‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 331 sur 357 · CHAPITRE XVIII. — DES PLANTES A FOURRAGES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — DES PLANTES A FOURRAGES

L'industrie manufacturière demande au commerce la matière première qu'elle lui restituera plus tard sous une autre forme.

L'industrie agricole peuttrouver presque toujours en elle-même toutes ses ressources.— La terre est son vaste laboraioire ; les herbes qu’elle nourrit deviennent un premier moyen de production; avec elles il est facile d’entretenir et de multiplier les animaux indispensables aux besoins de la grande culture, sinon comme objets de vente, au moins comme agens de travail et producieurs des fumiers à l’aide desquels on peut ensuite demander au sol toutes les plantes utiles à la nourriture de l’homme et aux besoins de la fabrication.

Sans les herbages il n'est pas d'agriculture possible; — avec eux, il en est rarement d’impossible.Malheureusement, on netrouve pas toujours aussi facile qu'on pourrait le croire d’en obtenir une suffisante quantité, ou, ce qui revient au même, à des conditions pécuniaires assez avantageuses. Avant de faire connaître les principales difficultés que rencontre à cet égard la pratique, et d’indiquer autant qu'il sera en moi les moyens de les lever, je chercherai à classer les diverses sortes d’herbages, afin de rendre mon travail à la fois.plus méthodique, plus concis, d’une exécution et d’une intelligence plus faciles.

Tous les herbages fourragers peuvent être compris sous deux titres principaux : les pâturages, c’est-à-dire ceux dont les produits sont consommés sur place par les bestiaux; — es prairies, dont la récolte se fait à l’aide de Ja faulx.

Les pâturages sont dits zaturels lorsqu'on abaudontie le soin de leur formation à la seule nature; — artificiels lorsqu'ils sont formés, par le moyen des semis, d'espèces particulières cultivées isolément ou plusieurs ensemble, et qui, dans presque tous les cas, ne croitraient pas spontanément sur le terrain auquel on juge avantageux de les confier.

Les pâturages naturels ou artificiels sont permanens, c’est-à-dire d'une durée illimitée, ou temporaires, c’est-à-dire d’une durée limitée par la nature des assolemens dont ils font partie.

Les prairies sont aussi naturelles ou artificielles dans les mêmes circonstances et par les mêmes raïsons que les pâturages, c'està-dire que doit comprendre sous la seconde désignation toutes celles dont les

herbages ne sont pas le produit d’une végétation spontanée, qu’elles appartiennent exclusivement à l’une des grandes familles des graminées ou des légumineuses, où à un mélange de plantes diverses, semées simullanément dans le but d'ajouter à la bonté ou à la masse totale des foins.

Eu égard à la nature des terrains qu’elles couvrent, au mode de leur culture. à la richesse où à la qualité de leurs produits, fes prairies de lune ou l’autre origine se distinguent en prés secs, dits à une herbe, parce que, sauf le cas où il est possible de les arroser, on ne peut généralement les faucher qu'une fois; — prés bas, regaignables ou de deux herbes, et prés marécageux.

Selon la place qu’elles occupent dans Îles assolemens a court ou à long terme, ou en dehors de tout assolement, on les subdivise en annuelles, bisannuelles et vivaes; — temporaires où permanentes, elc., etc.

SECTION 1°. — Des pâturages.

Avant l'introduction encore moderne des prairies artificielles et des racines fourragères, les herbages naturels, sous leurs deux modifications de pâturages et de prairies, formaient la base de l’agriculiure européenne. À toutes les époques où les bras manquérent aux lravaux de la terre et où la consommation restreinte des produits du sol le laissa sans grande valeur, nul autre système ne dut être préféré à celui-là. I fallait produire avec le moins de travail possible, ct tandis que les pâturages permanens en offraient le moyen, il était tout simple de chercher dans leur étendue une compensation à leur faible rapport, car la terre était peu de chose aux yeux de celui qui la possédait au-delà de ses moyens de culture.

Toutefois ce qui fut bon alors a cessé de l'être aujourd’hui, ou du moins la règle est devenue l’exception à mesure que les populations plus pressées durent ménager davantage la terre et épargner moins Île travail.

Les bonnes prairies ont peu perdu à la vérité de leur importance, mais les prairies artificielles ont généralement remplacé les pâturages, parce qu’à leur aide on a pu, sur de moindres étendues, augmenter le nombre des bestiaux. Ce n’était pas assez de ce premier résultat : afin d’éviter toute perte de fumiers, au lieu de laisser vaguer comine autrefois les bestiaux, on à compris l'avantage de les nourrir presque

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toute l’année à l’étable, et de substituer en partie les racines aux fourrages herbacés. Toutes ces causes ont nécessairement restreint de beaucoup, parfois presque à rien, l'importance première des pâturages en général, et des pâturages naturels en particulier. Cependant je tàcherai de faire voir dans ce qui va suivre qu'il serait injuste de les comprendre tous dans uue même proscription. Il existe des localités où les herbages de cette sorte ne pourraient être avantageusement remplacés par aucun autre produit agricole ; — il en est où l’on spécule engrand sur la multiplication des moutons, sur l'élève des chevaux ou des bêtes bovines et parfois même l’engraissement de cellesci, où les pâlurages, petits ou grands, doivent être considérés comme indispensables; — Enfin, il se présente encore telles circonstances où les assolemens alternes. avec pâturage, sont à la fois les plus simples et les mieux appropriés aux moyens de culture de diverses exploitations.

ʰ* SUIET. — Des pâturages permanens.

ans l’état actue] de l’agriculture europeenne, on ne réserve guère en pâturages permanens que ceux des montagnes ou des pentes raides, inaccessibles à la charrue, et par conséquent impropres à toute aulre culture qu’à celle des arbres ou des herbes vivaces; — ceux qi appartiennent d'une manière indivise à des communes ou sections de commune, et sur lesquels la législation aura tôt ou lard à prononcer dans l'intérêt de l'Etat, comme dans celui des usagers; — ceux que Jai nominés prairies-pa:urages, parce que, grâce à leur heureuse situation et à une fécondité qui ne s'altère Jamais, ils peuvent remplir l’une ou l'autre et trèssouvent l'une et l'autre destinations; — ceux eufin que leur position rend accessibles aux inondations et dont la destruction pourrait être dommageable au sol qu’ils protégent contre l'effort des courans.

& 1°,—Des pâturages des montagnes et des pentes rapides.

Il est vrai d'une manière générale que l’espéce et la qualité des herbages varient selon le chimal; — elles varient aussi en raison de l'exposition basse on élevée, sèche où humide, découverte ou abritée du sol, de sa composition chimique el de ses propriétés physiques.

Quoiqu’à l’aide des arrosemens on puisse obtenir dans le Midi des produits en herbe beaucoup plus considérables que dans le Nord, en toute autre circonstance les climats septentrionaux sont préférables pour les prairies. Depuis l'équateur, où les grands végélaux ligneux se montrent presque seuls, jusqu'aux dernières limites des régions où les froids ne sont pas assez intenses pour arrêter la végétation, on voit en effet progressivement le nombre des arbres diminuer, relativement à celui des plantes herbacées, et, même dans notre France, on sait que ies cultures arbustives l'emportent au

| sud comme les cultures fourrageuses au bord.

A mesure qu’on s’élève sur les hautes montagnes, les herbes, obéissant en cela aux lois générales de la végétation, prennent à la vérité une moindre croissance ; mais, constamment humectées par l'infiltration des eaux produites par la fonte des neiges, elles conservent leur fraicheur, et la lenteur même de leur végélalion parait ajouter à leur qualité ; aussi fournissent-elles presque toujours une noure riture aromatique, substantielle, fort du goût de tous les herbivores.

Dans la plupart des pays élevés de nos coulrées européennes, où consacre les hauteurs au pâturage des troupeaux. — Les habilans des Alpes et du Tyrol y envoient leurs vaches laitières et les y laissent nuit et jour jusqu'aux approches de Ja saison des frimnas. — Ailleurs onles destine, eu égard à leur plus grande fécondité, aux bœufs qu’on se propose d’engraisser, et à ceux qu’on élève pour le trait. — Enfin sur les hauteurs moins accessibles, où les herbages épais, mais courts, ne suffiraient plus à la nourriture des bêtes bovines, on peut trouver encore un grand avantage à propager les moutons.

En des localités simplement montueuses, ce n'est plus, comine dans le voisinage des neiges, la chaleur qui manque, mais bien l'humidité, à moins que le voisinage des forêts r’entretienne sur quelques points une fraicheur favorable, où qu’une exposition particulière ne diminue les effets de l’évaporation produite par les rayons solaires et rendue plus fâcheuse encore par suite de la déclivité du sol qui permet aux eaux pluviales de s’écouler avec une rapidité excessive. On pourrait être surpris de voir Fun des versans d'une colline couvert d'une fraiche et riche verdure, tandis que l’autre est pour ainsi dire dénudé de toute végétation, dès la première partie de lété, si l'on ne savait qu'une vive chaleur est aussi nuisible aux herbages, lorsqu'elle n’est pas combinée à une quantité d'humidité suffisante, qu’elle leur devient ulile dans les circonstances contraires. — Il est des terrains sur lesquels, malgré leur élévation et la raideur de leur pente, on peut diriger et relenir les eaux pluviales par des moyens bien simples que Je ferai connaître un peu plus loin, en traitant de l'amélioration des herbages en général, et qui changent entièrement d'aspect par suite de cette pratique, à limportance de laquelle peut ajouter encore sensiblement l’aptitude plus grande du sol et du sous-sol à se pénétrer d’une plus grande quantité d’eau, et à la retenir plus longtemps au profit de la végétation.

$ IL. — Des pâturages communaux.

Les pâturages communs sont presque toujours et partout dans un état déplorable, parce que, quoique chacun veuille en profiter, nul ne songe le moins du monde à les améliorer, el qu'au lieu d’en user avec discernement on en abuse à l’envi, comme si l’on craignait de laisser sous ce rapport trop à faire à son voisin. — Non-seulement ou es

| charge outre mesure d'animaux de toutes

sortes qui s’affament et se nuisent réciproquement, mais on les fait pacager en tout temps, quels que soient d’ailleurs la natureet l’état du sol; de sorte qu’au lieu de présenter une surface unie et partout verdoyante, ils setransforment, à l’époque des pluies, en cloaques fangeux, et n’offrent plus, au moment

es sécheresses, qu’un amas irrégulier de mottes durcies et sans végétation.

De toutes parts on s’est élevé avec force, depuis l'introduction des prairies artificielles et des assolemens alternes auxquels elle a donné lieu,contre les pâturages communaux, el plus encore contre le droit de vaine pâture qui s'étend, après la récolte principale,à une foule de propriétés particulières non closes. — On a pu facilement démontrer que les pàüs, autrefois d’une importance réelle pour faciliter la multiplication des bestiaux alors que l'assolement triennal avec jachère laissait peu d’autres ressources, étaient devenus, à bien peu d’exceptions près, plus nuisibles qu’utiles dans l’étatactuel de notre agriculture; — que, très-peu productifs en eux-mêmes,loin de permettre d'augmenter le nombre de têtes de bétail qu’on peut entretenir sur un espace donné, 1ls produisaient l'effet contraire et diminuaient ainsi doublement la masse des engraisen empêchant d’une part leur plus grande production, et en occasionant de l’autre une perte énorme de fumiers; —et qu'enfin ledroit de parcours, sans parler de divers autres inconvéniens qui seront discutés dans la partie législative de cet ouvrage, est indubitablementle plus graud obtsucle à toute amélioration dans le nouveau système de culture des terres arables et même des prairies.

Les pâturages communaux, de quelque manière qu'on les envisage, sont donc de tous les plus mauvais, et si, dans quelques circonstances bien rares, des sections de communes ont su, par une administration éclairée, en tirer un bon parti, on peut être assuré d’avance que ce n’est qu’en meltant des restrictions aux droits des usagers; — en proportionnant le nombre des bestiaux à l’étendue des terrains; — en limitant la durée des parcours à celle des saisons convenables, et enfin en changeant jusqu’à un certain point la destination première de ses sortes de terrains.

$ HI. — Des prairies-pâturages.

Loin d’être, comme les précédens, limités aux localités les moins accessibles,ou aux terrains les moins féconds, ceux-ci sont au contraire situés dans des sols fertiles et

our la plupart susceptibles de se prêter a tout autre genre de culture; mais l’abondance et la qualité de leurs herbages sont telles qu'on trouve avantageux de les réserver, soit pour y envoyer une parlie du Jour les vaches laitières ou nourrices, les élèves de diverses espèces et de différens âges , les animaux fatigués par un travail excessif ou prolongé, et principalement les bœufs destinés à la boucherie. — Il est vrai qu’on pourrait les utiliser autrement dans beaucoup de cas, mais il est fort douteux qu'on püût en tirer un meilleur part, car la nature, qui fit Lous Les frais de leur formation, fait aussi presque

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

exclusivement ceux de leur entretien. Le pro: priétaire n’a d’autres soins à prendre que d'y envoyer ses bestiaux ou de traiter à des condilions toujours avantageuses avec les marchands qui spéculent sur l’engrais des bœufs. Il est en Normandie tel acre (environ 80 ares) de bonne pâture qui peut s’affermer de 3 à 400 fr. Ilen est peu qui ne vaille de 180 à 200 fr.

Quelquefois on fauche les prairies-pâturages, et on ne les ouvre aux bestiaux qu'à l’époque où les regains se sont développés,c'esta-dire vers la fin d'octobre ou dans lecourant de novembre. Les bœufs dont l’engraissement commence à cette époque tardive de l’année passent l'hiver entier dehors, et ne reçoivent, sauf le temps de trop grandes pluies ou de neige, aucune nourriture à l’étable; aussi engraissent-ils moins vite que ceux qu’on met dans les herbages aux approches de mai; mais on peut les vendre en juin, et alors leur prix est plus élevé parce que la concurrence est moins grande.—En général, ceux de ces animaux qu'on met au pâturage au printemps n’yséjournent que quatre mois pour atteindre le maximum de teur poids.

Tous les herbages destinés à recevoir les bœufs qu’on engraisse dans l’ancien Cotentin, le pays d’Auge, la Basse-Normandie, une partie de la Vendée, etc., ne sont pas également fertiles ; mais tous trouvent néanmoins leur emploi,parce que les marchands qui amènent parfois de fort loin des animaux maigres et habitués à de chétifs pàaiurages, croient devoir les disposer progressivement à recevoir une nourrilure plus substantielle et plus abondante. Ils louent en conséquence d’abord des terrains de médiocre valeur, — puis de meilleurs ; et enfin, assez souvent, lorsqu'ils veulent hâter le moment de la vente, ils conduisent en dernier lieu leurs bœufs dans les pacages,sichèrement payés, dont j'ai parlé cidessus.

La position la plus favorable pour ces sortes d’herbages est un fonds constamment rafraichi par le voisinage de quelque ruisseau ou l’infiltration de sources souterraines qui ne sontniassez voisines de la surface ni assez nombreuses pour donner au terrain l'aspect et les propriétés d'un marécage, auquel cas il se couvrirait d'herbes grossières forl peu du goût des animaux; — ceux-ci se trouveraient d’ailleurs très-mal d'un séjour prolongé dans un semblable lieu.

Il est assez rare qu’on améliore ou plutôt qu’on entrelienne ces pâturages privilégiés autrement qu'en répandant également les engrais qu'y laissent les bœufs et en détruisant les taupinières; un homme qui n'obtient en échange de ce léger labeur que le logement et la permission de nourrir une seule vache à son compte, peut inspecter à la fois , en n’y employant qu’une faible partie de son temps, d'assez vastes étendues, car ies bœufs casés en plus ou moins grand nombre, selon la fécondité des herbages, dans chaque subdivision de la prairie, sont entourés de haies ou de fossés qui les empêchent de s’écarter du lieu qu'on leur a destiné.

Par leur position et la nature des plantes qui les composent, les prairies - pâturages appartiennent presque toujours à la division

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des prairies basses proprement dites dont j'aurai à parler plus tard.

$ 1V. — Des pâturages exposés aux inondations.

Il est des terrains presque toujours trèsfertiles, parce que les eaux qui les couvrent à des intervalles plus ou moins rappochés déposent à leur surface un limon fort riche en matières végéto-animales. Trois causes principales s'opposent cependant à leur mise en cultures alternes : la crainte de les voir promptement minés ou entraînés par les courans, si on détruit, sur quelques points seulement, la masse gazonneuse qui les protége; — l'incertitude des récoltes économiques qu'on pourrait leur demander dans l'intervalle présumable d’une inonda- Lion à l’autre; — enfin, la qualité et Pabondance des fourrages qu'ils produisent annuellement.

Ceux qui n’ont pas l'habitude de parcourir les rives des grands fleuves, en voyant des îles entières sensiblement plus creuses à l’intérieur qu’à la circonférence, el entourées d’une sorte de levée verdoyante, seraienttentés d'attribuer à l’art cet effet d’une cause toute naturelle. — Les herbes, nonseulement consolident puissamment les terres qu'elles recouvrent, en liant leurs molécules par de nombreuses racines, et en présentant une surface unie sur laquelle l’eau coule sans occasioner de dégâts; mais lorsque l’inondation tire à sa fin, chaque touffe, chaque fragment de chaume, et pour ainsi dire chaque feuille, opposant un léger obstacle, arrétent quelques parcelles de limon, de sorte que lorsque le fleuve est rentré dans son lit, toutes les parties gazonneuses se trouvent plus ou moins recouvertes d’une croûte fertilisante, qui disparaît bientôt après sous la riche végétation des gramens, tandis que les parties habituellement labourées, bien que moins exposées, abandonnent davantage au courant et recoivent moins de lui. — Je connais telle île de la Loire, qui n’est cependant pas cullivée depuis un fort long temps, et dans laquelle les chantiers sont plus élevés de près d'un mètre que l’intérieur.

En de telles circonstances on comprend combien il est important de réserver un pâturages ou en prairies toutes les portions d'une propriété qui sont les plus menacées.

Aussi la distribution et la conservation des herbages dans les lieux submersibles par des eaux courantes est-elle une question qui intéresse vivement le fermier, et bien plus encore le propriétaire, puisqu'il y va, je ne dirai pas de l’amélioration graduelle, mais de la conservation ou de la destruction plus ou moins prompte de son avoir. — Il ne faut pas croire du reste, quelque productives que puissent être ordinairement les cultures diverses des terrains d’alluvion de formation aussi récente que ceux qui nous occupent en ce moment, que ce soit un grand sacrifice d'en abandonner une partie aux graminées naturelles, car, en définitive, elles valent souvent alors, à bien peu près, les meilleures prairies arlificielles, et leur production est indispensable à la nourriture du bétail. A la vérité, dans beaucoup de lieux, la culture

DES PATURAGES

des îles et des vallées riveraines se fait exelusivement à bras d'hommes; les bœufs y sont à peu près inconnus; mais comme il n’en faut pas moins des fumiers, les habitans élèvent le plus possible de vaches, et nonseulement ils spéculent sur le laitage, le beurre ou le fromage qu'ils en obtiennent, mais ils font de nombreux élèves destinés au marché ou à la boucherie; or, dans tous ces cas, les pâturages, dont nous verrons plus loin qu’ils savent parfaitement utiliser les produits, ne pourraieut jamais être entièrement remplacés, et ne pourraient que rarement l'être avantageusement, même en partie, par d’autres cultures fourragères.

Malheureusement, si la végétation des herbes oppose souvent une digue assez puissante aux efforts des eaux, il est un autre inconvénient, inhérent également au voisinage de certains fleuves, contre lequelelle ne peut rien. Je veux parler de l’ersablement. Parfois, dans les parties basses, à la place dulimon précieux qui fertilise, le courant roule et accumule à plusieurs pieds d'épaisseur des sables presquesans mélange deterre végétale;quand il se relire, une gréve aride et désormais irrévocablement fixée a remplacé la terre végétale et détruit pour longtemps tout espoir du cullivateur.—Dans cette fàächeuse circonstance, c’est encore aux herbages qu’on demandera les premiers produits et le retour progressif du sol à la fertilité, car dès que la couche gazonneuse aura pu s'établir au milieu des peupliers ou des saules qu’on aura préalablement plantés, la surface s’élèvera, se pénétrera de sucs nutritifs, et le sable se trouvera resserré entre deux épaisseurs de bonne terre dont, en dépit des obstacles, la persévérance humaineaura su profiter, puisque, tandis que les racines des arbres iront chercher la nourriture et la fraîcheur jusque dansla première, à l'ombre de leurs feuillages les gramens prospéreront sur la seconde.

Dans les vallées dont les terres arables sont situées sur les hauteurs, les pàturages et les prairies submersibles deviennent, avec raison, la base du système de culture qu’on y suit; plus ils sont abondans, moins on devra consacrer d’autres terres aux herbages dits artificiels et aux récoltes racines.— Chacun sait que dans le voisinage de la mer, jusques aux dernières limites des eaux saumâtres, on trouve des pâturages, à la valeur nutritive desquels paraît ajouter beaucoup la petite quantité de sel dont ils sont accidentellement imprégnés.

Ile SUSET. — Des pâturages temporaires.

On peut diviser ces sortes de pâturages en deux séries principales: 1° les pâturages des jachères, et sur les chaumes de l’assolement triennal; — 2° les pàturages d’assolement de plusieurs années d’existence.

$ 1°. — Des pâturages de l’assolement triennal.

En suivant la méthode justement qualifiée de déplorable de l’assolement triennal avec jachère, le défaut de prairies artificielles oblige les fermiers à chercher le plus souvent la nourriture indispensable à leurs

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bestiaux, sur les chaumes qu'ils négligent à cel effet de relourner en automne, au grand dommage de certaines terres, afin de conserver ce maigre pâturage jusqu'aux appreches du printemps, c’est-à-dire jusqu’à l’époque où il devient indispensable de préparer les marsages ; —ou sur la sole entière des jachères qu’ils ne commencent à labourer, par la même raison, que dans le courant de l'été, pour, les semis de septembre. Je me suis prononcé ailleurs sur les tristes résultats de cette double pratique, tant à cause de ses inconvéniens relativement aux cultures suivantes, que par suite de son insuffisance pour la production du fourrage.— Cependant, dans cerlaines terres, il peut arriver qu’on obtienne ainsi l’année de jachère, jusqu’à la fin de juin, et quelquefois un peu plus tard , et la seconde année, après la moisson, pendant une partie de l'hiver, un pâlurage qui ne serait pas à dédaigner, s’il n'entravait la marche des labours.

$ II. — Des pâturages d’assolement alterne.

À côté de ces pétures-jachères de quelques semaines où tout au plus de quelques mois de durée, on sait qu’on en rencontre d’autres de plusieurs années, qu'il faut bien se garder de condamner d’une manière aussi générale.—J’aieffleuré ce sujet en traitant des assolemens, Je dois l’aborder jci d'une inapière spéciale, et avec une étendue proporlionnée à son importance.

Il est des herbages si heureusement situés et d’une si abondante production, qu’il ne

eut, dans aucun cas, y avoir de l'avantage a les détourner, même momentanément, de leur destination.

Il en est d’autres qui, sans être aussi productifs, doivent egalement élre conservés parce qu'on ue pourrait les remplacer plus utilement ; — d'autres enfin dont la destruc- Uon serait éminemment dommageable au terrain qu'ils recouvrent.

J'ai dû citer dans les paragraphes précédens quelques exemples qui viendraient à l'appui de la première de ces vérités, s’il était besoin à cet égard d’autres preuves que celles que chacun peut acquérir journellement chez soi où dans son voisinage.— Quant à la seconde proposition, elle est presque aussi claire, car si, d’une part, il est des pâturages élevés, et tellement situés, que la charrue ne pourrait les atteindre, il est aussi des prés bas,humides, des terrains fréquemment couverts d’eau, qui ne pourraient changer de production qu’en changeant de nature. — Dans les contrées montueuses, peu fertiles par suite de leur aridité ou de leur nature crayeuse; — partout où les prairies permanentes sont rares et ajoulent par conséquent d'autant plus à la valeur des terrains euvironnans, que les prairies artificielles y sont plus difficiles à établir et moins productives, aucun motif ne peut déterminer à rompre un herbage même de qualité médiocre. — On a vu qu'il en est encore de même dans le voisinage des cours d’eau rapides sur les terrains sujets aux inondations périodiques, d'abord parce qu'en général ces terraius sont trèsproductifs en herbes, ensuite parce qu’ils

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