BOULES
— Dans le mois de mars, l'irrigateur peut suivre les mêmes instructions que pour février, à moins que l’on ne se trouve daus un climat où l'herbe est déjà suffisamment élevée pour présenter une pâture assez abondante à toute espèce de bétail; dans ce dernier cas, il faut dessécher complètement l'herbage avant d'y faire entrer les animaux... — De la fin de mars au commencement d’avril, il faut employer l’eau avec plus de réserve encore ; on ne la laisse couler que par périodes de 5 à 6 jours, et comme dès-lors la température devient de plus en plus chaude, on ne doit, jusqu’à la fin de mai, prolonger chaque arrosage que pendant 2 à 3 jours. — Vers le commencement de juin, toute irrigalion doit être suspendue; car alors l'herbe est assez haute et assez touffue pour couvrir le sol de manière à laisser au soleil peu d’action desséchante sur les racines, et parce que les eaux déposeraient sur les feuilles un sédiment terreux qui rendrait le fauchage difficile et qui détériorerait beaucoup les fourrages... — Enfin, après la fenaison de la première coupe, on conduit quelquefois de nouveau les eaux à la surface du sol pendant un jour ou deux... »
On voit que tout ceci s’applique plus aux prairies qu'aux pâturages, et surtout qu'aux paturages ouverts aux troupeaux pendant presque toute l’année. Pour ceux-là, les irrigations par submersion ne sont qu’accidentellement profitables ; les irrigations par. infiltration ont au contraire l’avantage de pouvoir être appliquées sans humecter assez le sol pour le rendre inabordable au gros bétail. Quant aux moutons, à moins qu'on ne les destine à la boucherie et qu’on ne veuille les engraisser proxmptement, il ne faut pas perdre de vue que l’arrosage d'été produit une végétation si rapide et si aqueuse qu'elle pourrait dans bien des cas leur communiquer la pourriture.
En résumé, les arrosemens sous toutesles formes, pour peu qu'ils soient convenablement dirigés, sont le principal élément de fécondité des herbages naturels ou artificiels, temporaires ou permanens.—Sous l'influence des climats méridionaux, ils peuvent sextupler leurs récoltes. Aussi un cultivateur des plus distingués du midi (M. A. de Gasparin), dans sonstyle énergique et rapide, en parlant des prodiges du plan incliné, représentait-il la fécondité du sol, par ces quatre mots :
chaleur multipliée par humidité,
$ IV. — Des engrais et des amendemens.
C’est l'opinion de quelques agronomes, que les engrais sont plus profitablementemployés sur les terres labourables que sur les herbages permanens, et que ceux qui ne peuvent s’en passer doivent étre rompus. Celte opinion peut être parfois fondée, mais à coup sûr elle ne l’est pas toujours, et, loin de chercher à la généraliser, je crois qu’il faut au contraire éviter de lui donner trop de portée, attendu que l'opinion contraire, partout où elle a prévalu, est devenue la source d'importantes améliorations. En fumantles prairies, on peut bien mieux se procurer, par suite de l’augmentation de fourrages, les engrais néces-
Er
= sé
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char. 18e,
saires aux champs labourables, et, en défini- Live, toute la question se réduit à savoir si la valeur vénale du surplus des foins est en rapport avec les frais de fumure ; or, à bien peu d’exceptions près, la réponse ne peut être douteuse.
Eu traitant la question qui nous occupe actuellement, il nous importe d’abord de distinguer les pâturages des prairies, et parmi ces dernières, de faire encore la différence de celles qui sont accidentellement où ne sont Jamais pâlurées. — Les päturages reçoivent, en échange de la nourriture qu'ils procurent aux bestiaux, use partie, sinon la totalité des engrais qui en proviennent; — les prairies, au contraire, abandonnent une ou plusieurs lois chaque année leurs produits sous la faulx, sans rieu recevoir en compensalion. Toutes circonstances égales, elles doivent douc avoir et elles ont, en effet, plus besoin d’être fumces que les pâturages.
Il existe, à la vérité, des prairies tellement améliorées par suite des débordemens périodiques des cours d’eau ou des irrigations linioneuses, qu'elles peuvent se passer indéfiniment de toutes fumures.Ce sont alors autaut de sources de prospérité pour le pays qui les possède et des moyens que la nature accorde à leurs heureux habitaus pour élever, sans effort, les produits de leur culture au-delà de tout ce que le travail Le plus opiniâtre et l’industrie la mieux entendue pourraient accorder dans d’autres contrées.
— Il existe aussi des herbages sur lesquels l'abondance et la qualité des eaux suppléent aux engrais; — enfin, on en rencontre que la fertilité seule du sol défend pendant un fort long temps contre les effets de l'épuisement; mais en général, la fécondité des prairies décroit tôt ou tard, surtout si l'on y fait habituellement deux coupes dans le cours de chaque saison. — Il faut donc les fumer; « inais, la mesure d'engrais dont elles ont besoin peut être faible en comparaison de ce qu’elles rendent de produits conversibles en fumiers; et tandis que, sous les assolemens de la culture des grains, les champs reproduisent en élémens d'engrais moins qu'ils n’exigent et ne consomment, les prairies qui ont été amendées, au contraire, rendent, par l’excédant de produit qu’elles donnent, après l'équivalent de ce qu’elles ont consomme, au moins le double d'engrais de ce qui leur avait été appliqué. Il n’y a donc aucun doute que la manière la plus certaine d'auymenter les engrais, c’est de les appliquer aux prairies ; par cette méthode on s’est procuré des prés, el on s’est donné la possibilité de fumer complètement les champs dans des lieux où auparavant cela était impossible. Lorsque celte vérité est si généralement reconnue par les gens de l’art, comment se fait-il que, dans la plupart des contrées, on fume si rarement les prairies? La première avance est le plus souvent trop difficile ; car, lors méme que le fumier qu’on donne aux prairies revient au tas sûrement et mulliplié, cela ne s’effeclue cependant pas dès la première année, mais seulement après le laps de six ou sept ans, puisque l'effet du fumier se prolonge durant ce temps et plus encore. C’est un capital qui, durant cet espace de temps, est tri-
DES PATURAGES
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plé, quadruplé et plus encofe; mais il taut en faire l'emploi, et a beaucoup de gens ce'a paraît impossible à exécuter sans que leurs champs en soient appauvris. » (THAER, P7rencipes raisonnés d'agriculture.)
On confond généralement sous le nom d’engrais, les fumiers proprement dits et les divers amendemens ou stimulans de la végétation,qu’ou emploie simultanément avec eux ou isolément pour l'amélioration des prairies. Cependant, jamais l'action différente des uns et des autres ne fut plus nettement marquée. — Les premiers agissent évidemment, en ajoutant à la puissance végétative de toutes les plantes en contact desquelles ils se trouvent; — les derniers ne semblent profiter qu'à un certain nombre de végétaux, et contribuent bien plus à la destruction qu’au développement de la vigueur des autres. J'ai souvenLété à même de faire cette remarque en étudiant comparativement les effets, sur les herbages, des composts simplement formés de terre et de fumier d’étable, et de ceux dont la chaux ou quelque autre oxide alcalin faisait partie. Je parlerai donc séparément des uns et des autres.
En Allemagne, il n'est pas sans exemple qu'on utilise sur les prairies des fumiers longs d’étable. On les répand le plus ordinairement avant l'hiver, afin que les pluies entrainent dans le sol les parties solubles qu'ils contiennent, et le printemps suivant, par un temps sec, on enlève au râteau les pailles nou décomposées, pour les réunir aux autres engrais de la ferme, ou mème les employer une seconde fois comme litière. — Plus communément on a recours à des fumiers consommés, parce qu'il est moins difficile de les répandre également. Lorsqu'on est à mème de faire choix des espèces, il est avantageux de préférer les fumiers les moins actifs, ou, en termes vulgaires, les moins chauds, comme ceux de vache et de cochon, pour les terrains les plus exposés aux effets de la sécheresse; — les plus chauds, tels que ceux de chevalet de mouton, au contraire pour Îles prés bas plus humides que secs. — Les expériences répétées aux environs de Paris par mou collaborateur PAYEN, prouvent que Île noir animalisé produit daus tous les cas, quoiqu'à petite dose, des effets fort bons et qui paraissent plus durables que ceux du noir de raffinerie, dont l’activité n’est révoquée en doute par personne, mais que son prix élevé et son action passagère rendent moins propre celte destination qu'a beaucoup d’autres. — Dans quelques départemens du nord on emploie fréquemment la poudrette.
Tantôt on fait usage de ces engrais divers sans les mélanger à d’autres substances et à l'état sec; tantôt, comme dans quelques parties de la Suisse, de l'Italie, de l’Allemagne, elc., on arrose les pàturages avec le Jus de fumier fort étendu d’eau. Dans ce dernier pays, dit Twaer, on destine principalement à la fumure des prairies les liziers, urines où engrais liquides qui s’écoulent immédiatement des écuries, des étables, ou eu temps de pluie, des tas de fumiers et surtout des égouts des toits à porcs, que l’on recueille ordinairement en des réservoirs particuliers. Ce genre d'engrais est très-efficace. Quelque-
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fois un ruisseau voisin ou un canal établi à cet effet, qui recueille les eaux de pluie et les conduit sur une prairie rapprochée, fournit l’occasion d'y diriger ces engrais liquides, et de les étendre sur le pré.
Dans mon opivion, le meilleur moyen d’utiliser Loutes les matières fertilisantes pour la fécondation des herbages, c’est de Îles transformer en composts. Par ce moyen, non seulement la répartition parfaitement égale en devient plus facile, mais les diverses substances liquideset même gazeuses sont absorbées de manière qu'il ne s’en fait aucune déperdition et que Loutes se trouvent d’ailleurs généralement combinées dans la masse de facon à produire des effets infiniment plus durables.
La manière la plus ordinaire de former ces composts, est de réunir sur la lisière du terrain à améliorer, les fumiers d’étable et les terres destinées à les composer; celles qui provenaient de cultures jardinières étaient paguère el sont encore, dans quelques parties de l’ouest, prisées, pour cette destination, presque à l’égal du fumier. À leur défaut on recherche les curures d’étangs, de fossés, de marres ; — les boues des villes et celles des chemins fréquentés; — les déblais desséchés et convenablement müris des localités marécageuses; — les terres gazonneuses qu'on a pu se procurer sans inconvéniens dans le voisinage ; — enfin, faute de tout cela, Ja terre prise autant que possible à la partie inférieure des champs limitrophes, parce que c’esl presque toujours, par suile de l'effet des pluies, la plus riche et la plus profonde. — Ou mélange et on remue plusieurs fois ensemble ces diverses substances pendant Île cours de la belle saison, et on les répand parfois à une assez forte épaisseur, d’après des considérations qui trouveront bientôt leur place, soit dans le cours de l’automne, soit au commencement du printemps.
A. THouix, dans son Cours de culture, rapporte qu'il a vu en Belgique, aux environs de Malines, employer les cadavres des animaux de voirie, et particulièrement ceux des chevaux, à la fertilisation des terres. Voici, selon lui, les procédés usités pour composer cet engrais Lrop peu connu, bien qu'il ait perdu une partie de ses avantages depuis les travaux sur la meilleure manière d'utiliser les animaux morts, de M. Payen.
— On fait une fosse de 2 pieds de profondenr sur 20 pieds en carré dans un lieu sec; un lit de mottes de gazon de bruyère, de 6 pouces d'épaisseur, est placé au fond de cette fosse. On rassemble un nombre quelconque de cadavres de chevaux qu'on coupe, chacun en plusieurs parties, après en avoir enlevé la peau. Sur le lit de bruyère du fond on étend une 1° couche de chair ainsi découpée, de manière que les morceaux de cheval soient placés à peu de distance les uns des autres; on les recouvre d’un lit de gazon de bruyère semblable au 1°, puis de nouvelle chair, et ainsi de suite, de manière à former une espèce de couche montée carrément, el que l’on recouvre ensuite d’assez de terre du voisinage, pour que l'odeur cadavérique ne se fasse pas sentir au dehors, et que tous les gaz qui s’échappent puissent,
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES