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nes, il doit y avoir 5/7 de perte; plus des 3/4 sur celui des hauts pâturages, et 6/7 sur celui des prairies basses, si l’animal rejette tout. ce qui lui est insipide ou nuisible, et qu'il est exposé à quantité de maladies, lorsqu'à la suite de son travail, attaché à un râtelier, la faim le force de manger tout ce qu'on lui donne.
Partout où on a fait de semblables recherches, on est arrivé à des résultats sinon absolument les mêmes, au moins assez analogues pour démontrer jusqu’à l’évidence de quelle importance il peut être, dans un grand nombre de cas, au lieu d'abandonner au hasard la formation des pâturages, de faire choix des plantes vivaces les mieux appropriées à chaque terrain et à chaque localité. — Ceci nous conduit à l'examen d’une question trop neuve encore pour la plupart de nos départemens, quoiqu’elle ait de tout temps fixé l'attention des agronomes et des agriculteurs instruits; je veux parler du semis des herbages que l’on s'est habitué, dans la plupart des lieux, à désigner comme naturels.
En traitant de chaque culture économique, on à grand soin d'indiquer Za nature du terrain qui lui convient, el de conseiller de ne l'entreprendre que sur ce terrain ou tout autre à peu près de même espèce ; — ici, laquestion doit être posée à l'inverse, c’est-à-dire qu'il s’agit surtout de savoir quelles plantes herbagères peuvent croître profitablement sur des terrains de nature parfois fort différente et le plus souvent de qualité fort médiocre qu'on destine, faute de mieux, à servir de pâturages. À la vérité, à l'exception du roc dénudé de terre végétale, ou des sables mobiles qui cèdent en tous sens aux efforts capricieux du vent, ilest peu de sols assez déshérités de la nature, pour ne pas se couvrir spontanément de végétation; mais, de ce qui précède, on peut conclure que celte végélation n’est pas toujours la mieux appropriée aux besoins des bestiaux. — Dans ce qui va suivre, je tâcherai de poser quelques règles générales propres à guider le cultivateur danslesessais qu'iljugera convenable defaire, et la marche qu'il devra adopter pour arriver. aux moindres frais possibles, à des résultats plus avantageux.
Et d’abord, avant de comparer le mérite respectif des espèces entre elles, il importe en effet de rechercher celles qui pourront réussir dans la localité qu’on leur destine; car ilest telles de ces localités où, à défaut de bonnes plantes, on doits’estimertrès-heureux d'en voir croitre de médiocres, et où l’on doit rechercher ces dernières avec d’autant plus d'empressement et de persévérance que le choix qu’on peut faire entre elles est plus limité.
$ IT, — Du choix des plantes eu égard à la nature du terrain.
Les terrains considérés comme les plus propres à établir des herbages permanens, sont de plusieurs sortes. — Les terres fortes, tenaces etfroides, d'un travail difficile à l’excès, impropres à la culture de la plupart des racines et des fourrages artificiels, tels que
le trèfle, la luzerne, etc, etc., donnent généralement, par compensation à tant de défauts, d'assez bons pâturages. Une fois que des plantes graminées d’un bon choix s’en sont emparées, elles s’y maintiennent Jlougtemps, y donnent des foins peu précoces à la vérité, mais aboudans et de bonne qualité. Elles y résistent,mieux que dans les terrains plus légers, aux sécheresses estivales, et se recommandent, dans l’arrière-saison, par une nouvelle herbe plus longue, plus verte et plus succulente. Les terres de cette sorte s'améliorent d'ailleurs tellement à l'état de rairies, qu’elles changent, pour ainsi dire, à a longue de nature, et qu’elles deviennent très-propres à d’autres cultures.
Les terres argilo-sableuses conviennent également à l'établissement des herbages, lors-
DES PATURAGES
Enfin, dans les terres calcaires à l'excès, de toutes les plus difficiles à féconder, pour remplacer les chardons, les euphorbes etles quelques graminées à feuilles coriaces que les moutons mêmes repoussent, et qui croissent parfois seules, spontanément, en de semblables localités, les espèces qui réussissent le mieux, sont : le brome des pres, les fétuques ovine et tracante, la fétuque rouge, le dactyle pelotonné, \e fromental, le ray-grass, le paturin des prés, celui à feuilles étroites, ec: ele:
Quelque limité que soit le nombre des plantes cultivables sur un terrain donné, n’y en eüt-il que 3 ou 4, il peut y avoir coimparaison entre elles, et 1l est bien probable que les unes devront l'emporter sur les autres.— On devra donc avoir égard aux diverses cir-
qu’elles reposent à une faible profondeur sur | constances suivantes : — le goùt plus ou
un sous-sol imperméable, et qu’elles sont situées de manière à recevoir l'égout des terres environnantes. L'humidité fréquente, qui les rendrait impropres aux récolles de céréales, les rend au contraire très-propres à la production des graminées vivaces.
Par la même raison, les sols de toutes natures situés dans les vallées parcourues par des cours d’eau dont les infiltrations cu les débordemens accidentels entretiennent une fraicheur plus ou moins constante, sont encore on ne peut mieux disposés pour se couvrir de beaux et bons herbages, sans nuire à d’autres productions; car ilest remarquable
ue, dans les trois circonstances dont je viens dé parler, les terres et les localités qui se prêtent le mieux à la végétation des herbes fourragères sont justement celles qui conviendraient le moins aux cultures économi-
moins marqué que montre le bétail pour telles ou telles herbes, — leur précocité, — l'abondance de leurs produits, — leur permanence, —et les propriétés nutritives propres à chaque espèce.
$ II. —Du choix des plautes fourragères eu égard au goût des diverses sortes d’animaux.
Le goût plus ou moins marqué que montrent les bestiaux pour telles outelles herbes est un indice qui trompe peu, et qu’on fera bien, en général, de prendre en grande considération ; cependant il n’est pas douteux, d’une part, que les animaux rejettent parfois au premier abord des plantes favorables à leur santé, et auxquelles on les habitue à la longue, au point même de les leur faire rechercher avec une sorte d’avidité, tandis
ques.—Làa,comme nous le verrons en traitant | qu’on les voit assez souvent manger sponta-
à part, dans une des sections de ce chapitre, des diverses espèces fourragères, le choix du cultivateur est peu limité, puisque presque toutes les plantes graininées, celles mème qui résistent le mieux à la sécheresse, aiment une fraicheur modérée, et, tandis que beaucoup ne peuvent s’en passer, il en est un certain nombre qui ne réussissent jamais mieux qu’à l’aide d'une humidité stagnante.
— De l’une à l’autre de ces limites, on peut cultiver, à peu près dans l’ordre de leur moindre besoin d’eau, les svraies vivaces et d'Italie, \a houque laineuse, le paturin des prés, le vulpin des prés, la fétuque élevée et celle des prés ; l’agrostis fiorin et\’agrostis d'Amerique, la fléole des prés, le phalaris roseau, et beaucoup d’autres d’un produit non moins avantageux, auxquelles il est facile d’adjoindre diverses légumineuses du genre des trefles, des gesses, des lotiers, des luzernes, etc.
Sur les fonds sablonneux, où les petits trèfles croissent à côlé de la /upuline, de la gesse chiche,du lotier corniculé,etc.,etc., se placent, au premier rang, le fromental, la flouve odorante, la fétuque ovine etla fétuque tracante, puis le dactyle pelotonne, le ray-grass, l'avoine Jaunâtre, le paturin des prés, la cretelle, le brome des prés, etc., etc.
Dans les sols plus arides, une partie de ces mêmes plantes viennent encore avec /a canche flexueuse, \a fétugue rougeätre, \a mélique ciliée, la brize tremblante, \’élyme des sables, Ja petite pimprenelle, etc., etc,
nément d’autres plantes nuisibles, soit à leur existence, soit à la qualité de leurs produits. — «Sans avoir fait d'essais sur cette matière, dit SPRENGEL, On ne peut Jamais parvenir à un résullat certain; l’analogie, dans ce cas; pe peut être un guide sûr, car Île trèfle des champs (trifolium arvense) n’est pas mangé par le bétail, malgré que les autres variétés de trèfle soient pour lui une bonne nourriture. Il en est de même de plusieurs autres familles ; celle des composées nous en offre un exemple singulier : le pissenlit (/eontodon), l'apargie (apargia), la petite marguerite (be/s), la thrincie (thrincia), l'épervière, (Aieracium), la crépide (crepis), elc., etc.,sont recherchées par le bétail, tandis que la matricaire (matricaria), la grande marguerite (chrysanthemum), V'avnique (arnica), la centaurée (centaurea),l'immortelle (graphalium), la tanaisie (tanacetum), la camomille (anthemis), elc., etc., ne sont broutées par les animaux que lorsque la faim les presse, Nous voyons figurer de même, dans les familles de plantes généralement désagréables aux bestiaux, des espèces qu'ils paraissent manger avec plaisir ; c'est ainsi qu’ils recherchent le liseron (convolvulus arvensis), quoiqu'ils repoussent les autres espèces de la famille des convolvulacées.
» On ne peut jamais conclure des effets que doit produire sur le bétail une plante quelconque, d’après ceux qu’elle produit sur les hommes, car l’on voit fréquemment des
plantes nuisibles à l'homme être mangées sans inconvénient par les animaux. On reinarque même, à l’égard des espèces de bestiaux entre elles, une grande différence : le gros bétail, par exemple, repousse les labiées et les personnées (excepté peut-être le mélampire des champs et celui des prairies ( 72elampirum arvense et ratense); ainsi, il ne touchera guère au thym, à la véronique, à la sauge, à la crête-de-coq (rhinanthus), etc., tandis que ces plantes sont pour les moutons une nourriture saine et agréable.— Le bétail à cornes mange avec plaisir tous les végétaux de la famille des cruciferes, comme les choux, les raves ; les chevaux, au contraire, ne s’en nourrissent qu'avec répugnance ; ils recherchent par contre, de même que les moutons, les plantes qui appartiennent à la famille des équisitacées ; ils s’en nourrissent sans préjudice pour leur santé, tandis que ces mêmes plantes déterminent, chez le bétail à cornes, lorsque la faim l’a forcé à en manger, des dyssenteries et enfin la mort.
Les plantes de Ia famille des Aypéricinées, très-nuisibles aux moutons, sont consommées sans inconvénient par les chevaux. Une espèce de cette famille, le millepertuis crépu (Aypericum crispum), contient un poison tellement énergique pour les moutons, que le seul contact avec la rosée qui, le matin, se trouve sur les feuilles, leur est très-dangereux. — On trouve ensuite des familles enlières de plantes dont les feuilles et les tiges sont rejetées par toutes sorites d'animaux ; telles sont, entre autres, les so/anées(1); et enfin on en voit d’autres dont toutes les espèces, à l’exception de quelques-unes, sont mangées par les chevaux et le gros bétail, de même que par les moutons et les cochons :
telles sont les graminées. Cependant, parmi les différentes espèces de graminées, on en remarque plusieurs qui paraissent plus propres à tel genre d'animaux qu’à tel autre.
» Si l'on veut connaitre les plantes que les animaux recherchent le plus,il faut observer ceux-ci iorsqu'ils se trouvent au pâturage ; là ils s’abandonnent à leur instinct, et, lorsqu'ils ont assez à manger, ils ne touchent point aux plantes qui leur sont préjudiciables. Cependant on remarque avec étonnement qu'ils mangent des plantes reconnues comme véuéneuses, ‘et Cela sans danger:
mais, en observant de plus près, on voit qu'il se trouve dans le pâturage des plantes dont les propriétés neutralisent les effets des premières. En cherchant à connaitre les végétaux dangereux et utiles qui se trouvent dans un pâturage, il faut considérer le nombre d'espèces qu’il contient : plus il yen a, mieux on peut distinguer celles qni conviennent aux animaux, tandis que, dans le cas contraire, on peut facilement se tromper. »
$ III. — Du choix des plantes fourragères eu égard à leur précocité.
La précocité des herbages, pour les animaux qui ontélé nourris pendant tout l’hi-
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES
ver au foin et aux racines, est une qualité précieuse, qui peut tenir à la nature du terrain, comme au choix des espèces végétales.
Dans les terrains argileux, humides et froids, le développement fourrager des plantes est souvent plus tardif de 15 jours que sur des sables facilement échauffés par les premiers rayons du soleil de printemps, et d’un autre côté entre certaines piantes, telles, par exemple, que le péturin des bois et la Jétuque élevée, il n’est pas rare de remarquer, sur le même sol, une différence au moins aussi grande. —On comprend, sans qu’il soit besoin d’entrer à cet égard dans dés détails circonstanciés, que le meilleur moyen de remédier à la disposition tardive d’une localité ou d’une espèce, c’est de couvrir l’une d'herbes naturellement précoces,et de placer l'autre en des l‘eux perinéables à la chaleur. Toutefois un pareil arrangement, très-facile et irès-commode pour un certain nombre de graminées, ne l’est pas, à beaucoup près, pour toutes : il en est qui ne pourraient végéter hors des lieux auxquels elles furent destinées par la nature.
La précocité, en elle-même, n’a pas le seul avantage de hâter ie moment où l’on peut mettre les animaux au vert ou celui de la fauchaison ; nous verrons, lorsqu'il sera parlé spécialement du vulpin des prés, du dactyle, des vraies, etc.,etc., que la richesse du pâturage ou le nombre des coupes que l’on peut effectuer dans le courant de la belle saison, dépend, en grande partie, de la rapidité de végétation des herbes qui composent les pâturages et les prairies.—Ïl existe toutefois, entre ces deux sortes d’herbages,des différences qu’il importe de signalerici.— L’époque de la plus forte végétation des plantes réunies naturellement dans un mêwe lieu est rarement le même:le vu/pin des prés, la flouve odorante, le dactyle pelotonné, V'ivraie vivace, le poa des prés, V'avoine des prés, elc., devancent les autres dans leur croissance printanière, et fournissent un abondant fanage pendant la première partie de l'été; — dans le cours de cette saison, ce sont : l’&æoire Jaunätre, la crételle, la fétuque des prés, divers päturins, la houque laineuse, le trèfle des prés, le tréfle rampant, la gesse des prés, etc. etc.; — enfin, pendant l'automne, la fétuque élevée, l'agrostis stolonifere, le chiendent, la millefeuille, eic., etc. Un tel mélange et de telles dispositions présentent, entre autres avantages (voy. le paragraphe7), celui de régulariser, pour ainsi dire, la production du fourrage sur les pâturages, pendant presque toute l’année; dans les prairies, au contraire, si l’on n’a eu la précaution de réunir des espèces d’une végétation à peu près uniforme quant à son développement et à sa durée, 11 arrivera,ou qu'on récoltera des herbes précoces lorsqu'elles auront perdu la plus grande partie de leürs sucs nutritifs, par suite de la dessiccation sur pied; ou que les herbes tardives seront loin encore d’être arrivées au point de maturité qui constitue les bons foins. Aussi, en pareil cas, surtout lorsque les
(1) On sait que dans beaucoup de lieux les fanes de pommes-de-terre avant leur entière dessiccation sont utilisées pour la nourriture des vaches et des bœufs, qui ne les mangent à la vérité que faute de
mieux, mais enfin qui les mangent sans en être incommodés.
cHaP. 16°.
prairies ne doivent occuper la place qu'on leur destine que pendant un nombre limité d'années, préfère-t-on assez souvent des semis homogènes.
£ 1Y.— Du choix des plantes fourragères eu égard à l'abondance de leur produit.
L'abondance des produits qu’os doit attendre d’une herbe quelconque considérée isolément, dépend soit de l'élévation et du volume où de la multiplicité de ses tiges et de ses feuilles ; — soit de La rusticité plus grande qui lui permet de croître dans des terrains de moindre qualité et de résister aux intempéries des saisons; — soil, enfin, de la faculté qu’elle possède de continuer de végéter plus iong-temps et de mieux repousser sous la fauix ou la dent des animaux.
En général les plantes qui s'élèvent et grossissent beaucoup, telles que les pans, le sorgho, l’alpiste, etc., etc., ne soni propres qu’à être mangées en vert parce qu'elles durcissent en se desséchant de manière à rebuter les animaux; — d’autres, comme le fromental, la fétuque élevée, les bromes, etc., doivent au moins être fauchées de fort bonne heure. Mais il en est aussi, et de ce nombre on pourrait citer la #éole des prés, ou thimothy des Anglais et l’ivrate d'Italie, dont l'élévation des fanes ne diminue en rien la qualité du foin.
Assez souvent des herbes dont les tiges s'élèvent beaucoup tallent et gazonnent fort peu; celles-là peuvent faire quelquefois partie des prairies, mélangées à d’autres espèces, mais elles sont peu propres à entrer dans la formalion des pâturages. (andis que d’autres herbes moins élevées et j//us gazonneuses conviennent beaucoup mieux à ceite dernière destination. — Dans les herbages fauchables, elles deviendraient inutiles, parce qu'elles échappent en grande partie à la faulx, et nuisibles, parce qu'elles occupent la place de meilleurs produits, tandis que sur les pacages celles même qui ne sont qu'effleurées par la dent des chevaux ou des bétes bovines sont atteintes rez-terre par les moutons,auxquels elles procurent une bonne nourriture.
La rusticité me consiste pas seulement, pour chaque espèce, à résister aux vicissitudes dessaisons,a supporter accidentellement une humidité surabondante dans le sol et une sécheresse prolongée dans l’atmosphère; à pousser avec assez de vigueur pour pe rien craindre du voisinage d’autres plantes plus voraces et moins utiles, mais encore, pour les plantes étrangères, à résister sans dommage aux froids de nos climats et à mürir leurs graines avant l'atteinte des gelées. — Parmi nos graminées les plus rustiques il faut citer l’agrostis fiorin, le brome des prés, le dactyle pelotonné, la fétuque ovine, etc., etc.
Quant à la faculté de pousser de nouvelles feuilles et même de nouvelles tiges florales après l’époque de la fauchaison ou le passage des animaux, elle est loin d’appartenir également à toutes les espèces : le {orin la possède à un haut degré; sa végétation est presque continuelle, et ses tiges conservent
DES PATURAGES
long-temps leur fraicheur en hiver; Le dactyle pelotonné, qui se maintient mieux que beaucoup d’autres graminées des prés sur les terrains secs et médiocres, y repousse aussi avec une facilité et une rapidité remarquable; Le raÿ-grass talle et se fortifie d'autant plus qu'il est plus brouté et piétiné, le vulpin des prés peut épier jusqu’à deux fois dans la même année, etc. Au point où nous en sommes, il serait, Je crois, inutile de mulliplier de semblables exemples ; il nous suffira de remarquer que la propriété qui nous occupe en cet instant est une des plus importantes par rapport aux herbes fourragères, qui composent les prairies à regain, et surtout les pâturages ouverts pendarit la plus grande partie de l’année aux animaux.
$ V. — Du choix des plantes fourragères eu égard à la durée de leur existence.
C’est une loi fort ordinaire de la nature, que plus la durée d'un végétal est longue, moins son premier développement est rapide.— Une plante annuelle, semée au printemps, parcourt dans la même année toutes les périodes de sa courte existence, tandis qu'une plante bisannuelle ou vivace s’empare pourainsi dire seulement du terrain,et ne pousse ses liges florales que la seconde année. Il est même beaucoup de plantes vivaces qui n'arrivent qu'après 3, 4 et 5 ans à leur plus fort développement. Ainsi on doit attendre le maximum des produits d’un trefle dès la seconde année ; mais on ne peut compter sur celui d'un saënfoin que la 3° à la 4°, et malgré la position en quelque sorte exceptionnelle où se trouve à cet égard la luzerne, dont chacun connaît la rapidité de croissance, toujours est-il qu’elle augmente annuellement en produits, Jusqu'à ce que ses puissantes racinesse soient suffisamment emparées du soi Ilen est de mêmedes graminées vivaces ; quoique la plupart végètent vigoureusement dès la seconde année, beaucoup pe parviennent à toute leur force que plus tard.
Les fourrages annuels, à quelques familles qu'ils appartiennent, peuvent avoir une très-granude utilité dans la culture alterne. Nous les avons déjà vus, en traitant des assolemens, et nous les verrons bientôl en parlant de chaque plante des prairies et notamment des légumineuses en particulier, jouer un rôle important pour remplacer la Jachère morte et préparer le sol à d’autres cultures. — Il n’est pas rare non plus qu’on les utilise momentanément dans la formation des prairies artificielles de longue durée et des pâturages permanens, pour obvier à la lente croissance des plantes qui les composent, et obtenir, dès la première année, une récolte de fourrage. C’est ainsi que l’on peut dans certains cas semer la luzerne de bonne heure en automne avec de l’escourgeon ou du seigle ; — mêler dans les terrains calcaires le brome doux et celui des seigles au sainfoin ; — ailleurs l’orge des prés à des herbes dont le produit doit se faire attendre deux ans, etc., elc.— En pareil cas, ies plantes annuelles, pour peu qu’elles ne soient pas semées trop épais, protégent au prin-
temps la première croissance des végétaux d’une plus longue durée, et lorsqu'elles commenceraient à les gêner dans leur développement, elles tombent sous la faulx sans avoir eu le temps de répandre leurs graines.
Ajoutons que, tandis qu’elles procurent par leurs fanes une utile récolte, elles laissent encore dans le sol quelques débris qui devront, en se décomposant, tourner au profit de la végétalion des années suivantes.
Quand on veut établir un herbage temporaire, avant de choisir les végétaux qu’on pourra faire entrer dans sa composition, il faut être d’abord à peu près fixé sur la durée qu'il devra avoir. Il seraité galement fâcheux, en effet, de cultiver des plantes qui ne donneraient pas encore le maximum de leurs produits lorsqu'il faudrait les détruire, ou qui dépériraient avant l’époque fixée pour le retour des cultures économiques ; — de remplacer, par exemple, dans l’assolement quadriennal le trefle par le sainfoin ou la Luzerne, et, dans un assolement qui comporte un herbage de 5 à 6 ans de durée, le sa/nfoin par le trefle ; l'agrostis d'Amérique ou la fétuque élevée par l’ivraie d'Italie, ete., etc. — Il y a donc place dans la bonne culture pour les herbes fourragères de quelques années d'existence seulement, comme nous venons de voir qu’il y en avait parfois pour les herbes annuelles; en pratique, leur importance est même très-graude. — Le tréfle, quoique vivace, est trailé presque partout, avec grande raison, comme s’il n’était que bisannuel ou tout au plus trisannuel, parce que, dès la 3° année il est rare qu’il ne se dégarnisse pas. Mais aussi, dès l’année qui suit le semis, on sait combien il est fourrageux. — Ce seul exemple suffit.
Lorsqu'il s’agit plus spécialement des pâturages permanens, la longue durée des plantes qui les composent est une condition première de succès. Cette durée peut s’obtenir, soit en faisant choix d'espèces naturellement très-vivaces, comme la /étuque élevée, l’agrostis d’Amérique,\ethymotkhy, etc. ou d’espèces qui se régénèrent facilement par suite de la disposition de leurs racines à tracer ou de leurs tiges à pousser de nouvelles racines de chacun de leurs nœuds inférieurs, telles que les /étuques tracante el flottante, le fforin, elc., etc., soit-en mélangeant plusieurs espèces différentes, ce qui présente, lorsque le choix est fait avec discernement, d'assez nombreux avantages, car non seulement la disposition différente des tiges et des ‘acines, l'élévation et la profondeur plus ou moius grandes auxquelles parviennent les premières ou pénètrent les secondes, font que le terrain peut nourrir un plus grand nombre de plantes et se trouve mieux garni à sa surface, de sorte queles produits sont plus considérables, mais encore que la somme totale de ces produits est moins dépendante de la varialion des saisons, et qu'enfin l’herbage est infiniment plus durable,attendu qu'ils’établit entre tous les végétaux une sorte de rotation telle que ce sont toujours ceux qui se trouvent dans les circonstances, pour eux les plus favorables, qui dominent alternativement les autres.
ELVA NES.
$ VI. — Du choix des plantes fourragères eu égard à leurs qualités putritives.
Quoiqu'il y ait parmi les chimistes quelque divergence d'opinion sur les propriétés plus où moins nutrilives de telles et telles substances qui entrent dans la composition des végétaux, telles, parexemple, que le principe amer que SPRENGEL considère, à cause de l’azote qu'il contient, comme l’un des plus nourrissans, après l’albumine, et que Davy croit, au contraire, devoir être rejeté, dans les excrémens, avec la fibre ligneuse ; — sur l'importance plus où moins grande, dans l’acte de la nutrition, de divers sels, notamment de l’hydrochlorate de soude ou sel marin, et du phosphate de chaux, qui abonde dans les os des animaux;—enfin, sur celle des acides, tels que les acides hydrochloriques, phosphoriques, etc., et des nombreux corps simples qu'on retrouve en petites quantités dans les cendres végétales, comme la soude, la potasse, la chaux, la magnésie, la silice, le fer et la mangauèse. — Il est un point sur lequel on est généralement d’accord, c’est que, plus les plantes possédent de substances solubles, plus elles sont nutritives.
« Si l’on veut connaitre avec exactitude, dit SPRENGEL, la valeur d’une plante comme fourrage, il faut, dans les analyses, considérer, avant toute chose, la quantité en poids de l’eau et de la fibre végétale en raison de celle des autres substances qui s’y trouvent, puis la quantité des parties incombustibles nutrilives, commele sel marin, le phosphate de chaux, etc., et enfin, celle des parties incombustibles qui ne servent pas, ou presque pas, à la nutrition, comme la silice, l’alumine, etc. — Ilest important de connaître la quantité d’eau et de fibre végétale, parce qu'une trop grande proportion de l’une peut occasioner la pourriture aux moulons, et que l’autre résiste en grande parlie à la digestion. — Il faut que les plantes destinées au päturage des moutons soient riches en se] commun, en principe amer, en arome, en phosphate de chaux et en substances coutenant de l'azote; — les premières de ces substances conservent l’énergie des organes digestifs, les autres contribuent beaucoup à la production de la laine, de la viande, etc.
» Les plantes qu’on destine au gros bétail, et surtout aux vaches laitières, peuvent contenir une plus grande quantité d’eau que pour les moutons, puisque l’eau contribue à la formation du lait. Outre cela, il faut qu’elles contiennent les matières que nous trouvons dans le lait, c’est-à-dire la soude, le chlore, le soufre, le phosphore, la potasse, le carbone et l’azote. On voit ordinairement les vaches donner une plus grande abondance de lait après avoir mangé des plantes contenant un suc laiteux el amer, Mais non âcre, comme plusieurs espèces de plantes de la famille des composées, par exemple, le pissentlit, l’Aypochæris, le laitron. Plus ce suc Jaiteux est riche en substance saccharine, en albumine, en gluten, en gomme, en mucilage, en phosphate de chaux, en sel marin et en hydrochlorate de patasse, plus il convient à la production du lait. Les plantes
cHAP, 18°.
dont le suc Jaiteux est âcre, comme l’euplorbe, sont dangereuses. »
Il ne faut pas croire que la substance s0luble soit identique dans toutes les plantes, et que la proportion de ses parties conslituantes ne varie pas, dans le même végétal, eu égard à diverses circonstances, paruii lesquelles on doit placer en première ligne l’é- -poque plus ou moins avancée de la végélalion. Ainsi, l’albumine abonde dans certaines herbes, parmi lesquelles je citerai le pied d'oiseau (ornithopus perpusillus) etle pissenlit (Zeontodon taraxacum) ; — dans d’autres, comme les graminées, c’est le mucilage ; — dans plusieurs, telles que le boucage saxifrage ( pimpinella saxifraga ), la lupuline (medicago lupulina), ce sont la gomme et le mucilage; — dans quelques-unes, par exemple l’élyme des sables (elymus arenarius), la malière sucrée domine, etc., etc. Ainsi encore, d’après les nombreuses expériences qui ont été failes sur les graminées, sous les auspices du duc pE BEDFORT, par les soins de G. Sixczair el de Davy, on voitque la matière saccharine est plus considérable au commencement de la floraison, et le mucilage pendant la maturation des graines, tandis que les principes amers et les ingrédiens salins abondent dans les récoltes de regain.
De sorte qu’en théorie, avant de faire choix d’une plante fourragère, il faudrait non seulement counaitre sa composition chimique, mais savoir encore si, par suite de sa disposition physique, elle se prêtera à être consommée au moment où elle contient le plus de parties favorables à la nutrition, ce qui ne peut avoir lieu que pour un certain nombre de végétaux, attendu qu'il en est beaucoup dont le foin cesse alors d’être mangeable, soit parce que la fibre ligneuse devient trop roide, soit parce que les enveloppes florales et les arêtes qui les accompagnent prennent assez de consistance pour géner plus ou moins les bestiaux pendant la mastication.
Il est certain que les plantes vertes, déduction faite de la quantité d’eau de végétation qu'elles renferment, quantité telle qu'elle peut quelquefois occasioner de graves désordres dans la santé des animaux, contiennent, à poids égal, 10ins de parlies nutritives que les plantes arrivées au moment de la floraison, et celles-ci généralement moins que les planles déjà plus avancées dans la maturation. Ici les découvertes de la science sont parfaitement d'accord avec les don-
DES PATURAGES
nées de la pratique, et cette coïncidence est d'une haute importance pour la formation des prairies, comme on le verra ailleurs. Dans les pâturages, toutes les plantes élant consommées en vert, il w’y a plus lieu de s'occuper de cette circonstance, mais il reste toujours à étudier comparativement les qualités nutritives des diverses espèces.
Cette étude, ainsi que je l'ai déjà dit, a été faite avec soin pour les graminées, en Angleterre, dans le jardin du duc de Bedfort; — elle l’a été aussi pour un grand nombre de plantes de familles différentes, en Allemagne, par SPRENGEL. — Je crois utile de reproduire ici, en les présentant sous une forme un peu différente, une partie, non pas des analyses, mais seulement des résultats des analyses qui ont été faites dans ces deux pays, sans leur donner toutefois plus d’importance qu’elles n’en doivent raisonnablement avoir dans l’état actuel de nos connaissances chimiques (1).
Parmi les diverses graminées herbagères qu'on rencontre le plus habituellement dans les prés et les pâturages naturels et artificils, celles qui paraissent, à l’état de dessiccation ou de foin, contenir à poids égal le plus de parties nutritives, sont divers pdturins, entre autres celui des bois où à feuilles étroites, et le poacomprimé,dont on fait peutêtre trop peu de cas en France; le péturin commun Contient moins de parties solubles, et il en est de même de celui &es prés, surtout lorsqu'on le laisse sur pied jusqu'à la floraison. — A côté des pâturins et sur la mème ligne, se trouve /a fléole des prés, lorsqu'on la fauche déjà en graines ; — l'élÿme des sables, trop ignoré comme fourrage vert; — la fétuque élevée, de toutes la plus riche en parties nutritives ; puis celle des prés, a houque odorante, la houque molle et la houque laineuse ; la cretelle et quelques brômes, tels que le stérile, le brôme sans arétes et la {louve odorante, fauchés, les deux premiers, lors de l'épanouissement de leurs premières fleurs, la 3° à l’époque de la fructification; viennent ensuite : le péturin élevé, le dactyle pelotonné, es fétuques durette et glauque, la brize, l'avoine jaunüätre, l'orge des prés, l'agrostis stolonifére, etc. — En 5° ligne se trouvent l’swrate vivace, le péturin commun, l’avoine des prés; quelques aira, le chiendent, le brôme élevé, l’agrostis des chiens, ele. — Enfin, d’après les mêmes auteurs, le fromental el l'avoine pubescente,\a canche flexueuse, la fétuque flottante et Va mélique bleue, se-
(1) Voici comment ont opéré les deux chimistes anglais et allemand : — DAvYy, après avoir soumis
à l’action de l’eau bouillante seulement les herbes, soit vertes, soit sèches, jusqu'à ce que toutes les parties solubles fussent enlevées, fit ensuite filtrer la liqueur pour en séparer la fibre ligneuse et l'évaporer ensuite à siccité ; le résidu solide de cette évaporation lui paraissant renfermer d’une manière suffisamment exacte la masse de }a matière nutritive qu’il désirait connaître. — SPRENGEL, afin d’arriver à plus de précision, a cherché combien de substance on pouvait extraire des plantes préalablement desséchées et pulvérisées, en les traitant au moyen de l’eau, de alcool et d’une lessive alcaline caustique.—D’après le premier procédé, il est probable que toutes les parties rendues ordinairement solubles par suite de la mastication et de la digestion ne furent point enlevées par l’eau; — d’après le second, on doit penser que le contraire eut lieu, c’est-à-dire qu'il y cut plus de matières dissoutes à l’aide des procédés artificiels employés par lexpérimentateur qu'il n'y en à naturellement dans l’estomac des animaux; mais, comme les analyses furent faites de la même manière pour chaque série de végétaux, on peut croire, sinon à leur précision rigoureuse, au moins à leurs résultats comparatifs, les seuls que j'aie eu l’intention de présenter ici. J’ajouterai toutefois que, pour arriver à cet égard à des données suffisamment exactes, il faudrait connaître mieux qu’on ne le fait la nature des réactions chimiques qui ont lieu dans les divers organes de chaque espèces d’herbivores et notamment des ruminans, O. L. T.
raient, à toutes les époques de leur végétation, les moins riches en substance soluble.
SPRENGEL, de son côté, en analysant comparativement les diverses pailles qu’on emploie le plus fréquemment en agriculture, pour affourrager les animaux à l’étable, est arrivé à les classer de la manière suivante, dans l’ordre décroissant de leurs propriétés putritives : 1° celle de réllet; 2° celle de maïs; 3° celle de lentilles; 4 celle de vesces;5° celle de pois ; 6° celle de féves ; 7° celle de co/za ; &° celle d'orge; 9° celle de sergle ; 10° celle de froment; 11° celle d'avoine ; 12° celle de sarrasin. Je ferai remarquer que le célèbre chimiste ne paraîl pas avoir tenu compte des diverses variétés de chacune de ces espèces, ce qui, pour plusieurs, eût été cependant d'autant plus utile qu’il est probable qu’il aurait trouvé des différences peut-être aussi grandes et même plus grandes entre certaines variétés ou races de la même espèce qu'entre des espèces du même genre. Ceci s'applique surtout à nos céréales les plus cultivées.
Quant aux végétaux suivans, la plupart d’entre eux n’ont point encore été soumis à la culture en grand, quoique plusieurs semblent pouvoir entrer avec avantage dans la formalion des herbages artificiels. Je reviendrai ailleurs sur le compte de quelques-uns, me bornant ici, pour ne pas sortir de la spécialité de ce paragraphe,a en présenter la liste. — Le premier de tous est le genét des teinturters, qui contient à l’état vert Jusqu'à 35 ? pour cent de parties nutritives; — le 2°, chose remarquable, est un 7onc, celui de Bothnie, dans lequel on en retrouve 28. Viennent ensuite le petit boucage, le grand boucage, qui contiennent : le 1°°, 26, le 2: 24 p. 100 de parties nutritives ; la pimprerelle, 24; le genét velu, id.; la gesse des prés, 23 3/4; le lotier corniculé, 19 1/2; le plantain lancéolé, 18; a petite marguerite, 17 1/4; la Zupuline, 16; l'ornithopus pied-d'’otiseau, 15 2/13; l’éperviére. 14 1/3; le lotier uligineux, 13 1/2; le péssentit, 12 1/3; l’héraclée blanc-ursine, 10; enfin, l’achillée mille-feuilles, 9. —A l’état sec, ou de foin, ces plantes, à poids égal, contiennent, comme on le peut bien penser, infiniment plus de substances solubles. Je me bornerai à citer deux des exemples les plus frappans : le pissenlit, qui n’en renferme en vert que 12 1/3, en contient à l’état de foin 82, el la petite marguerite jusqu’à 86 1/3, c’est-à-dire plus du quart en sus de la paille la plus nutritive, celle du millet, qui n’en abandonne que 61 1/2. Du reste, tous ces végétaux en foin, excepté, peut-être, la lupuline, qui se trouve sur la même ligne que le millet, sont beaucoup plus nourrissans qu'aucune des pailles dont il a été parlé.
Ces travaux, et tous ceux auxquels les chimistes pourront se livrer par la suite, dans le même but, présenteront d'autant plus d'intérêt qu’en regard des qualités nutritives des végétaux herbagers, ils auront examiné comparativement les diverses conditions qui ont fait le sujet des paragraphes précédens ; car les plantes les plus riches en parties solubles peuvent n'être ni les plus fourrageuses, ni les plus précoces, ni les plus durables, etc., etc.
Quand on voit ce qui se passe journellement dans la nature, on ne peut nier que la variélé de nourriture ne soit, pour les aDimaux, un élément de santé. Les plantes qu'ils appètent le moins, celles qu'ils rejettent toutes les fois qu'ils peuvent faire un meilleur choix, et dont l'usage exclusif et continu leur deviendrait inévitablement
nuisible, sont au contraire mangées sans
danger, recherchées même, lorsqu'elles sont mêlées à d’autres plantes. Il ya mieux:dans un champ où domine une seule espèce, quelle que soit sa qualité, on a vu les auiaux la. délaisser accidentellement pour brouter avidement quelques touffes des herbes qui les tentent ordinairement le moins.
— Voici, entre bien d’autres, un fuit qui le prouve d’une manière frappante : Deux pièces de terre semées, l'une en trèfle blauc (white clover), Yautre en trefle mélé à diverses graminées, furent destinées par G. Six- CLAIR à servir de pâlurage aux moutons. Le long des haies de clôture qui entouraient la première, poussait une assez grande quantité de dactyle pelotonné ({cock’s foot grasse à tiges coriaces et Lrès-peu fourragenses, per suite de la qualité du sol Cependant, apre, quelques jours, le troupeau rechercha cette plante et n’en laissa pas vestiges. Puis il revint au trèfle et s’en nourrit exclusivement jusqu'à ce que l'état de maladie dans lequel il se trouvait, et qui causa la perle de plusieursindividus, forçàt d'arrêter l'expérience. -- Dans la pièce voisine, au contraire, sur laquelle se trouvait un mélange de dactyle pelotonné, de pâturin commun (rough stal- 4edmeadow grass), d'ivraie vivace(rye grass), de vulpin (fox tail grass) et de irefle blanc, les moutons n’éprouvèrent aucun malaise, et ne touch£érent pas aux tiges du dactyte, quoiqu’elles fussent cependant plus tendres el plus succulentes que celles que leurs voisins avaient recherchées avec tant d’empressement.
Justement convaincu qu'on devrait toujours contrôler les résultats des analyses chimiques par des expériences faites sur les animaux eux-mêmes, et que ce n'est réellement qu'en faisant marcher de front ces deux moyens de recherche qu'on parviendra à apprécier les propriétés alimentaires de chacun des principes immédiats des végétaux, et que l'on pourra arriver au point où la seuleanalyse d’une plante nous fournira des conneissances suffisautes sur ses propriétésnutritives, M.MaTmiEu pe DomMBasLea fait en 1831 unesérie d’essais qu'il n’a pu malheureusement étendre jusqu'aux espèces végétales quinousoccupent ie plus spécialementicr, mais qui présentent trop d'intérêt, et qui se rattachent de trop près au titre de ce paragraphe, pour que je ne fasse pas connaitre au lecteur au moins leurs résullats, le renvoyant pour les détails à la 7° livraison des Annales de Roville.
L'expérience, dit M. de Dombasle, a éte faite sur 49 moutons divisés en 7 lots, .de 7 animaux chacun. Une élable fut destinée exclusivement à cel usage, el l’on y pratiqua 7 loges munies de crèches el de râteliers,et où les animaux ont élé tenus constamment pendant tout le temps de l'expérience. Uc
RE nt
ol
crrar, 18°,
local particulier était disposé dans l’étahle même pour y préparer les rations, et une balance y servait à peser les animaux et les fourrages. — Ces moutons ayant été pesés individuellement à jeun, le 17 décembre, le poids total se portait à 3,053 livres ou demikilogrammes, ce qui donnait un poids moyen de 62 livres 30 par individu. Comme il était fort important d’égaliser les lots sous le rapport du poids des animaux, on a assorti ceux-ci de manière que chaque lot pesàt 436 livres, excepté un qui se trouva excéder ce poids d’une livre. Le même jour, on placça les animaux dans leurs cases respectives, el, le lendemain 18. on commença l'expérience, qui fut continuée pendant 5 semaines.
De premiers essais, faits exclusivement avec de la luzerne, ayant amené abord ce résultat,, que 15 livres de cette plante sèche, par jour, pour chaque lot, ou 2 liv. 1/7 par tête, pouvaient être considérées comme s'approchant très-près du poini d’équilibre, qu’on peut appeler la ration d’entretien, on lrouva successivement ensuite que, pour former la demi-ration, ou représenier la valeur nutritive de 7 livres + de luzerne sèche, il fallait, ou 3 livres : d'orge appartenant à la variété d'hiver, dite sucrion, et pesant 132 livres par hectol., — ou 14 1.
de pommes-de-terre crues, lesquelles sont susceptibles d'acquérir par la cuisson une augmentation de propriété nutritive d’envi ron deux treizièmes ; — ou environ 16livres 1 de belteraves de la variété blanche de Silésie. de moyenne grosseur, cullivées en terrains médiocrement fertiles : ces observations sont nécessaires, car on pourrait rencontrer des betteraves de l'espèce dite racines de disette, cultivées en soltrès-riche, qui présenteraient des propriétés nutrilives beaucoup inférieures à celles-ci; — ou enfin 23 livres de carottes.
Il est fort regrettable que des expériences analogues n’aient pas été faites par les Allemands et les Anglais, comme complément des analyses intéressantes de Davy, d’'Eix- HOF et de SPRENGEL.
$ VII. — Du choix des plantes eu égard à l'emploi qu'on en peut faire isolément ou simultanément dans la formation des herbages.
Lorsque l’on veut créer des pâturages permanens, il est hors de doute qu’il faut les composer de plusieurs espèces, car, s'ils étaient homogènes à leur origine, ils cesseraient bientôt de l'être par suite de Vaffaiblissement progressif de l’espèce primitive, et l’envahissement d'herbes nouvelles. D’ailleurs, le mélange en pareil cas ne peut avoir que des avantages, quand il a été bien combiné. Les plus importans sont, à côté de celui d'offrir aux animaux de toutes sortes une nourriture plus saine, plus agréable et mieux appropriée à la nature des produits qu'on en attend, — l'abondance à peu près égale de cette même nourrilure pendant toutes les parlies de l’année, — etla durée de l’herbage dans un état tel que les mauvaises herbes ne trouvent aucuue place pour se montrer.
Je regarde la première proposition comme
suffisamment établie par le contenu du paragraphe précédent. La seconde, que J'ai aussi abordée déjà, en parlant de la précocité plus ou moins grande des espèces, est démontrée journellement par l'expérience. Il est en effet facile de se convaincre que, sur tous les pâturages. non seulement les graminées diverses se succèdent dans le développement de leur végétation, mais que, dans les localités moins favorisées que d’autres par l'humidité, toutes les plantes à racines fibreuses et peu profondes cessent pour ainsi dire entièrement de se développer durant les fortes chaleurs, tandisqueles plantes à racines fortes et pivotantes, comme celles de plusieurs trèfles, de la luzerne, du sainfoin, du lotier, de la mille-feuille, de la pimprenelle, de la jacée des prés, etc., etc.;trouvent encore assez de fraicheur dans le sol pour continuer de fouruir au pâturage des animaux, jusqu’à ce que des pluies d'orage assez abondantes, ou celles d'automne, aient ravivé la masse gazonneuse.
Quart à la troisième proposition, il est vrai qu'un très-petit nombre d’espèces herbagères, parmi lesquelles on doit citer en première ligne la luzerne et parfois le sainfoin, par la vigueur soutenue de leur végétation, peuvent assez longtemps éloigner toute concurrence dans les terrains qui leur conviennent ; mais à la longue, cependant, elles sont envahies par d’autres herbes qui commencent à se montrer dès qu’elles faiblissent sur quelques points; ce qui leur arrive après un nombre d'années plus ou moins long, arrive à la plupart beaucoup plus tôt; il est donc évident que toujours la nature tend à établir dans les herbages ce qu’on a nommé un assolement simullané. Or. on comprendra qu’en pareil cas il vaut bien mieux choisir tout d'abord, d’après leur mérite, les espèces qui composeront cet assolement, que de s’en rapporter au hasard pour l’avenir ; je parle toujours des herbages permanens.
Si les pâturages ne doivent durer qu’un petit nombre d'années, l'inconvénient du semis d’une seule espèce est moins grand sous ce dernier rapport. Mais, lors nrême que cette espèce réunirail d’ailleurs toutes les conditions voulues pour procurer une bonne nourriture aux animaux, resterait encore la crainte fondée, à bien peu d’exceptions près, den'obtenir des produits fourragers que pendant une partie de la saison. Aussi, est-ce une coutume fort générale, même dans ce cas, de méler diverses plantes, et d’adjoindre aux graminées quelques légumineuses, principalement le trèfle rouge ou blanc et la lupuline. La plupart des berbages qui ne doivent durer que 3 ou 4ans sont composés, soit d'ivraie vivace et de trèfle, soit de ces deux plantes, auxquelles on ajoute le dactyle pelutonné ou la houlque laineuse, soit de trèfle et de lupuline mêlés à 2 ou 3 graminées, soit enfin de tout autre mélange analogue.
Relativement aux prairies fauchables, la :
question doit être considérée sous d’autres points de vue. Depuis Rozier, plusieurs agronomes ont pensé avec lui que — « Deux espèces de graminées n’ayant strictement ni Ja même époque de floraison et de maturité,
468 AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES
ni une force de végélation égale, il arrive nécessairement, dans le premier et le second Cas, qu'une partie de l’herbe est müre, tandis que l’autre ne l’est pas, et, par conséquent, qu'il faudra retarder la fauchaison. Il résulte de ce mélange que ce qu’une espèce gagne en maturité, l’autre le perd par trop de maturité; dès-lors on n'aura que la moitié de la récolte prise à point. Quant à l'inégalité de force dans la végétation, c’est là que réside un abus aussi démontré que les deux premiers. Il est dans l’ordre naturel que le plus fort détruise le plus faible. Une plante a, par exemple, une force de végétation comme 18, tandis que celle de la plante voisine est comme 4; il s'ensuit que les graines de ces plantes, semées ensemble, végè- Leront à peu près également pendant la première année, parce qu’elles trouveront toules à étendre leurs racines; mais peu-à-peu la plus active devancera la plus faible, toutes deux en souffriront jusqu'à ce qu’enfin la plus vigoureuse triomphe.Il ne restera plus a cette époque que des plantes vigoureuses, égales en végétation, et dès-lors susceptibles de se tenir toutes en équilibre de vigueur. »
Le fait est généralement vrai. En conciura-t-on que tout mélange soit impossible ou peu fructueux dans les prairies? Non, certes ; mais seulement que ce mélange doit étre fait avec encore plus de soin, et dirigé d’après d'autres principes que pour les pàturages. Et d’abord, quant à l'époque de la maturité, 1lest rarement difficile de rencontrer des espèces qui se rapprochent assez sous ce rapport, pour n'avoir point à craindre de dommages notables dans la qualité du foin. Le moment de la floraison différat-il un peu, on trouverait encore des herbes qui se conserveraient vertes et succulentes assez long-temps pour attendre les autres, et l'on sait même que, tandis que les unes contiennent plus de parties nutritives lors de l’entier épanouissement des fleurs, d’autres sont plus riches en substance soluble à une époque déjà avancée de la maturation des graines.—Sous le second point de vue, puisque les prairies naturelles ne sont point homogènes, on doit aussi conclure qu'il est possible d'associer des plantes qui vivent et se maintiennent parfaitement ensemble.—Le tout est de les choisir à peu près également rustiques.
Cependant, lorsqu'ane herbe de bonne qualité réussit mieux que d’autres sur un terrain qu'elle ne doit occuper que temporairement, il ne faut nullement Pre tel ou tel semis homogène, mème de graminées, et à plus forte raison de légumineuses fauchables, telles, par exemple, que les luzernes, le sainfoin, les trèfles. La durée de ces espèces, leur mode de végétation, l’époque de leur floraison et les terrains qui leur contiennent n'étant pas les mêmes, il serail rarement profitable de les associer ensemble. À cet égara, la pratique a prononcé tout aussi bien que la tnéorie.
IV<susET.— De la formation des herbages et particulièrement des pâturages.
$ Er. —Manière de se procurer de la graine.
La difficulté d’oblenir les graines des es-
Liver.
peces qu'on désire propager en suffisante quautité pour faire immédiatement des semis tant soit peu en grand, est une des causes qui s'opposent le plus fréquemment à la création d'herbages permanens artificiels.
— Il y a cependant trois moyens de se procu-
rer ces graines : — 1° de les récolter à la main, sur pied; — 2° de les récolter dans les greniers où dans les rateliers; — 3° de les
acheter dans le commerce, ce qui est désormais possible, au moins pour les principales espèces.
Le premier moyen permet de faire un choix rigoureux des meilleures plantes qui croissent dans chaque localité, mais il est accompagné de plusieurs graves inconvéniens. D'abord la récolte est assez coûteuse en elle-même, à cause de la lenteur avec laquelle elle s’effectue, et par suite des dégâts qu’elle occasione dans les prairies, quelques précautions qu’on mette à les traverser à cette époque où toutes les tiges couchées par accident ne se relèveront plus; d’un autre côlé, toutes les graines sont loin d’être müres au momentde la fenaison, de sorte qu’une première année, il ne faudrait, pour ainsi dire, songer qu’à former une pépinière de porte-graines, dont les produits, récoltés en temps plus convenable les années suivantes, permettraient d'a- Jouter progressivement à l’étendue des nouveaux herbages. Si l'on calcule la dépense et la perte de temps, on trouvera dans bien des cas que ce moyen est plus cher que le troisième.
Cependant il ne faut pas se dissimuler que l'établissement d’un herbage ne soit rendu parfois beaucoup plus coûteux par la nécessité où l’on se trouve d'acheter toutes les graines. Aussi, pour se soustraire à cette obligation, a-t-on souventrecours au 2°moyen
ue J'aiindiqué. Avec lui on peut être ceriain d'obtenir des semences bien müres, parce que les autres ne se détachent pas du foin:
malheureusement, à côté des bonnes se trouvent les mauvaises qu'il n'est pas possible d'en séparer, et cette circonstance paraitra toujours des plus fâcheuses à tous ceux qui ont médité sur la composilion des pâturages naturels. À la vérité, il en est de si heureusement formés que l’objection perd, quand on les a en vue,une grande partie de sa force. Je seraile premier à conseiller de profiter sans hésitation de leur voisinage,toutes les fois qu'il y aura lieu. Mais j'ai assez fait voir, dans ce qui précède, que ce cas est trop rare; aussi le mentionnais-Je ici plutôt comme une exception que comme une règle d’une application habituelle. Quoi qu'il en soit, quand on croit pouvoir recourir à Ce moyen, voici comment on s'y prend, d’après Picrer, dans quelques cantons de la Suisse, pour se procurer la graine en plus grande abondance qu'on ne pourrait le faire par le simple balayage des greniers ou autres lieux où on dépose les foins avant de les donner aux animaux : « On élablit un grillage en bois en remplacement de
la paroi de planches qui, par son inclinaison, .
rapproche le fourrage de la base des rateliers placés verticalement, comme ils le sont dans la plupart des écuries et des élables de ce pays; la base de ces rateliers étant à 15 ou
[18 po. du mur où de la paroi de Ja grange,
car. 18°.
laisse des intervalles par lesquels les graines de prés s’échappent et tombent dans des boites, des tiroirs ou coffres placés sous la crèche, d’où on peut les tirer, lorsqu'on présume qu'ils sontàa peu près remplis de grai- DCS. »
L'agronome genevois, en recommandant celte pratique pour remédier à la cherté de la fenasse Gu graine de foin dans le canton qu’il habite, a du reste bien soin de prescrire, afin de l'obtenir sans mélange, de faire rigoureusement et préalablement arracher, à la pousse de l'herbe, les plantes qui, comme l’arrêtebœuf, le plantain à larges feuilles, etc., etc.
le saliraient inévitablement de leurs semences inutiles ou nuisibles.
Quant au 3° moyer, en le comparant au premier, chacun, selon la position dans laquelle il se trouve, sera à même d’opler pour l’un ou l’autre. Il suffira d'indiquer ici que les espèces fourragères, considérées comme les plus avantageuses en France, c’est-à-dire la plus grande partie de celles dont il sera question dans la suite de ce chapitre, sont cultivées pour graines dans les belles propriétés de M. Vizmorix, et qu'on peut se les procurer avec entière sécurité dans la maison de commerce qui porte son nom, à Paris.
En général, Les semences les moins vieilles, surtout parmi les graminées et quelques légumineuses, sont celles qui lèvent le plus promptement, le plus complètement, et qui donnent lieu à la végétation la plus vigoureuse. {1 faut donc tâächer de se les procurer de la dernière récolle. Si on lesachète, il faut veiller à ce qu’elles soientzettes, bien pleines, sans autre odeur que celle du bon foin, el surtout pesantes, ce qui est le meilleur indice de leur complète maturité et de leur bonne qualité. — Dans quelques espèces, la couleur est aussi un indice assez certain.
Ainsi les graines de trèfle et de luzerne sont d'abord d'un jaune doré; en vieillissant elles prennent une teinte rougeûtre. I! en est de méme de celles de la lupuline. Les semences de sainfoin passent du gris au noir, etc., elc. —- Du reste, il est toujours sage d’essayer en petit les graines que l’on n’a pas récoltées soi-même. Après en avoir laissé tremper une quantité ou un nombre déterminé dans l’eau à une douce Llempérature,afin d'obtenir plus promptement le résultat de l’expérience, on fera donc bien de les semer de manière à constater leur qualité.
Quoiqu'on ait proposé beaucoup de recettes, toutes merveilleuses, pour préserver les graines, dans la terre, du ravage des insectes, les disposer à une plus prompte et plus facile germination, et même pour ajouter, pendant toute la durée de la végétation, à la vigueur des plantes qui en proviendront, je ne sache pas qu'aucun de ces moyens, dont plusieurs sont plus nuisibles qu'’utiles, puisse étre recommandé, si ce n’est peut-être le chaulage pour celles des graminées dont on a reconnu Ja disposition à être atteintes de la carie et du charbon. La meilleure préparation de toutes les semences fourrageuses et autres, c'est l'humidité modérée et chaude qu'elles trouvent dans un sol perméable aux gaz atmosphériques; et le meilleur préservatif contre l’insuccès, c'est l'opportunité des semis.
DES PATURAGES
$ II. — Préparation du sol.
Quelques plantes fourragères peuvent à la vérité réussir dans les terrains marécageux ; mais, d’une part, les bestiaux et surtout les moutons s’accommodent fort mal de semblables localités, et, de l’autre, toutes les herbes qui font la base des meilleures prairiespâlurages redoutent par-dessus tout une humidité stagnante. Partout où cette humidité existe, le premier soin du cullivateur doit donc être de jui procurer ux écoulement suf- Jisant.(Voy. l'article Desséchement.) — Lorsqu'au contraire les terrains se trouvent dans le voisinage d’eaux courantes, on sait trop de quelle importance il est de pouroir les arroser pour qu’il soit besoin de recommander de Îles disposer de manière à favoriser le plus possible les irrigations. (Voy. le chap. Arrosenens.)
Il importe ensuite de les nettoyer le plus exactement possible des graines et des racines vivaces des mauvaises herbes, ce qu’on obtient à l’aide de labours plus ou moins nombreux, donnés pendantune jachèrecomplète, ou mieux une culture sarciée qui a le double avantage, tout en alteiguant aussi efficacement le même but, de payer par ses produits, d’abord la préparation du sol, et de plus une grande partie de l’engrais qu’on lui donne, et qui devra cependant profiter beaucoup encore au succès du pâturage. J'ai eu plusieurs fois l’occasion de remarquer qu'une terre, qui n'était pas par trop épuisée par lescultures antérieures, se trouvail ainsi préparée de la manière la plus complète et la plus profitable à recevoir des semences herbagères. — Dans le cas où l’on ne pourrait disposer que d’une faible quantité d’engrais déjà préparés, et où l’on jugerait plus utile de lui donner une autre destination, vx parcage serait fort avantageux. — Enfin, à défaut de ces deux moyens, une récolte enfoutre: produirait encore un très-bon effet. Je ne dois pas omettre d'ajouter ici que sur les terres froides, tourbeuses ou uligineuses, l’écobuage est la meilleure préparalion possible pour la création d’un herbage. — Nous verrons tout-à-l’heure qu'on sème aussi les pâturages comme les prairies artificielles sur les céréales, sans autre préparation qu’un hersage de printemps. Quand les terres sont propres et en bon état, ce moyen, par sa grande simplicité, est un des meilleurs.
La profondeur des labours ne peut jamais être trop grande dans un bon fonds. Ce qui a été dit ailleurs à ce sujet me dispensera d’en- Lrer dans de nouveaux détails. J’ajouterai cependant que, pour les fourrages à racines fortes et pivotantes, tels que la luzerne, le sainfoin, etc., il faut de toute nécessité une couche labourable plus épaisse que pour des graminées à racines minces et traçantes, el Je rappellerai, comme fait d’une importance toute spéciale dans le sujet qui nous occupe, que, tandis que les labours profonds conservent la fraicheur pendant l'été, et facilitent l'absorption des eaux surabondantes pendant l'hiver, les labours superficiels exposent les plantes à périr par suite des sécheresses de
470 AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES
la première de ces saisons et de l'humidité froide de la seconde.
On a recommandé avec raisun d'éviter de semer sur un labour trop récent, surtout s’il a rawené à la surface quelques fragmens du sous-sol, etlorsque la terre est encore creuse et soulevée, auquel cas on courrait le risque de perdre une partie des graines, principalement lorsqu'elles sont fines. —Lorsquele guéret n’est pas assez rassis, pour obvier à cet inconvénient on a recours tantôt au plombage à l'aide de rouleaux d’un poids proportionné à la légèreté du sol; — tantôt 4 {a Aerse renversée et chargée plus ou moins de pierres, ou conduile de manière que les dents, au lieu d’être inclinées en avant, le soient en arrière; — tantôt, enfin, au péétinement des animaux, ce qui donne, en pareil cas, au parcage un double but d'utilité.
En général, lorsqu'on est dans l'obligation de donner piusieurs labours, le premier seul doit être profond, les autres n'ayant d’autre but que d’ameublir et de niveler convenablement la couche supérieure du sol,et d’enterrer les engrais, si l'on a cru nécessaire de fumer directement pour le pâturage.—En Angleterre, on regarde comme d’uu très-srand avantage, indépendamment de La fumure enterrée, de répandre sur le guéret tout prêt à recevoir la semence un engrais Ou un Compost pulvérulent destiné à être recouvert en même temps que la semence par uu seul hersage. Celte pratique est excellente, surtout dans le cas où l’herbage succeue à d’autres cultures qui ont absorbé une grande partie de l'engrais. Dans j’ouest de ia France, Jens semer ainsi des prairies sur un mé-
ange de ierre végétale, de chaux ou de cendres lessivees et de fumier d’étable, le tout répandu à la volée à la surface du sol, en des proportions que je regrette de n’avoir pas notées, mais qui me parurent peu considérables. Les résultats furent admirables. Je ne doute pas que le noir de raffineries ou le noir animaiisé ne produisit, de la même manière, des effets tout aussi marqués.
« N'établissez en prairies, disait PICTET, que la quantité de terrain que vous pouvez amplement fumer et convenablement sarcler pendant le temps que vos plantages (les cultures préparatoires) loccuperont; vos prairies seront ainsi der établies et à bon marché. »
$ III. — De l’époque des semis et de la manière de les effectuer.
Est-il plus profitable de semer les herbages er automne ou au printemps ? I n’y aurait Jamais eu d’aussi vives controverses sur cette question, si l’on s'était donné la peine de chercher à la résoudre selon les lieux et les circonstances, au lieu de le faire d’une manière absolue. — Toutes les fois que les semis d'automne peuvent réussir, ils sont préférables à ceux de printemps, par la raison qu'ils donnent généralement des produits ou plus abondans ou plus prompts; — plus abondans, lorsqu'on cultive une plante,mêème annuelle, qu’on a intérêt à voir se développer et tailler beaucoup.comme celles de nos céréales qui sont utilisées accidentellement
LIVSIe
pour coupage;—plus prompts. quand il s'agit de plantes vivaces, attendu que les plus précoces d’entre elles ne montent qu'incomplètement à graines la première année, si leurs racines n'ont déjà pris possession du sol avant lhiver, et si leur touffe ne s’est en grande partie développée avant l'époque des chaleurs. — Pour toutes les herbes qui ne redoutent pas, dans un climat quelconque, les froids de la mauvaise saison ; — sur tous les sols qui ne retienuent pas assez l’eau des pluies autompales pourfaire pourrir les graines, et dans tous les cas où les dispositions d’assolement s’y prêtent, je pose donc en fait
que les semis de septembre doivent être
préférés à ceux de mars. Il est à peine be-
soin d’ajouter que cette convenance se fait remarquer, leurs, dans les pays chauds et sur les terres légères, élevées et arides, où l’on a surtout à redouter les effets de la sécheresse printanière. Mais dans les circonstances contraires, c'est-à-dire, là où l’on a moins à craindre le manque de pluies que leur surabondance et la rigueur des gelées, principalement dans les sols argileux et les localités basses, il est avantageux de différer l’ensemencement Jusqu'au printemps, Car en retardani la jouissance on la rend plus assurée.
lus impérieuse que partout ail-
L'époque des semis est aussi subordonnée
à la précocité de la culture qui les précède; ainsi, après une récolte hâtive ou une prai-
rie arficielle fauchée aux approches de
juillet, on trouvera le temps de préparer
convenablement la terre à un en+emence-
ment d’autoinne, tandis qu'après d'autres
cultures plus tardives, il en sera le plus souvent autrement. — Pour semer sur une Céréale, il faut de toute nécessité choisir le
rintemps, dans la crainte que les graminées ourragères ne dominent les blés ou ne les affament, ce qui ne peut avoir lieu avec cette précaution, parce qu'elles ne prennent leur plus fort développement qu'après la moison.
Dans les climats favorisés par des pluies estivales, il peut y avoir parfois de l’avantage à devancer le mois de septembre. On cite en Angleterre des semis du milieu et de la fin de juin qui ont parfaitement réussi, et Ch. PicreT, qui habitait Genève, recommaude de ne pas dépasser les premiers jours d’août ; dans la plupart de nos déparlemens, le succès qu’on pourrait se pronettre de l'observation rigoureuse de tels préceptes serait extrêmement casuel.
On sème toutes les plantes herbagères des päturages à la volée, en une seule fois, lorsque les graines sont à peu près de même grosseur; — en deu fois, lorsqu'il en est autreusent. Sitôt que la surface du terrain a élé convenablement préparée, on répand, après les avoir préalablement mêlées ensemble, les semences les plus volumineuses; puis on les recouvre immédiatement par un hersage d’autant plus énergique qu'on croit utile de les enfoncer plus profondément. — On mêle également ensuite, et on sème sur ce hersage les semences les plus fines, que l'on enterre par un hersage plus léger, ou même par un simple roulage, selon que l’état de la terre et l'espèce de la graine l’exigent.
cHAP. 18°
Quand on seme au printemps sur un froment d'automne, il est des cultivateurs qui se bornent à répandre la semence sans aucune préparation du sol et sans la recouvrir, dans la crainte presque toujours mal fondée de nuire à la récolte du grain. — D'autres, mieux instruits par l'expérience, hersent d'abord le blé sans s'inquiéter de briser une partie de ses feuilles (voy. l'art. Froment), sèment ensuile, et recouvrent en passant une seconde fois une herse plus légère. Cette méthode, sur les terres tenaces et encroûülées, est sans nul doute la meilleure. — Sur les terrains légers, les hersages pourraient avoir des inconvéniens si l’on ne modérail beaucoup leur énergie. En pareil cas, à la deuxieme de ces opérations, on substitue avantageusement un roulage.
Quant à la quantité de graines à employer sur des espaces donnés, elle est extrêinement variable d'espèces à espèces. Je lindiquerai approximalivement en parlant de chacuue en particulier, en faisant observer touteiois, avec M. Vizmorin, qu'un point semblable ne peut être délerminé exactement, attendu que non seulement une livre de la même semence peut contenir un nombre très-différent de germes, suivant le terrain où elle aura été récoltée et la température de l'année; mais, de plus, qu'il est nécessaire, selon les circonstances diverses, de semer plus ou moins épais; — un mauvais terrain demande plus de semence qu’un bon; — sur une terre médiocrement préparée ; — par un temps sec et défavorable; — dans une situation exposée à des gelées tardives ; — sous toutes les conditions, enfin, défavorables à un semis, il faut le faire plus épais que si le sol et la saison le favorisent.
$ IV. — Des autres modes de formation des herbages.
Parmi les pratiques autres que les semis, dont quelques cullivateurs anglais se sont récemment avisés, il en est une, à mon gré, beaucoup plus singulière que profitable, dont je dois cependant dire quelques mots : c’est a transplantation par plaques. Ces plaques, enlevées sur des terres bien gazonnées, sont transportées sur d’autres terres destinées à être converties en pâturages permanens, el placés à 6 pouces les unes des autres, de sorte qu'on estime que la dépouille d’un acre peut servir à en planter 9. —Si le champ dont on enlève la surface doit rentrer daus la rotaüon des plantes économiques, on le dénude en entier, excellente méthode pour détruire en un instant tous les bonseffets de l’herbage sur les cultures suivantes ; s’il doit rester en pâturage, la charrue à écobuer, en découpant parallèlement des bandes longitudinales de 6 po. de large, laisse intactes d’autres bandes euherbées de 3 po.; puis, lorsque les premières ont été enlevées, elle recommence un travail analogue, perpendiculairement au premier, de inanière qu'il reste sur toute la pièce de petits monticules d'herbe de 3 po. carrés, séparés les uns des autres par des sentiers ou espaces vides de 6 po.; après quoi on donne au champ ainsi maltraité une copieuse fumure, ou ou Le recouvre d’un
ré
abondant compost, dont une bonne terre végétale fait la plus grande partie. — Quant à la transplantation sur le second champ, elle n’exige d’autres précautions que la promplitude et le soin de bien affermir les plaques dans le sol, pour défendre les racines contre les vicissitudes des saisons. — Aucun animal ne doit être ensuite introduit sur le nouveau pâturage, qu'après la malurité et la dispersion des graines. — On estime que les seuls frais de découpage et detransplantation du gazon pour un acre (40 ares) s’élèvent à 2 liv. 9 s. 6 den. (59 fr. 40 e.)}—Si l'on ajoute à cela la récolte perdue sur le terrair totalement ou partiellement dépouillé; — le tort qu'on lui fait pour les années suivantes ; — les frais de fumure; — l'impossibilité d’utiliser avant la seconde année les prodnits du terrain planté, et si l’on compare toutes ces dépenses et non-recettes aux frais et résullats d’un semis fait avec discernement, je doute fort que l'avantage ne reste pas tout entier à ce dernier mode, et je suis par conséquent convaincu qu'une semblable méthode, si elle est parfois uiile, ne peut l'être que dans des cas fort exceptionnels.
Mais il existe un autremoyen de transplantation, parfois même de marcottage ou de bouturage, qui, pour n'être pas d’un emploi trèséteudu. n'en est pas moins assez souvent d’une utilité réelle. Les Anglais l'emploient à peu près exclusivement, je crois, pour la propagation du fiorin (4grostis stolomifera), l’üne des plantes fourragères dont ils font le plus de cas, et les personnes qui l'ont, depuis quelques années, essayé en France, à ma Connaissance, soit pour les plantes qui, comme l’agrostis d'Amérique, croissent lentement de graines el tallent beaucoup, soit pour celles qui, comme l’herbe de Guinée (Panicum altissimum), ne donnent pas encore ue grande quantité de bonnes semences dans nos régions, ont eu lieu d’en être salisfaites. — Ce moyen consiste, tanlôt à ouvrir à des distances proportionnées au développement futur des touffes, de petites rigoles peu profondes au fond desquelles on étend les tiges déjà en partie enracinées, ov même sans racines, des plantes traçantes; de manière que leurs extrémités se touchent, puis à couvrir à l’aide du râleau, et à rouler la surface du sol; — tantôt à faire un semis eu petit à bonne exposition, lorsque les dernières gelées ne sout plus à craindre, et à mettre le plant en place, au cordeau et au plantoir, dès qu’il est assez fort pour supporter cette opération ; — tantôt enfin, dans la cralute que la lenteur du premier accroissement de la plante ne compromette le succès du semis, à moins de sarclages et de binages trop répétés, à la cultiver d'abord plus ou moins clair dansun jardio, et à la diviser ensuite par éclats, lorsque l’état des toutfes le permet, pour repiquer en définitive couime précédemment. Je répèle que ces diverses méthodes sont rarement employées. Je crois donc suffisantes les indications que je viens de donner.
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AGRICULTU
V® SuSET. — Des soirs d'entretien des
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herbages en géncral, et des piturages en particulier.
$ 1$*. — De la destruction des herbes ct des animaux nuisibles.
Les plantes inutiles ou nuisibles aux troupeaux abondent dans une foule d’herbages.
Ilest d’une telle importance pour le cultivateur de connaître au moins les principales d’entre elles, que j’entrerais immédiatement dans d'assez longs détails à ce sujet, si, d’après l’ordre adopté dans cet ouvrage, je ne devais renvover le lecteur au dernier chapitre de ce livre; me bornant ici à quelques généralités qui perdront malheureusement de leur intérêt par suite de leur isolement.
Parmi les plantes considérées comme nuisibles, il en est qui sont réellement telles par suite de leurs propriétés délétères ; — d’autres, parce qu'elles communiquent à certains produits des animaux, au laitage et au beurre, par exemple, uvre saveur désagréable, où encore parce qu’elles rendent plus difficile /a transformation de ces mémes produits; — d'autres seulement, parce que les bestiaux ne les mangent pas ou les margent avec répugnance, et qu'elles donnent par conséquent des foins rejetés ou de tréspeu de valeur, quoiqu'elles occuperit la place de bonnes plantes. — Il est aussi des herbes fort bonnes dans les pâturages, et qui deviennent nuisibles dans les prairies à cause de leur peu d’élévation, qui les soustrait en grande partie à la faulx.
Nous verrons que c’est surtout dans Îles lieux bas et humides que se multiplient le
lus abondamment les mauvaises herbes.Là, e meilleur moyen de les détruire, au moins en grande partie, c’est de changer la nature même du terrain, en facilitant l'écoulement des eaux stagnantes qui le couvrent ou le pénètrent pendant une partie de l’année. Par ce moyen, on fera promptement disparaitre toutes les espèces des marais.
Si, lorsque le sol est convenablement égoutté, il conservait encore quelques restes de sa disposition tourbeuse; s’il était encore aigre, comme le disent si Justement les habitans des campagnes, les amendemens calcaires et alcalins, tels que la chaux, les cendres de bois, de tourbe, les cendres pyriteuses, etc., achèveraient indubitablement de le bonifier.
En des positions analogues, il a aussi été recounu qu’un des meilleurs et des plus simples moyens de détruire une grande partie des mauvaises herbes, c'était de les faire pâturer au printemps aussitôt que l’état du sol le permet. La plupart des herbivores broutent sans inconvénient ces plantes lorsqu'elles sont jeunes encore, et beaucoup ne repoussent plus que faiblement, tandis que les bonnes graminées, par suite de
DES PLANTES FOURRAGERES.
LIVA RÉ".
leur disposition à taller d'autant plus qu’elles sont plus fréquemment coupées, s’'emparent du terrain, et, si les circonstances défavorables qui les en avaient précédemment exclues nese représentent pas, elles s’y main- Uennent par la suite sans souffrir de concurrence.—J’ajouterai que les engrais d’origine animale paraissent plus nuisibles qu'uliles aux plantes marécageuses. Est-ce par suite d’une action délétère sur celles-ci, ou seulement parce qu’elles augmentent davanlage la force végétative des gramens et des légumineuses, et les mettent ainsi à même de dominer dans le pâturage? Toujours estil, quelle qu’en soit la cause, que, dans le cas dont il s’agit, les déjections que les animaux laissent sur le terrain semblent concourir pour quelque chose au but qu'on veut atteindre.
Ilest des plantes dont on doit se débarrasser en les arrachant à la pioche ou à l’échardonnoir. Cependant, si cette méthode est la plussüre, elle estaussi la plus longueet la plus coûteuse, et elle n’estmême pas applicable à toutes les espèces, puisqu'on en rencontre, telles que la fougère, dont les racines étendent leurs réseaux jusqu'au sous-sol, à quelque profondeur qu'il se trouve. D’ailleurs, lorsque ces plantes sont très-nombreuses, et que leurs louffes offrent peu de volume, telles que les orties, par exemple, l’arrachage est impossible (1). Il faut aiors, non seulemeut se bien donner de garde de les laisser grainer, mais encore les faucher, S'il est possible, jusqu'à 4 et 5 fois dans le cours de l’année, surtout à l’époque des chaleurs. Rarement elles résistent Jongtemps à une pareille mutilation.
Pour ajouter aux effets d’un fauchage persévérant et répété, ou plutôt pour rendre inutile sa prolongation, on a proposé dans de vieux livres uue recetle que quelques faits postérieurs semblent justifier. C’est, après avoir coupé rez-lerre la tige de la plante qu’on veut détruire, de la fendre un peu et d'introduire à la place de la moelle une certaine quantité de sel marin. Dans une lettre toute récente, écrite par M. TrocHu, qui a rendu d'immenses services à l'agriculture de Belle- Isle-en-Mer, à M. le duc DEcazes, on voit que ce moyen, tout empirique qu'il paraisse, lui a fort bien réussi pour la destruction des ronces, et, je crois, des fougères.
La destruction des mousses Sopère au moyen de hersages ou de ratissages plus ou moins multipliés, et dont l’énergie doit élre proportionnée à la ténacité du sol. Ces opéations produisent d’ailleurs d’excellens effets sur les pâturages, en les ouvrant aux influences atmosphériques et en préparant l'émission de nouvelles racines. C’est à leur aide que l’emploi des composts et des simples amendemens acquiert véritablement toute son efficacité. II n’estpas sans exemple que sur un herbage ainsi gratté, une simple couche de sable (v0y. le $ 4) ait empêché
(1) Je sais qu’on à recommandé de cultiver l’ortie pour affourrager les vaches, et en effet elles la mangent, quoiqu’avec répugnance, à l’état de foin; mais, chez moi, elles la rejettent constamment au pâturage. Telle plante qui offrirait une ressource dans un très-mauvais terrain devient nuisible dans celui auquel on peut demander mieux. Mon fermier fait donc tous ses efforts pour détruire les orties. Il y est arrivé en grande partie par le moyen que je propose.
auar, 15°.
DES PATURAGES
pour long-temps 1e retour des mousses et | couvert de dalles de couleur blanche. Il se-
sensiblement favorisé la végétalion des bonnes plantes.
Cependant il péut arriver encore que tous ces moyens soient insuffisans. On doit alors en conclure que l’herbage est en entier à reuouveler, et, pour cela, toutes les fois que la position le permet, 1l faut pendant quelques années le remplacer par des cultures économiques. Je ne reviendrai pas ici sur ce sujet important, que J'ai tâché de développer page 458 et suivantes.
Au nombre des animaux les plus nutsibles aux prairies, il faut compter la taupe, parfois le mulot, le hannelon, la courtilière, Ja fourmi et le criquet ou plus vulgairement la sauterelle. Il en sera également parle dans un chapitre particulier de cet ouvrage.
Malheureusement, les zoologistes n’ont poinl encore assez cherché à appliquer leurs éludes aux progrès de l’art agricoie.On connait fort imparfaitement la manière de vivre de beaucoup d’animaux destructeurs de la végétation, et, plus malheureusement encore , en apprenant à la connaitre, on est souvent bien loin de trouver les moyens de les détruire. Qui ne déplore maintenant l’ef- {rayante multiplication des hannetons dans la plupart de nos contrées, et qui pourrait dire que, pendant les trois années que sa larve destructrice passe dans la terre, il à trouvé un moyen praticable d'arrêter ses ravages ? Qui pourrait se flatter d’avoir mis à la disposition de tous les cultivateurs un moyen efficace et complet de détruire la terrible alucite des grains, le charançcon même, et d'éloigner sans retour de nos guérets ces bandes nomades de mulots ou ces nuées de sauterelles qui ne redoutent, en masse, d’autres ennemis que les intempéries des saisons ?
$ 1. — De l’épierrement, de l’étaupinage et de l’affermissement du sol.
Les pierres, qui ont, dans les prairies, le très-grave inconvénient d’entraver la fauchaison, et d'ajouter beaucoup, non seulement aux frais d'acquisition et d’eutretien des faulx, mais encore au temps qu’on est obligé de passer à les aiguiser, ne sont pas aussi nuisibles sur les pàturages. Là, à la vérité, lorsqu'elles ont un certain volume, elles occupent une place précieuse, et il est par conséquent presque toujours avantageux de les enlever; cependant, en certains cas, elles rendent le service d’opposer un obstacle permanent à l’'évaporation produite-par l’action des rayons solaires. Ceux qui ont parcouru la vaste plaine de la Crau ont pu acquérir à chaque pas une preuve remarquable de celte vérité; car c’est autour des galets qui la couvrent engrande partie, et que les moutons roulent devant eux en les repoussant du nez,que croissent les herbes les plus fiues, les plus fraiches et les plus recherchées de ces animaux. Il ne serait donc pas impossible qu’en des localités particulièrement arides, on dûüt éviler d'épierrer trop rigoureusement. Quelques-uns de nos lecteurs ont lu sans doute l'histoire des choux monstrueux que Duhamel obtint sur un terrain presque
rat facile d'ajouter à cet exempie plus d’un fait analogue pour prouver, si c’était ici le lieu, combien un corps aussi peu conducteur de la chaleur que la plupart des pierres, interpose entre l'atmosphère et la terre, peut conserver de fraicheur à cette dernière ; mais nous n’en arriverions pas moins à cette conclusion, que l’épierrement des herbages est généralement utile.
Quant à l’étaupinage, C'est une opération aussi importante que facile et bien connue.
Les baux en imposent l'obligation aux fermiers ; ce serait de la part de ceux-ci une négligence impardonnable de ne pas s’en occuper chaque année, au printemps, lorsque les herbes ne commencent pas encore à monter,avec unsoin d'autant plus minutieux qu'il s’agit d’herbages fauchables; car, dans ce cas surtout, il y va de leur intérêt autant que de celui du propriétaire. La méthode la plus ordinaire est de répandre la terre des monticules, à l’aide de la pelle ou de la bêche, par un mouvement des bras analogue à celui que l’on fait en répandant les engrais, de manière à ne pas amonceler la terre plus en un endroit que dans l’autre. Ce travail, loin d’être dommageable, estau contraire utile aux herbes environnantes, qui se trouvent recevoir ainsi une sorte d’amendement en couverture, ou, en adoptant l'expression difficile à traduire de nos voisins, un véritable 10pdressing. — Quand le nombre des taupinières est considérable, pour les détruire, on substitue la herse aux instrumens à main.
Cette méthode procure une grande économie de travail et de temps. Elle ne donne pas des résultats aussi réguliers, mais elle n’en a pas moins aussi ses avantages. Ainsi, sur les vieux herbages, elle contribue à détruire les mousses, et elle produit un binage toujours fort utile en pareil cas. J'ai vu des pâturages trèsdétériorés qu'un simple hersage énergique donné en long et en travers a pu améliorer sensiblement pour plusieurs années.
D'un autre côté, il pourrait arriver que les plantes nouvellement enracinées fussent fortementendommagées par une semblable pratique, etque le sol, déja trop soulevé par Paction des gelées, loin de demander à être remué de nouveau, se trouvât au contraire fort bien d’être affermi autour des racines.
Ce cas se présente fréquemment sur les terres légères, calcaires ou tourbeuses sujettes au déchaussement. Là, l’étaupinage, s’il y a lieu, se fera à la bèche, à la herse renversée ou à la rabattoire {(voy. pag. 386), et le plus souvent il devra encore être suivi d’un roulage. — C'est an printemps et en automne, lorsque la terre n’est ni assez sèche pour rendre le travail difficile ou inefficace, ni assez humide pour être gâcheuse, qu'il convient d'entreprendre ces utiles opérations. Elles sont surtout nécessaires au printemps pour remédier aux effets de l'hiver.
Afin deréunir, à l’aide d'un seulinstrument, les avantages du nivellement du sol et de son affermissement, on a inventéet on utilise depuis longtemps en Normandie une machine connue sous le nom de coupe-taupe, dont je doune ici le dessin (2.643) de profil en A,de face en B et sur son plan en C. — Elle se
compose : 1° de deuxsoles a et b, fig. C, de 14 à 17 centimètres d'équarrissage sur 2 mètres de longueur; 2° de trois traverses c, d, e, de même grosseur que les soles et assemblées avec elles à tenons et mortaises: cet assemblage est établi de manière que la herse présente la forme d’un trapèze de 2 mètres environ de lougueur sur un mètre 83 cent. de largeur à sa partie postérieure; 3° de deux entreloises g, f, de 9 à 12 centim. de grosseur, chevillées sur les 3 traverses, à deux chevilles chacune; 4° d’une lame de fer ou couteau 2, é, À, L, de 12 millimètres d’épaisseur au talon, amincie à son tranchant, et d’un mètre 83 centim. Les deux extrémités h,iet #, 1 de ce couteau sont saillantes de 22 cent. de chaque côté, et recourbées en dessus d'environ 12 millim. de hauteur. Il est solidement fixé sur le devant de l'instrument etdans sa partie inférieure : savoir, aux deux soles a et b par deux écrous, et à la 1° traverse e par une lame de fer recourbée à cet effet et contenue par des écrous; 5° de deux crochets 4 etr, pour attacher les chevaux.
« Cet instrument, dit pe PErTuis; dont l'inventeur n’est pas connu, devrait être adopté par tous les propriétaires de grands herbages. Nous l'avons fait exécuter nous-mêmes, el nous en avons reconnu l'avantage et les excellens effets. »
$ III. — Du desséchement et des irrigations.
Il y a beaucoup encore à apprendre sur la manière dont l’eau agit dans l’acte de la végétation, soit par elle-même, à son état de pureté, soit comme dissolvant de substances pulrilives ou délétères contenues dans le sol, et combinées à une quantité plus où moins considérable de ces substances; soit enfin par suite de la présence et du dépôt à la surface du sol, des matières favorables ou défavorables qu'elle tient en suspension. De là résultent assez souvent, aux yeux des théoriciens, des doutes qui ne manquent pasde gravité, sur le choix des eaux les plus favorables aux irrigations. Il est vrai que toutes n’agissent pas exactement de la même manière et pe produisent pas au même degré les mêmes effets; mais, en définitive, à l’exception de celles qui sont surchargées de certains sels minéraux nuisibles, heureusement peu abendans dans la nature, ou de sels terreux qui obstruent les spongioles des racines (auquel cas la pratique est bien vite eclairée par l'observation la plus superficielle des faits), toutes activent puissamment la croissance des herbes, de sorte qu’en définitive, il est
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES
Fig. 643.
bien plus utile de savoir utiliser, quelles :
qu'elles soient, celles dont on peut disposer selon chaque localité, que de chercher péniblement à reconnaitre leur supériorité ou leur infériorité sur d’autres eaux qu'on n’a pas à sa proximité. Mais deux effets généraux, a peu près indépendans des qualilés relatives des eaux qui les produisent, et qui ont dû depuis longtemps fixer sérieusement l’attention des herbagers, c'est, d’une part, le succès frappant des arrosemens de toutes sortes, à l’aide d’eaux courantes ou rendues telles au momeut où on les emploie, de facon qu'elles ne séjournent pas où ne séjournent que peu de temps à la surface du sol, et, de l’autre, les résultats tout contraires que donnent les eaux stagnantes. Là où elles se conservent, les plantes mediocres ou imauvaises remplacent bientôt les bonnes, et non seulement le fourrage qu’elles procurent ne plait nullement aux besliaux, mais, qui pis est, dans beaucoup de cas, il est évidemment vuisible à leur santé. De là le besoin d’assainir les terrains marécageux plus impérieux encofe que celui d’arroser les autres.
Les fâcheux effets de la permanence des eaux se font surtout sentir, dans le voisinage des rivières dont le cours est peu rapide, sur Les terrains longtemps submergés et sans écoulement possible pendant la belle saison. En pareil cas, les ainéliorations sont difficiles; car, si l'on a recours à un endiguage général, il faut se décider à sacrifier une parie du terrain pour exhausser l’autre, c’est-à-dire qu'il faut creuser des fossés d'autant plus rapprochés et plus profonds que l’on a besoin d'élever davantage les chaussées intermédiaires. Or, cette opération peut être souvent tellement dispendieuse par rapport aux résullats qu'on est en droit d'en attendre, qu’elle effraie à juste titre celui qui'ne voit dans lagricullure qu’un placement utile de ses fonds, et qui ne spécule pas seulement pour les générations futures. Avant donc de l’entreprendre, il faut se rendre un compte exact de la hauteur à laquelle on devra élever le niveau du sol pour le soustraire aux eaux stagnantes ; — de la profondeur que l’on pourra douner aux fossés selon la nature du terrain, puisque, plus cette profondeur peut être graude, plus on obtiendra de malériaux de remblais, et moins on sacrifiera d'espace; — et ehfin de la distauce à laquelle ces fossés devront être les uns des autres, tout calcul fait de leur profondeur et de leur largeur.
Pour le desséchement des terres labourables, on évite autant que possible les fossés ou les tranchées ouvertes, parce que, d'une part, ces sortes d’excavations prennent beaucoup de place, et que, de l’autre, elles entravent les travaux de la charrue. Sur les herbages, et particulièrement les pâturages, le second inconvénient n'existe plus, et le premier est presque loujours compensé par l’avantage que présentent les clôtures (vor. le $ 6). | Lorsque le terrain à dessécher a une pente suffisante, et lorsque, dans des circonstances différentes, il est au moins plus élevé que le niveau des eaux environnantes, le desséchement est ordinairement plus facile. Je ne fais que rappeler ici qu’on doit recourir, dans
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le premier cas, à des rigoles d’écoulement rare dirigées; dans le second, à des puisards ou puits perdus (voy. p.136 et suiv.). Quant aux trrigations, elles peuvent avoir lieu, comme on l’a vu, par submersion, par infiltration, et quelquefois par suite du rejaillissement des eaux. Le premier et le troisième moyens ne sont applicables que dans un certain nombre de localités privilégiées ; le second l’est, du plus au moins, à peu près partout; car, à défaut de cours d’eau paturels, on peut en créer,au moins momentlanément, d'artificiels. J’ai souvent été surpris de voir combien peu on ménazeait les eaux des pluies sur une foule de terrains en pente, que les orages sillonnent en tous sens, sans que l'humidité ait le temps de pénétrer à une profondeur assez grande pour s’y conserver au profit de la végétation, ou, en adoptant l'expression énergique des habitans de uos campagnes, pour ez fondre la couche végélale jusqu’au sous-sol. — Dans les Vosges, on ne perd pas une goutte du précieux liquide. Voici commeut M. le baron ROGUET rend succinclement compte de la manière dont on s’y prend sur les montagnes d’une peute rapide : « On construit successivement, à partir du plus haut du terrain, des rigoles parallèles, d'autant plus rapprochées les unes des autres, el d’aulant moins iuclinées que le sol est plus escarpé. Quelquefois même, un bourrelet de terre, en contrebas de chaque rigole, ofire un meilleur obstacle aux eaux qui, retenues de gradins en ee s'écoulent lentement sans écréter le sol, de manière qu'on puisse arroser autant de fois et aussi longtemps qu'il est nécessaire. — Les rigoles dontilest question sont à la fois rigoles d'arrosage et de desséchement. On leur donne habituellement un fer de bêche de large et de protondeur. »
Sur les terrains plats et humides, on dirige les rigoles non plus perpendiculairement, mais parallèlement ou obliquement à la pente; enfin, les terrains de pente moyenne exigent concurremmient l'emploi des procédés de dessèchement et d'arrosage utilisés sur les pentes escarpées et sur les terrains plats. Lorsque ces terrains sont situés de manière qu'on puisse les faire profiter des eaux produites accidentellement sur une artie du plateau supérieur, et qui s’écour ent presque toujours en pure perte par les chemins qu’elles creusent et dégradent, les résultats sont tels qu’on doit faire des vœux our qu'ils soient appréciés partout comme ils le sont dans le pays que Je viens de citer. « Là, ajoute M. RoGuET.un canal supérieur, n'ayant qu’une très-légère inclinaison, retient les eaux des parties les plus elevees ; des rigoles de desséchement, tracéesen guise de ruisseaux secoudaires le long des parlies creuses du sol jusqu’au ruisseau au fond de la vallée, déchargent dans celui-ci, pendant les temps humides, l’excédant du canat-réservoir; des maïilresses rigoles creusées le long des arêtes du terrain, et communiquant avec les rigoles de desséchement par des rigoles d'arrosage, très-légèrement iuclinées, permettent, pendant les sécheresses, de faire successivement séjourner aussi longtemps qu’il est nécessaire, les eaux tirées du canal-
DES PATURAGES
réservoir sur les zones de la partie à arroser. Cette opération n'exige d'autre manœuvre que celle de fermer avec une pierre les rigoles maîtresses (celles d'écoulenient l’étant à leur origine), immédiatement audessous de la rigole d'arrosage que l'on veut remplir pour humecter la petite bande de terrain inférieure et juxtaposée. » — Les rigoles maîtresses ont 1 pied d'ouverture, plus ou moins, suivant l'abondance des sources; leur nombre et leur tracé sont, comme on le conçoit, fixés par la configuration du sol.
Dans beaucoup de lieux, et cetie pratique devrait être encore plus générale, les cultivateurs industrieux ont bien soin d’allirer vers leurs pâturages ou leurs prairies les eaux surabondantes des pluies. Ils les reçoivent en masses souvent assez considérables, dans des mares ou bassins creusés partout où se dirige la pente du terrain.Lorsque cela se peut, ils les retiennent à la partie supérieure des prés, par des barrages peu dispendieux, et cette excell-nte méthode, qui leur permet parfois d’activer, après la fauchaison, la vé-
étation des regains, les met encore à même, ors du curage qui suit l'écoulement, d’amasser, pour la réunir l’année suivante aux composts, une bonne quantité de terre riche en parties nutritives, et toujours irès-propre à cetle destination.
De tous les pâturages, les plus mauvais sont ceux qui reposent à peu de profondeur sur un sous-sol imperméable, qui restent sous les eaux pendant une partie de l’année, et qui se dessechent rapidement pendant l'autre partie, au point de perdre toute fraicheur. Dans une semblable situation, on ne trouve d'autre moyen d'amélioration que d'ajouter à la profondeur de la couche végétale ; — il est assez curieux que les irrigalions en offrent parfois un moyen facile, soit que l'on ne cherche à obtenir chaque année qu’une mince couche limoneusequirecouvre l'herbe sans la détruire, soit qu’on ait recours dans son entier à la méthode, beaucoup plus connue en Italie qu'en France, sous le nom de colmates (voy. pages 122 et suivantes de ce volume).
Lorsque Îes eaux d'irrigation sont vaseuses, à moivs qu'on ne les emploie par submersion avant que l'herbe ait conmencé à s élever, on ne peut plus sen servir que par Infiltration. Ce dernier mode a donc sur l'autre l'avantage de pouvoir être appliqué pendant lout ie temps de la végétation, sauf celui où la maturation des foins s'effectue; encore celte considération n'est-elle relative qu'aux prairies, et nullement aux päturaces. — Du reste, iln’est pas indifférent de régler detelle mauière ou de telle autre l’époque et la durée des arrosemens sur les herbages. — En général, ceux d'automne et du commencenent de l’hiver sont fort utiles, parce qu'ils apportent sur le sol une couche limoneuse fécondante; ceux de printemps et surtout d'été activent puissa“ment la végétation.
mais il faut dans bien des circonstances savoir en user modérément- Voici comment un praticien anglais, dont M. de Dombasle a cru devoir reproduire en grande partie le travail dans la 6° livraison de ses Annales, développe la méthode d'irrigation qu’il aadop-
liée et pratiquée avec un succès suivi sur divers points du pays qu'il habite.
«Au commencement d'octobre, dit M.STEpPHENs, On doit nettoyer et mettre en état toutes les raies d’arrosage et de desséchement ; on doit réparer les bords des canaux lorsqu'ils ont été endommagés par le piétinement des bestiaux. Après cela, l'eau étant généralement abondante à cette époque de l'année, l'irrigation doit commencer ; le premier travail de l’irrigateur consiste à détourner l’eau dans le canal de conduite, la rigole principale , ou, si l’herbage est divisé en plusieurs parties distinctes, 1l faut distribuer convenablement l’eau dans chaque canal de conduite; alors on commence à placer les barrages temporaires dans la première raie d'irrigation, et on y laisse entrer l'eau de la maitresse rigole, en augmentant l'ouverture jusqu'a ce que l’eau reflue sur chaque bord, d’une manière uniforme et en quantité suffisante, d’une extrémité à l’autre de la raie, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’eau soit lâchée dans toutes. L'irrigaleur doit faire sa ronde pour examiner si l’eau coule bien également sur toute la surface de la prairie; il détruira les obstacles qui pourraient en gêner le cours, et fera en sorte que partout le gazon soit recouvert d'un pouce d’eau. Lorsque tout est dans l’ordre voulu, on doit laisser couler les eaux pendant les mois d'octobre, novembre, décembre et janvier par périodes de 15 à 20 jours consécutifs. Entre chaque période on doit laisser le sol se ressuyer complètement en retirant les eaux pendant 5 et 6 jours, afin de donner de l'air au gazon; car il est peu d'herbes parmi celles des diverses espèces, que l’on trouve dans les prairies arrosées qui puissent résister à une immersion totale plus longtemps prolongée. En outre, si la gelée devient forte et si l’eau commence à se congeler, il est urgent de la retirer, de suspendre l'irrigation, sans quoi toute la surface du sol ne formerait qu'une nappe de glace; or, partout où la glace s'empare du sol, elle finit par le soulever, au grand préjudice des plantes qui se trouvent alors déchaussées. — Tous ces préparalifs d'automne ont pour but de faire profiter l’herbage des ondées qui ont lieu à cette époque de l’année et qui entrainentavec elles une grande quantité de débris animaux et végétaux très-propres à enrichir et fertiliser le sol... — En février, il faut que lirrigateur surveille l’arrosage, encore de plus près, parce qu'à cette époque, l'herbe commence à végéter de nouveau ; en conséquence, si, lorsque la température s’est radoucie, on laisse trop longtemps l’eau couler sans interruption sur la prairie, il s’y forme une écume blanchâtre extrêmement nuisible à la jeune herbe. Ona également à craindre la gelée à cette époque, car si les eaux ont été détournées de dessus le pré, trop tard dans la soirée, pour que la surface ait pu se bien ressuyer avant le moment du gel, les plantes alors très-tendres en souffriront beaucoup. Pour prévenir le premier de ces inconvéniens, on ne doit arroser que par périodes de 6 ou 8 Jours; et, pour éviter le second, il faut toujours retirer les eaux de bonne heure dans la matinée...
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES