détourner les attaques des insectes des rangées clair-semées destinées à être récoltées. — Un journal belge a rapporté en 1824 des expériences faites en Belgique, desquelles il résulterait que l'altise est propagée dans le sol par des œufs accolés aux graines, qu’on peut détruire en trempant ces graines pendaut quelques heures dans une forte saumure (voy. tome 11, page 5).
Quant aux autres ennemis des navels, on n’a pas trouvé de moyen efficace de les détruire.
La rouille et la nielle attaquent les navets a différentes périodes de leur croissance, et cette croissance en souffre beaucoup; il n’est d'autre moyen connu de les prévenir que celui d’une bonne culture dans des terrains bien assainis et bien meubles. Les racines sont sujettes à croître d’une manière extraordinaire, à se couvrir de tzbérosités comme les pommes-de-terre. Dans lestemps chauds, on peut s’apercevoir de cette maladie à l’état des feuilles, qui deviennent flasques. Si on entame la substance de ces racines, elle est semblable à celle d’un navet sain ; mais le goût en estàcre, et les moutons les laissent de côté.On ne connaît pas la cause de cette maladie, qu’on croit due à la piqüre d’un insecte. — Les racines du navet, et le tubercule lui-même, sont encore affectés d'une espèce de ckancre qui les détruit en partie; on ignore la cause de cette maladie, qui parait moins frequente dans les champs amendés avec la chaux. Huzann fils.
SECTION lt. — De la carotte et de sa culture.
Aucune racine n’a plus d'utilité que celles de la carotte pour l'alimentation du bétail de toute espèce : les chevauxles préfèrent à toute autre. L'huile essentielle qu’elles contiennent les rend un peu excitantes et leur donne beaucoup d’analogie avec lavoine.
D'après beaucoup d'expériences comparatives, A.YouxG a constaté leur supériorité sur le grain et sur les pommes-de-terre pour l'engraissement des cochons. Mais il faut pour cela qu’elles aient été cuites. M. Bror pense que la cuisson a pour résultat de rompre Îles tégumens qui emprisonnent la substance nutritive, et de la faire profiter en totalité à l'alimentation, résultat que ne peuvent effectuer que partiellement les organes des animaux.
Les vaches à lait se trouvent très-bien de la nourriture dont les carottes forment la base; cette plante a la propriété de donner au beurre, même en hiver, cette belle teinte jaune que les acheteurs regardent, à tort ou à raison, comme un indice d’une excellente qualité.
D'apres HERMBSTAEDT, 100 parties de racines de carottes contiennent :
80,00 eau:
6,00 mucilage saccarin;
1,75 mucilage gommeux ;
1,10 albumine ;
0,35 huile essentielle;
1,50 substance analogue à la manne;
9,00 fibre végétale à laquelle se trouve inti-
mement uni un peu d’amidon et d’albumine.
Les chimistes modernes en ont extrait une substance cristalline d’un rouge pourpre qu'ils ont appelée carottine, mais qui n’intéresse pas actuellement les arts agricoles.
$ 1°". — Espèces et variétés.
La Carotte (Daucus Carotta); en anglais, Carrot ; en allemand, Gelbe Rübe ; en italien, Carota ; en espagnol, Chiravia (fig. 640 ),
Fig. 640.
est une plante bisannuelle de la famille des ombellifères, dont les espèces sont peu multipliées : il serait à désirer que l’agriculture fit sous ce rapport de nouvelles conquétes : celui qui trouverait une variété qui parcourût toute la période de sa végétation en peu de temps, rendrait un véritable service aux cultivateurs, à ceux surtout qui cultivent cette plante comme racine secondaire.
Voici les principales variétés cultivées :
1° La Carotte jaune commune ( Daucus Carotta radice lutea). Racine étranglée, courte, élargie.
2° La C. blanche ( D.C. radice alba). Variété de la précédente, mais inférieure sous tous les rapports.
3° La C. jaune dorée ( D. C. radice aurantii coloris). Sa racine ne colore point le bouillon. C'est la meilleure espèce, mais une des plus petites.
4 La C. rouge (D. C. radice atro-rubente ).
Longue et grosse; vient bien dans les sols argileux.
5° La C. Hollandaise où printanière. Variété de jardin.
6° La C. d’Achicourt et de Breteuil. Variété maraichère, qui, d'après mes observations, ne diffère pas sensiblement du n° 4, el qui ne doit les qualités qu'on lui connait qu'aux soins parliculiers que lui prodiguent les habitans d’Achicourt et de Mont-Didier (Somme).
7° La C. blanche à collet vert. Espèce bien caractérisée et propagée surtout par les soins
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LIv. 1°.
de M. Vizmorix. C'est une espèce très-productive, et dont la racine sort un peu de terre, avantage incalculable pour les sols qui ont peu de profondeur, et qui permettra la culture de la carotte dans les terres à navets.
Il arrive souvent que, même à la première année, les carottes, au lieu de développer leurs racines, déterminent la croissance des tiges et des organes floraux et la production des semences.Comme presque toujours cette propriété est héréditaire, on ne devra pas employer ces graines à la reproduction, ni les livrer au commerce de la graineterie. Au moment de la récolte on doit choisir les racines qu'on destine à porter semence : on prendra celles qui réunissent le plus grand nombre de qualités qui constituent l'espèce dans sa pureté. Elles seront droites, alongées, lisses, bien saines et surtout sans bifurcation.On coupera l'extrémité des feuilles en en laissant attachées à la racine seulement la longueur d’un pouce : si on les laissait entières, cette partie de la plante, pourrissant la première, pourrait altérer le corps même de la racine. On les transportera dans un lieuoù elles soient à l'abri de la gelée, de l'humidité et de la lumière.
A la fin de mars on les plante à 3 pieds de distance dans un solbien préparé, on les bine comme les autres récoltes sarclées; et, lorsque la plus grande partie des ombelles sont mûres, ce qui arrive dans le courant d’août, on les coupe et on les suspend dans un endroit sec et abrité.
$ IL. — Du sol.
Comme presque toutes les plantes dont la racine forme le principal produit, les carottes demandent un sol meuble, où du moins uve terre dont la compacité n'offre pas trop de résistance à l'extension des racines. Si elles préfèrent un loam sablonneux qui ne soit pas exposé à une grande sécheresse ni à une humidité stagoante, elles donnent aussi des produits très-abondans, lorsqu’onles cultive dans un so/ argileux, Surtout si celui-ci contient un peu de chaux, et approche, par sa composition chimique, des terrains que l’on nomme marneux. Mais, dans l'argile pure, les carottes courent une double chance de non-réussite : eu effet, si un pareil sol est huwide, les racines y pourrissent; s’il est sec et resserré, elles ne peuvent s’y développer.
On éloignera la carotte des terrains pierreux et graveleux, parce qu'ils s'opposent au développement des racines, et qu'ils augmentent dans une forte proportion les dépenses de binage et d’arrachage. Cette plante supporte sans en souffrir un plus grand degré d'humidité que la plupart des autres plan- Les tuberculeuses ou fusiformes; mais il faut pour cela que le climat soit chaud. On a remarqué que dans les pays où la période cul- Luralé est généralement bumide, comme en Angleterre et notamment dans le Suffolk, les carottes donnent un plus haut produit que dans les contrées exposées à une grande sécheresse à la même époque. Il ne faut pas néanmoins perdre «le vue la destination a laquelle ou réserve ce produit; cultivées dans un climat sec, les carottes ont plus de saveur
cap. 17°.
et par conséquent plus de valeur quand on les destine à la vente.
La racine de la carotte étant fusiforme, et pénétrantgénéralement à une grande profondeur, le sol auquel on la confie doit avoir une couche arable assez profonde pour ne point l'arrêter dans son développement longitudinal. On connait depuis peu d'années quelques variétés dont les racines se rapprochent beaucoup dans leur configuration de ceiles de certaines espèces de navets et de raves, et qui par cela même n’exigent pas un sol aussi profond. On peut encore cultiver dans ces mêmes terrains la variélé dite blanche a collet vert, dont les racines croissent en partie hors de terre.
$ IHI.— Place dans la rotation.
Sous Le rapport des assolemens, les carottes laissent au cultivateur bien moins de latitude que la plupart des autres plantes sarclées.
En effet, elles aiment à être semées de bonne heure ; dans bien des cas, lorsqu'on en veut étendre la culture sur une grande surface, la terre doit étre déjà préparée avant l'hiver, et 1l n’est pas rare que l'automne empêche le laboureur de faire les dispositions préliminaires qui assurent la réussite de la semaiile delaquelle néanmoins dépend tout le succès.
D'un autre côté, peu de plantes agricoles, autant que les carottes, souffrent de la présence des herbes parasites. 11 est donc indispensable de les placer à ja suite d’une récolte qui elle-même ait nécessité cette destruction, ou du moins qui ait été enlevée d'assez bonne heure pour qu'on puisse provoquer la geruinalion des semences que recèle Le sol, et pour les détruire ensuite. C’est pourquoi la place qui leur convient le mieux , est à la suite d’une récolte de pommes-de-terre, de betteraves, etc. Ilest vrai que, par l’adoption de cette combinaison, on ne peut guère regarder les carottes comme une récolte Jachère, mais je n’en suis pas moins convaincu que c’est dans une telle succession de culture que cette plante donne le plus haut produit, et demande le moins de déboursés.
Lorsqu'une pièce de terre, soumise à l’assolement alterne depuis longues années, se trouveamenée à un état suffisaut de propreté, on peut y cultiver des carottes après une récolte céréale. Mais il serait imprudent, dans l'état actuel des choses, de conseiller aux cultivateurs triennaux de semer des carottes sur une Jachère precédée elle-même de deux récoltes céréales; les frais de culture se portent, en pareil cas, à une somme si élevée, que cette circonstance seule suffirait pour éteindre chez des hoinmes nalurellement et justement circonspects,tout désir d'amélioration agricole.
Si la carotte est exigeante sous le rapport des plantes qui la précèdent dans une rota- Uon, elle est en revanche trés-accommodante pour les végétaux qui la suivent. Elle est pour tous une excellente préparaiion. Si l’on en exceple le colza et l'orge d'hiver, tous les végétaux aiment à venir à sa suile. On avait cru longtemps que la carotte est antipathique avec elle-mème, c'est une erreur. M. BerrTier pere, bien connu pour les exceilentes études
DE LA CAROTTE ET DE SA CULTURE
qu'il a faites sur cette plante, l’a cultivée trois fois de suite sur le même terrain, sans que pour cela le produit en fût diminué. La carotte a néanmoins une assez grande puissance d'épuisement. Son feuillage assez rare ne lui permet pas de tirer de la couche atmosphérique une grande partie de sa nourriture, ce qui fait qu'à poids égal, elle est plus appauvrissante que la pomme-de-lerre. Sous un autrerapport elleest encore inférieure à cette dernière plante. La pomme-de-terre, à une certaine époque de sa croissance, ombrage parfaitement le sol et empèche les rayons du soleil de le resserrer et de le dessécher; la caroile ne couvre le sol qu'imparfailement ; son ombrage est impuissant à empêcher la mulliplication des mauvaises herbes; et s’il fallait encore ajouter une raison à celle que: je viens d’énumérer, je dirais que les tubercules de pomme-de-terre, dans leur accroissement, soulèvent et divisent le sol, tandis que les racines de la carotte ne font que le resserrer.
Le point de vue sous lequel on a trop souvent négligé de considérer les carottes, c’est celui des avantages qu'elles présentent dans la combinaison des assolemens simultanés, et des ressources qu'elles procurent comme récolte dérobée. À la première époque de sa croissance, celle plante est long-temps faible etchétive. On a imaginé de la cultiver, comme le trefle, en société avec une autre qui puisse lui procurer un ombrage salutaire sans l’étouffer, et qui mürisse d'assez bonne heure pour lui permettre ensuite d'atteindre tout le développement dont elle est susceptible. Le lin, la navette, le seigle sont les végétaux qui s'associent le mieux avec la carotte. Après la récolte des premières plantes on arrache les chaumes, 6n sarcle et on bine. De cette facon la seconde recolle donne quelquefois plus de bénéfice que la première.
$ IV. — Culture des carottes.
C'est un fait bien reconnu, que la terre qui doit rapporter des carottes ne donnera qu'un produit insignifiant s2 elle n'est pas bien amendée ; c’est un fait également incontestable, qu'une terre fraichement fumée avec du fumier d'étable donne aux racines une odeur désagréable ; que les plantes se bifurquent et ont à combattre l'influence des herbes parasites dont le fumier a apporté les germes dans le sol ; et plus d’une fois les caroites, épuisées dans la lutte, ont été forcées de céder la place : c’estcequiarrive fréquemment quand Ja main de l’homme ne vient pas à son secours. Placé dans cette alternative, le cultivateur devra fumer abondamment la récolte qui précédera les carottes, afin que celles-ci, tout en profilant de l’engrais qui reste dans la terre, ne se trouvent point cependant en contact avec un fumier son décomposé. Si l'on n’a pu se ménager cel'avantage, on aura du moins la précaution de n’appliquer à la carotte que des engrais pulvérulens, Lels que la colombine, les tourteaux d'huile, la poudrette, le noir animal et animalisé. Afin que ces engrais agissent direclement et avec plus d'efficacité, on ne les dispersera pas sur toute la surface mais on
les répandra dans les rayons mêmes où lon dépose la semence.
On convient généralement que /a terre deera étre labourée pour les carottes, aussi profondément que possible, pare qe de toutes les plantes sarclées c’est celle dont les racines traversent la plus grande épaisseur de terre. Avant de donner ce labour profond, on aura soin de kerser et d’ameublir \a surface, afin de ne pas placer au fond de la raie une terre durcie et resserrée.
-On peut déjà semer Les carottes vers la fin de février, mais l’époque la plus favorable, c’est la première quinzaine de mars. Cette époque serait encore reculée de plusieurs semaiues si la température s’opposait à un ensemencement convenable.
Si on cultive la carotte comme récolte isolée, et sans l'associer à un autre végétal, il ne faut point songer à la semaille à la volée. La disposition par rangéesaici des avantages encore plus marqués que pour la plupart des autres plantes.
Si on n’a pas encore de semoir, on en choisira uno des plus simples parmi ceux figurés précédemment. Avant de répandre la semence, on aura ja précaution de laisser germer et lever les graines de plantes nuisibles qui se trouvent à la superficie et de les détruire par un léger hersage, répélé plusieurs fois. On s'éparguera ainsi les frais d’un premier sarclage, ou du moins on en reculera beaucoup l'épaque.—Les rangées seront élotgnées de deux pieds. Une plus grande dislauce serait nuisible, parce que l'intervalle ne pourrail étre en totalité ombragé par les feuilles : un éloignement moindre ne permettrail plus à la houe à cheval de fonctionner. — Avant d'employer la graine on l’exposera au soleil ou dans un local chauffé, et on la frottera entre les mains, afin de briser les aspérités qui la recouvrent et au moyen desquelles les semences s'accrochent et se pelotonnent.—4 à 5 livres de graires sont une quantité suffisante; ilest rarement avantageux de la dépasser, parce que si les plantes lèvent bien, il faut ensuite une grande dépense de maind'œuvre pour arracher les plants surnuméraires.
Quand on sème /a carotte dans une autre récolte qui doit lui servir d’abri, elle n’exige pas d'autre préparation que cette récolte principale. Comme il est probable que beaucoup de semences ne se trouveront pas dans des conditions favorables à la germination, on en augmentera un peu la quantité qu’on portera à 8 ou 9 livres. Ici il n’est guère possible d’opérer la semaille en lignes : mais ce qu'on perd sous ce rapport, on le récupère largement par la diminution des frais de sarclage, qui ne sont plus aussi nécessaires que si la plante eût été semée seule.
Nous avons déja laissé entrevoir que celui qui cullive les carottes doit s'attendre et se préparer à des travaux dispendieux d'entretien. Cette plante, en effet, a une enfance longue et laborieuse : pendant que sa végétation se traine lente et pénible jusqu'aux premières chaleurs du printemps, les mauvaises herbes se multiplient avec rapidité et ne tardent pas à envahir toute la superficie, et il faut de toute nécessité les arracher et les
AGRICULTURE : DES PLANTES CULTIVEES EN GRAND. | emporter. Les carottes, lorsqu’elles n’ont en-
LEvRAr.
core que leurs premières feuilles, ont tant de ressemblance avec les herbes parasites qui croissent au milieu d’elles, que les ouvriers peu habitués au port de cette plante les confondent souvent.
Ilest très-nécessaire de fairele preruter sarclage à la main. Les praticiens sont partagés d'opinion sur l’époque où il doit étre exécuté. Les uns conseillent de l’opérer le plus tôt possible, afin que les mauvaises herbes ne puissent ni élouffer ni affamer les carottes. Les autres soutiennent que le sarclage ne doit ëêlre exécuté qu’au moment où les mauvaises herbes commencent à fleurir : ils disent, pour élayer leur opinion, que la végétation des parasites, loin de nuire aux carottes, favorise leur accroissement en couvrant la terre de leur ombrage, et en empéchant le sol de se resserrer, et d'empêcher l’alongement etle développement des racines.Ceite Opinion parait fondée; un fait certain, c’est que les carottes ne craignent nullement le contact d’autres plantes : il est inutile d'invoquer à l'appui de celte assertion l'exempledes carottes que l’on sème dans le colza, dans le lin, etc.Mais dans ce cas il fautse tenir surses gardes , et avoir à sa disposition une armée de sarcleuses, afin que jamais aucune plante parasite n'arrive, ]je ne dis pas en graine, mais en fleur. Ce prenier sarclage se fera à reculons, afin de piéliner la terre le moins possible et de ne pas fouler des plantes tendres et délicates.
Lorsque, quelques semaines après ce premier sarclage, les carottes ont poussé plusieurs feuilles, et qu'elles annoncent un état de santé et de vigueur, on donne un kersage énergique, si elles ont levé dru; au contraire, si elles sont peu épaisses, on en donnera plusieurs, mais très-légers.
Ordinairement, après celte façon, les plantes prennent un accroissement rapide ; les rangées se dessinent, et on peut dès-lors jazre
fonctionner la houe & cheval autant de fois
que le demande l’état de la terre sous le double rapport de l'ameublissement et de la propreté. C’est également le moment d'éclairecir les places trop épaisses. On laissera les plantes à 9 pouces les unes des autres dans la ligne. Quelques auteurs conseillent de regarnir les places vides en y plantant des carottes prises soit dans le champ même, soit dans une pépinière : cette méthode est peu pratiquée.
Les carottes semées au milieu d’une autre récolte se traitent à peu près comme celles semées en récolte principale, à l’exception que les binages se font à la main. Immédiatement après l'enlèvement de la première récolte, on donne plusieurs hersages répétés dans tous les sens, afin d'enlever le plus de chaumes possible. On procède ensuile à Zeclaircissage du plant dans les places trop garpies : on ezléve tous les débris rassemblé, par le hersage ; o7 bine autant de fois qu'on le juge à propos. Comme il est rare que les carottes deviennent dans ce cas aussi grosses queles autres, on les laisseun peu plus épaisses.
Le feuillage des carottes a une odeur qui repousse presque tous les insectes. Cepen-
cuap. 17°,
dant il est des contrées où’les /maces les rongent si impitoyablement à leur naissance qu'elles ne laissent parfois aucune trace des semis. Dans les jardins de l’Anjou le meilleur moyen connu de remédiér à ce grave inconvéaient est de saupoudrer la terre, à l'époque de la germination, de chaux en poudre qui éloigne ces auimaux, tant qu’elle n’est pas éteinte par les pluies, sans faire le moindre tort aux plantes. 11 y a lieu de croire que dans la grande culture le même moyen, ou l'emploi de cendres répandues à la volée de la même manière, tout en préservant les jeunes carottes, profilerail plus tard à leur développement.
= $ V.— Récolte, conservation et produit.
Les carottes en récolte principale ont atteint tout leur développenient vers la fin de septembre ; celles qui n’ont élé cultivées que comme récolle accessoire et supplémentaire n'arrivent à maturilé que vers Le milieu d’octobre. Ces plantes craignent peu la gelée, et, quand, à l’arrière-automne, elles n’ont pas atteint toute leur croissance, on peut en retarder un peu la recolte sans inconvénient, à moins qu’on n'ait besoin de préparer la terre pour procéder à un ensemencement de plantes hivernales. « Dans la contrée que J'ha- » bite, dit ScawEerTz, nous n'avons pas eu de » pluie pendant tout l'été. Vers la fin de sep- » Lembre on aurait dû procéder à la récolte » des carottes, mais la terre était tellement » durcie qu’elle pouvait à peine être entamée » par un fort brabant; les feuiiles des carot- » tes et des betteraves tombaient flétries.
» Pendant qu'on opérait l’arrachage de quel- » ques-unes, il survint pendant plusieurs » Jours une pluie violente qui dura jusqu’au » 12 octobre. Les caroutes auxquelles on n’a- » yait pas encore touché commencèrent à vé- » géter de nouveau, produisirent un chevelu » blanc et abondant; les racines augmentè- » rent d'épaisseur, et celles qui furent arra- » chées les dernières étaient 1/3 plus grosses » que celles qui l'avaient été auparavant. »
( Un leitung zum praktischen ackerban.)
On a cru remarquer que les carottes provenant d’une semence produite elle-même par des racines cultivées depuis long-temps dans les jardins, supportent moins bien les intempéries des saisons et les variations brusques de la température que celles qui ont été cultivées long-temps en plein champ : elles sont surtout beaucoup plus exposées à la pourriture dans léschampshumides. Lors-
DE LA CAROTTE ET DE SA CULTURE
qu’on cultive les carottes dans celte dernière espèce de terre,on aura soin, quelque temps avant la récolte, de couper une partie des fanes, afin que la surface se sèche un peu, et que la terre ne souffre pas du piétinement des ouvriers qui les arrachent.
Les caroltes semées en lignes peuvent s’arracher avec la charrue, indiquée précédemment. Celles qui ne sont pas disposées par rangées ne peuvent étre récoltées qu'au moyen du louchet, où de tout autre instrument analogue.
Dans les sols légers et par un temps sec, après les avoir laissées exposéesau soleil une heure ou deux, on procéde au décoletage on emmagasine immédiatement. Dans les sols argileux et par un temps humide, on les laisse sur la terre sans les entasser, et elles demeurent là plusieurs jours, afin qu'elles soient ou lavées par les pluies, on desséchées par le soleil. Plusieurs économes ont remarqué qu’elles se conservent mieux lorsqu'un peu de terre adhère à leur surface.
Le décoletage ne doit pas se borner au retranchement des feuilles, il faut amputer un peu au-dessous du collet et couper dans le vif, afin que la racine ne puisse plus germer: c'est un préliminaire indispensable pour les carottes qu’on veut conserver.
Si les feuilles sont abondantes, on pourra les rassembler en petits monceaux, afin de les faire consommer par les animaux, soit sur place, soit à l’étable.
La conservation repose sur les mêmes principes et s'exécute par lesmêmes procédés que pour la pomme-de-terre, avec cette différence que les carottes craignent moins la gelée, et que le décoletage prévient toute germination. On ne devra pas néanmoins les amonceler autant que les parmentières.
Les carottes destinées à la nourriture de l’homme seront placées dans un jardin d’hiver ou un cellier, par lits alternatifs avec du sable bien sec, qu’on aura voituré pendant l'été.
Le produit de la carotte varie en raison des soins de culture, des qualités du sol et d’une foule d’autres circonstances; c’est, du reste, de toutes les racines eultivées, celle dont le produit est le moins variable sous l'influence des agens atmosphériques : ses racines. qui pénètrent à une grande profondeur, lui permettent de résister à de grandes sécheresses, lors même que, dans d'autres a la végétation parait comme suspen-
ue.
D’après BurGER, le produit moyen de la carotte s'élève : À Dans un sol médiocre à 267 hectol. par hectare.
Dans un bon sol à ..
Dans un excellent sol à
ScawgsrTz évalue le produit en racines à .
CONICUNIES M 0
340 quint. métriq. par hect.
due, raie
TuaEr (Agriculture raisonnée) porte le produit des racines à 647 hectol. par hectare.
Ou comptant l’hectolitre à 54 kil. . . . . . ..
ScnuBARTH ( AUgemeine encyhklopædie), avec du lin. . .. .. Avec de la navette. . . .
Seules après les précédens.
M. ne DomBasLe sur un sol produisant,18 hectol. de blé. .
549 quintaux métriques.
245 quint.métr. par hectare.
Sur un sol de la plus haute fertilité. 750