‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 352 sur 357 · AGRICULTURE : MALADIES DES PLANTES · texte numérisé non relu

AGRICULTURE : MALADIES DES PLANTES

Liv. 1Ÿ

alors alimentée, pourra former un bourrelet latéral capable de recouvrir la plaie. Sil s'agit d’une branche latérale, on doit la couper près du tronc et de manière à présenter une coupe oblongue que l’accroissement de l’écorce recouvrira comme une plaie verticale. Les forestiers savent cependant que pour quelques arbres, comme les conifères, les rameaux latéraux doivent être coupés à un pouce du tronc, parce que si l’on coupe à la naissance des branches, il se forme un trou qui pénètre jusque dans le bois, tandis que ces tronçons, en se desséchant, ferment la plaie.

Les plaies qui mettent à nu le corps ugnreux méritent toujours de fixer l’attention, parce qu'elles peuvent devenir graves ; l'air agit sur le carbone du bois et diminue sa solidité ; l’eau dissout les parties attaquables, les amollit et les désorganise. Le bois résiste mieux que l’aubier à cette désorganisation, et les bois durs mieux que les bois tendres.

LesConifères, à cause dela résine que contient leur bois, résistent mieux aussi à l’action de l’eau. On évite autant que possible ces inconvéniens, lorsque la surface de la plaie est lisse et ne présente aucune anfractuosité, parce que l’eau pouvant s’écouler, la destruction est plus lente; les bois coupés à tranche nette souffrent donc moins que ceux rompus ou à tranche baveuse, qui permettent l'infiltration des eaux. Il y a moins d’inconvéniens lorsque ce sont des surfaces verticales qui sont dénudées que quand ce sont des surfaces horizontales, parce que l’eau s’y arrête moins; aussiles coupes transversales produisent-elles des accidens plus graves que les plaies longitudinales.

Les plaies qui n'attaquent que les parties extérieures de l'écorce sont peu importantes ; ces blessures ne deviennent graves que quand elles ouvrent un passage aux sucs laiteux, gommeux, résineux, qui abondent dans certaines écorces, ou bien lorsqu'elles mettent à nu untissutrès-parenchymateux et susceptible de pourriture.

Toutes ces plaies se guérissent souvent naturellement par suite de la direction du cambium qui tend à former un bourrelet croissant aux deux bords; il s'ensuit que la longueur de la plaie esi äe peu d'importance comparée à sa largueur: étroite, elle est promptementrecouverte et le corps ligieux est peu altéré ; large ou circulaire, il lui faut des mois, des années pour se recouvrir, quelquefois elle ne se couvre jamais, et il en résulte la mort du végétal.

Empêcher l’action de l'atmosphère sur la plaie, c’est le seul moyen de favoriser la

réunion de l'écorce; voilà pourquoi les culti-

vateurs recouvrent ces plaies de diverses manières. Une simple planche clouée ou fixée de toute autre manière est un moyen bien grossier ; le meilleur abri de ce genre, c’est l’onguentdeSaint-Fiacre, que FORSITH compo sait comme il suit: bouse de vache, une livre: plâtre, demi-livre; cendre de bois, demi-livre; sable siliceux, une once; on pulvérise d’abord ces trois dernières substances, puis on les méle avec la première. La manière d'employer cet onguent consiste à l’étendre sur la plaie à l'épaisseur d’un huitième de

cap. 19°.

pouce ; on saupoudre de sable, on presse ce sable, et on répète l'opération jusqu’à ce que la surface soit unie comme une pierre; cette pâte a l'avantage de ne pas se fendiller et elle remplit bien son but, abriter de l'air les surfaces dépouillées d’écorce. Dans la confection de ces emplâtres, qui varient à l'infini, et que l’on compose souvent tout simplement de bouse de vache et de terre franche, auxquelles il est bon d'ajouter un peu de menue mousse, on peut encore employer avec avantage les matières cireuses ou résineuses, mais il faut rejeter avec soin les substances huileuses et celles qui sont un poison pour les plantes.

* Ainsi, tout ce qui concerne la guérison des plaies des arbres se réduit à protéger le plus possible le corps ligneux contre l'action de l'air et de l’eau, en favorisant le développement de l’écorce, ou y suppléant par des abris artificiels; et on peut presque dire que c'est a l'emploi diversement modifié de ces emplâtres préservatifs, que seréduisent presque tous les pansemens chirurgicaux des végélaux.

L'effeuillaison où la défoliation, qui prive le végétal des organes les plus importans de la nutrition, est un accident sans gravité quand il n’est pas total ou presque total ; la nature répare bientôt cet accident par le développement de bourgeons axillaires qui donnent naissance à de nouvelles feuilles ; c'est ce qu'on voit sur les arbres défeuillés par la grêle, chez les müriers effeuillés pour la nourriture des vers-à-soie, et dans quelques autres circonstances. Lorsque l’effeuillaison a lieu par la volonté de l’homme, comme dans le mürier, on a soin de laisser quelques feuilles à l'extrémité des rameaux, afin que ces feuilles attirant la sève, celle-ci dans sa route nourrisse les brauches et produise un développement plus prompt des bourgeons. Les effets de la grêle ou de la dent des bestiaux sont d’ailleurs plus graves, parce que, outre que ces précaulions ne sont pas prises, il y a souvent contusion et déchirure; aussi est-on quelquefois obligé de rabattre les rameaux les plus maltraités.

La compression des organes et particulièrement de l'écorce, comme il arrive lorsqu'on serre unarbre avec une corde, ou que ce lien n’est pas relâché en proportion de l'accroissement de la tige, produit des effets analogues à la section annulaire de l'écorce ; cette ligature empêche, en tout ou en partie, la descente des sucs élaborés dans les feuilles, et donne lieu à la formation d’un bourrelet supérieur et inférieur.

La flagellation, c’est-à-dire l’action de fraper les branches avec des perches ou des gaues pour s’éviter la peine de cueillir certains

fruits, tels que les pommes, les noix, les olives, elc., cette pratique, en usage dans beaucoup de contrées, inflige souvent aux arbres des lésions compliquées des effets de l’effeuillaison , de la contusion et de la plaie. En agissant de cette manière, on fait d’abord avec les fruits tomber les feuilles, ce qui n'est pas sans inconvénient pour les végétaux à feuilles persistantes, comme l'olivier ; en second lieu, on rompt les petits rameaux

DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE

qui portent les bourgeons fruitiers pour les années suivantes ; on entame souvent l'écorce des grosses branches, de façon à déterminer une multitude de petites plaies qui se transforment quelquefois en ulcères ; en tous cas, les coups dont on frappe l'écorce la meurtrissent et: produisent plusieurs des fâcheux effets de la contusion ; enfin, en précipitant lourdement les fruits à terre, on les meurtrit aussi, ce qui hâte considérablement leur pourriture. Cetle pratique est donc condamnable sous tous les rapports, et doit être proscrite en bonne agriculture.

La décortication ou l'enlèvement del’écorce, est une autre pratique, accidentelle ou faite avec intention, qui peut gravement compromettre la santé et même la vie des arbres:

le premier cas rentre dans les plaies dont nous avons parlé précédemment. Lorsqu'on exécute volontairement la décortication totale, elle a pour but de donner plus de dureté au bois, ou de se procurer l'écorce pour des usages particuliers; il s'ensuit la mort du végétal; mais cela était entré dans les prévisions du cultivateur.—On la fait quelquefois partielle, comme dans l’ércision annulaire, afin de diminuer la force de végétation de l'arbre, le porter à fruit, ou empécher la coulure des fleurs. Des entailles ou des trous de tarière faits dans l'écorce, et même jusque dans le corps ligneux, ont le même but en procurant un écoulement de sève. Il en est de mème de l'arcure ou courbure des branches, de la torsion où du pincement des jeunes rameaux, qui sont recommandés dans la culture de plusieurs végétaux. —Dans la greffe, la taille, l’'ébourgeonnement et dans beaucoup d’autres pratiques agricoles, on cause encore des plaies aux végétaux : loin de chercher à y remédier, on se propose, en les exécutant, un but utile ; nous n'avons donc point à nous en occuper Ici. C. B. ne M.

SECTION II. — Des plantes nuisibles en agriculture.

Un auteur allemand, TEiNpz, a fait un Traité sur les mauvaises herbes seulement; on pourrait en composer un non moins étendu sur les plantes parasites et microscopiques nuisibles aux végétaux cultivés. Contraints de nous réduire ici aux données pratiques les plus positives, nous ne donnerons pas la description botanique de tous les végétaux dont le cultivateur doit repousser la multiplication ou détruire la race, nous n’en ferons pas même une énuméralion complète; ce travail aurait peu d'utilité, et, avec les moyens spéciaux qui seront indiqués dans les articles suivans, il nous suffira de dire, d’une manière générale, que l’agriculteur soigneux de ses récoltes et qui désire l'amélioration progressive de son fonds, doit détruire exactement toutes les plantes advenlices sauvages ou cultivées, toutes les mauvaises herbes, tous les végélaux parasiles qui viennent habituellement ou accidentellement salir ou infester ses cultures.Avantde parler de ceux quinuisent plus particulièrement soit aux céréales, soit aux prairies, soit aux cultures industrielles ou fo-

534 AGRICULTURE : PLANTES NUISIBLES

restières,nous renverrons à la section du Vet-

toyage du sol ( Chap. VIII de ce livre, p. 231

etsuiv.),oùilest question de la destruction des

mauvaises herbes dans les champs cultivés

en général, et des moyens d'y parvenir selon

les espèces à détruire et l’état de la culture. C. B. »pE M.

ARTICLE 1°".— Plantes nuisibles aux céréales.

Parmi les plantes que les cultivateurs redoutent comme les fléaux des céréales, les unes les attaquent directement et désorganisent leur tissu, ce sont les parasites intestines Où biogènes de M. pe CANDOLLE ; les autres ne leur préjudicient que par leur voisinage.

$ 1°, — Des Parasites internes.

Nous rangeons dans ceite classe la rouille, le charbon. la carie et même l’ergot, les trois premières à l'exemple de la plupart des hbotanistes, la dernière sur la foi de M. pe Canoorre. Les cultivateurs, ilest vrai, et même plusieurs naturalistes regardent ces affections comme tout autre chose que des productions cryptogamiques ; ils y voient de véritables maladies, des altérations propres du tissu végétal, sur la nature et les causes desquelles ils ne sont d’ailleurs pas d'accord; car ils les ont prises tour-à-tour pour des ulcères, pour des tumeurs analogues aux gales, c’est-à-dire recelant des œufs d'insectes, pour des pustules logées dans la cavité des stomates ou pores exhalans, pour un développement anormal de la globuline où molécule élémentaire du tissu, etc., et ils les ont attribuées successivement aux attaques des insectes, à la moisissure du grain de semence en terre, à l’accumulation surabondante et à la mauvaise élaboration des sucs nourriciers par suite du trouble des fonctions d’exhalation et de respiration, au déchirement des utricules et à l’extravasion de la sève, àunesorte de fermentation ou de germination, etc. Au milieu des nuages qui voilent encore à nos yeux les causes des maladies des végétaux, nous avons préféré l’hypothèse qui lève le plus facilement les difficultés du sujet, et qui présente en sa faveur le plus d’observalions positives. Elle s’appuie en effet sur les recherches anatomiques et microscopiques de Fon- TANA, de Banxs, de Bénédict Prévosr et de M. Ad. BronGnrarT; sur les analyses chimiques de Davy et de M. DuronG d’Astafort,

ui ont trouvé dans la carie et le charbon des produils analogues à ceux que donnent les champignons ; enfin, sur l'autorité de BuezLiarp, de MM. p£ CANDOLLE, PERSOON et FRIES, qui, s'étant spécialement occupés des végétaux cryptogames, sont les plus capables de décider si les corps qu’on découvre dans les tissus altérés sont des champignons où n’en sont pas.

Toutes les parasites biogènes se développent sous l’épiderme des végétaux, le soulèvent,lerompent.et, s’'épanouissant au dehors, répandent une poussière composée de corps regardés comme leurs graines; elles épuisent les plantes sur lesquelles elles vivent en se

nourrissant de leurs sucs; souvent même elles les déforment, les tuent ou les empéchent de porter des graines. MM. Kniçur et DE CANDOLLE ont observé qu'elles se développent surtout lorsqu’à un mois de juin très-sec succède un mois de juillet chaud et pluvieux.

Comme causes prochaines des maladies des plantes en général, et par conséquent des céréales aussi, M. UNGER reconnaît une prédisposition spécifique dépendant de l’organisation de chaque espèce, la plénitude de la sève, la jeunesse de la plante, la mollesse des parties, un terrain trop fumé ou trop gras, et en général une vitalité énergique, mais mal équilibrée dans ses fonclions; puis, comme causes occasionelles, une almosphère habituellement chargée d’eau, comme elle l’est, par exemple, dans les bois et les prairies humides, en Angleterre, en Hollande, dans les printemps et les automnes pluvieux; l'absence de l'a lumière, des changemens subits dans l'atmosphère, une longue sécheresse, des semailles trop épaisses, le séjour de l’eau.

L. De la Rouille.—On comprend et confond ordinairement sous le nom de Roule (Ruggine, Nebbia, ïal.; Rost, Græserrost, allem.; Blight, Blast, Red rust.,angl.) plusieurs affections des feuilles et des tiges des graminées. M. DE CaNpoLLe en distingue trois formes dont il fait autant d’espèces : 1° La véritable rouille (Uredo rubiso, DC.). Elle attaque la plupart des céréales, mais surtout lorge et le froment ; elle se développe presque tou- Jours à la surface supérieure des feuilles sous la forme de pustules ovales, très-nombreuses et très-pelites, puisque leur longueur n'est que de 1/6 à 1/2 ligne, ayant un aspect blanchâtre qui résulte du soulèvement de l’épiderme, el répandant, quand elles l'ont rompu,une poussière fine, d’abord jaune, puis rousse. Celte poussière se détache facilement et elle est quelquefois si abondante qu’elle jaunit leshabits des personnes qui traversent un champ de blé attaqué de rouille. Vue au microscope, elle est loute composée de glo bules ou capsules très-petites. Le blé aboudamment chargé de rouille ne donne que des grains peu nombreux et souvent rabougris.

2° L’Urédo linéaire (Ur. lirearis, Pers.). Il croiltrès-rarement à la surfacesupérieure des feuilles; ils’établit presque toujours sur leur gaine, sur leur face externe où sur la tige.

Il est formé de pustules alongées, étroites, d’un jaune assez vif, et d’une consistance plus compacte que celle de la vraie rouille. An microscope, chaque pustule se montre composée de capsules oblongues, à peu près cylindriques, beaucoup plus grosses et plus longues que celles de la rouille. L’épeautre et le gros blé (Triticum turgidum) y sont, d’après M. Vaucner, moins sujetsqueles autres céréales.

3° La Puccinie des graminées (Puccinia graminum) croit sur toutes les parties de ces plantes, même quelquefois sur les glumes et les barbes des épis. Elle consiste (#g. 704)en pustules ovales ou linéaires qui, au moment où elles percent l’épiderme, sont déjà presque noires, et le deviennent complètement en peu de temps. À l’aide du microscope, on

cHaAP. 19°.

voit que ces pustules sont composées de petites plantes qui ressemblent à des massues B,C, c’est-à-dire qui, sur un pédicelle blancet

Fig. 704.

filiforme, portent une capsule noire, oblongue, divisée par une cloison et un petit étranglement en deux loges, dont l’inférieure représente un cône renversé, tandis que la supérieure est un peu arrondie et plus grande.

Non seulement on a confondu la Puccinie des graminées et l’Urédo linéaire avec la Rouille, mais encore, comme elles naissent souvent mélées entre elles, notamment les deux premières, on a cru qu'elles étaient toutes les trois des états divers d’un même champignon, et que la diversité de leurs apparences était une conséquence de leur developpement dans des circonstances différentes. Mais M. DE CaNDOLLE a trouvé des plantes de blé qui portaient l’un ou l’autre de ces champiguons ; il a vu que ceux-ci conservaient leur forme, depuis leur première apparition jusqu'à leur dispersion, et que, quand ils étaient mêlés, chacun végétait de son côté. On a pris aussi la Puccinie des graminées pour un état particulier du Charbon, et on les a désignés tous les deux par les noms de zoir et de mouchet. L’Urédo lineaire et la Puccinie, quoique plus gros que la Rouille proprement dile, sont moins épuisans, parce que la quanlité en est tou- Jours moindre. |

Analysée par la voie humide, la rouiile a donné à M. Gurarr fils, de la chlorophylie, une matière cireuse et une substance astringente qui recélait probablement plusieurs principes, mais qui n’a pu être décomposée, vu la faible quantité qui était soumise à l’opéralion.

C’est dans les champs ombragés et humides, à la suite des pluies ou des brouillards suivis d’un soleil ardent, que /a rouille se développe avec le plus d'intensité. Lo- SANA Cependant assure qu'elle est fréquente daus les anoées sèches et chaudes, maïs il reconnait qu'elle l'est également dans les saisons remarquables par les alternatives de pluie et de chaleur. En général, les terrains gras long-temps pâturés, ou défrichés depuis peu, sont favorables à sa production.

On regarde comme une chose certaine en Angleterre que les fromens semés dans le voisinage de la mer, ou fumés avec des varecs dans lesquels on a répandu du sel marin, sont fort peu sujets à la rouille ; on dit aussi dans le même pays, et en Amérique, qu'elle attaque plus fréquemment et plusabondamment les céréales semées clair que les céréales semées épais. Elle sévit d'autant plus sur les plantes, qu’elles sont plus vigoureuses.

Si celles qu'elle atteint sont jeunes, le tort

DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE

qu'elle leur cause n’est pas considérable, et, suivant BAYLE BARELLE, une pluie qui lave les feuilles suffit pour les remettre en bon état; mais il devient plus grand lorsqu'elle apparait après la formation de l'épi el avec abondance; dans ce cas, les grains restent légers et rabougris.

La paille rouillée a peu de valeur ; elle est une inauvaise nourriture pour les besliaux, et le fumier dans la composition duquel elle entre esl de mauvaise qualité.

Le cultivateur n’a en sa puissance aucun moyen de guérir de la rouille les blés qui en sont infestés ; il est réduit à laisser faire la nalure qui les en débarrasse quelquefois, soit par de copieuses ondées, scit de quelque autre manière que nous ignorons ; ou à les faucher, si l’épi n’est pas encore formé, comme on le fait dans la Toscane et à Bologne. En prenant ce dernier parti, il a assez dechances de voir se développer une nouvelle généra- Lion de feuilles exemptes de rouille, et, dans tous les cas, il a moins à redouter le mal pour les récoltes suivantes, puisque les sporules du parasite n’ont pu se répandre encore.

Quant aux moyens préservatifs, les seuls qu'indique M. pe CANDOLLE, outre les soins généraux d’une bonne culture, c’est de ne

as semer les céréales dans les lieux bas et Pad. et de ne pas faire succéder dans les assolemens une céréale à une autre qui aurait déjà été attaquée de la même maladie.

On pourra se conduire aussi d'après la connaissance des autres circonstances indiquées comme favorables on contraires à la naissance de la rouille, en se tenant toutefois pour averti que leur influence w’est pas parfaitement avérée. On fera bien de ne pas couper les blés rouillés les premiers, afin que, s’il vient à pleuvoir pendant la inoisson, la paille soit lavée, et que les grains altendris deviennent plus ronds.

La maladie que RE appelle carolo, ruggine Où brusone, parait n'être que la rouille du riz. Elle consiste en taches roussätres qui se montrent sur les feuilles, et ensuite quelfois sur les tiges, et d’où s'échappe une poussière jaunâtre, d’abord insipide et inodore, puis un peu acide et d'une odeur argileuse.

Elle se jette sur les plantes vigoureuses, qui trahissent sa présence par un vert plus foncé, elquiysontsujettes dans leur jeunesse,çcomme dans un âge plus avancé. Elle parait due à l’excès d'engrais; elle ne se manifeste jamais, dans les vieilles rizières. Faucher le riz, faire écouler l’eau de la rizière, voilà Jes seuls moyens qu'indique Re pour la combattre.

IT. Du Charbon.—Le parasite qui constituele Charbon (Flugbrand, Russbrand, Nagelbrand.

allem.; Carbone ou Fuligoine,ïtal.; Loose smut, angl.) est l’Uredo Carbo, DC. (U. segetum, Pers.; Cœoma seget., Link.; Ustilago seget., Dittm.) (/4. 705, A) qui attaque l'axe de l’épi, les glumes et la surface des graines, ou, selon M. Ad. BRoNGNIART, le pelit pédicule qui supporte les organes floraux B 4. A la fin de sa vie, il les recouvre d’une poudre très-abondante, noire ou d’un brun verdâtre, toujours visible à l’extérieur, très-légère, inodore et quelque peu visqueuse quand elle est fraiche

mais se laissant facilement emporter par les vents quand elle est sèche; enfin composée de capsules parfaitement sphériques, extrémement petites et à demi transparentes.

M. Ad. BRONGNIART, qui en a suivi tous les développemens dans l'orge, depuis le moment où 11 se forme au sein des épis à peine longs d’un centimètre, a vu dès l’origine les globules dont il se compose légèrement adhérens les uns aux autres et réunis en masses compactes, de couleur verdâtre, dans des cavités quadrilatères C c,que présentait le tissu cellulaire et que séparait une couche ou deux de cellules très-pelites b d. Mais, par les progrès de la végélation, les cloisons celluleuses finissaient par disparaitre; les globules s’isolatent complètement, et leur couleur devenait noire. Leur développement avait cansé l’avortement des organes de la fructification Be, dont on ne retrouvait plus que des rudimens sur le pédicelle tuméfié,et avait détruit une partie des enveloppes de ces organes b c.

Eu général, il sort fort peu de tiges d'un pied frappé de charbon, et ces tiges sont gréles. On les distingue dans le froment, non seulement à ce sigue et à la couleur noiràire des épis, mais encore, avant même que épi ait paru, à leur feuille supérieure qui est tachée de jaune et sèche à son extrémité. M. Tessier a rencontré le charbon sur des fromens faibles comme sur des fromens vigoureux, dans différens terrains et à diverses expositions, mais plus particulièrement sur le blé de mars ; il soupconne que les espèces barbues y sont moins sujettes que les espèces dépourvues d’arètes. Suivant le même auteur, toutes les variétés d’orge en sont également aitaquées, quels que soient le sol et l'exposition où elles se trouvent placées. Dans une expérience faite sur la même céréale, il s’est assuré que plus le grain était enterré profondément, plus il fournissait de pieds charbonnés.

Toutes les céréales sont sujettes au charbon : il cause peu de dommage au froment, parce qu'il ne l'attaque ni fréquemment ni violemment, et parce que sa poussière se disperse avant la moisson, de sorte qu'il n’en arrive à la grange que la petite quantité que peuvent recéler les épis restés dans le fourreau ;

AGRICULTURE : VEGETAUX NUISIBLES.

Fig. 705.

EUVES

mais il est plus funeste à l'orge et à l’avoine qui en reçoivent des atteintes plus souvent réilérées et plus rudes, et qui en propagent davantage les germes, toutes les deux les entrainant avec elles à la grange, soit parce que leurs glumes se décomposent moins et ne leur livrent pas aussi facilement passage avant la récolte, soit, ce qui est particulièrement le cas de l’avoine, parce qu’elles se charbonnent plus inégalement, les épis ou mème les grains étant ordinairement en partie sains, èn parlie malades, tandis que chez le froment l'ordinaire est de voir les épis affectés en entier. Cette persistance de la poudre charbonneuse sur les épis d’orge et d’avoine a été bien constatée par M. Vizmorin, qui, après la moisson faite et rentrée, ayant besoin de cette poudre pour des expériences, a pu trouver dans les gerbes une quantité de panicules ou d'épis tout-à-fait ou en partie intacts, quoique charbonnés, et qui ayant examiné à la loupe, après le battage, le grain de masses d’orge et d’avoine plus infestées que les autres, a reconnu sur sa surface une quantité de globules de charbon.

De même que la poudre de la carie, celle du charbon noircit souvent le visage des personues qui battent de l'orge ou de l’avoine, mais elle les fait moins tousser. Elle ne parait pas communiquer de qualité déiétère à la farine, avec laquelle au surplus elle n’est Jamais mêlée qu’en irès-petite quantité dans le froment. Le tort qu'elle cause aux cultivateurs consiste essentiellement dans la diminution de la quantité de la récolte. Cette diminution doit se mesurer non seulement au nombre des épis charbonnés qui paraissent hors de leur gaine, mais encore à la quantité de ceux que leur état de faiblesse y Uent renfermés. La paille de froment, d'orge et d'avoine charbonnée déplait aux bestiaux ; on ne sait si elle les incommode.

Il résulte des expériences de M. TESsiER que le charbon peut se communiquer par conlagion, et qu'on peut empêcher sa reproduction par les mêmes moyens employés contre la carie. Cependant il parait. beaucoup moins contagieux que cette derniere, et moins susceptible d’être prévenu par le chaulage ou par le sulfatage. Il est arrivé à M. VirczmokiN d'avoir plus de charbon dans la moitié d’une pièce semée avec de lavoine chaulée que dans l’autre moitié dont la semence n'avait pas reçu de préparation, tout étant égal d’ailleurs; d’autres fois le résultat a éte en sens inverse ; d’autres fois enfin il y a eu parité. Le sulfatage a produit, en général, des effets plus prononcés que le chaulage, mais les exceplions ont encore été saillantes : il est vrai que lorsque le chaulage et le sulfatage ont montré le moins d'efficacité, ils avaient eu lieu par aspersion, méthode quelquelois à peine suffisante pour le froment et peu convenable pour l’avoine et l'orge qui sont beaucoup moins propres que le grain de troment à s’imprégner d’une dissolulion quelconque, et pour lesquelles on devrait par conséquent augmenter non seulement l'énergie de la préparation détersive, mais encore la durée du bain, ce qui augmenterait les dépenses. C’est probablement la crainte de cette augmentation de frais qui a empêché

cHap. 19°,

les cultivateurs d appliquer au charbon de l’orge et de l’avoine les moyens que maintenant ils emploient généralement contre la carie du froment. Toutefois la chose vaut la peiue d’être essayée, le sulfatage surtout qui a parfaitement réussi à M. Le BLaxc dans le dép. de la Haute-Garonne. THAER, prétendant que la maladie ne se transmet point par les semences, qu’elle se reproduit d’ellemème sur les terrains mouilleux et excessivement gras sous l'influence d'une température humide et chaude , enfin qu’elle affecte non seulement l’épi, mais la plante entière, ne voit d’autres moyens de la prévenir que de semer avec tous les soins convenables, sur un sol bien choisi et bien égoutté, des grains accomplis ; il croit aussi que la nature de l’engrais peut exercer une influence sur la production du charbon. M. pe Cax- DOLLE , dans l'idée que la poussière charbonneuse qui se répand sur la terre est absorbée par les jeunes plantes, pense qu'une rotation de culture telle que les céréales ne reviennent pas à des intervalles trop rapprochés sur un même champ, peut seule diminuer l'effet du à cette cause.

Sous le nom d'Uredo destruens, M. Dusx, auteur du Potanicon gallicum, a fait une espèce à part du Charbon du millet, à cause de lirrégularité et de la forme oblongue des sporules dont se compose ce champignon parasite. Suivant M.TEssier, l’épi, serréélroitement entre les feuilles supérieures de la tige, ne les écarte qu'avec peine ; il paraît communément au dehors sous la forme d’un cône alongé recouvert d’une peau grise qui se déchire et laisse apercevoir un corps composé de filets et d'une matière noire dans toute sa longueur, excepté à la partie inférieure où elle est grise, plus ferme et plus compacte. Ce charbon n’exerce pas Ge grands ravages sur le millet.

On a fait de même une espèce particulière du Charbon du maïs (Uredo maydis, DC.), qui attaque la tige à l’aisselle des feuilles, ou les fleurs mâles, ou les graines elles-mèmes. La partie attaquée grossit el devient une tumeur d’un blanc rougeätre ou cendré, d’abord charnue, puis entièrement remplie d'une poussière noirâtre, presque inodore, très-abondante, légère et composée de globules semblables à ceux de la carie, si ce n'est qu'ils sont plus petits. Ces tumeurs ont depuis la grosseur d'un pois ou d’une noiselte, qu’elles présentent sur les fleurs mâles, jusqu'a celle du poing qu'elles dépassent mème quelquefois sur les tiges et sur les graines ; elles sont enveloppées par lépiderme distendu,qui, lorsque l'Urédo est parvenu à sa maturilé, se rompt au moindre choc, et laisse échapper la poussière qu'il renferme.

D'après les observations de M. Bonarous, celte production parasite du maïs se forme indifféremment sous l'influence del’humidité et de la sécheresse. L'opinion commune est cependant qu’elle se développe préférablement daos leslieux et lesannées humides;elle est devenue plus fréquente dans lePiémont depuis qu'on y arrose le maïs. Suivant le même auteur, elle ne parait pas non plus dépendre de lanature des engrais ou du sol; enfinelle n’é-

DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE

pargne pas les pieds les plus vigoureux, et elle s'attache plus aux variétés tardives qu'aux variétés précoces. Sa poussière n’est pas plus malfaisante que celle de l'Uredo Carbo. Tirer et Imnor ont conclu de quelques expériences qu'elle n’est pas conlagieuse ; le fait aurait besoin d'être vérifié.

Dans le but de préserver le mais de cette maladie, on a conseillé de chauler la semence, de ne pas arroser les champs, et surtout d'apporter une attention scrupuleuse dans le choix des graines : ces précautions ne suffisent pas toujours; un moyen efficace pour délivrer le maïs de ces tumeurs, c’est de les enlever quand elles apparaissent.

M. DuroxG a trouvé dans l'Urédo du charbon une matière analogue à la fungine ; une matière azolée, soluble dans l’eau et dans l'alcool, analogue à l’osmazome vegétal; une matière (azotée?) soluble dans l’eau, insoluble dans l'alcool ; une matière grasse, une petite quantité de cire, une maüière colorante brune, un acide organique libre ou en partie uni à la potasse et peutêtre à la magnésie, du phosphate de potasse. du chlorure de potassium, du sulfate de potasse, du sous-phosphate de chaux, un sel à base d’ammoniaque, de la magnésie et une très-petite quautité de chaux sans doule unies à un acide organique, enfin du fer.

HI. De la Carie.— On désigne sous le nom deCarie (Golpe, Volpeou Fama,ïtal.; Schmier- Stein où Faulbrand, all.; Smut balls, angl.)une maladie qu'on a souvent confondue avec le charbon, parce que.comme celui-ci,elle affecte les parties de la fructification, mais quicependant s’en distingue par des caractères bien tranchés.L'Uredo Caries, DC., quila constitue et que la #3.706 représente à différens degrés de malurilé dans Fig. 706.

le grain entier ou cou-

éabcd,estlogé dans ‘intérieur même de la graine ; il forme une poussière grasse au toucher, d'un noir ti-

rant sur le brun ou L l'olivätre, remarqua- Ü ble,quand elleest frai-

che, par sa fétidité, et 8

qui ne se répand pas au dehors du grain pendant la végétation de la plante; ses globules e, f sont opaques ou à demitransparenset un peu plus grands que ceux du charbon ; leur diamètre varie de 1/140 à 1/280 de ligne, d’après M.Tessier. Les grains cariés sont légèrement ridés, un peu grisàtres, plus arrondis et plus petits qu’à l’ordinaire; leur poids, par rapport à celui du froment sain, est à peu près comme 2 à 5. La poudre de carie analysée par FourcroY a donné une huile verte, butireuse, âcre et d'une odeur infecte, une matière végéto-animale, de l'acide phosphorique, et de l’ammoniaque libre; d’autres chimistes y ont trouvé de l’acide oxalique libre. Elle est inflammable et insoluble dans l’eau.

Les pieds qui doivent donner des grains cariés ont, des le moment où ils levent, des

538 AGRICULTURE : VÉGÉTAUX NUISIBLES

feuilles d'un vert foncé comme celui de la feuille de chêne, et les tiges ternes; l'odeur infecte et les globules se font apercevoir dans l'épi, même avant qu’il soit sorti de ses enveloppes. Quand lesépis cariés se montrent, ils sont bleuâtres el étroits, maisensuite ils deviennent plus larges que les épis sains; leur malurité est plus hâtive, et ils se chargent d'une plus grande quantité de grains; leur légèreté fait qu'ils reslent droits. Les étamipes ne s’alongent pas et les anthères ne contiennent pas de pollen. M. TESsiER a trouvé fréquemment des épis sains sur des preds qui en offraient de viciés; des grains sains mêlés avec des grains Cariés dans lemême épi; enfin quelquefois des grains à moitié sains et à Imoilié cariés.

Entre toutes les céréales, Le froment est le

lus sujet à La carte, peut-être même y est- Il seul exposé; mais toutes les espèces et variétés de froment n’y sont pas également exposées. Les blés du nord la contractent plus facilement que ceux du midi; les blés durs, qui en général appartiennent au midi, n’en offrent point naturellement ; il en est de même des barbus, excepté celui dont les épis sont roux ou blancs et les barbes divergentes. Les épeautres en sont quelquefois perdus. Le froment de mars y est plus sujet que les blés d’automne.

Tizer et M.TESssIER ont reconnu, par des expériences réitérées, que différens engrais, la nature du sol et les brouillards ne sont pas la cause de la carie; cela n'empêche pas de croire que l’humidité de l'atmosphère et du sol ne puisse coutribuer à sa production. Les mêmes observateurs l’ont fait naître mainte et mainte fois en infestant de zorr, nom sous lequel on la désigne quelquefois, des grains sains, et surtout en l’inoculant près du germe. On a pu obtenir ainsi une quantité d’épis cariés quatre fois plus grande que celle des épis sains ; mais On n'a pu faire naître la maladie dans les grains d’épis formés, en les sau-

oudrant de carie à différentes époques. Plus a carie est vieille, moins elle a d’action sur le blé nouveau ou vieux; plus le bié est vieux, moins la carie nouvelle ou vieille l’infecte facilement ou abondamment. Elle retarde la germination et la pousse des grains qui en sont tachés. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'huile qu'on retire de la carie par la distillation à feu nu, ayant été mise en contact avec du blé sain, lui à fait produire près d’un tiers d'épis cariés.

Toutes choses égalesd'ailleurs, plusle grain élait enterré profondément, plus M.TEssrER, dans ses expériences, récoilait de carie. On a aussi remarqué que les ensemencemens par un Lemps hâleux ou sur des labours récens favorisent sa production; peut-être Île mal, dans ce dernier cas, vient-1l de ceque la herse enfonce le grain plus avant. Un observateur, M. Thomassin, assure que les fromens coupés avant leur maturité ne reproduisent pas la carie; une expérience de M. Girou de Buzareingues Lend à faire croire le contraire. Elsner fait observer que le fumier non encore élaboré par un repos prolongé l’amène très-souvent, sans doute parce que la fermentation n’y a pas détruit les sporules de l’Urédo qu'on y a jetés avec

LIV, 17 les pailles et les criblures des blés cariés.

Quand la poussière de la carie est abondante, comme elle sort de son enveloppe dans l'opération du battage, elle cause des démanseaisons aux yeux des batteurs, et les fait tousser ; en s’attachant au blésain, elle lui donne cette apparence défavorable qu’on désigne dans le commerce par les expressions de blé moucheté, blé bouté; elle nuit aussi à sa qualité, car les blés mouchetés empâtent les meules, graissent les bluteaux, et rendent défectueuse la mouture du blé sain qui leur succède; de plus ils fournissent une farine terne et onctueuse qui n’est pas de garde ; enfin, le pain fait avec de la farine de blé moucheté a une teinte violette et un peu d’àcrelé; on soupconte que ce pain est malsain.

Sous ces différens rapports, La carte cause un tort réel aux cullivateurs, mais peu important comparativement à la diminution qu’elle occasione dans le produit de la récolte. Celte diminution consiste non seulement dans le nombre des epis cariés, nombre qui est assez souvent le quart de celui des épis sains, mais encore, quand la maladie est intense, dans l’infériorité du poids de ceux-ci.

S'ilest vrai que La carie se propage, surtout en s'attachant dans les bâtinens de la ferme aux substances qui doivent servir d'engrais et principalement aux grains de semence, il est clair qu'il faut non seulement s'abstenir de porter sur les champs des fumiers qui n’ont pas encore subi une fermentation convenable, mais encore mettre une grande atteation dans le choix de la semence et la dépouiller par tous les moyens possibles des

.germes dont elle peut être infestée. Pour les

qualités dela semence, nous renvoyons à l’article Froment où il en est question. Quant aux procédés de purification, ils sont physiques ou chimiques. Les moyens physiques consistent essentiellement dansies frictious, la ventilation et les lavages; les moyens chimiques se réduisent à l'emploi de substances assez caustiqueset assez corrosives pour altérer la poudre de la carie, sansdésorganiser le grain ; les premiers éloignent, emportent avec eux les germes du mal, et les autres le détruisent.

On sépare quelquefois les épis cariés des épis sains par le triage à la main.

Dans une année où les premiers ne sout pas très-uombreux, une femme épluche par jour environ 60 gerbes, donnant 1 1/4 setier de blé. Dautres fois, sachant que les tiges cariées sont plus courles que les autres, on se contente de couper les épis les plus saïllans des gerbes, ou de frapper les tiges soit surles parois d’un tonneau, soit sur une perche à hauteur d'appui. On a proposé de déterger le grain battu en le roulant dans de l'argile sèche, du sable, des cendres, etc. Mais les moyens mécaniques les plus employés sont le criblage et le vannage. ( Voyez ce Voi., p- 342.) 4

En suivant l’ordre des opérations et la gradation des effets, on pesse des procédés qui viennent d’être indiqués aux lavages. L'eau pure exerce deux genres d'effets: 1°elle agit par le frottement quand on la fait couler sur le blé, ou qu’on y plonge celui-ci en l'y

cap. 19°.

remuant; 2° les grains cariés étant plus légers que les grains sains, restent ou s'élèvent plus facilement à sa surface, d'où il est facile de les enlever. Pour être plus sûr qu’ils surnagent tous, on fera bien de remuer la masse de temps en temps et d'augmenter la densité de l’eau par l’addition de sel commun,comme c’est la coutume en Angleterre où l’on rend la dissolution assez forte pour qu'elle puisse supporter un œuf. L'eau de lavage doit être plusieurs fois renouvelée.

Comme tous ces moyens sont le plus souvent insuffisans, on les complète et même on y supplée par l'emploi des substances caustiques et corrosives. Les plus énergiques parmicelles dont l'usage estplus général.sont, outre les substances vénéneuses dont nous ne parlerons pas,le sulfate de cuivreou vitriol bleu, la chaux, le sel commun, l'urine, l’eau de fumier, les fientes d'animaux. Le sulfate de cuivre, qui ne donne pas lieu à de graves accidens, a été employé d'abord par Bénédict Prévosr: c’est le plus efficace de tous les remèdes contre la carie. Supposons qu’on ait 100 mesures de blé à traiter, on met dans une cuve {4 mesures égales d’une eau contenant en dissolution 1/150 de son poids de vitriol; dans un autre vase de la capacité de 2 ou 3 hectolitres, on jette du blé et l’on verse dessus la dissolution, de manière qu’elle le recouvre de la hauteur de la main; puis on remue, on enlève les grains qui surnagenl, et au bout d’une demi-heure on verse le blé dans un autre vase de même capacité où l’on répète le traitement. Enfin on le place sur une corbeille ou un filtre quelconque pour le débarrasser de l’eau saturée de vitriol. La chaux, dont il a déjà été question à l’article du froment (Foy. p.377 ), est un peu moins efficace que le vitriol bleu.

Le sel marin, les lessives de cendres, les urines putréfiées, l’eau de fumier, la fiente de pigeon, sont souvent mélés avec la chaux dans le chaulage; toutes ces substances ajoutent à l’action de la chaux celle des alcalis qui forment la base des sels inhérens à leur composition.Tel est en particulier lecas du sel marin et des urines; on a même des exemples de blés dont la faculté germinative a été détruite par l’ammon'aque qu'ont dégagée les urines dans le chaulage. Cependant, d’un autre côté, ces substances, surtout si elles sontsolides, doivent aussi, excepté le sel, exercer une aclion en sens inverse, parce qu’elles interposent entre les matières actives d’autres matières inutiles pour l’objet qu'on se propose. Après avoir été soumis à l'action quelconque de l’un de ces ingrédiens, le blé doit être écarté de tout ce qui peut recéler la poussière de carie; il ne faut ni le laver ni le laisser s’échauffer en tas.

On peut suivre des procédés très-divers pour le lavage et l'immersion dans une des dissolutions indiquées.—Au sud de l’Ecosse, on trempe successivement dans deux cuves, contenant lune de l’eau, l’autre des urines d'étable, deux vases d’une moindre capacité, dont le fond est en fil-de-fer, et qui contiennent le blé à purifier; on plonge plusieurs fois, on remue, on écume, et l’on renouvelle l’eau aussi souvent qu’on le juge nécessaire, Jusqu'à ce qu’elle sorie à peu près complète-

DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE

ment claire. Ailleurs,on place le blé sur des corbeilles pour le descendre dansle bain,ou bien on l'y verse peu-à-peu,en enlevant au fur et à mesure les grains surnageans,etc.

Les huiles essayées par M. TEssIER Contre la carie en ont empêché le développement sans retarder la germination.

On n'a pas encore songé à fixer par des

expériences les limites de quantité, de con-

centration et de durée d'action, en dehors desquelles les préparations employées contre la carie n’exercent pas une action assez marquée, ou deviennent funestes à la germinalion de la graine.

IV. De l’Ergot. — L’ergot est une des maladies les plus singulières des graminées ; il en altaque un grand nombre, mais particulièrement le seigle, la seule céréale qui, outre le maïs, y soit sujette.C'esi une excroissance (fg.707) dure,compacte,cassante,cylindrique où un peu an- Fig. 707 guleuse, présentant à \j peu près la forme d’une corne obtuse, ordinairement blanche ou grise à l'intérieur, d’un noir tirant sur le violet à l'extérieur. Elle occupe la place du grain et sort d’entre les glumes; sa longueur est très-variable, mais ne dépasse pas 18 lignes. Son poids, d’après M. TEs- SIER, est à celui du seigle à peu près comme 9 à 14, ou comme 5 à 8, suivant qu'on les compare l’un à l’autre sous leur forme entière ou à l’état pulvévérulent. Suivant le même agronome, on l’observe plus particulièrement parmi les seigles semés sur des terres récemment défrichées, parmi ceux qui sont mélangés de vesce, dans les saisons et les terres humides, dans les parties basses des lieux en pente, sur les bords des chemius, dans les terres maigres et sablonneuses. Suivant BAUMÉ, les seigles cultivés plusieurs années de suite sur le même terrain, sont fort exposés à ses atteintes.

M. ne CANDOLLE regarde l’Ergot comme une végétation cryptogamique, qu’il appelle Sclerotium clavus. I est inutile de dire ici les raisons sur lesquelles il fonde sa manière de voir, su d’autres botanistes ne partagent pas; elles ne nous paraissent pas sans réplique, mais du moins son opinion est bien aussi satisfaisante que le vague où mous laissent les partisans du système opposé. Il vaut tout autant regarder lergot comme un champignon que de le définir, avec M. Ux- GER, unembryon qui se dévore lui-même.

VAUQUELIN a irouvé dans le seigle ergoté, comme substances immédiates, deux matières colorantes, l’une jaune, l’autre violette qui peut être enrployée dans la teinture, une matière huileuse, douceâtre et très-abondante, un acide indéterminé, de l’ammoniaque libre, enfin une substance végéto-ani-

male très-abondante et très-disposée à la putréfaction; par conséquent, ni amidon, ni sucre, pi mucilage, ni albumine, matières dont esl presque entièrement composée la farine de seigle à l’état ordinaire.

Lorsque l'Érgotse trouve mélangé en quantité notable davs les farines de seigle on de froment, il donne lieu à des verliges, à des élourdissemens, à la gangrène des extrémités, et même à la mort. On lui attribue aussi la propriété d’exciter les contractions de la matrice et de faciliter les accouchemens.

Ilest facile de séparer l’ergot du bon grain par le crible et le van, ou même l’'épluchage a la main. Dans les pays où il est très-commun, comme,par exemple, dans la Sologne, on ferait bien de le récolter pour le détruire. Si les circonstances indiquées comme favorables à sa propagation sont vraies, on devra chercher à y soustraire le seigle.

$ IL. — Des plantes qui nuisent aux céréales par leur voisinage.

Il a déjà été question ailleurs (t. I, p. 231 et suiv.) des mauvaises herbes, qui ne font ae tort aux cultivateurs qu’en envahissant spontanément et occupant inutilement le sol destiné aux céréales; nous ne parlerons donc ici que de quelques autres plantes qui, non seulement sont inutiles, mais encore directement nuisibles, soit aux moissons elles-mémes, soit à l’homme.

En général, tous les grands végétaux nutsent aux blés, non seulement parce qu'ils les privent, en l’absorbant eux-mêmes, d’une nourriture qui aurait pu leur profiter, mais encore parce qu'ils leur ravissent en parlie les bienfaits de la chaleur et de la lumière solaire ; il est vraisemblable aussi qu'ils les contrarient par la concurrence et l'entrecroisement de leurs racines. On s'accorde à dire que les ormes plantés le long des routes exercent une influence défavorable sur les céréales situées dansleur voisinage. DUHAMEL a même reconnu que la sphère de ceite influence s'agrandit à mesure qu'ils avancent en âge, de telle sorte que restreinte d'abord à quelques pieds autour de leur tronc, elle s'étend ensuile à une distance considérable.

Aussi, dans les pays à blé, proscrit-on des champs les plantations d'arbres et même les haies.

A ces effets généraux, quelques végétaux joignent une action spéciale. Ainsi, l'effet un peu pernicieux que produit le noyer sur les blés qui croissent sous son feuillage, parait venir de ce que les pluies dissolvent quelques portions de la matière astringente contenue dans les feuilles, et la portent sur le blé et dans le sol. Le Coguelicot et la Crète de coq (Rhinanthus crista-galli) effritent la terre, parce que, renfermant dessucs âcres, ils laissent transsuder quelque matière qui l’altère. Vraisemblablement le Cirse des champs, qu'on regarde comme nuisible à l’avoine, l'£rigerondcre ell’Ivraie(Lolium temulentum), qui passebt pour nuire au froment, excrètent quelque matière contraire à la végétation de ces céréales. Cependant aucune de ces plan-

: VEGETAUX .NUISIBLES.

tes n'agit comme cause réellement mornifique.

On adresse à l’Epine-Vinette un reproche plus grave; on l’accuse de faire naïitre la rouille ou même la carie et le charbon sur les céréales. Malgré la généralité de cette croyance quiaen sa faveur les recherches nombreuses el ARequEe expériences faites par YvarT, les botanistes doutent encore qu’elle soit fondée. Ils admettent bien que l’épine-vinetle peut exercer quelque action pour la production de la rouille dans les céréales, mais c’est au même titre que les autres buissons, c’est-à-dire en raison de son owbrage. On a cru que l’épine-vinette étant souvent chargée d’un Æcidium (Æ. Berberidis), la poussière de cet æcidium tombait sur le blé, et lui communiquait la rouille dont il a la couleur. Mais, comme il est fort différent de l’urédo, il faut, dans cette hypothèse. admettre qu'il y a transformation d'espèces, ce qe est contre toutes les analogies. On fait

’ailleurs remarquer que, dans certaines provinces où l'épine-vinette abonde, par exemple dans les environs de Dijon, on ne luiattribue point d’action fàcheuse, et que des effets assez semblables à ceux de l’épine-vinette se rencontrent dans une foule de localités où cet arbuste n'existe pas. Il n’est donc pas démontré que l’épine-vinette soit une cause spéciale de rouille, de charbon ou de carie pourles céréales ; mais, d’un autre côté, il est vraisemblable que sa floraison coïucidant pour l'ordinaire avec celle du blé, le principe qui fait la base de l’odeur désagréable qu’elle répand alors, ou des effluves quelconques sorties de ses fleurs, où même son pollen.contrarient la fecondation du blé.

Eofio, il est quelques plantes dont les gracnes étant récoltées avec celles des céréales, communiquent au pain des propriétés désagréables ou délétères. Ainsi, les graines du Muscart, introduites par la mouture dans la farine du blé, donnent au pain de l'âcreté, une amertume excessiveet permanente, el le pointillent de noir : celles de la Mrelle (Lychnis Gythago) lui communiquent une couleur noirätre et un arrière-goûtamer, mais innocent; celles de l’Zvraie, une amertume et une àcrelé sensibles, et, lorsqu'elles sont en quantité considérable, elles le rendent capable de produire un assoupissement ou une ivresse accompagnée quelquefois de symptômes très-fâächeux.

Pour détruire ces herbes importunes ou nuisibles, il faut les arracher dans leur jeunesse, ou les couper, en imprégnant, s’il se peut, de quelque dissolution corrosive, par exemple de sulfate de fer, les instrumens qui servent à les détruire. Pour en prévenir linvasion, on doit semer des graines pures de tout mélange, et Lenir la terre dans un état continu d’assolement et de culture. J.Yuxe;

ART. 1. — Plantes nuisibles aux herbages.

$ 1°". — Des mauvaises herbes.

En jetant un coup-d’æœil sur la Flore francaise, nous voyons qu'aucune plante IN-Eu-

BRYONÉE (1) ne peut être considérée comme

(1) Ge sont ce es dont on ne connait qu'imparfaitement les organcs de la fructification ct dans lesquelles on ne distingue, lors de la germination, aucun embryon proprement dit.

fl

cuae. 19°.

fourragère ; plusieurs au contraire sont nuisibles aax herbages. De ce nombre sont surtout les Mousses (Musci, Juss.), dans les prairies moyennes et élevées; les Fougeres (Filices, Juss.), dont les espèces communes font sur les sols profonds el frais le désespoir du cultivateur, parce qu'elles s’y multiplient en dépit de tous ses efforts ; enfin les Préles (Equisetaceæ, DC.) qui abondent dans les lieux humides et n’y donnent cependantaucun ou presque aucun produit.

Au nombre des EMBRYONÉES, dans Ja grande division des MonocoTYLÉDONES et dans la famille des Cyperoïdes (Cyperaceæ, Juss.), presque tous les Carex ou Laiches (Carex) doivent être rejetés à cause de la dureté de leurs fanes sèches et la disposition tranchante de leurs feuilles qui les rendent dangereuses pour les animaux; — Les Scænus (Scæni) répugnent aux herbivores; — les Scirpes (Scérpi) présentent à la vérité quelques espèces qui ne leur déplaisent pas autant, mais tous pourraient être remplacés par de meilleurs fourrages ; — les Souchets (Cyperi) sont dans le même cas.

Viennent ensuite les Graminées, parmi lesquelles on ne trouve au contraire, à vrai dire, dans nos climats, aucune espèce qui ne convienne plus ou moins aux bestiaux, bien qu’il soit avantageux d’en écarter plusieurs, soit a cause de leur dureté, soit par suite du peu d’élévation ou d'abondance de leurs fanes, etc.

Dans la famille des Joncs(Jonceæ), diverses espèces qui se multiplient abondamment sur les fonds humides occupent inutilement beaucoup d’espace.

Dans celle des 4luismacées (Alismaceæ), il est aussi plusieurs herbes inutiles, d’autres nuisibles. — Au nombre des premières il faut ranger le Butome en ombelle (Butomus umbellatus, Lin.) et le Plantain d'eau (Alisma plantago, Lin.); — parmi les secondes, le Veratre blanc (Veratrum album. Lin.), plante âcre et vénéneuse, même après la dessiccation, et la Colchique d'automne (Colchicum automnale, Lin.), dont toutes les parties ont une odeur forte, nauséabonde, et dont les feuilles, par leur abondance, nuisent essentiellement à la récolte et à la qualité du foin.

Les Ziliacées ne donnent aucun produit fourrager, mais rarement elles sont assez abondantes pour nuire beaucoup aux herbages par leur végétation. J'ai cependant vu des prés entièrement envahis par la Fritillaire (Fritullaria meleagris, Lin.), comme on en trouve parfois d’occupés en grande partie, sur les hauteurs et dans les lieux plus secs qu’'humides, par diverses espèces d’A4i7 (44lium vinéale, oleraceum, etc.) qui commuoiquent au laitage, au beurre et même au fromage une saveur à laquelle il est difficile de s'habituer.

Ailleurs, les Orchidées dominent, et, dans cette belle famille, les Orchis mäle et panaché Orchis masculaet variegata, Lin.), parfois l'Orchis militaire (Orchis militaris, Lin.) sont si abondans que les herbes disparaissent presque en entier à l’ombre de leurs fleurs.

Dans la division des DicorxLÉDonEs, les Aristoloches (Aristolochiæ) communiquent

DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE

au foin une odeur repoussante. Celle qui porte le nom de c/ématite (Aristolocha clematitis, Lin.) lrace beaucoup däns les lieux humides, et doit être particulièrement détruite avec soin. Cependant on a exagéré ses dangers, et je dois dire que j'ai vu souvent des vaches en manger, à la vérité en petite quantile, sans en être incommodées.

Au nombre des Polysonées (Polygoneæ), les Patiences (Patientiæ, Lin.), dont les larges feuilles et les tiges coriaces occupent inutilement de grands espaces, telles que la Parelle (Rumer aquaticus, Lin.), et même la grande Oseille (Rumezx acutus, Lin.), auxquelles les ruminans ne touchent jamais en vert lorsqu'on les laisse libres du choix, et qui ne sont pas susceptibles d’être trausformées en foin, sont par consequent des plantes nuisibles. Nous ajouterons que le Porvre d’eau (Polygonum hydropiper, Lin.) est considéré comme dangereux pour les animaux.

Dans la famille des Zysimachies ou des Primulacées (Lysimachiæ, Juss.), on doit proscrire la Zysimache commune ( Lysimachia vulgaris, Lin.), qui se propage avec rapidité le long des cours d’eau, et la Primevère (Primula verts, Lin.), qui envahit souvent une grande partie du terrain, et qui ne peuvent être converties en foin, la première, à cause de la dureté de ses tiges presque ligneuses, la seconde, parce qu’elle est trop peu élevée; la Globulaire commune (G.

vulgaris, Lin.), qui déplail aux animaux, elc.

Parmi les Pediculaires (Pediculares), la P.des marais (Pedicularis palustris, Lin.) est regardée comme nuisible aux moutons ; la Cocrète (Rhinanthus crista-galli, Lin.) donne un très-mauvais foin.

Les ZLabiées (Labiatæ) et les Personnées ou Scrophulaires (Scrophulariæ et Pediculares, Juss.) sont généralement repoussées par le gros bétail, quoique plusieurs espèces soient du goût des bêtes à laine. Dans les prairies basses , la Germandrée (Teucriumn scordium, Lin.), lorsque les vaches sont forcées d'en manger, communique à leur lait une saveur fort désagréable ; la WMenthe aquatique (flentha aquatica, Lin.) empèche dit-on, la coagulation du beurre; le Stackys des marais (Stachys palustris, Lin.) se multiplie beaucoup sans utilité par le moyen de ses traces. Il en est de mème de la Scrophulaire aquatique (Scrophularia aquatica, Lin.). Toutes les Linaires, surtout la commune (Linaria vulgaris, Lin.), qui abondent dans les localités plus sèches qu'humides, doivent être détruites. Sur les terrains plus élevés, on a recommandé avec raison de détruire aussi les Sauges (Salviæ), et notamment les espèces suivantes : la Sauge officinale, S. officinalis Lin.),et celle des prés ($. pratensis, Lin.) la S. sauvage (S. sylvestris, Lin.), la sclarée (S. sclarea, Lin.), la Cataire (Nepeta cataria, Lin.), la Bétoine ( Betonica officinalis, Lin. ). la Ballote noire (Ballota nigra, Lin.), et le Warrube commun (Marrubium vulgare, Lin.), qui répugnent généralement aux bestiaux; le Lierre terrestre ( {Glecoma hederacea, 1in.), la Cardiaque officinale (Leonurus cardiaca, Lin.), qui tracent ou s'élèvent beaucoup au détriment des bonnes herbes; la Mélisse

calament (Melissuw calamenta, Lin.), dont l’odeur repousse les animaux et se communique aux foins, elc., elc.

Les Solanees (Solaneæ) sont assez souvent venéneuses,du moins en vert. La Douce-améère (Solanum dulcamara, Lin.), dont la propagation est très-rapide, gâte aussi le foin en lui communiquant son odeur nauséabonde; les Molènes (Verbascum nigrum, album, etc.) ne sont Jamais touchées par le bétail; — les Jusquiames (Hyosciamt); — la Stramoine épineuse (Datura stramonium); — \a Mandragore et la Belladone (Atropa mandragora et belladona, Lin.) seraient très-nuisibies à sa santé, si la faim le forçait d’y toucher.

Les Porraginées ne sont pas non plus en général de bonnes plantes fourragères. La Consoude (Symphitum officina!e, Lin.), qui leur appartient, nuit beaucoup, par son développement, à celui des plantes voisines, à la quantité et à la qualité de leur foin. La Vipérine (Echium vulgare, Lin.) déplait également aux herbivores.

La ZLobelia brälante, Lin., qui appartient aux Campanulacées, leur est nuisible.

Parmi les Æ/osculeuses, il faut rechercher avec un soin particulier, pour les arracher, le Cnicus des champs (Cnicus arvensis), un des plus communs el des plus nuisibles, à cause de ses racines traçantles el deses graines nombreuses; — les Chardons marie et à feuilles d’'acanthe (Carduus marianus et acanthoïdes, Wild.); celui qu'on à # smmé acaulis, parce qu'il n'a presque pas de liges, mais dont les racines sont longues et traçantes; — l'Onoporde à feuilles d’acanthe (Onopordium acanthium, LAn.);— la Carline commune(Carlina vulgaris, Lin.), et la Bardane (Arctium

lappa, Lin.),qui envahissent des espaces consi- :

dérables ; — la Centaurée chausse-trape (Centaurea calcitrapa, Lin.), ainsi que les T'ussilages (Tussilago farfara et petasttes, Lin.), trop connus par leur rapide propagaliôn. - Dans l’ordre des Radiées, plusieurs espèces offrent à un degré plus ou moins marquant les mêmes inconvéniens : ce sont, diverses Aunées (Inulæ), principalement la britannique (Inula britannica, Liu.), et la di-

sentérique (I. disenterica, Lin.); — la Cineraire el le Sereçon des marais (Cineraria palustris et Senecto paludosus);, — les Mille-

Jeuilles eupatoire et sterautatoire (Achillea ageratum et ptarmica, Lin.),etc., etc.

Daus l’ordre des Rubiacees, les Caille-lait ou Galium sont à la vérité mangeables en vert, mais leur foin est à peu près nul; celui es marais (G. palustre, Lin.) estsurlout nuisible par la rapidité avec laquelle il se répand et se substilue aux autres herbages.

Au nombre des Caprifoluiacées, \ Hiéble (Sambucus ebulus, Lin.) se propage avec une rapidité d'autant plus malheureuse que non seulement les bestiaux ne le mangent pas, Mais qu’il communique aux autres herbages une odeur qui leur répugne fortement.

On a remarqué dans bien des cas que la plupart des plantes de la famille des Ombelliféres, qui croissent dans les pâturages secs et élevés, peuvent donner d'assez bons fourrages, tandis que celles des lieux humides sont généralement dangereuses ou tout au moins inuliles, parce qu'elles ne soul pas

AGRICULTURE : VEGETAUX NUISIBLES.

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susceptibles de se transformer en foin. Parmi les espèces vénéneuses à divers degrés, il faut citer, d'après les auteurs, les Myrrhis sauvage et des marais (Chærophyllum sylvestre et palustre, Lin.); la Ciguë aquatique(Cicuta virosa, Lin.); le Phellandrium aquatique (Ph. aquaticum, Lin.);la Ciguëé des jardins (Conium maculatum,Lin.); Les Berles à petites et à larges feuilles (Sium angustifolium et latifolium, Lin.),ete. et, parmi les espèces simplement délaissées, les OEnanthes fistuleux à feuilles de persil et à feuilles de bourrache (OEnantha fistulosa,crocata etpimpinelloides, Lin.), elc.; les Sisonr aquatique el verticillé (Sisonaquaticum ei verticillatum, Lin.), le Buplèvre épineux (Buplevrum spinosum, Lin.), l’Eryngium des champs ( Eryngium campestre, Lin.), etc., etc.

Beaucoup de Renonculacées sont malsaines, telles que les {zemones des bois et la passefleur(Anemone nemorosa et pulsatilla, Lin.) ; —l’Adonis printanier (Adonis æstivalis, Lin.); — presque toutes les Rezoncules, qui perdent à la vérité en partie cette fâcheuse propriété en se desséchant, mais qui n’en donnent pas moins un très-mauvais foin; comme, la petite douve (Ranunculus flammula, Lin.) la À.

lancéolée (R. lingua, Lin.); La R. petite Chélidoine (R. ficaria, Lin.); la À. printanière (R. auricomus, Lin.); la À. scélérate (R.sceleratus, Liu.); la À. butbeuse (R. bulbosus, Lin.); la R. äâcre ( R. acris, Lin.), etc.; —les Acoruts, et notammentle T'ue-Loup et le Napel (Aconitum lycoctonum el napellus, Lin.), — l’Actée des Alpes (Actea alpina, Lin.); — l’Erysimum alliaria ou alliaire ; Le Sisymbrium des marais ($.palustre,Lin.) nuisent, le premier à la qualite du lait, le second à celle du foin.

Le Millepertuis crépu ( Hypericum crispum, L.), heureusement peu commun, est un poison violent pour les moutons.

Parmi les Malvacées,les Mauves, les Altnées et 4lcées occupent inutilement beaucoup de

lace, puisqu'elles sont délaissées par les esliaux.

Dans la famille des /oubarbes (Sempervivæ), la J. vermiculaire ( Sedum acre, Lin.), qui a le défaut de gâter le foin, se propage d'autant plus facilement dans les localités arides, que ses feuilles succulentes peuvent vivre presque sans le concours des racines.

Dans celle des £Euphorbiacées (Euphorbiaceæ), loutes les espèces du genre £uphorbe (Æuphorbia) sont dangereuses, à cause de l’âcreté de leurs sucs propres. x

Enfin, pour ciler, parmi les plantes qui se propagent avec le plus de facilité dans les herbages, un dernier exemple, entre bien d’autres qu'il serait possible d'ajouter en envisageaut des localités plus restreintes, il faut parler de l’Ortie dioique (Urtica dioica, L.), que les bestiaux n’appètent pas en vert, et qui n’est pas suscepluible de donner un bon foin. 4

On a vu ailleurs (pag. 231 et suiv., et page 472) quels sont les moyens de détruire les mauvaises herbes de diverses sortes : 11 serait superflu d'y revenir ici.

$ 11. — Des plantes parasites.

Les parasites nuisibles aux herbages sont peu nombreuses ; elles se réduisent en France

cHAr. 19°.

à l'Orobanckhe, la Clandestine et la Cuscute ; encore, les deux premiers genres, auxquels on peut disputer le nom de vraies parasites, ne se subditisent qu’en un petit nombre d’espèces rarement assez fécondes pour causer de grandes dommages dans les prairies.

L’Orobanche commune(Orobaunche vulgaris, Lam.)et l'O. majeure (O. major,Lin.) croissent cependant très-communément dans les terrains secs où domiuent les légumineuses. Au dire de M. ne CANDOLLE, la première nuit sensiblement en Italie à la culture des féves. Toutes deux attachent une ou quelques-unes seulement de leurs racines sur celles des ajoncs, des genêts et de divers autres arbustes de Ia même famille, dont elles causent parfois la mort. — L'Orobanche rameuse \ O.ramosa, Lin.) vient dans les blés et la plupart des lieux cultivés. C'est elle, dit Bosc, qui cause souvent de si grandes pertes dans les récoltes de chanvre, sur les racines duquel elle aime principalement à croître, et dont elle fait immanquablement périr la tige. On a vu des propriétaires être forcés d'interrompre la culture de leurs chenevières pendant plusieurs années consécutives pour s'en débarrasser,el encore ne pas complètement réussir. En effet,les graines des orobanches subsistent long-temps dans la terre sans germer lorsqu'elles sont enterrées profondément, ou peut-être seulement lorsqu’elles ne trouvent pas une racine sur laquelle elles puissent s'implanter. Un cultivateur soigneux doit donc arracher avant la maturité des graines tous les pieds qu'il trouve dans les champs lorsqu'il y en a peu; et, lorsqu'il y en a beaucoup, le meilleur moyen est de substituer, pendant plusieurs années, gu blé, au chanvre, etc., des cultures de pommes-de-terre, de haricots, de maïs et autres plantes qui demandent pendant l’éte des binages qui détruisent immanquablement les pieds d'orobanche avant la maturité de leurs graines.

Les Clandestines (Lathreæ clandestina et squammaria, Lin.) viennent surtout dans les lieux frais et dans le voisinage des arbres, au milieu de mousses dont la présence est beaucoup plus nuisible que la leur.

Quant à la Cuscute (Cuscuta), appelée teigne, rache, perruque par les cultivateurs, c'est une plautle filiforme de la famille des Convolvulacées, dont les graines germent en terre, et dont les tiges, dépourvues de feuilles, s'élèvent sans appui Jusqu'à ce qu'elles aient pu rencontrer Îles végétaux auxquels elles s'accrochent au moyen de suçoirs, et dont elles lirent plus tard loute leur nourriture; on la trouve suriout dans les prairies paturelles et artificielles, dans les champs de lin, de houblon, et parfois de blé. Du pied sur lequel elle s’est fixée, elle étend ses rameaux commeautant de grelfessur ceux du voisinage, de sorte que dans le cours de quelques mois, un seul individu peul envahir un espace considérable et faire perir toutes les herbes qui le couvrent. Lorsque la cuscule se développe sur des plantes annuelles, on doit se hâter de les arracher et de les brûler; plus tôt on fera cette opéralion, moins on verra s'étendre les ravages, et plus on sera certain d'avoir devancé le moment de Ja floraison qui a lieu dans le courant de l’été. Lorsque ce sont des

DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE

plantes vivaces qui en sont atiaquées, des luzernes, par exemple, on les coupe entre deux terres pour les brûler ensuite de la même manière. À la place des pieds qui ont élé ainsi mutilés, quoiqu'ils repoussent quelquefois, si on en a coupé un certain nowbre, il sera bon, pour utiliser les vides, de semer de préférence du sainfoin, parce qu'il est de toutes les plantes légumineuses la moins atlaquable par la cuscute. On a reconmandé aussi de détruire cette parasite par le feu, à l’aide de la paille que l’on étend sur les places qui en sont infestées, et on a éprouvé que ce moyen, très-efficace en lui-même, ne laissait cependant aucune trace sur les luzernes, dont les longues racines se développent peu de temps après en nouvelles tiges exemptes de toute contagion.

ART. III. — Plantes nuisibles aux cultures économiques, industrielles et forestières.

Chaque plante ayant son organisation individuelle et son mode de vivre à part, a aussi ses ennemis particuliers et ses maladies spéciales ; c'est assez dire que nous n’aurons que fort peu de généralités à donner à cet égard pour les cultures économiques, industrielles et forestières, qui réclament de notre part des articles isolés, dans lesquels ces notions seront beaucoup mieux placées qu'ici, et auxquels, par ce motif, nous renvoyons nos lecteurs. Mentiounons simplement quelques plantes parasites très-nuisibles à un grand nombre d'arbres.

En tète nous devons placer les Zichens, les Mousses, les Hépatiques, qui naissent assez indifféremment sur les écorces de tous les arbres, et même sur les rochers et les bois morts. Ces végétaux sont nuisibles en maintenant, par leur ombre et leur abri, de l’humidité à la surface de l'écorce, en servant d'habitation aux insectes qui s’y cachent et y déposent leurs œufs, en augmentant les gercures et les fentes de l'écorce où elles s’'implantent, et par suite en hâtant sa destruction. Les cultivateurs savent qu'on les détruit assez facilement, soit en les râclant à l’aide de couteaux émoussés et de brosses, soit par un lavage à l’eau de chaux, pourvu que leur développement ne soit pas encore très-grand ; ce derviernoyen a l'avantage de détruire en même temps les insectes, leurs larves et la plupart de leurs œufs.

Le ZLierre commun ( Hedera helix ) agit d’une façon analogue, mais sur de bien plus grandes proportions, et nuit beaucoup aux arbres en les serrant à la manière de liens très-forts, et en implantant dans les crevasses des écorces ses nombreux crampons. Il est facile d'enlever les lierres ou du moins d'en arracher les pieds au bas dés arbres, avant qu'ils aient atteint de grandes dimensions.

Le Gui (Fiscum) est une vérilable parasite qui se multiplie en abondance et nuit beaucoup à plusieurs de nos arbresles plusutiles. Sesgraines, entourées d’une matière gluante, se fixeut facilementsur tous les corps, notamment sur les branches, et y germent bientôt; la racine, qui périt promptement si elle se trouve sur un corps brut ou mort quelcon-

que, lorsqu'elle a au contraire rencontré l'ecorce d’un arbre vivant, y implante l’espèce de disque ou d'épatement qui la termine, et pousse alors de nombreuses tiges qui croissent dans une direction quelconque. La racine du gui traverse l’écorce des plus gros arbres, el, au bout de quelque temps, se trouve greflée si intimement sous le corps ligneux, que tous les sucs de celui-ci traversent sans difficulté du sujet dans celte greffe. Du reste, il ne parait pas y avoir d’adhérence entre le gui et l'écorce de son support ; cette écorce forme bourrelet autour du gui, en sorte que celui-ci ne reçoit point les sucs élaborés dans les feuilles, mais il aspire la sève qui monte dans le corps ligneux. Le gui nuil douc aux arbres en arrêtant la marche des sucs descendans, dont une partie ne va

lus alimenter les racines, et en attirant à fs la sève ascendante et la consommant au préjudice des feuilles. Il est évident que le seul moyen de débarrasser les arbres de ces parasites, c’est de les couper à la base de manière à les empècher de repousser et de donner des graines. C. B. »e M.

SECTION 1. — Des animaux nuisibles en agriculture.

Le nombre des animaux redoutables aux cultivateurs est très-considérable, et on peut dire que tous peuvent lui nuire d'une manière ou d’une autre; en effet, nos animaux domestiques, lorsqu'ils ne sont pas attachés ou gardés, ravagent nos cultures et dévorent nos récoltes. Le chien, le furet, le chat, qui nous aident à détruire certains animaux nuisibles, peuventeux-mêmes se rendre déprédateurs. Enfin l’homine, qui est lui-même son plus utile serviteur, devient quelquefois le plus grand ennemi du cultivateur. D’un autre côlé, plus de la moitié des animaux sauvages senourrit de matièresvegétales,et, parmiceux qui s’alimentent de substances animales, la plupart font la guerre aux espèces qui vivent elles-mèmes de plantes. « Ainsi le règne végétal, considéré dans son ensemble, dit M. pe CanpoLzr, est un vaste laboratoire ou une vaste association d'êtres par lesquels la matière brute est sans cesse transformée en matière organique, et devient par là propre à soutenir la vie du règne animal, tandis que celui-ci, immédiatement où médiatement, vit tout entier aux dépens du règne végétal, et serait sans lui incapable de maintenir sa propre existence. » Mais l'homme, dans ses vues particulières, n’a pas intérêl à protéger cette harmonie universelle ; de même quelui vit aux dépens de bien des êtres qui sont obligés de lui obéir ou de disparaître devant sa puissance ou son adresse, de même, les végélaux et les animaux qui lui conviennent doivent être préférés el l'emporter sur ious les autres.

Les moyens divers par lesquels les animaux nusent aux produits de l’agriculture, sont actifs et variés: les uns dévorentles feuillages et les jeunes bourgeons des végélaux, cesont les plus redoutables, surtout lorsqu'ils portent leurs altaques au moment même de la naissance des plantes ; d’autres vont déterrer les graines confiées au sol pour en faire leur

AGRICULTURE : ANIMAUX NUISIBLES

IV. 1°°, pâture, ou, vivans sous terre, s’en repaissent en cachette et les accumulent pour la saison d'hiver ; il en est qui s’attachent aux racines des végétaux. soit pour s’en nourrir, soil pour se creuser des galeries, et qui causent souvent ainsi les plus grands désastres. De nombreuses especes vivent des fruits ou des graines qui sont l’objet des soins du culüvaleur, et il en est qui déposent leurs germes dans les grains pour les poursuivre et les dévorer tout à leur aise dans nos greniers; enfin, des classes entières d'êtres vivans, cherchent dans les plantes, non plus seulement le vivre, maisle couvert : ils s’y logent et s'y nourrissent, ou s’y abritentet s’y cachent seulement, ou y déposent leur progéniture, el, par tous ces actes, ils occasionent des accidens et souvent des maladies fort dangereuses pour les végétaux.

Avant d'entrer dans la revue détaillée de ces êtres malfaisans pour nos cultures, et des moyens speciaux de s'opposer à leurs ravages ou de les écarter, indiquons quelques circonstances générales preservatrices pour les végélaux utiles.

Presque tous les animaux recherchent la tranquillité et la sécurité; au nombre des circonstances qui les multiplient, il faut donc compter l'existence de grands espaces abandonnés à eux-mémes, comme les forêts qui sont les repaires d’une foule d’animaux nuisibles,depuisle sanglier jusqu'aux hannetons; comme les dunes, les landes, les bruyères, qui recèlent des légions d'animaux nuisibles qui se jettent sur les terrains cultivés dès qu'une cause quelconque a favorisé leur développement. On peut conclure de là qu’on augmente la multiplication des animaux nuisibles par les méthodes de culture qui laissent longtemps certaines terres sans être remuées.

Beaucoup d'animaux nuisibles,notamment de la classe des insectes, ne peuvent vivre que sur une espèce ou un pelit nombre d’espèces de plantes.En faisant succéder, pendant une ou plusieurs années, des végétaux qui ne leur conviennent pas, on éloignera donc les chances de leur multiplication.

La malpropreté, le désordre, l’incurie, apportés dans le rangement et la conservalion des produits de l’agriculture,sont des causes qui multiplient sans cesse les animaux nuisibles et augmentent leurs ravages.

L'une des causes qui favorisent le plus le développement des animaux nuisibles, c’est la destruction irréfléchie des autres animaux qui les détruisent eux-mêmes; ainsi, des mammifères, des oiseaux, des insectes qu’on poursuit journellement, rendent au contraire de signalés services: tels sont le hérisson et même la taupe, destructeurs des limaces, des vers,et d’une foule d'insectes; les fourmis, destructives de beaucoup de pucerons, et surtout un grand nombre d'oiseaux insectivores.

Le gouvernement peut exercer une grande influence sur les améliorations agricoles qui résulteraient de la destruction des animaux nuisibles, principalement en tenant la main à l'exécution des lois concernant l’échenillage, et en les étendant aux hannelons; et aussi en offrant des récompenses à ceux qui

céAP. 19°.

auront détruit une certaine quantité de ces êtres malfaisans : cela existe déja pour les loups, et plusieurs propriétaires se sont bien trouvés, comme en Suisse, de proposer des primes par chaque boisseau de hannetons apporlé.

Pour terminer ces généralités, nous ne pouvons mieux faire que de citer les réflexions d'un illustre botaniste.«La cause qui a rendu jusqu'ici peu fructueux les efforts de l’homme contre les animaux nuisibles et les mauvaises herbes, c’est que chacun, frappé du mal préseut, a atlaque l'espèce qui lui nuisait dans un point donné, tandis que son voisin en attaquait uue autre. Il serait préférable, si la chese était possible, que Lous les efforts d’un grand pays se tournassent à la fois contre une même espèce d'animaux ou de plantes nuisibles, de manière à en détruire les œufs ou les graines. Alors on pourrait en altaquer d'autres graduellement, et on diminuerait ainsi sensiblement leur nombre; tandis qu'aujourd'hui, chaque champ, chaque terriloire rend à son voisin les animaux ou les herbes que celui-ci s’était donné la peine de détruire chez lui. Ainsi, l’industrie se trouve découragée; et, pour vouloir attaquer à la fois toutes les espèces,on reste enréalitétoujours en face du même nombre d’ennemis. Au surplus, il faut ajouter ici que si des combinaisous spéciales d’influences atmosphériques développent de temps en temps dans nos pays des légions d’une certaine espèce d’auimaux nuisibles, d’autres influences tout aussiinconnues viennenlégalement detemps en temps les détruire. » (be CANDOLLE.)

ART. I°°, — Des mammifères ou quadrupèdes nuisibles.

Il n’y a aujourd’hui en France, parmi les mammifères, qu’un petit nombre des carnassiers, de rongeurs, de ruminans et de pachydermes qui puissent être nuisibles à l’agriculture.

$ I*".— Mammiftres carnassiers.

Famille des Carnivores.—Les animaux nuisibles compris dans cette famille, sont la fouine, la belette, le putois, la loutre, le renard, le loup et le chat sauvage.

Fouine (Mustela Forna,1..). Pendant l'été la Fouine (/g. 708) vit dans les bois, mais elle se

#lisse de nuit dans leshabitationsisoléeset les jardins, où elle mange la volaille, les œufs et les fruits. En hiver elle s’y établit à demeure,et se tient perpétuellement en hostilité

AGRICNLTURE,

DES MAMMIFERES NUISIBLES EN AGRICULTURE

avec les cultivateurs, à qui elle fait cependant quelque bien en détruisant les rats, les souris, les mulots et même les belettes. On lui fait la guerre avec des lacets de fil de laiton ; avec des assommoirs, tels que celui de la fig. 709 dont le bâtonnet ab se désarticule

Fig. 709.

en b quand l'animal appuie le pied sur la marchette; avec des trébuchets plus ou moins semblables à celui de la £g. 710, qui se ferme parle

Fig. 710.

jeu de a, et qui est retenu fermé parb,b; avec des piéges de fer qu’on place à l'ouverture des trous par où elle entre dans les greniers; avec de petits chiens courans à jambes torses qui la poursuiyent jusqu’au dehors du bâtiment, où on la tue à coups de fusil; avec des poisons

u’on introduit dans de petits oiseaux, dans

es cœurs de mouton, dans des œufs, mets qu'elle préfère, et qui servent aussi d’appäts dans les piéges. Si l’on parvient à traquer dans une seule pièce toutes les fouines qui sont dans une habitation, on les y tue à coups de bâton. On attirera les mâles en cachant, soit près d’un piége, soit dans un lieu où l'on se tiendra à l'affût, quelque objet frotté avec la vulve d'une femelle, si l’on parvient à en prendre une en chaleur, et l’on pourra faire longtemps usage de cette amorce, si on lave la vulve dans de l'huile qu’on emploiera à la place. La même manœuvre est conseillée contre le loup etle renard. Une fouine qui a pénétré dans un colombier ou uv poulailler, y massacre tout ce qu’elle peut attraper, quitte à revenir la nuit suivante pour consommer, et, si elle a des petits, emporter ce qu'elle a été forcée d'abandonner la veille.

Dans ce cas, on peut être sûr de la tuer à l'affût, la seconde nuit.—Ces moyens de destruction ne doivent pas faire négliger ceux de précaution; il faut habituer les poules à coucher et à pondre dans le poulailler, tenir ceux-ci bien clos pendant la nuit, crépir exactement les colombiers, en munir l'entrée de feuilles de fer-blanc, etc.

Belette (Mustela vulgaris, L. fig. 711). Elle a à peu près les mêmes habitudes que la fouive, mais parait avoir encore plus de goût pour la

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