‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 347 sur 357 · LIV. er · texte numérisé non relu

LIV. er

| Beaucoup d'arbres estivaux sont trés-propres à donner des feuillards qui conviennent également à lous les herbivores. A.

THouix a consacré une partie de l’école pratique du Muséum d'histoire naturelle, et un paragraphe de sonCours de culture,a la formation et à la description de haies à fourrages. Malheureusement les espèces qui conviennent le mieux au bétail ne sont pas généralement celles qui procurent les clôtures les plus défensives, attendu qu’elles doivent être privées d’épines. Cet inconvénient est assez grave ; néanmoins il est telles positions ou l’on pourrait atteindre suffisamment le second but, sans manquer le prenier ; or, selon moi, cette question est plus importante qu'on ne parait le croire. Ce n'est pas seulement au Jardin des Plantes de Paris qu'on peut voir de superbes haies qu'une tonture rigide ne fait que rendre plus touffues dans leur mince épaisseur. Tous ceux qui ont parcouru la Belgique en ont pu remarquer de semblables en plein champ, et certes l'abondance des ramées obtenues une ou deux fois dans le cours de la belle saison, lorsqu'elles sont de nature à affourrager les animaux, sout d'autant moins à dédaiguer, qu'on peut choisir,pour les abattre, le moment où les prairies offrent le moins de ressources.

Une première condition à rechercher dans les végétaux qu’on destine à former des haies fourragères, c’est : 1°qu'ils plaisent aux besliaux ;2° que leur végétation soit le plus active possible, et que de fréquentes tontures neleur soient pas nuisibles. L'orme, les érables, le charme et divers autres végétaux ligneux remplissent fort bien ce double but.

Quant aux arbres ou arbrisseaux qui ne pourraient former de bonnes clôtures, parce que leurs tiges sont ou trop faibles ou trop disposées à se dégarnir du pied, ou enfin parce qu'ils auraient à souffrir des effets de la tonture, on peut encore les utiliser à la nourriture des bestiaux, en les plantant, comme on l’a conseillé, en taillis, en quelque sorte fauchables chaque année ; —en les arrétant sur souches très-basses; —ou en les élevant en Létards, destinés à être coupés tous les 3 ou 4 ans, et dépouillés seulement de leurs feuilles chaque année aux approches de l'automne. Sous les deux premières formes, quelques-unes des espèces qui paraîtraient présenter le plus d'avantage sont les suivantes :

La LUZERNE EN ARBRE (Wedicago arborea, Lix.), famille des légumineuses, quiest considérée parla plupart des naturalistes comme le vrai cylise, tant vanté des anciens, dont quelques essais avantageux ont été faits, je crois, aux environs de Montpellier, et qui paraît très-propre à fournir à la fois dans les régions méridionales un excellent fourrage aux bestiaux et une nourriture de prédilection pour les abeilles. On sait que l'excellent miel du mont Hybla, célébré par Virgile, était recueilli sur les fleurs de ce végétal.

Le Cyrise Des ALPESs (Cytisus laburnum, Lin.), même famille, qui prospère sur les terres sèches, rocailleuses, et dont il est probable qu'on obtiendrait des feuillards abondaus et fort du goùl des bestiaux.

Le BAGUENAUDIER ORDINAIRE (Co/utea arborescens, Lin.), même famille. Arbrisseau à croissance rapide qui se plaît aussi dans les terrains sablonneux ou calcaires de peu de valeur, et que toutes les bêtes fauves rongent jusqu’au bois. J'en ai vu des haies tondues depuis long-temps 2 et 3 fois chaque année, sans en souffrir.

Le CaRAGaNa où Arbre aux pois (Robinia caragana, Lin.); le Robinier faux-acacta (Robinia pseudo-acacia, Wild.) ; le Robinier sans épines (Robinia inermis), même famille.

Tous les 3 très-propres à être conduits en télards de 2 à 3 pieds de haut, et à donner à la fin de l’été des branchages abondans et feuillus dont les herbivores de toutes sortes sont avides.

La variété du Robinier connue sous le nom de spectabilis, dont les feuilles un peu glaunues sont plus grandes que celles de l'espèce commune, et dont les branches sont entièrement dépourvues d’épines, a, dans ces derniers temps, attiré d'autant plus l’attention des cultivateurs, qu'on est parvenu à l'obtenir franche de pied. M. Micnaux, notre confrère, qui s’est tout particulièrement occupé de étude des arbres sous le point de vue économique, tout en recommandant d’une manière spéciale la multiplication de cette intéressante variété, ne laisse cependant pas ignorer que si on permettait aux bestiaux de manger l'écorce d’acacia, le principe irritant qu'elle contient en propor- Lions telles que les Indiens de l'Amérique du Nord en emploient les décoctions pour se faire vomir, pourrait produire des accidens fächeux.

Quant au Robinier sans épines où Acacia boule, dont j'ai déjà parlé ci-dessus, comme il ne fructifie pas, il est plus difficile de le multiplier en grand. Cependant son feuillage délicat et très-abondant est recherché avec unempressementremarquable par les vaches, les moutons et les chèvres ; — M. Micxaux a éprouvé qu’on pouvait le couper au moins deux fois dans le cours de l'été; qu'il peut être très-utilement conservé en sec pour l'hiver, el il conseille en conséquence de greffer cet arbre en fente sur la racine même ou sur le collet des racines de l’acacia ordinaire, afin de le cultiver en rangées parallèles ou d’en placer les pieds isolés aux endroits qu'on ne pourrait utiliser d’une manière plus profitable.

L'ORME (Ulmus campestris, Lin.) , famille des amentacées, est depuis long-temps et dans beaucoup de lieux utilisé pour la nourrilure des bestiaux. Il se conserve parfaitement en massifs plantés sur les terrains d’une pente rapide et tondus chaque année.

Il vient bien aussi en haies dans les lieux où l'on peut se défendre contre la disposition traçante de ses racines ; enfin, il forme des tétards d’un grand produit en branches et eu feuilles. — L’'Orme «te Hollande, dont les feuilles sont plus grandes et plus épaisses que celles de l’espèce ordinaire, devrait être géuéralement préféré.

« Le feuillage des divers ERABLES, famille des acérinées, en exceptant toutefois celui du #egundo (Acer negundo, Lin.), donne frais, ou encore conservé sec pour l'hiver,

DES PRAIRIES

Gp ri

un aliment très-nourrissaut aux bestiaux.

L’£rable jaspé est de toutes les espèces de ce genre celle dont la sève est la plus sucrée. Dans le nord des Etats-Unis, au Canada et à la Nouvelle-Ecosse, les cerfs et les élans se nourrissent presque exclusivement de ses branches de deux années d'existence, ainsi que de ses bourgeons qui se développent de très-bonne heure au printemps, ce qui lui a fait donner le nom de moosewood (bois d’élan ). L’érable jaspé se trouve particulièrement aux endroits élevés, humides et ombragés. Introduit dans les montagnes de la Suisse, des Vosges, de l’Auvergne, elc., 11 s’y reproduirait naturellement et il ajouterait utilement à la nourriture des chèvres qui seules peuvent gravir les pentes rapides et escarpées de ces montagnes. — On peut encore donner aux bes- Uaux des ramées du Peuplier suisse, du Peuplier francet du Peuplier de Canada. Les Indiens de la haute Louisiane nourrissent leurs chevaux, une partie de l'hiver, avec les jeunes branches conservées de ceite dernière espèce. » Micaaux. Note communiquée.

Le FRÈNE (Fraxinus excelsior, Lin.), famille des jasminées, est un des arbres les plus utiles sous le point de vue qui nous occupe ici. Je n'ai pas vu couper ses jeunes branches pour sn ou les ruminans à l'étable; mais dans plusieurs départemens, comme dans celuide Maine-et-Loire, on l’effeuille chaque année en automne avec un soin minutieux pour en nourrir les vaches laitières. Ce sont ordinairement des femmes et des enfans qui sont chargés de monter sur les tétards, toujours peu élevés, pour faire cette cueillette. Ils la font également sur les ormeaux, PArEais sur les peupliers, et ces produits, malgré leur grande utilité, au moins en cerlaines années, ne coûtent cependant qu'un peu de temps, et ne peuvent nuire sensiblement aux arbres à l’époque où on les obtient. Il n’en est pas touiours de même de l’ébranchage.

Lorsque l’on veut conserver des ramées ou feutllards pour l'hiver, on en forme de petits fagots qu’on superpose, après quelque temps de séjour à l’air libre, dans un endroit abrité des grandes pluies, d’où on les retire ensuite au fur et à mesure du besoin.—La feuillée est susceptible aussi de conserva:

lion. Aux environs de Lyon, on entasse les feuilles de vigne dans des citernes ou des tonneaux, et après les avoir foulées le plus possible, on les couvre d’eau. On les coupe ensuite à la bêche lorsqu'on veut en faire usage pendant l'hiver. I! paraît que les animaux, une fois accoutumés à ce genre de nourriture, s'en trouvent à merveille. Dans quelques provinces d'Italie, on cueille les feuilles en septembre.On les laisse plusieurs heures étendues au soleil, puis on les entasse de la même manière dans des tonneaux ou des espèces de silhos simplement recouverts de sable, parfois même de paille et de terre.

D’après les analyses que SPRENGEL a faites des espèces de feuilles employées à la nourrilure des bestiaux en Allemagne, on trouverait que celles de chêne contiennent à l’élat sec environ 80 pour cent de parties nutritives ;--celles de frène, 81 2/3; — celles d’orme,

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£1:.- celles de charme, 76 1/2; — celles d'érable, 77 ; — celles d’acacia, 78 1/2; — celles de hètre, 72 1/2: — celles de peuplier, 76 1/2 ; - -celles d’aune, 71 1/2; — celles de saule, plus de S0; — celles de tilleul, 80 1/3; — enfin, celles de bouleau, 72 1/2. Toutes ces feuilles étaient sèches lorsqu'elles ont été soumises à l’expérience: mais il est probable qu'elles avaient élé détachées des arbres avant que la sève les eût abandonnées, c’està-dire dans le cours de l'été ou le commencement de l'automne. J’ajouterai, avec M. Puvis, que, dans une ferme où l’on a donné pendant plusieurs mois à 3 vaches, comme

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