‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 332 sur 357 · LIV. re · texte numérisé non relu

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seraient indubitablement entraînés ou minés, si on détruisait sans réflexion la couche gazonneuse qui les protége, et qui contribue d’année en année à les élever davantage. Cette dernière considération ne se rattache pas inoins aux plateaux sillonnés fré quemment par les pluies d’orages, ou les torrens occasionés par la fonte des neiges, qu'aux rives fertiles, mais exposées, des grands fleuves.

En des circonstances plus ordinaires et lorsque les herbages ne sont pas de première qualité, il peut devenir très-profitable, soit de les détruire entièrement, soit de les rendre pour un temps plus ou moins long aux cultures économiques. D’après les données recueillies dans tous les pays, il est certain que la même étendue de terrain cultivée habilement en prairies légumineuses, ou en racines fourragères, produit beaucoup plus qu’en prairie naturelle de moyenne qualité.

Le résultat important d’une enquête faite à ce sujet par le bureau d'agriculture de Londres, a été qu'un acre de trèfle, de vesces, de raves, de pommes-de-terre, de turneps ou de choux peut donner au moins trois fois autant qu'un acre réservé en pâlurage de médiocre valeur, et conséquemment que le méme terrain, tout en nourrissant un égal nombre d'animaux, doit encore produire en sus une récolte de céréale dont la paille, soit qu'on la fasse consommercomme nourriture, soit qu’on l'utilise en litière, ajautera nécessairement à la masse des engrais. Il résulte de là, ajoute l’auteur anglais, que, si l’on excepte de cette comparaison les riches péturages, les terres arables sont comparalivement supérieures aux prairies pour procurer des alinens à l’homme, daus la proportion de 3 à 1, et conséquemment que chaque pièce de terre laissée "al à propos en herbages naturels et dont le produit ne peut faire vivre qu’une seule personne, prive le pays de la nourriture suffisante au maintien de l'existence de deux nouveaux membres de la grande famille.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si de semblables calculs ne pécheraient pas chez vous par exagération ; si, en admettant qu’ils fussent à peu près vrais pour diverses localités, ils le seraient également pour d'autres ; si, pour arriver à des données de quelque utilité à la pratique particulière de chacun, on pourrait laisser sur la même ligne des

plantes aussi différentes par leur nature et; leurs produits que celles dont il a été parlé

et dont il n'a pas été parlé ci-dessus, telles que la luzerne, le sainfoin, etc. ; enfin si, partout où la population n'est pas encore suffisante, il ne faudrait pas porter sérieusement en décomple des produits supérieurs des prairies artificielles de courte durée, le surcroit de main-d'œuvre de l'assolement.Il nous suffira, pour le moment, de reconnaitre leurs avantages sans chercher à les apprécier rigoureusement par des chiffres; or, la ques- Lion élant posée comime J'ai cherché à le faire, ces avantages me paraissent incontestables. Rate":

On a cependant élevé quelques objections contre la transformation, même momentanée, des herbages permanensen terres labou-

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rables. La principale, quoique la moins fon- | périorité de ce pâturage sur celui des pacages

dée, c'est qu’apres les avoir rompus il était difficile de leur rendre plus tard leur valeur primitive, et l’on a cité à l'appui de celte opinion, des- contrées dans lesquelles la rente de terrains naturellement fort médiocres avait baissé par suite de la destruction des pâturages. Je le conçois si, comme dans les pariies les moins fécondes du Norfolk, on a renoncé à l'éducation facile et aux produits assurés des bêtes à laine, pour la culture bien moins lucrative en pareil cas et plus imposée cependant des céréales, ou si, par suite d’un mauvais calcul trop fréquent encore presque partout, on a mésusé de la fertilité lentement acquise, pourobtenir coup sur coup, sans une suffisante addition d’engrais, plusieurs récoltes épuisantes. Mais dans des cas moins exceptionnels et avec une meilleure direction, il en arrivera à coup sûr fort différemment, c’est-à-dire que d’une part les cultures économiques s’amélioreront de la permanence des herbes et du pacage des troupeaux, et que de l’autre les herbes elles-mêmes, lorsqu'on les laissera occuper de nouveau le sol, profiteront incontestablement des fumiers et des facons nécessaires à la belle venue des céréales.

L'origine de toute culture alterne se trouve dans la succession des pâturages et des plantes économiques. D’abord ce furent les pâturages naturels qui succédèrent exclusivement aux céréales; puis à ceux-ci on en substitua peu à peu d’artificiels, et on appela indistinctement culture alterne avec pâturages tous les assolemens dans lesquels, a la suite d’un plus où moins grand nombre de récoltes, le champ est laissé ou mis en herbages pour être pâturé par le bétail pendant deux ou plusieurs années.

Il est à remarquer que ce système, qui est encore assez irrégulièrement suivi dansdiverses parties de la France, et que l'on ne peut guère maintenant considérer chez nous que comme une nécessité locale ou une transition d’un manvais à un meilleur mode de culture, depuis que nous avons vu prévaloir l'excellente coutume de nourrir le plus possible tous les bestiaux, et mème les moutons, à l’étable et à la bergerie, fut introduit il y a environ un siècle et s’est conservé jusqu'ici dans plusieurs contrées de l'Allemagne comme une importante amélioration. — «Les NE qui résultèrent de ce genre de culture, dit Tuer, principalement sur les domaines fortement épuisés par l’assolement triennal, et qui chaque jour voyaient diminuer l’espace qu'onpouvait fumer, éclairèrent alors tellement les agriculteurs, qu'on envisagea cesystème commele plus parfait de tous ceux qui étaient possibles, et que, dans ces contrées, le propriétaire s’estima heureux que la dépendance absolue des paysans lui permit de réunir d’abord ses champs el de les diviseren soles. Alors seulement on commença à estimer la terre à sa valeur... . La grande fécondité du terrain reposé , la sûreté, l'abondance des récoltes qu'il donne, la richesse comparative du pâturage qu’on obtient des terrains non arrosés soumis à la culture et qu’on laisse pour quelques années en repos, avant qu'ils soient épuisés; la su-

à demeure; tant d'avantages dürent frapper les observateurs attentifs. » — Et cependant, d'après les écrivains allemands, ces avantages sont loin d’êtreles seuls :les assolemens alternesavec pâturage embrassent dans leur rotation toute l'étendue des terres arables. Celles-là seulement que leur humidité surabondante, ou leur élévation trop grande et leur accès difficile doivent faire laisser en herbages et en bois, doivent en être soustraites. — [ls rendent superflu le pâturage dans les prairies permañentes,— dans les bois, et, dans beaucoup de circonstances, au lieu de diminuer l’étendue dessoles cultivéesen plantes économiques, ils permettent de l'augmenter non-seulement-des pâturages qui au- >aravant étaient nécessaires à l’entretten du

étail, mais encore et surtout des bois dépeuplés. — D'un autre côté, ils procurent des engrais en plus grandeaboudance ; — le produit des céréales, grâce à la quantité plus considérable de sues nourriciers contenus dans le sol, esttellement augmenté que, dans la plupart des cas, bien qu'on ensemence une moindre surface, il dépasse cependant celui qu’on peut attendre de l’assolement triennal, puisque, tout calcul fait, on a dù convenir que, dans les mêmes circonstances d'engrais et d’assolement, un champ mis allernativement en culture rapporlait après le repos un de plus pour un de semence, ce qui, comme produit net, est d’une grandeimporlance.

— «À cela, dit encore TnaER, il faut ajouter l'augmentation que donne sur la rente du bétail une nourriture abondante qui se soutient pendant tout l'été, et qui, soil à cause de la grande étendue des herbages, soit à cause de leur richesse, permet d'entretenir un beaucoup plus grand nombre d'animaux.

Ainsi donc, supposé même que le produit en graius ne dût pas être grossi, laugmentation de la rente du bétail seule, augmentation que personne ne meten doute, déciderait la question en faveur du système de culture alterne avec pâturage. »

Dans les pays où, bonne ou mauvaise, la coutume de faire pâturer les bestiaux s’est conservée, et où l’on élève un grand nombre de bêtes à laine, il n’est pas douteux, en effet, qu'un pareil système, bien préférable partout, à mon gré, à l’assolement triennal, puisse devenir l’un des meilleurs possibles, surtout lorsque la culture des racines fourragères et des plantes légumineuses présente, par une cause quelconque, des difficultés qui l’'empéchent totalement ou la resireignent à d'étroites limites. — Ailleurs on peut encore l’adopter partieilement sur les exploitations dont le personnel, le matériel et les capitaux ne correspondent pas à l’étendue, car on ne saurait trop répéter qu'il vaut mieux répartir une faible quantité d'engrais et de travail sur une petite étendue, que de la gaspiller, pour ainsi dire, en pure perte sur une grande.

Dans ce dernier cas la culture alterne avec pâturage doit faire place graduellement à la culture alterne avec fourrages artificiels, à mesure que le fermier deviendra plus fort en capitaux ei en bras ou en instrumens propres à les remplacer, car alors il sentira la possibilité d'étendre davantage la culture des

plantes panaires ou économiques, et la nécessité, pour cela, de diminuer l'étendue des herbages, tout en augmentant celle des engrais, ce qui ne peut se faire qu’en substituant les légumineuses et les racines aux graminées des pâturages.

En résumé, ies pâturages, dans l’acception rigoureuse du mot, peuvent donc, ainsi que certaines prairies de graminées, remplacer dans les cullures alternes à long cours les prairies artificielles, qui en font le plus habituellement partie dans les assolemens moins longs. D’après ce qui précède, on a pu déjà prévoir dans quelles circonstances il est nécessaire ou possible d'adopter le premier ou le second système. — En général, les assolemens avec pâturages de quelque durée sont moins profitables, mais aussi ils entrainent moins de frais de toutes sortes que ceux dans lesquels on fait entrer les fourrages légumineux annuels et les racines sarclées; — ils peuvent être partiellement suivis sur les parties de la ferme où la nature des terres rendrait les autres impossibles ou peu productifs. — Ils conviennent douc particulièrement aux contrées pauvres, peu peuplées, et aux fonds mauvais ou d’une grande médiocrité.

— Les assolemens avec prairies artificielles et racines fourragères de courte durée sont ordinairement beaucoup plus productifs, mais nécessitent plus d'avances et de travail. Ils ne se prêtent pas à toutes les localités; ils sont donc particulièrement appropriés aux cantons déjà riches en habitans et en terrains bons ou de qualité moyenne. — Quant aux prairies artificielles d’une existence durable, telles que les luzernes, il est certain que, là où elles réussissent, elles donnent, sans frais ou presque sans frais d’entretien. des produits bien supérieurs à toutes les nerbes de päturages et de prairies graminées; mais Outre qu’elles ne réussissent pas à beaucoup près partout, nous savons encore qu'il n’est pas sans inconvénient d’user avec irréflexion des avantages nombreux qu’elles présentent dans les localités où on peut les cultiver (vor. l’art. 4ssolement). Aussi, à côté des prairies légumineuses, dont on verra plus loin que je ne méconnais nullement la prééminence, dans beaucoup de cas, je ne puis admettre, avec quelques théoriciens, qu'il ne reste plus de place utile sur nos guérets pour les graminées fourragères.

IIIe suseT. — Des considérations qui doivent diriger le choix des espèces pour la formation des herbages.

Les botanistes qui ont an:1lysé les herbages naturels, dit M. Cu. n'Ourcues, les ont distingués en moyens, hauts et bas; is ont reconnu que sur 42 espèces de plantes que contenaient quelques prairies moyennes, il yenavait 17 de convenables à la nourriture des animaux, et que les 25 autres étaient inutiles ou nuisibles; que, dans les hauts päiurages, sur 38 espèces, il ne s’en trouvait que 8 utiles; —el qu'enfin, dans les prairies basses, il ne s’en trouvait que 4 sur 29. Il résulte de ces expériences, qui ont été faites avec le plus grand soin en Bretagne, ajoute le même auteur, que sur le foin des prairies moyen-

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

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