TOME I
pourvu qu’elle soit saine, peut porter du trèfle incarnat ; j'en sème beaucoup et j’en vois semer avec succès sur des sols très-divers ; il ne manque chez moi que sur des terrains excessivement calcaires qui se gonflent beaucoup par l'effet des gelées. Quelquefois nos hivers font périr cette plante, mais cet accident est rare. — On emploie de graines mondées 20kil.àl’hectare,et de graines en gousse, environ 8 hectolitres, ou, en poids, 90 à 100 livres. » VILMORIN.
A cette excellente notice je n’aurais rien à ajouter, si le trèfle incarnat n’était, aux yeux de la plupart des cultivateurs qui en ont étudié l’usage, une plante assez épuisante. Sans chercher à expliquer un fait qui n’est peutêtre pas encoresuffisamment constaté, j'ai dû cependant le désigner à l’attention des personnes qui voudront faire de nouveaux essais à ce sujet.
M. Bazgis a désigné sous le nom de Tréfle de Molineri (Trifolium Molinert), une espèce fort voisine de la précédente, dont les fleurs sont rosées au lieu d’être d’un rouge vif et profond. Elle croît spontanément assez avant dans le nord, ce qui a fait penser à quelques personnes qu’elle devait y remplacer celle du Roussillon. Les essais qui ont été jusqu'ici tentés ont amené à ce résultat, que le Molineri, par suite de sa disposition à vivre 2 ans, est plus lent dans son développement, et qu’il est sous plusieurs rapports inférieur à l'espèce plus généralement cultivée.
Il existe encore dans le midi une variété tardive du Farouche ordinaire. On en fait cas notamment aux environs de Toulouse, parce qu’il ne commence à fleurir que lorsque l’autre est déjà en grande partie consommé, et parce que, lorsqu'on est obligé deregarnir un trèfle ordinaire à l’aide du trèfle incarnat, comme cela arrive assez fréquemment, celuici s'accorde beaucoup mieux avec lui pour l'époque de la fauchaison.
Méxizor ( Melilotus). Ce genre diffère essentiellement du précédent par ses gousses saillantes hors du calice; le port de toutes les espèces qui le composent esl d'ailleurs fort différent; — leurs fleurs, jaunes ou bleuâtres, sont disposées en grappes alongées, axillaires ; — des trois folioles de chaque feuille, les deux inférieures, au lieu d’être insérées comme la 3° au sommet du pétiole, le sont plus bas, etc. etc.
Le Mélilot officinal (Melilotus officiralis, Lam.) s'élève jusqu'à un mètre; ses tiges sont droites, dures, rameuses ; — ses fleurs sont jaunes, quelquefois blanches: c’est une plante bisannuelle , à racines pivotantes et fibreuses. ( Foy. la fég. 687 et ses détails. )
Les motifs qui ont engagé GILBERT, et, depuis lui, plusieurs agronomes, à recommander la culture du mélilot comme fourrage, c'est que tous les animaux le mangent avec plaisir, et que l'odeur qu’il communique aux foins des autres plantes ajoute à leur qualité ; — qu'il.est vert et fourrageux peudant presque loute l’année; — qu'il réussit enfin sur les terres d’une grande médiocrité, où il résiste à de fortes sécheresses. Tout cela est vrai, et il peut arriver qu’il y ait dans certains lieux de l'avantage à cultiver cette
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAG plante; maisson fourrage, qui perd beaucoup
en se desséchant, lorsqu'on le fauche de bonne heure, devient tellement ligneux à l'époque de la floraison, que les animaux n’en broutent plus que les sommités. Cette double considération fait qu’en général on a renoncé avec raison à la culture du mélilot annuel partout où il a été possible de lui substituer la lupuline, qui s’accommode comme lui des sols sablonneux et chauds, ou le sainfoin, qui prospère sur les fonds calcaires.
Fig. 687.
Le Mélilot blanc ae Sibérie (Melilotus alba, Lam.) est facile à confondre avec la variété blanche du mélilot ordinaire ; ses tiges s’élèvent cependant beaucoup plus, elles ont de 2 à près de 3 mèt.;—ses folioles, d’un vert clair à leursurface supérieure, sont pâles et parsemées de quelques poils à la partie inférieure du limbe; — ses fleurs, constamment blanches,sont plus petites et disposées en grappes beaucoup plus alongées. — Divers auteurs l'ont indiqué comme trisannuel ; chez moi, où j'en ai fait autrefois quelques essais et où depuis 7 à 8 ans il se ressème de lui-même avec une extrême facilité, il n’a jamais dépassé deux ans.
Comme le précédent, il réussit dans les localités les plus arides, mais j’ai éprouvé qu’en pareil cas on ne devait pas compler pour la 1'° année sur une coupe de quelque importance. La seconde, il présente tous les avantages et les inconvéniens de l'espèce annuelle. Quelques personnes, en le semant très-épais, à raison de25 à 70 kil., en ont obtenu de bon foin ; — d’autres, en le semant conformément au conseil donné par A.
THouIn avec de la vesce deSibérie, ont ohtenu un coupage vert dont les herbivores de toutes sortes sont avides, mais dont l’usage immodéré causerait promptement la météorisation.
Le Mélilot bleu (Melilotus cærulea, Lam.), Lotier odorant, Tréfle musqué, elc., se distin-
ue suffisamment à la couleur bleue de ses eurs. Il estannuel. On le dit cultivé commu:
nément dans quelques parties de l'Allemagne
cHAP. 16°.
DES PRAIRIES
à cause de sa rusticité. Cette espèce s'élève ; moyenne, et reposant sur un sous-sol en ap-
moins et procure par conséquent un foin moins dur que les précédentes ; elle est du reste très-feuillue, et sesfleurs, comme toutes celles des mélilots, sont fort recherchées des abeilles.
LuzEeRNE (Wedicago).— Calice cylindrique ; —- étendard écarté, réfléchi; — gousse plus ou moins courbée en forme de faulx ou tortiliée en spirales. — Toutesles luzernes sont à feuilles ternées, à folioles dentées en scie et à fleurs presque toujours disposées en petites grappes lâches.
La Luzerne cultivée (Medicago sativa Lin.), vivace ( #g. 688), a les tiges droites, hautes
Fig. 688.
d’un à deux pieds, glabres et peu rameuses ; — ses folioles sont ovales-lancéolées, dentées vers leur sommet seulement ; — ses fleurs violettes, purpurines, bleuâtres ou jaunâtres, donnent naissance à des gousses glabres, étroites, contournées en forme d’escargol.
De toutes les plantes fourragères, la luzerne est la plus productive. À côté de cet avantage qui résume tous les autres, elle présente cependantdeux inconvéniens qui contribueront toujours à restreindre sa culture : d’une part, quoiqu'elle vienne en des terrains de diverses sortes, il faut, pour qu’elle y prospère, qu’ils soient en même temps profonds, substantiels et d’une consistance moyenne ; — de l’autre, ainsi que j'ai dû le répéter en traitant des assoiemens, plus sa durée est longue, moins ilest possible, sans compromettre l’aveuir, de laramener fréquemment sur le méme sol. En vert, elle offre les mêmes dangers que le trèfle et la plupart des légumineuses.
La luzerne préfère à toutes autres-les bonnes terres franches, les sables gras, les dépôts limoneux bien égouttés et les terres argilo-sablo-marneuses. Elle languit dans les localités arides et sur les fonds compactes, d'uue humidité froide. Elle redoute égalemept les sols calcaires à l'excès, lors même qu'ils ne seraient tels qu'a une certaine profondeur. — A la vérité, M. de Dombasle l’a vue réussir momentanément sur des coteaux d’une argile marneuse presque partout trèstenace, d’une fertilité au-dessous de la
parence imperméable à ses racines, ou, dans beaucoup de cas, sur une marne pure appe.
lée dans le pays chair, d'une infertilité pres. que absolue ; mais elle y a peu duré, et ses produits ont été en définitive si médiocres qu'il a fallu renoncer à l'y cultiver.
On sème le plus habituellement la luzerne au printemps, sur de l’orge ou de l’avoine.
Comme elle craint le froid, surtout pendant sa première Jeunesse, dans les terrains bas et exposés aux gelées tardives, il est prudent d'attendrele mois de mai.— Yvart avait adopté la coutume de la semer sur de l’escourgeon ou du seigle d'automne (Foy page 470 )
Il est rare, lorsque l’on veut conserver une luzernière aussi iong-temps et en aussi bon état que possible, qu'on ne la recouvre pas de quelques-uns des engrais pulvérulens, des composts dont il a élé précédemment parlé, ou de plätre, et quelquefois alternativementdes uns et de l'autre, ce qui, dans mon opinion, estune excellente pratique. On peut fumer une fois de la fin de l'hiver au commencement du printemps, vers la moitié de la durée de la prairie, et plâtrer à petites doses de deux années l’une sur les jeunes pousses déjà développées de la première coupe.
Olivier de Serres appelait la luzerne {a merveille du ménage des champs. En effet, il n’est
-pas rare qu'elle fournisse dans les climats
méridionaux, qui lui conviennent particulièrement, lorsqu'on peut l’arroser, jusqu'à 5 et 6 coupes.—Duhamel rapporte qu'un arpent de luzerne lui avait donné, sur un sol assez médiocre, 20,000 livres de fourrage sec. Cependant, terme moyen, on ne doit compter que sur trois coupes que GILBERT évalue, d’après un grand nombre d'observations, à 2,519 livres la première, 1400 la seconde, 685 la derniere; en tout 4,680 livres par arpent de Paris. — Cette quantité peut être très-habituellement augmentée à l'aide de quelques avances d'engrais et de plâtrage.
Il à été parlé ailleurs ( Foy. le chap. X) des avantages et Fig. 689.
des inconvéniens faciles à éviter de la luzerne dans ses rapports avec les autres cultures économiques et notame ment celle des grains.
La Luzerne faucille(Medicagofalcata, Lin.), (Jig. 689 ), vivace,a 3caractères principaux qui la distinguent de l'espèce cultivée : d'une part la forme de sesgousses COMprimées, oblongues etcourbees en forme de faucille ; — de l’autre la couleur
516 AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES
jaune rougeâtre de ses fleurs; — enfin la position de ses tiges couchées inférieurement et se redressant à peine à leur partie supérieure.
Le seul avantage que cette plante trop vantée pourrait présenter sur l'espèce précédente serait la faculté de croitre en des terrains fort médiocres ; mais, d’après plusieurs essais, il est à craindre qu'elle n’y donne jamais que des produits tout aussi médiocres, à moins peut-être qu’on ne la sème avec d’autres fourrages graminéens d’une longue durée. Je crois, du reste, que les essais dont je parlais tout-à-l’heure ne se sont pas étendus à un assez grand nombre de localilés pour en empêcher d’autres. À
« La Luzerne rustique ( Medicago media ?).
Il croît naturellement en France uneluzerne voisine de l’espèce cultivée, mais qui en diffère par la disposition de sa tige à s’étaler plutôt qu'à se dresser, et par sa végeélalion un peu plus tardive : c’est celle que j'appelle ici luzerne rustique. D’après plusieurs observations qui m'ont élé communiquées et celles que j'ai faites moi-même, j'ai heu de croire ju’elle est en effet plus rustique et moins difficile sur le choix du terrain que l'espèce que nous cultivons. Elle est très-vigoureuse er produit souvent des tiges de 4 pieds et plus de longueur. Quoique les essais que j'en ai faits ne soient pas assez avances pour que j'en puisse porter un jugement assuré, cette plante me paraît cependant offrir assez d’intérêt pour que je croie devoir l'indiquer aux cultivateurs et appeler sur elle leur attention. Elle est intermédiaire entre la luzerne ordinaire et la luzerne faucille, et je soupconne, sans en êlre assuré, que c’est la plante désignée par PERSOON ( Synopsis plantarum ) sous le nom de M. media.» ViLMorin.
La Luzerne lupuline ( Medicago lupulina, Lin.), Minette dorée, Tréflejaune, etc.(fi3.690.) — Bisannuelle; tiges dépassant rare-
Fig. 690. ment 1 pied (0 * 325), couchées , nombreuses ; — feuilles pétiolées, à folioles ovales, un peu élargies vers le sommet ; — fleurs fort petites, jaunes, en épi ovale,et portées sur des pédoncules axillaires plus longs queles feuilles; — légumes petits, striés, réniformes et ramassés en tête.
Divers auteurs ont confondu cette plante avec le mélilot houblonet (Medilotus lupulina de Lam.). La description que j’eu donne rend toute méprise impossible.
La lupuline, dont il faudrait à peine parler si elle ne venait que sur les terres à trèfle, a sur celui-ci l’avantage fort important de réussir dans les sols médiocres et très-léers. Elle est devenue en quelques lieux pour
les assolemens des terres à seigle, ce que le trèfle est aux assolemens des terres à froment. Une qualité aussi précieuse est de nature à augmenter rapidement le nombre de ses partisans. Il ne faut pas croire toutefois qu'on en obtiendra des récoltes sèches qui puissent approcher, même de loin, de celles du trèfle; mais elle offre en vert beaucoup moins de danger comme pâlurage et elle n’épuise pas davantage le sol.
On sème la lupuline avec les céréales de
printemps, à raison d’une quinzaine de kil par hectare.
Lorrer (Lotus). Calice tubuleux; — ailes
de la fleur plus courtes que l’étendard, rapprochées longitudinalement par le haut; — gousse oblongue, droite, cylindrique;— stipules grandes, distinctes du pétiole et présentant l’aspect de foliodes.
Le Lotier corniculé (Lotus corniculatus,
Lin.), Tréfle cornu, etc. (fig. 691), vicace, a des tiges trèsfeuillues , longues de 6 pouces à 1 pied, faibles, velues ou non velues; — ses folioles sont ovales, formes, parfois glabres comme latige; — ses fleurs jaunes, réunies en tête
Fig. 691.
cunéi-
déprimée, sont portées sur des pédoncules très-longs.
Chacun connait cette Jolie plante,qui vient à côté du trèfle blanc dans presque tous les herbages, où \!
elle résiste très- \ bien à l’aridité p):
du sol et à la # sécheresse de l'atmosphère.
Elle reste fort petite dans lessituations défavorables, mais elle s’élève beaucoup plus sur les fonds de meilleure qualité, et elle y esi très-fourrageuse. Le Lotier corniculé, quoi qu'un praticien anglais, M.WoopwaARD, DOUS informe que dans les localités humides il parvienne à une plus grande hauteur que les trèfles, et qu’il y donne des produits supérieurs à la plupart d’entre eux, n’a point, à ma connaissance, été cultivé en France de manière à justifier un si pompeux éloge.
J'ignore même si on l’a jamais semé seul ; mais ce que je regarde comme certain, c'est que, contre une opinion autrefois accréditée, il n’est rejeté pol les animaux, ni comme pâturage, ni à l’état de foin. La seule remarque que j'aie été à même de faire, et qui puisse justifier jusqu’à un certain point le préJugé qui s’était élevé contre lui, c'est que les moutons broutent plus volontiers ses feuilles que ses fleurs. Il en est de même du trèfle blanc. __ Malheureusement un obstacle plus réel à
cap, 18°.
l'extension de sa culture, dans les pâturages artificiels, c’est le peu d’abondance de ses graines.
Le Lotier velu (Lotus villosus, Vilm.) est considéré par quelques auteurs comme une simple variété du précédent. D’autres le regardent comme une espèce distincte, parce que ses dimensions sont beaucoup plus considérables, qu’il affectionne des localités différentes, qu'il est plus grenant, elc. :
Quoi qu'il en soit, espèce ou variété botanique, ce lotier est bien plus fourrageux
ue l'espèce précédente ; il croit à merveille de les terrains frais, humides même et om- -bragés. Il est d’une longue durée, et se prête très-bien à la culture. M. Vizmorinw, d’après les essais qu’il en a faits, ne doute pas qu’il ne soit une bonne plante à cultiver, peut-ê're seule, et à plus forte raison.dans les mélanges destinés à former des prairies à bases de graminées. — 11 faut le semer en mars ou avril, à raison d’environ8 kilog. par hectare.
GALÉGA ou RUE DE CHÈVRE ( Galega)..Calice en cloche, à 5 divisions pointues, presque égales; — la gousse est oblongue, droite, comprimée. Les feuilles sont ailées et à stipules distinctes du pétiole.
Le Galéga officinal (Galega officinalis, Lin.)a des tiges hautes d'environ 1 mètre, cylindriques, abondamment garnies de feuilles de 13 à 15 folioles longues, obtuses et quelquefois échancrées au sommet; — des fleurs disposées en épis pédoncules etaxillaires plus lougs.que les feuilles, bleuâtres ou blanches ; — des gousses grèles et fort longues, marquées de stries obliques.
IL était tout naturel qu’une plante de cette famille et d'un aspect aussi fourrageux attirât l'attention des cultivateurs; aussi beaucoup d'auteurs l'out-ils recommandée dans diversos pariies de l'Europe. IL parail que, vers la fin du siècle dernier, M. AMMERMUL- LER, Curé dans le Wurtemberg, après plusieurs expériences, en répandit la culture dans les environs de Derdinguen. J'ignore si elle s’y est maintenue, mais je suis d'autant plus disposé à en douter, que toutes les fois qu'on a essayé de donner en France le galéga aux animaux, après y avoir quelquefois goûté, ils l'ont délaissé. À la vérité, je ne sache pas qu'on ait peussé l'expérience plus loin; mais à cette présomption déjà très-défavorable, se joint le fait matériel de la durelé des tiges, dès l’époque de la floraison. — 11 faudrait donc faucher de très-bonne heure si l’on voulait obtenir un foin mangeable.
Je n'ai parlé de cette belle légumineuse que pour prémunir ceux de nos lecteurs qui seraient tentés de l’essayer, contre des apparences trop flatteuses.
GEssE (Lathyrus). Calice en cloche, à 5 divisions, dont les deux supérieures plus courtes ; — style aplati, élargi au sommet; stygmate velu; gousse oblongue, comprimée, à plusieurs graines anguleuses ou globuleuses; — de 2 à6 folioles; — stipules en demi-fer de flèche.
La Gesse cultivée (Lathyrus sativus, Lin.), annuelle (3. 692), a les tiges hautes de 1 à 2 pi. (0% 325 à 0® 650 ), un peu grimpantes, glabres et aïlées. — Ses feuilles sont à 2, plus rarement à 4 folioles lorgues, et
DES PRAIRIES
plus étroites proportionnellement que dans celle des prés; —les fleurs sont solitaires, de couleur variable, mais jamais Jaunes: — les légumes sont ovales, larges et canaliculés sur le dos; —les pédicelles sont axillaires, uniflores, articulés un peu au-dessous de la fleur, et munis à leur articulation, de une, quelquefois de 2 bractées qui ne s’alongent et ne deviennent vraiment visi- fs bles,comme l'in- 4 dique la figure, que pendant le développement de la gousse ; —les vrilles sont ramifiées.
Cette espèce redoute une humidité excessive; du reste, elle est peu difficile sur le choix du terrain. Bien des personnes la préfèrent à la vesce, pour affourrager les bêtes ovines, parce qu’elle est, dit-on, moins échauffante. Du reste, les bœufs, les vaches et les chevaux la mangent avec un égal plaisir en vert ou en sec. — On sème aussi la gesse en automne ou au printemps. La première de ces saisons doit être préférée généralement dans le midi, la seconde dans le nord et le centre qui, du reste, convient mieux à celte culture.
Quand on cultive la gesse comme fourrage vert, on la fauche par petites poftions, depuis le commencement de la floraison. — Si on veut la transformer en foin, on attend que la maturation soit dejà avancée. — Il a été dit ailleurs qu’on peut aussi spéculer sur ses produits en graines.
La Gesse velue (Lathyrus hirsutus, Lin.) se distingue suffisamment de la précédente pès sa tige, ses folioles pubescentes, son caice et son légume velus.
C’est à M. le baron pe WaLz, propriétaire aux environs de Givet, qu’on doit en France les premiers essais sur la culture de cette plante fourragère. Elle est rustique et peut rivaliser dans ses produits avec la vesce d'hiver. On la sème en automne.
La Gesse chiche ( Lathyrus cicera, Lin. ), Jarosse, petite Gesse, etc., diffère surtout de la première espèce, d’après M. DE CANDOLLE, par ses gousses sans appendices membraneux; par ses pédoncules de moitié plus courts et dont l'articulation est placée beaucoup plus bas.
On la cultive dans l’Ouest, le bas Poitou, el sur plusieurs points du Midi, notamment aux environs de Montpellier, principalement pour les moutons. On la regarde comme trop échauffante pour les chevaux. On mange aussi quelquefois ses graines, soit à la manière
Fig. 692.
518 AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÉRES
des pelits pois, soit en farine mêlée à celle des céréales; cependant, d'après des expériences consignées plusieurs fois dans divers Journaux, il paraîtrait qu’à dose trop considérable elle peut occasioner des accidens graves et même la mort. — On la sème dès la fin d'août ou le courant de septembre, à raison de 2 ; à 3 hectolitres par hectare.
La Gesse des prés (Lathyrus pratensis, Lin.) (fig. 692).— Vivace ;— tiges de 1 à 2 pi. (0" 325 à
Fig. 693.
0® 650), anguleuses, grêles ; — folioles lanceolées, sensiblement moins longues que dans l'espèce cultivée, à 3 nervures très-apparentes ; — stipules sagittées presque aussi longues que les folioles; vrilles simples; — fleurs réunies de 2 à 8 au haut du pédoncule, de couleur jaune ; — légumes comprimés, terminés par le style persistant de la fleur ; — pédicelles axillaires sans bractées.
Cette plante très-vivace croît dans les terrains de diverses sortes ; elle aime l’humidité et cependant résiste parfaitement bien à la sécheresse, au moins dans les terres argileuses, ainsi que j'ai eu depuis long-temps occasion de le remarquer chez moi. — Elle y croît dans Îles terres labourables, même très-peu profondes, avec une facilité beaucoup trop grande aux yeux du laboureur. Dans une petite pièce de terre engazonnée et plantée d'arbres fruitiers, sur une terrasse fort aride, lorsque les graminées sont à peine fauchables, cetle gesse, formant ciet là des touffes épaisses, les dépasse de beaucoup dans sa croissance et produit un fourrage fort recherché de tous les animaux herbivores.
Cette circonstance m’engagea à en envoyer un certain nombre de graines à M. Vilmorin, qui n’en a pas été aussi content dans les terres arides du Gâtinais, qu'il en avait conçu l'espérance, d’après ce que je lui avais écrit. —Toutefois, je crois encore que la Gesse des prés pourrait occuper fort utilement des terrains de peu de valeur de la nature de ceux dont jeparlais tout-à-l'heure. Ma conviction à cet égard étant fondée sur des faits, Je ne puis qu'engager à de nouveaux essais.
Pois (Pisum). Voy. pag. 419 et suivantes de ce volume.
Væsce (V3cia). Calice tubuleux à 5 divisions,
LIVRET
dont les deux supérieures sont pius courtes, comme dans les gesses ; —style filiforme, formaut un angle droit avec l'ovaire, velu à sa partie supérieure dans toute sa longueur, et en dessous seulement vers le sommet; — gousse oblongue, à plusieurs graines, dont lombilic est latéral; — folioles nombreuses ; — stipules petites.
La Vesce commune ( Vicia sativa, Lin.)
j ( Foy. page 424 et fig. 694), varie beaucoup
Fig. 694.
dans son port et la forme des folioles. Cellesci, toujours assez larges, sont tantôt aiguës, tantôt, comme nous les représentons, abtuses el même concaves au sommet; mais,quels que soient du reste la pubescence ou le manque de poils de la tige, sa position couchée ou grimpante, etc., etc., un caractère qui distingue nettement cette espèce des suivantes, c’est qu’elle appartient à la section des vesces qui ont les fleurs presque sessiles à l’aisselle des feuilles. — Ses stipules sont petites, tachées de noirâtre ; — ses gousses sont comprimées, brunâtres; — les graines qu’elles contiennent ne sont point chagrinées. Il est à remarquer que les divisions de son calice sont presque égales.
Cette vesce, dont on connaît deux varietés, l’une de printemps, l’autre d'automne, estun des fourrages annuels les plus répandus et les plus avantageux : d’abord parce qu'il est très-propre à utiliser la jachère, et ensuite parce qu’on peut semer la variélé estivale Jusqu'en juin, si l’on s'aperçoit à cette époque que les autres récolles fourragères sont compromises.
Les vesces réussissent généralement dans les terrains qui conviennent à la bisaille.
Toutefois il est utile de faire observer que celle d'hiver redoute une excessive huimidité, et celle de printemps, surtout lorsqu'on la sème tard, un fonds trop sec. — Il esi assez ordinaire de semer l'une ou l'autre sans engrais ; cette coutume, parfois excusable, ne l’est jamais lorsqu'on considère sa culture comme préparatoire à quelque autre ré-
colte épuisante. Du reste, elle consomme par elle-même assez peu d'engrais lorsqu'on ne la laisse pas grener.
Si l'on veut donner la vesce en vert à l’étable, il faut prendre les précautions qui ont déjà été recommandées plusieurs fois pour la plupart des légumineuses.— Pour la transformer en foin, on doit la couper au moment de l'épanouissement des dernières fleurs, c'est-à dire lorsqu'une partie des gousses sont déjà formées, parce que c’est le moment où ellescontiennent le plus de parties nutritives.
La Vesce bisannuelle ( Vicra biennis, Lin.), l’esce de Sibérie (fig. 695), est une plante bis-
Fig. 695. annuelle dont
les tiges,le plus
souvent simples, longues, maismoinsfeuillues que dans l'espèce précédente, portent à l'extrémité d'assez longs pédoncules axillaires; — plusieurs fleurs disposées en épis irrégu- ET liers, de couleur bleue; ses feuilles sont composées de 8 à 10 et 12 folioles lancéolées,et leur pétiole se termine en vrilles presque tou-
jours rameuses.
Elle a été depuis longtemps recommandée par Muzzer, comme une des plantes fourrageuses les plus rustiques et les plus propres à procurer une nourriture verte aux bestiaux
endant tout l'hiver. Comme elle s'élève
eaucowp trop pour se soutenir, À. THOUIN
roposait de la semer avec le mélilot de Si-
érie, dont la végétation offre beaucoup d’analogie avec la sienne.Cette plante ne craint pas le froiü. Si on voulait en tenter la culture, il faudrait la semer dès le commencement de l’automne pour qu'elle devint fauchable l’année suivante, car sa croissance est peu rapide. Ce motif, joint à la nécessilé de lui donner des soutiens, sont peut-être les deux causes qui ont le plus empêché sa propagation. — Il est à désirer que de nouveaux et plus nombreux essais soient entrepris.
La Vesce multiflore (Vicia cracca, Lin.) (fig. 696) est vivace. Ses tiges grimpantes sont susceptibles de s'élever jusqu’à 1 mètre et plus; elles sont grèles, rameuses, très-feuillues; — ses feuilles ailées, terminées par une yrille assez souvent simple, sont de 14 à un plus grand nombre de folioles, tantôt lancéolées et aiguës, le plus souvent ovales et obtuses, terminées par une petite pointe centrale; ses pédoncules portent jusqu'à 30 fleurs violâtres, auxquelles succèdent des légumes courts de 5 à 7 et 8 graines.
Celte espèce, qui a l'avantage d’être vivace, croit naturellement sur la lisière des bois et dans le voisinage des haies auxquelles elle s'enlace. Plusieurs auteurs anglais, parmi les-
DES PRAIRIES
quels il faut citer le D' PLror et ANDERSON, en font un grand éloge. Le fait est que les bestiaux la mangent avec plaisir et s’en trouvent fort bien. On a remarqué qu’elle contenait une moindre surabondance d’eau que laVesceculivée. Jeregarde comme assez vraisemblable qu'en la semant comme prairie artificielle parmi des graminées d’une longue durée,onen obtiendrait de Ds bons produits.
Indépendamment des espèces précitées, il ‘en est encore quelques autres, telles que la Vesce des haies (Vicia septum), dont on parle dans tous les ouvrages anglais ; la Vesce des buissons(Vicia dumetorum), ete., que les bestiaux recherchent, et qui pourraient peutêtre offrir quelque intérêt.
La FÈvE (Vicia faba), Féverolle, etc. (Voy.
page 411.
Ers ou LENTILLE (Ervum). Calice à 5 divisions profondes, linéaires, égales ou presque égales, de la longueur de la corolle ; stigmate glabre, en tête; légume oblong, enveloppant étroitement les graines qui forment par conséquent saillie.
l,/Ers ervillier (Ervum ervilia, Lin.), Orobe officinale, Komin, Vesce erviliére, annuelle (Ag. 697), a des tiges droites, rameuses, à 4 angles, qui s'élèvent ; de 10 à 12 po. (0® Fig. 09, 271 à 0" 325), trèsfeuillues et à feuilles composées d’un très-grand nombre de folioles. Le pétiole setermine par N/ un faible rudiment NY de vrille; les sti- © pules sont à 3 divisions; les fleurs, au ombre de 3 ou 4 ARE" ) f\ au plus, sont por- | D tées sur le mêrne côté du pédoncule; le légume contieut | ) de 2 à 4 graines. N/ h
L'ers ervillier !) W estutilisé à la nour- 3 riture des animaux, A À \ N soit en grain, SOIt x Ÿ, comme fourrage @ verlou sec.En grain on a cru remarquer qu'il n'élait pas sans danger; cependant On emploie souvent sa farine mélée à du son.
Fig. 696.
* é SS
520 AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES
ou pour augmenter le lait des vaches, ou pour la nourriture des autres bestiaux. M. DE VILLENEUVE ajoute souvent aux pommes-deterre dont ses bœufs mangent, dans la saison, de 130 à 140 livres par paire, de la farine d’ers, pétrie avec un peu d’eau et de sel. 11 affirme, avec beaucoup d’autres, que cette même farine est très-dangereuse pour les cochons. — Quant aux fanes, elles sont tellement nourrissantes et échauffantes, qu'il faut en modérer l’usage, et ne les donner aux animaux de travail que pour augmenter leur énergie.
On sème celte plante en antomne ou au printemps, à raison de 50 kilog. environ a l’hectare. Elle a la précieuse propriété de résister aux sécheresses, et de prospérer dans les terrains calcaires fort médiocres.
Lentille (Ervum lens). Voy. page 423 et suivantes.
SaINFoIN ( Hedisarum). Calice persistant, à 5 divisions subulées; carène aplatie ; gousses plus ou moins comprimées, de forme irrégulièrement arrondie et à une seule graine.
Le Sainfoin commun(Hedisarumonobrychis, Lin.), Créte-de-cog, Esparcette, Sainfoin de Bourgogne, etc.(fig. 698), a une tige droite, ra-
Fig. 698. meuse, de 1 à 2 pi. d’élévation; des feuilles aï-
lées avec impaire, ordinairement à 17 ou 19 folioles ; des stipules minces, sèches et demitransparentes; des fleurs en épi terminal, de couleur rose, à ailes très-cour- Ales et à divisions du calice aussi . longues que Ja . corolle; se légumes rabo- Leux, garnis de pointes piquantes quileur don-
Le sainfoin est un des fourrages les plus précieux,non seulement parce qu'il estexcellent en lui-même, mais parce qu’il croit dans les terrains très-médiocres de nature sableuse ou calcaire, et qu’illes améliore sensiblement. C’est surtout dans le midi que la faculté de résister aux sécheresses le rend d’une haute importance, bien que dans beaucoup de lieux on ait déjà trouvé de l’inconvénient à le ramener trop souvent aux mémes places.
Les renseignemens suivans ont été transmis à la direction de la Maison rustique du 19° siecle, par M. le baron Dp'HomBres FirMas.
« L’esparcet qu'Oravier DE Serr£gs appelle une herbe fort valeureuse, est cultivé très en grand dans quelques communes du département du Gard, et depuis longtemps justement apprécié des paysans, qui lui attribuent leur bien-être. Les plus âgés se rappellent et conviennent tous qu'avant son
À Riu) Lac
introduction, leurs troupeaux élaient beaucoup moins considérables; qu'ils ne tenaient pas la moitié des bêtes de labour qu'ils emploient aujourd’hui; qu'ils avaient moins de terres en rapport, et que, faute de travail ou d'engrais, elles ne rendaient pas d'aussi bonnes récoltes.
» Les frais de culture du sainfoin ne sont pas considérables, la graine est peu chère, et l’on ne fume pas la terre, à moins qu'on n'ait des engrais de reste, qui, dans ce cas cependant, ne sont pas perdus. On fait un premier labour en novembre ou décembre, un mois après on en fait un second, et l'on sème au commencement d'avril; les labours sont faits avec l’araire du pays, attelée de deux bœufs ou deux mules. On sème à la main, en employant à peu près deux fois autant de semence que si c'était du blé, parce que le fourrage épais est plus délicat, ses Uges étant moins fortes. Ensuite on passe sur la terre la herse, pour recouvrir la semence, ou, faute de cet instrument, on emploie pour briser les mottes et unir la terre, une claie de parc ou une planche sur laquelle monte le conducteur du cheval qui la traine.
Si l’on fait épierrer ou du moins ôter les plus grosses pierres, les plus saillantes, ce ne sera que mieux, et l’on pourra faucher de plus près.
» Lorsqu'il y a des arbres isolés au milieu d'une terre, on a grand soin de laisser un intervalle, sans semer autour de leur pied; nous avons vu périr des noyers et des gros chênes sans autre cause apparente; aussi, dans tous les baux à ferme de ce pays, on prescrit de laisser un rond de deux pas de rayon autour des arbres, et la mème distance entre les allées de mürier qui bordent ou divisent les terres.
» Quelquefois on sème le sainfoin avec de la paumelle (orge n° 6)ou de l’avoine ; on avance alors d’un mois époque des semences, et l’on obtient une récolte la même année. Mais c’est moins avantageux qu'on ne croit, la paumelle et la prairie artificielle en souffrent l’une et l’autre: elles réussiront toujours mieux sion les sépare.
» On dit qu’en Provence on sèmele sainfoin en automne. Nos hivers sont peu rigoureux ; cependant quelques essais nous persuadent que des petites gelées et des dégels alternafs sont très-contraires à cette plante lorsqu'elle est jeune, quoiqu'un froid plus rigoureux ne lui porte pas atteinte quand elle a pris de la force.
»C’est vers le milieu de mai, pendant la floraison de l’esparcet, qu'on le fauche, quand on le destine à la nourriture des animaux. On le coupe plus tard, comme je le dirai tout-àl'heure, lorsqu'on veut recueillir sa graine ; la première année cette récolte est peu considérable, mais la seconde il est déjà en bon rapport,et dans les bonnes terres il acquiert 7 décimètres de hauteur. Un champ de 2 hectares produit 20 charretées de 10 quintaux métriques de fourrage sec.
» Lorsque la température est favorable à la végétation, on fait une seconde coupe au commencement d'août, qui rend à peu près un quart de la première en regain tendre, qu’on garde pour les agneaux. Je parle des
SPP re
cap. 18°.
bonnes terres, nous en avons peu qui soient susceptibles d’être fauchées deux fois.
»Le sainfoin sec reste d’un beau vert, conserve une odeur agréable ; tous les bestiañx le mangent avec délices :c'est une nourriture fort saine et qui n’est pas indigeste comme la luzerne. Nous en donnons à nos chevaux à discrétion, sans le moindre inconvénient.
» La floraison durant près de trois semaines, la maturitédes graines arrive graduellement.
Celles du bas des épis se détachent et tombent, s’il fait du vent, quand celles du milieu sont à peine müres, qu'un peu plus haut elles sont toutes vertes, et que les sommités présentent encore des fleurs à peine écloses.
Si l’on fauche trop tôt, les graines stériles dominent; si l'on fauche trop tard, on n’a pas demi-récolle; il faut savoir choisir le moment convenable; mais, quand on préfère la qualité à la quantité, a Saint-Hippolyte par exemple,où nous sommes jaloux d’avoir de la bonne graine, nous attendons que la floraison soit prète à finir. La réputation méritée de cette graine, ce qui fait qu’on la recherche dans cette commune, tient à cette précaution et à l'usage où nous sommes de réserver, pour le laisser grener, un pré de sainfoin ou le côté de ce pré le plus vigoureux, le plus beau, et toujours de la première année. Par ce moyen, non seulement les graines sont plus pures, mais celles qui mürissent les premières, qui se détachent des épis et tombent en fauchant, ne sont pas perdues; une partie du moins, si le temps la favorise, se trouve semée naturellement, et épaissit la prairie pour les années suivantes.
»On fauche le sainfoin de graine au commencement de juin, de grand matin, avec la rosée, afin qu'il s’égrèue moins; le lendemain, au milieu du jour, après avoir étendu des draps par terre, on y porte, avec une fourche de bois, une certaine quantité de sainfoin; pour peu qu'on frappe dessus avec le même instrument, les graines s’en séparent ; on l’enlève et on l'entasse à côté pour recommencer l'opération sur une nouvelle quantité de sainfoin.
»Le sainfoin qu’on a laissé grener a les Liges plus dures, il a perdu ses feuilles et ses sommités, il est par conséquent moins succulent; mais les mules s’en accommodent fort bien, quoique d’une qualité inférieure. Il ne vaut que le tiers ou la moitié du premier coupé.
» On garde les bœufs on les mules dans les sainfoins fauchés, quand ils ont repoussé, en août ou en septembre. Les bètles à laine brouteal de trop près,on leur en défend l'entrée ; cependant, après les pluies d'automne, on y mène paitre les brebis prêtes à mettre bas, et les jeunes agneaux. Les cochons doivent tou- Jours en être éloignés.
» Les feuilles, les graines, les débris qui tombent au fond des greniers à foin, sont une nourriture appétissante pour les chevaux, en les criblant pour en enlever la poussière.
Nous ne leur donnons pas cependant de la
DES PRAIRIES
graine müre au lieu d'avoine, comme on dit que cela se fait dans d’autres pays, parce qu'elle est plus chère.
»Au bout de 5 à6 ans nos sainfoins dépérissent; ils perdent en qualité comme en quanlité, en ce qu'ils sortit mélés de mauvaises plantes. Nous sommes dans l’usage de les défricher ordinairement dès la quatrième année. Arthur Youxe altribue cette pratique à la briévete des baux, à la mauvaise gestion des fermes, à l'ignorance de l'importance des bestiaux. Mais, calculons le revenu d’un sainfoin pendant quinze ans, en supposant qu'il ne dégénérât pas, et le produit eu foin ouen froment et en légumes, si l'on change le pré artificiel trois fois de place dans ce même lemps, le résultal est en faveur de notre méthode. Est-ce donc là une preuve que l’agriculture française est dans lenfance, comme le célèbre agronome que J'ai cité a voulu le dire? »
$ IL. — Des diverses autres plantes herbacées, cultivées ou propres à l'être comme fourrages (1).
Le Joxc DE Boris (/uncus bottricus) famille des joncées. — « On regarde généralement les plantes appartenant à Ja famille des /oncées comme peu putrilives; elles sont pour la plupart dédaignées du bétail et elles lui deviennent souvent préjudiciables; cependant, comme partout, on trouve des exceptions. Le jonc de Botnie en est un exemple.
Cette plante est recherchée avec avidite des moutons, des vaches et des chevaux, et, d’après l’expérience de toutes les personnes qui ont le bonheur d’en posséder une grande quantité dans leurs päturages et leurs prairies, ces animaux s’en trouvent parfaitement bien. Il forme le gazon le plus fourré que j'aie jamais vu; mais il ne se plait que dans les terres riches en sel commun. La grande quantité de ce sel, que contient le jonc de Botnie, est ce qui le faitrechercher avec tant d’avidité par les moutons et par les autres bestiaux, et qui le rend si favorable à leur santé. On pourrait semer celle plante preécieuse dans des pâturages humides; en ayant soin d'amender le sol avec du sel, je suis persuadé qu’elle viendrait bien partout; néanmoins les terrains calcaires et crayeux paraissent moins lui convenir... » SPRENGEL, Trad. des Annales de Roville.
La Bisronte (Polygonum bistorta, Lin.), famille des polygonées, est cultivée comme prairie artificielle, dans une partie de la Suisse et du Jura. En général, elle est plus vigoureuse dans les localités humides que partout ailleurs; cependant je l’ai vue réussir assez bien dans les terrains légers, mais richement fumés du Jardin des Plantes de Paris. Son fourrage, un peu dur, est assez abondant. Il parait convenir surtout aux vaches et aux moutons.
Le Sarrasin ( Polygonum fagopyrum, Lin.
mème famille. (Foy. page 393 et suivantes.)
(:) Les courtes descriptions qui ont paru jusqu'ici nécessaires pour aider à distinguer les genres nombreux et lesespèces souvent fort voisines des mêmes genres de graminées et de légumineuses, mainteuant qu'il ne sera parlé que d'espèces prises çà et là dans des familles fort différentes, ne présente-
raient pas le même intérêt. Je les ai en conséquence supprimées.
522 AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES
Le PLANTAIN LANCÉOLÉ ( P/antago lanceolata, Lin.), famille des plantaginées, a été recommandé en Angleterre par ANDERSON, en France par GILBERT, et plus récemment en Allemagne par SPRENGEL. C’est une plante dont les moutons sont avides, et qui serait beaucoup plus propre à être pàturée que fauchée, car au fanage elle se réduit presque à rien. Aussi l’exclut-on soigneusement des prairies. Dans les pâturages il en doit être tout différemment. Là, elle dure fort longtemps et produit un pacage à la fois plus nulritif et plus abondant que les graininées. Le planlain lancéolé est peu difficile sur le choix du terrain.
L'EPERVIÈRE PILOSELLE ( Æteracium pilosella, Lin.), familie des semi-flosculeuses, décriée comme dangereuse pour les moutons par quelques auteurs, est, au contraire, considérée par SPRENGELL Comme une des plantes les plus propres à changer les sables les plus stériles en pâturages, excellens pour ces animaux. Ses feuilles et ses tiges, dit-il, ne souffrent nullement des gelées, de sorte que celles qui n’ont pas élé mangées en aulomne procurent aux troupeaux, dès qu'ils commencent à pâturer au printemps, une nourriture fraîche qui vient alors très à propos. — La végétation de cette plante commence au mois de mars, et dure lout l'été, même pendant les plus fortes chaleurs. Le pàturage des bestiaux ne lui est nullement nuisible. — On pourrait la semer avec une céréaie d’automne.
La LaiTue (Lactuca sativa, Lin.), même famille. — « Dans les exploitations rurales où l’on élève beaucoup de cochons, il est d'un grand avantage de semer en diverses fois, en mars, avril el mai, quelques ares de laitues que ces animaux aiment excessivement, el qui contribuent beaucoup à les entretenir en bonne santé pendant l'été; — un sol trèsriche, meuble, fortement amendé et situé près des bâtimens de l'exploitation, est ce qui convient pour cela; on sèmera, soit à la volée, à raison d'une livre et demie de graines pour 10 ares, soit en lignes à 12 ou 15 pouces de distance, à raison d’une livre seulement pour la même étendue. Dans tous les cas, on enterrera fort peu la semence. — On sarclera et binera soigneusement; car, sans ces soins, la laitue profite peu. » Calendrier du Cultivateur, 3° édition.
LA CHicoréE (Cichorium intybus, Lin.) ( feg.
699), de la même fainiile,produit, dans les terres de qualités fort différentes, un | fourrage précoÿ”Y ce,abondant,qui ÿ peut être pâturé
sur place ou fauché successivement pour étre porte à l’étable.—Elle dure 3 ou 4 ans et résiste fort bien à la sécheresse.
LAVo LS
— On la sème au printemps où en automne, seule ou avec de l'orge, de l’avoine, du froment ou du trèfle rouge.
Depuis un certain nombre d’années, la eulture de la chicorée a pris une certaine extension sur plusieurs points de la France. Dans le nord on en cultive une variété dont on utilise les racines comme succédanées du café. Ces mêmes racines qui se conservent dans le sol, sans craindre les effets de la gelée pendant tout l'hiver, sont, dit-on, une assez bonne nourriture pour les porcs. Cette variété est, du reste, aussi fourrageuse que l’autre.
La CENTAURÉE NOIRE (Centaurea mgra, Lin.), Jacée des prés, etc., famille des flosculeuses, est une plante des sols arides et élevés; elle fournit un bon pacage aux moutons, et elle ne gâte nullement la qualité des autres foins. Les prairies dans lesquelles elle se trouve en certaine quantité sont fort estimées aux environs de Cléry dans l’Orléanais et ailleurs. J’ai souvent eu occasion de remarquer la facilité avec laquelle elle repousse après avoir été fauchée ou pâturée pendant la saison des plus fortes sécheresses, et cela, sur des terrains de toutes sortes et de trèsmédiocres qualités. — On pourrait l’essayer seule, à raison de 8 à 10 kilogrammes.
La PETITE-MARGUERITE (Bellis perennis, Lin.), famille des radiées, possède plusieurs qualités qui, indépendamment de sa propriété très-nutritive, la rendent aussi précieuse dans les pâturages qu'inutile dans les prairies. Sa végétation est précoce et de longue durée, car depuis mars elle ne cesse de croitre jusqu’en décembre; — elle repousse rapidement sous la dent des animaux ; — elle est de longue durée et forme un gazon court, mais épais, excellent pour les moutons, et qui a la propriété de ne redouter nullement le parcours des oies.
La MrierereuILLeE ( {chillea millefollium, Lin.),meme famille, n’est ni très-fourrageuse, ni très-nourrissante, mais elle a le mérite de croître sur les terres peu profondes, et de résister à des sécheresses opiniâtres. Semée avec quelques légumineuses rustiques, elle offrirait sans doute une précieuse ressource en été, pour les moutons qui l’aiment beaucoup. Il est bon d’ajouter que dans plusieurs contrées d'Allemagne on arrache ses racines au printemps, pour les donner aux vaches dont elle améliore, dit-on, beaucoup le lait.
Le GRanp et le PETIT ROUCAGES (/’impinellæ saxifraga et magna), famille des ombellifères, ont été éludiés chimiquement et recommandés par SPRENGEL à l'attention des cullivateurs. Le premier, qui a des feuilles trèsfines, peu aqueuses et un peu dures, convient parfaitement aux moutons; il peut être brouté continuellement sans en souffrir ; il se contente d’un sol maigre, pierreux, sablonneux et très-peu profond; il dure longtemps et conserve sa verdure toute l’année. — Quant au grand boucage, toujours d’après le même auteur, ilest fort bon pour le bélail à cornes Cette plante, atteignant dans un terrain con: venable une hauteur de 3 à 4 pieds, est plutôt propre à être fauchée qu’à être pâturée.
Ce qui la rend surtout précieuse, c’est qu’elle a une végétation très-précoce, qu'elle est bien
garnie de feuilles et qu’elle repousse promptement après avoir élé coupée, de sorte qu’on pourra en avoir plusieurs coupes dans une année. Outre cela, elle supporte fort bien les plus grandes sécheresses et dure longtemps.
La BERCE BLANC-URSINE (/eracleum spondylium,Lin.), même famille, toujours d’après SPRENGEL,pourrait être placée parmi les plantes à fourrage les plus précieuses. Elle ressemble beaucoup au panais : de même que ce végétal, elle pousse des tiges hautes de 3 à 4 p., bien garnies de feuilles ; elle donne par conséquent un fourrage abondant, et trèsfavorable à là production du lait.—La racine fusiforme de la berce a plus d’un mètre de longueur, et il est probable qu’elle s’amélio: rerait par la culture; mais on sent qu’elle exige un sol profond et fertile. A cette condition, elle peut supporter les plus grands froids et les sécheresses les plus prolongees. Plusieurs espèces de Cuoux (Brassica oleracea, Lin.), famiHe des crucifères, sont cultivées, notamment dans le nord et dans l'ouest de la France, exclusivement comme plantes fourragères; ce sont: Le Chou cavalier (fig.
Fig 700. 700), le meilleur peut-être à cause de son élévation et de l’am:
pleur de ses feuilles; — le Caulet, qui s’en rapproche sous tous les rapports; — le Cou æ branchu où de Poitou, moins élevé que le cavalier, mais gar-
ri
ni fort souvent dé jets nombreux qui se
PEER ONCE Ca 07
développent
tout le long de la tige; — le Chou vivace, généralement plus élevé que celui de Poitou et moins ramifié à la partie basse de la tige ; —le Chou en arbre de Laponie, qui ne paraît être qu'une varié:
té locale de €e dernier; — /es Choux frisés verts Où rouges, qui différent de tous les précédens par leurs feuilles découpées, parfois presque laciniées; on les cultive de préférence dans le nord, quoique moins produclifs, parce qu'ils résistent mieux aux froids très-rigoureux.
Les avantages principaux des choux dans la grande culture, sont : 1° de procurer une nourritüre verte, abondante et très-recherchée du gros bétail en général, pendant tout le cours de l’hiver : dans les contrées où le foin fait encore seul ou presque seul la base de l'alimentation des animaux. ce premier point est surtoul d’une grande importance; — 2° d’exiger l'emploi d'engrais et la pratique de binages qui les rendent uné fort bonne culture prépañaloire pour d’autres récoltes fourragères ou céréales. Maïs, à côté de ces avantages, H faut noter que ces plantes sont
DES PRAIRTES.
assez épuisantes, lors même qu'on ne leur permet pas de monterengraines, parce qu’elles ne laissent aucune de leurs dépouilles sur le sol. Aussi, tant pour leur propre réussite que pour celle des cultures suivantes, fautil les fumer abondamment.
On sème tous les choux-fourrages en pépinière, le plus souvent en mars et avril, pour les mettre én place de septembre en novembre, aux approches des premières pluies d'automne; quelquefois en juillet et août, pour les transplanter en avril ou maï, par l’un des procédés qui ont été indiqués pour le colza. — L’espacement varie de 2 à 3 pieds (0® 650 à 1 mètre), selon l'espèce cultivée et la fertilité du terrain. — Pendant toute la durée de leur végétation, c’est-à-dire le printemps de la 2° année, on entretient le sol meuble et net de mauvaises herbes par des labours ou des binages. A cette dernière époque,quelques cultivateursles laissent monter et même grener pour continuer d’affourrager les animaux de leurs tiges florales jusqu'à l’entier épanouissement, ou pour récolter la graine.(Foy pag. 7 et suivantes du liv. 2)
Les CHoux-NaAvETs (Brassica napo-brassica, Lin.) ont de grosses racines charnues analogues à celles des navets, et qui jouissent de la précieuse propriété de se conserver intactes dans le solmême pendantles fortes gelées, de sorte qu’on peut ne les extraire qu’au fur et à mesure des besins dé la consommation. La manière deles cultiver en grand est la même qué pour les précédens; seulement 12 à 15 po. (0% 325 à 0" 406) suffisent entre chaque pied. Dans quelques lieux,on lessème cependant en place de la fin d’avril à la mi-juin. J’ai éprouvé cette méthode, et j'ai trouvé que, dans un sol bien préparé, elle donnait des résultats plus avantageux que là transplantation.
Le Caou RUTABAGA (Brassica rutabaga) se distingue particulièrement du chou-navet à la couleur jaunätre de sa racine et aux découpures plus profondes de ses feuilles. Ses avantages el'les soins qu’il exige sont à trèspeu près les mêmes. Comme culture potagère, le rutabaga m'a toujours paru préférable au chou-navet à cause de sa saveur. Il n’est pas inutile d'ajouter qu’il se forme plus vite que ce dernier, et que conséquemment on peut, on doit même le sémer plus tard.
Les choux à racines charnues sont trop peu répandus dans la grandeculture; ils donnent.
dans les terres argilo-sableuses et même sablo-argileuses fertiles ou suffisamment fumées, un produit d'autant plus important sn l'emploi des racines n'exclut pas celui
és feuilles.
Le Cnou-Corza (Brassica oleracea campestris, D.), dont il a été parlé, pag. 2 et suivantes du livre 2, sous d’autres rapports, est aussi cultivé dans quelques lieux comme fourrage. La meilleure mauière d’en tirer parti, en bâareil ca:, est de le semer à la volée sur le chaume, immédiatement après la moisson, à l’aide d’un fort hersage ou d’un seul trait d'extirpateur, à raison de 4 à 5 kilog. par hectare. Lorsque le froid n’endommage pas le $emis, on obtient ainsi, dès le premier printemps, un fourrage précieux à cette épo-
uê.
j Le Cnou-NaveTTE (Brassica napüs sylves-
tris, C. V.), Foy. pag. 8 du livre 2, est préféré par quelques cultivateurs à la moutarde blanche, comme fourrage. On le sème à la même époque et de la même manière que le colza, en ayant la précaution d'employer environ le double de graines. ;
La MOUTARDE BLANCHE {Syzapis alba, Lin.), mème famille, est généralement préférée à la moutarde noire (Foy. pag. 10 du livre 2, fig. 5 et 6), comme récolte fourragère; ainsi que les deux espèces précédentes, c’est sur le chaume qu'on est dans l'habitude de la semer, à raison d’un 10° de kilog. par hectare. Pour peu que le temps ne soil pas trop sec, la moutarde, dont chacun connaît la rapide croissance, donne promptement aux vaches, dont elle améliore le lait, une excellente nourriture jusqu'aux gelées.
La BUNIADE (Bunias orientalis, Lin.), même famille, est remarquable par la précocité de son fourrage. On peut le faire pâturer ou même le faucher dès la fin de mars ou le courant d'avril. C’est une qualité si importante, qu’on a beaucoup vanté cette plante. Dans les essais que j'en ai faits sur une terre argilo-sableuse aride et très-peu féconde, j'ai obtenu, en petit, de très-bons résultats du semis de printemps en place; d’autres se sont mieux trouvés, dit-on, de semer en pébpinière et de repiquer. En général, la Buniade est très-fourrageuse et parait peu difficile sur le choix du terrain et les soins de culture; mais une chose dont les auteurs ne pan pas et que J'ai éprouvée, c’est que es bœufs et les vaches la repoussent en présence de tout autre fourrage : il en est de mème des chevaux. Peut-être cependant pourrait-on les y habituer, et alors ce végétal présenterait des avantages analogues à ceux qu’on retrouve dans la chicorée.
Le PASTEL ( Zsatis tinctoria, Lin. )}, méme famille, se recommande aussi par sa grande précocité. Dès la fin de février, il est déjà en végélation. On lui a reproché d'être peu du gout des besliaux; cela est vrai pour les bêles bovines; cependant des expériences posilives démontrent qu'on peut les y habiluer, et qu'elles s'en trouvent assez bien.
Quant aux moutons, ils le mangent sans
Fig. 701. difficulté. On sème au P printemps 20 kilog.
DA * par hectare.
La SPERGULE ( Sper- & gula arvensis, Lin. ) à &' /ig. 7101), famille des
f ,Caryophillées, partage avec la moutarde la- W4 vantage d'utiliser Le sol ,; peu de temps après la moisson,et deprocurer
F7 / jusqu'aux gelées un pacage ou un fourrage ad ver! fortrecherchés des vaches. Dans les terres médiocres ou tenaces, elles'élève si peu qu'on ne peut guère en conseiller la culture que sur des sols sablo-argi- S leux, substantiels et frais. Là, je lai vue
| donuerenBelgique sur
LIV, 1°" les chaumes, ou après l'arrachage des lins, de fort bons produits. Je conseille donc de l'essayer dans des circonstances analogues, partout où les pluies estivales promettent quelques chances de succès.
La PIMPRENELLE (Poterium sanguisorba, Lin:), ET He rene (fig. 702). Le grand mérite de cette plante, :
dit M. none ar- Fig. 702.
faitement d’accord en fa, € cela avec tousles essais ll que j'ai faits et vu faire, est de fournir d’ex- Fa ù cellentes pâtures sur d | les terres les plus pau- LS vres et les plus sèches, VS soit sablonneuses, soit calcaires. Elle résiste aux extrêmes de la chaleur et du froid, et offre surtout une ressource très-précieuse en hiver pour la nour-° riture des troupeaux. f Quelques parties de la Champagne pouilleuse ont dû à la pimprenelle une amélioration <& sensible dans leur si- 2\}
Dr
tuation agricole ,amé- $@ lioration dont bien des \ milliers d’hectares en France seraient susceptibles. Il parait que son foin ne convient ni aux vaches ni aux chevaux, quoiqu'il soit excellent pour les moutons; mais son fourrage vert plait à tous les herbivores, et elle repousse pendant la belle saison plus vite peut-être qu'aucune autre plante. On la sème en mars où septembre, à raison de 30 kilog. environ par hectare.
La SANGuISORBE ( Sangrisorba officinalis, Lin.) (fg.703), même famille, plus vulgairement connue sous le Fig. 703.
nom de grande pim-
prenelle, s'élève beaucoup plus que l'espèce précédente, et n’est guère plus difficile qu'elle sur le choix des terrains.
J'en ai vu de belles sur des terres tuffacées, el J'en ai possédé de magnifiques sur des sols argilosableux maigres et arides. Je Îla crois préférable à la pimprenellecomme plus fourrageuse.
Les CouRGEs ou CiTROUILLES (Cucurbita), famille des Cu-
curbilacées, dans plusieurs parties de la France méridionale et occidentale, sont cultivées sur de petites étendues |
pour concourir à la
nourriture des rumi-
nans, et surtout des cochons, pendant une
cHaP. 18°,
partie de la mauvaise saison. Cette nourrilure, un peu aqueuse, a besoin d’être mitigée par d’autres alimens. L'espèce que j'ai vue le plus habituellement recherchée est verte, oblongue, de la grosseur de la tête ou davantage, et rayée de blanc ; quelquefois simplement tachetée de cetle dernière couleur et vresque ronde.
On la sème sans grande précaution lorsque les dernières gelées ne sont plus à craindre, tanlôt en des augets, au fond desquels on a déposé quelques engrais, Lantôt sans cette précaution, sur des fonds naturellement fertiles, au plantoir ou à la main, à des distances à peu près égales entre chaque pied.
D'après le premier procédé, qui est préférable, en répand 4 à 5 graines dans chaque augel, quoique plus tard on ne doive laisser subsister que deux pieds. À mesure que les courges mürissent, ce qu’on reconnait à leur changement de couleur, et surtout à la dureté complète de leur écorce, on les cueille; on les laisse se ressuyer quelque temps en plein air, et on les rentre toutes avant les gelées dans un lieu sec et abrité.
La culture des courges est assez étendue dans les départemens de l'Ain, de Saône-et- Loire, de la Sarthe, de Maine-et-Loire, elc.
Là, les cullivateurs en font grand cas pour les localités dont le fond est léger, quoique fertile. Au-delà du 49: degré vers le nord, elle ne présenterait plus les mêmes avanlages.
$ IV. — Des arbres et arbrisseaux fourragers.
Les végétaux sous-ligneux et même ligneux offrent dans quelques localités, et pourraient offrir dans beaucoup d’autres, des ressources assez importantes pour la nourriture des besliaux. Comme les plantes herbacées, il y a deux manières principales de les faire consommer : en vert, soit au pacage, soit à l’étable ; — à l’état sec, à l’aide de divers modes de conservation.
Les BRuYÈRESs(£7ricæ) elles-mêmes, dansles terrains qui ne conviennent qu’à leur végétation, sont quelquefois broutées par les moutons. M. pe MoroGuEs en cite des exemples pour la Sologne. D’après les essais qu’il rapporte,cesont les£rica cinerea elvulgaris dont les mérinos s’accommodent le mieux. Quand lesbruyères croissent mêlées à des genévriers, ce dernier arbrisseau rend leur pacage meilleur, parce que les moutons le broutent avec plaisir ét profit pour leur santé. On pourrait donc semer le genévrier comme le genêt, s’il ue croissait pas avec une si grande lenteur.
Les GENÈTS (Genista et Spartium, Lin.), famille des légumineuses, croissent spontanément dans beaucoup de localités sur les terrains qu’on abandonne sans culture pendant un certain nombre d'années. Dans d'autres on lessème, comme l’un desmeilleurs moyens d'amélioration des coteaux à pente rapide et des sables arides. C’est le Genét à balai (Sparttum scoparium, Lin.) qui est le plus répandu en France. Je ne me suis jamais aperçu chez moi que le gros bétail y touchât dans les pàturages, mais il procure une bonne nourriture verte aux moutons. L’agronome distip-
DES PRAIRIES
gué que je citais tout-à-l’heure en a tiré un fort grand parti dans ses propriétés du Loi ret : « Les genêts, dit-il, sont peu coûteux à multiplier; on en fait ramasser la graine par des pâtres; le litre revient à 50 ou 60 c., et il en faut 2 à 3 litres par arpent de 20 pieds pour perche. Afin d'éviter les labours, on les sème dans les terres usées et arides avec le seigle et le sarrasin ; au bout de 3 ans la genetière peut être pacagée avec avantage. Heureusement on commence, depuis plus de 20 ans, à se servir de ce moyen pour améliorer les pâturages de la Sologne, et cela seul a déjà produit un bien réel que la généralisation de cette pratique ne fera qu’accroitre. »
Le Genét velu (Genista pilosa, Lin.), d’après SPRENGEL, est celui qui tient le 1° rang parmi toutes les espèces de genèts les plus propres à garnir les pâturages des moutons. Voici les raisons qu’il en donne : 1° Il vient fort bien davws les terrains sablonneux et même dans ceux qui, à cause de leur grande aridité, ne produisent quais canche blanchâtre, l’épervière piloselle et quelques autres plantes, partage des terres les plus stériles ; 2° ses tiges et ses feuilles ne gèlent jamais, de maniere que, même pendant l’hiver, il procure aux moutons une nourriture abondante; 3° les rameaux sont mangés en entier; 4° de toutes les espèces de genêts, c’est celle que les moutons préfèrent, ce dont il est facile de se convaincre dans un pâturage où il se trouve plusieurs autres espèces de ce genre; 5°ses racines s'étendent à des profondeurs telles que la plante est insensible aux excès de la sécheresse et du froid, et qu’elle tire du soussol une grande partie de ses principes nourriciers; 6° elle ne souffre nullement d’un päturage continuel; 7° sa présence non seulement ne nuit aucunement au trèfle, aux graminées, mais elle procure à ces plantes une végétalion plus vigoureuse, parce que le genêt velu améliore la couche supérieure du sol ; aussi ne devrait-il manquer dans aucun päturage à moutons,en sol sablonneux et sec.
La Genestrolle (Genistatinctoria, Lin.) partage une parlie de ces avantages. L'analyse nous la montre comme plus nourrissante encore; elle dure longtemps, est d’une cullure facile, parce que la semence, ui est fort grosse, lève aisément, et souffre peu du voisinage des autres plantes. SPRENGEL recommande de semer ce genêt avec d’autres plantes fourragères en automne ou au printemps, par-dessus une céréale d'hiver.
L’Agonc(Ulezx europeus,Lin.),mème famille, croît aussi naturellement dans diverses localités sur les terres abandonnées pendant un certain nombre d'années sans culture, après quelques récoltes économiques. — Ailleurs on juge convenable de le semer, dans la persuasion qu'il améliore le sol pour les céréales. On répand alors à la volée une quinzaine de kilog. de semence par hectare. L'ajonc aime les terrains consistans. Il vient de préférence dans les schistes argilo-sableux, sur la crête des fossés où il forme d’assez épaisses clôtures, pendant ses premières années, et sur les friches, où, comme en Bretagne et une partie de la Vendée, on peut en retirer un combustible abondant et de bonne qualité.
Lorsqu'on cultive l'ajonc pour lourrage, on le tond ordinairement deux fois, une au commencement et la seconde vers la fin de l'hiver, en ayant soin de prévenir l’entier épanouissement des fleurs, parce que dèslors ses nombreuses épines seraient plus difficiles à briser, el parce que surtout Îles tiges acquerraient une rigidité telle que la faulx ne pourrait plus les renverser. Lorsque les champs d’ajoncs arrivent à un certain âge, on doit recourir à la serpe. Dans tous les cas, on frappe les branchages au maillet sur un billot, ou ou les fait passer sous les meules à cidre pour émousser les piquans qui repousseraient les animaux. En cet état, tous les mangent avec grand plaisir, et ce peut être, à défaut d’autres fourrages, une ressource souvent importante.
Les Pins (Péni) sont aussi, dans les assolemens où l’on juge utile de les introduire pour quelques années, employés à la nourriture des troupeaux. Je ne reviendrai point ici sur le mode de culture applicable à de tels assolemens (/oy. le chap. X); mais il est utile d'appeler l'attention des cultivateurs sur le parti qu'on peut tirer des espèces les plus abondaminent cultivées, et notamment du Pin maritime(Pinus maritima, Lio.) dont l'usage sous ce rapport est trop peu connu. Je ne puis mieux faire que de laisser parler M. pe MoroGues : « N’omettons pas jei le parti qu'on peuttirer des branchages de cette dernière espèce. Malheureusement les mérinos en font peu de cas; mais les bêtes à laine indigènes qui ne les appèlent point en été, les mangent en hiver. Depuis deux ans, M. lecomte pe TRisran a affourragé de celte manière pendant tout l'hiver deux troupeaux de brebis, race de Sologne, et il s'en est applaudi. — M. pe GauvVILLIERS, président de la Société d'agriculture du département de Loir-et-Cher, a aussi employé avec succès, dans sa terre près de Blois, ces branches pour nourrir les moutons; et moi-même j'ai fait, de mon côté, plusieurs expériences à ce sujet qui toutes m'ont paru concluantes.
— Il ne faut couper les branches de pins qu'au fur et à mesure du besoin, parce que quand elles sant sèches, les moutons paraissent ue s’en pas soucier, tandis qu’ils se jettent dessus avec avidité quand elles sont fraiches et qu'ils y ont été accoutumés. Si par hasard ils y répugnaient, on pourrai:
vaincre ce dégoût en trempant d’abord dans de l’eau salée les branches qu’on leur donperait. Cet expédient, dont on use avec succès pour faire manger (les premières fois, aurait dû ajouter l’auteur) des marrons d'Inde concassés aux brebis mérinos qui allaitent leurs agneaux, réussirait sans doute dans le cas que nous veuons de mentionner. » (Æssai sur les moyens d'améliorer l'agriculture en France.)
Certes, on ne cultivera jamais des pins comme fourrage dans les lieux où l’on pourra entreprendre des cultures herbagères ; mais on ne doit pas perdre de vue que M. de Morogues, en les recommandant, parlait aux habitaus de la Sologne, el que les circonstances fâcheuses qu'il avait en vue peuvent se présenter malheureusement en bien d’autres lieux. (Foy. l’art. AsSOLEMENT.)
AGRICULTURE: DES PLANTES FOURRAGÈRES