‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 353 sur 357 · TOME L · texte numérisé non relu

TOME L

Fig. 711.

volaille et les œufs qu'elle transporte les uns après les autres dans son trou. Sa petitesse [a dérobe davantage aux poursuites de l’homme. On dresse contreelle les quatre-dechiffres,les traquenards(£g.713), et les autres piéges ci-dessus indiqués. On la fait, dit-on, sortir de son trou en y introduisant de la rhue. Sa morsure passe pour venimeuse.

Putois Mustela putorius,l.). Plus grand que la fouine, et reconuaissable à l'odeur infecte qu'il répand. fl vit près des lieux habités, cause de grands dégâts dans les garennes, ainsi que dans les basses-cours et les col“mbiers, où il s’'introduit quelquefois pendant la nuit. Mêmes moyeus de destruction que contre ses congénères,

Loutre (Lutra vulgaris). La loutre se nourrit surtout de poisson, et c’esl par conséquent pour les étangs qu’elle est le plus redoutable. Tout jari de la chasse à la loutre consiste à lancer l’animal dans un lieu où il n’y a que fort peu d’eau; autrement elle échappe facilement aux chiens, On reconnaît sa présence dans le voisignage des étangs, à ses excrémens qui sont remplis d’écailles et d’arêtes, et qu'elle a l'habitude de déposer sur queique pierre blanche lorsqu'elle en rencontre une dans le voisinage. Quand on a découvert le chemin qu’elle suit habituellement, on y tend un traquenard (fg. 713), ou bien on la tue à l'affût.

Loup (Canis lupus, L.). Comme le loup est fort redoutable pour les troupeaux, on a imaginé toutes sortes de moyens, soit pour les préserver de ses attaques, soit surtout pour le détruire. Une simple lanterne portant quatre verres de différentes couleurs, suffit pour l’écarter d’un parc de brebis pendant la nuit; on la suspend au côté de l’enceinte opposé à la cabane du berger. Les grandes chasses à courre et à tir, avec chevaux, lévriers et chiens courans; les battues pour lesquelles tous les hommes armés d’une commune sont mis eu réquisition au besoin; enfin J’affüt : tels sont les moyens par lesquels on attaque directement et tue le loup.

Mais plus ordinairement on emploie, pour lui donner la mort ou le prendre vivant, des moyens détournés très-divers. Ainsi, par exempie, on met une pincée de noix vomique dans un cadavre de mouton ou de chien qu’on dépose surtout en hiver dans un lieu solitaire, après l’avoir trainé dans les chemins et sur la lisière des bois. Assez souvent on suspend à des arbres de forts hamecons garnis de viande qu’il happe et avale en entier, car il ne mâche pas. Quelquefois on établit dans un chemin étroit un hausse-pied (#g. 712) dont la marchetie /f, appuyée sur la traverse c, la fait tomber quand elle est foulée

AGRICULTURE : ANIMAUX NUISIBLES

Fig. 712.

par l’animal, de sorte que le petit morceau de bois plat auquel est attachée la corde e, n'étant plus retenu par la traverse c, le nœud coulant se relève avec l'arbre a en même temps qu'il se resserre et saisit l’animal. Plus souvent on a recours au traquenard simple (fig. 7113) ou double, dont Re PR à,

Fig. 713.

d’abord fixés en ddd, se rapprochent par l’effet de la détente d’un ressort b, quand l’animal marchant sur la planchette c, décroche en e les demi-cercles a, et le saisissent par le museau ou par la patte. Les autres piéges sont destinés àaemprisonner le loup:ce sont les enceintes et les fosses. L’enceinte formée d’un seul rang de pieux a une porte disposée de manièreà rester fermée quand l'animal, ayant pénétré dans l'enceinte, où l’appellent les cris d'une oie, d’un chien ou d’un mouton qu'on y a placé, a rencontré des ficelles transversales correspondant à un bâton qui maintenait la porte à demi ouverte; la porte de la double enceinte, au contraire, est établie de manière à revenir, après avoir élé poussée, à. l’état d’écartement où elle était d’abord; l'intervalle entre les deux rangs circulaires de pieux n’est que juste ce qu'il faut pour laisser passer le loup; celui-ci, une fois qu'il y est entré, comptant trouver le moyen de pénétrer dans lintérieur de la double enceinte où l’on a placé une proie, tourne continuellement dans l'étroit passage, parce qu'il ne sait pas faire vole face, et qu’en poussant pour avancer la porte bâillant en dedans, il se ferme à lui-même l'issue qu'il cherche.

Les fosses profondes de 8 à 10 pieds, et larges de 6 à 8 pieds, sont recouvertes tantôt simplement de baguettes, de mousse et de feuillage, tantôt de trappes à simple bascule ou à deux bascules qui se relèvent au moyen.

de contre-poids, quand elles ont été abaissées. Le plus souvent elles ne sont entourées d'aucune enceinte; quelquefois elles sont bordées d’un double raug de pieux placés verti-

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cap. i9°.

calement et recouverts d’une claie, ou obliquement dirigés et s’affrontant par le haut pour former une sorte de toit ; on place sous la galerie ainsi formée un chien ou un mouton, et le loup, après avoir cherché en vain à les saisir du dehors, s’élance et tombe dans la fosse.

Renard (Felis vulpes, L.). Les cultivateurs voisins des bois ont beaucoup à redouter.

pour leurs basses-cours, leurs ruches et leurs vignes, le rusé et patient renard; mais les chasseurs riches ou de profession se chargent volontiers de les délivrer de cet ennemi, dont ils peuvent d’ailleurs se défaire par les moyens employés contre le loup, ou par des assommoirs, des lacets en fil de laiton, et des fumigations. Différentes compositions dans lesquelles entrent en général des chairs grillées, du galbanum et du camphre, sont indiquées comme propres à servir d’appâts pour le renard. Il faut prendre les plus grandes précautions pour que le piége ne conserve pas les marques de la présence de l’homme, el surtout l’odeur qui lui est propre. La personne qui dresse un piége, qui traine un appât sur le terrain où elle veut attirer la bête, fera donc bien de frotter la semelle de ses souliers et le piége lui-même, avec les substances qui servent d’appäts ou avec de la graisse. Elie devra aussi laisser autant que possible à l'emplacement qu’elle a choisi, son apparence naturelle.

Famille des Insectivores. — On a dit que le Hérisson commun ( Erinaceus europæus, Lin.) (8.714), qui appartient à cette famille, allait

Fig. 714.

à la maraude des pommes et d’autres fruits qu'il rapportait sur ses épines. Non seulement le fait n’est pas avéré, mais encore il est douteux que le hérisson touche jamais aux substances végétales; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a un grand appétit pour la chair; aussi fait-il sa pâture de taupes, de rats, de mulots, d’escargots, de limaces, de vers de terre, de larves de hannetons et en général de tous les insectes, c’est-à-dire d'animaux dont le cultivateur est bien aise de se débarrasser; et, comme d'ailleurs ilest craintif, qu'il ne cherche ni à mordre, ni à griffer, au lieu de le détruire on devrait chercher, pour l'avantage des jardins, à en propager l’espèce qui devient rare.

Ce carnassier insectivore écarté, il n’en reste qu'un qui soit préjudiciable aux cultures en France; c’est la Taupe (fig. 715). Cet animal vit essentiellement, sinon exclusivement, de la chair des petits animaux, notamment des grenouilles, des vers de terre, des vers-blancs et autres larves d'insectes.

Sous ce rapport il est donc plus utile que nuisible au cullivateur, mais d’un autre

DES MAMMIFERES NUISIBLES EN AGRICULTURE

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côté il lui cause beaucoup de dommage :

1° eu bouleversantles semis; 2° en s’emparant, pour faire son nid, de tiges de diverses graminées qu'il saisit par la racine et fait descendre sous terre; 3°en creusant peu au-dessous de la surface de la terre de nombreuses galeries, qui dérobent aux plantes situées au-dessus l’appui et la nourriture, et qui deviennent des retraites pour d’autres animaux nuisibles, et des obstacles aux irrigations, ou qui, dans le voisinage des rivières, peuvent miner les digues et fournir un passage aux eaux; 4° en coupant les racines qu'i rencontre; 5° enfin en élevant des monticules qui rendent la surface des prairies inégales et le fauchage difficile. Néanmoivs, tout n’est pas perte pour le cultivateur dans ces opérations de la taupe ; il faut y voir aussi une sorte de labourage, et lorsqu'on étend les taupinières à mesure qu’elles se forment, la terre neuve qui est ainsi continuellement ramenée à la surface fait beaucoup de bien à la prairie ; d’ailleurs, parmi les plantes dont la taupe entame les racines, il en est quelques-unes dont on est bien aise de se débarrasser, notamment le colchique d’automne,auquel elle a préférablement recours en cas de famine.

Cemammifère vitsolitaireet vientrarement à la surface du sol. Il se tient habituellement au pied d'un arbre, d’une haie ou d’un mur, dans un gite d’où il s'éloigne trois ou quatre fois par jour, principalement le matin et le soir,pour chercher sanourriture et construire ses galeries. Il habite préfére blement dans les. terres douces et meubles, à moins qu’elles ne soient souvent labourées ou sujettes aux infiltrations et aux inondations. Le mâle est plus fort que la femelle. Celle-ci met bas, au printemps,et peut-être uneseconde fois à une autre époque de l’année, 2 à à petits. Elle prépare en hiver, pour les y déposer, un nid souterrain couvert d’une voûte solide, dans un endroit élevé etordinairement protégé par une haie où un buisson; on voit 4 ou 5 grosses taupinières fort rapprochées au-dessus de celte demeure. De son gite la taupe creuse à peu près en ligne droite une galerie principale qu’elle prolonge quelanerons à plusieurs centaines de toises et d’où elle ouvre d’autres boyaux accessoires ; de distance en distance elle rejette en dehors la terre et forme ainsi les taupinières. La profondeur de ces chemins souterrains, les dimensions des monticules varient suivant l’âge et le sexe de : l'animal et suivant le degré de chaleur ou de froid. La taupe travaille dans toutes les saïisons, mais c’est au printemps qu’ellemontre le plus d’ardeur à l’ouvrage.

On empoisonne les taupes en imprégnant de noix vomique, d’arsenic ou d’autres dro-

gues vénéneuses, les substances animales quelles recherchent pour leur pâture, et en plaçant ces préparations dans leurs galeries. On a remarqué que des noix simplement bouillies dans la lessive leur sont funestes, et ce moyen de destruction serait économique si elles consommaient plus volontiersle fruit. Les odeurs fortes leur sont contraires; aussi a-t-on conseillé de les expulser de leur demeure en y introduisant de l'ail infusé dans l'huile de pétrole, préparation dont l’odeur seule paraît leur causer des convulsions. On les prend aussi en leur donnant la chasse ou avec des piéges.

M. DraLert a fait de Ja chasse des taupes à l'affût un art qui a ses principes etses règles, fondés presque tous sur un seul point de fail: savoir que la taupe vient réparer les dommages faits à ses travaux dès qu'elle s’en aperçoit et qu’elle se croit seule. On cherche d'abord les gites et les galeries, puis on opère suivant les cas qui se présentent:

1° Supposons celui d’une seule taupinière (a fig.716) :on l'enlève d’abord avec la houe et

Fig. 746:

l’on s’assure si elle n’a pas de communication avec d’autres. Pour y parvenir,on tousse dans l'ouverture qu'on a faite, c’est-à-dire à l’entrée desgaleries,etl'on en approcheen même temps l'oreille. Si la taupinière n’a pas de communication avec d’autres, la laupe, peu éloignée, est effrayée par le bruit, et on l’entend s’agiter; alors on découvre avec la houe la galerie « b jusqu’en b, où l’on rencontre la taupe.Mais l'animal, connaissantle danger, a peut-être eu le temps de s'enfoncer verticalement en terre, suivant bd c; alors on le prend en creusant Jusqu'en € ou en versant de l’eau en à et le forçant ainsi à s’y présenter. Si au contraire, en toussant,on ne J’entend pas se remuer, c'estune preuve qu'il y a une communication de cette laupinière avec d’autres, et alors on opère comme dans les Cas suivans;

2 Lorsque la taupe a élevé deux taupinières (&b, fig.716), on fait une brèche de longue de plus de 9 pouces, dans la galerie qui les joint, et l’on ferme avec un peu de terre les deux orifices de la galerie d et e. La taupe ne tardera pas à verir réparer le dommage, et suivant le côté où elle se sera présentée, on découvrira la galerie de 4 en a ou de 2 eu &. ‘in peut aussi l’attendre au passage et la cerner entre le bout du manche de la houe qu'on aura posé derrière elle, et l’un des points «d/, e qui sont pouchés.

3” Si la taupe a fail 3 laupinières (cde, fig. 716), on pratique deux ouvertures /g, 2rcha-

AGRICULTURE : ANIMAUX NUISIBLES

FIV

cune entre deux taupinières consécutives, et, suivant le côlé où l'animal se présente, on opèrecomme précédemment.

4 On peut toujours ramener au cas précédent ceux où le nombre des taupinières est supérieur à trois. Pour cela on ouvre toujours la première brèche au milieu de la chaine que forment les taupinières et les galeries ; si la portion où s’est montrée la taupe comprend trois taupinières, on agit comme dans le troisième cas; si elle en comprend un plus grand nombre, on la subdivisecomune il vient d’être dit.

5° Sila taupe, ne venant pas souffler aux brèches, cesse aussi de souffler aux taupinières fraiches, c’estqu'elles’est jetée dans la grande valerie pour regagner son gite; on l'y attaque en pratiquant plusieurs ouvertures à proximité du gite.

6° Setrouve-t-on près d’une taupinière extrèéme au moment où Ja taupe y souffle, on l'y retient prisonnière en donnant un grand coup de houe sur la galerie qui y aboutit.

7° Le cas le plus embarrassaut pour le taupier est celui où de vieilles taupinières sont situées à proximité d’une des taupinières fraiches ou de plusieurs. Pour opérer avec sécurilé, il faut commencer par intercepter toutes les communicalions entre celles-ci et celles-là, puis opérer comme dans les premiers cas.

Si l’on attaque plusieurs taupes à la fois, on doit être très-actif et très-vigilant, parce que, lorsqu'on est occupé à en guetter une, d'autres peuvent avoir le temps de traverser les parties des boyaux qu'on a mises à découvert. Pour s’apercevoir plus facilement de leurs mouvemens, on y plante de petits étendards de paille ou de papier dont lagilation ou la chute indique la présence des taupes,auxquelles on rend encore le passage plus difficile, en plaçant dans la brèche une petite motte de terre. On reconnaîitra encore si une taupe vient souffler à une laupinière d’où l’on est obligé de s'éloigner, en laplatissant lé-èrement avec le pied.

Plusieurs piéges ont élé inventés pour prendre les taupes. Le plus simple est un tube creux dans lequel elles entrent facilement en poussant une soupape, mais d'où elles ne peuvent sortir, parce qu'un rebord du tube ne permet pas à la soupape de s'ouvrir de dedans en dehors. Tantôt une seule extrémité est munie d’une soupape, l’autre restant fermée par un fond plein ou un grillage ; tantôt chacune a la sienne. Le cylindre doit avoir un diamètre un peu plus grand que celui des galeries. Dans les environs de Paris, on emploie généralement pour la même fin une pincette élastique dont les extrémilés sont maintenues écarlées l’une de l’autre par une plaque de tôle percée et légèrement retenue sur leurs bords. On fait aussi des piéges du mème genre en croix de St.-André,au moyen d'un ressort placé das l'angle supérieur. Le piége imaginé par le vicomte DEBEAULAINCOURT( #2.717)estunesorte de double collet : deux fils de laiton attachés en RR àlasurface supérieure d'une planchette la traversent librement en UUÜ, se courbent en cercle le long d'une rainure pratiquée dans denx anses de bois tenant à la planchette, tra-

cHAP. 19°,

versent de nouveau celle-ci par deux autres trous 4a,et viennent, en se réunissant solideu ent avec un bout de cordon b qui a passé par “Uu trou central dont elle est percée, s’engager dans un anneau o suspendu à l'extrémité d'un ressort à boudin d. Le piégeest maintenu aus l’état de tension au moyen d’une petite fourche c dont la tête peut entrer légèrement dans le même trou que le cordon b, et dont les deux branches divergentes barrentjusqu’à un certain point la gaierie où elles sont placées ; c’est en les dérangeant que la taupe fait partir le ressort et se trouve prise par un des collets. Dans d’autres piéges du même genre, les collets sont simplement attachés à des cerceaux, à des branches élastiques fichées en terre et courbées, et ils sont maintenus en place, soit par une motte de terre affleurant une plancheite qui est suspendue elle-même à la branche élastique, et que la taupe doit déplacer, soit par quelque cheville qui se décroche aisément quand elle est remuée,comme cela a lieu dans certaines souricières. Tous ces piéges sont d’un emploi avantageux, lorsque les taupes font des monticules fort éloignés les uns des autres, et surtout quand 1ls sont dressés sur la route qui conduit au gite de la taupe. Les fumigations sulfureuses ou autres ne réussissent qu'autant qu'on est parvenu à confiner la taupe dans une partie de sa demeure, qui n’a point d’autre issue que cel e où l'on opère.

Quand on ne veut pas se donner la peine de détruire les taupes dans les prairies, on se borne à étendre les taupinières le plus tard qu’on le peut, c'est-à-dire lorsque ‘herbe commence déjà à grandir, attendu que si l'on s’y prend trop tôt, 11 se forme bientôt un grand nombre de nouvelles taupinières.

$ II.— Mammifères rongeurs.

Genre rat (Mus). — Dans ce genre, tel que le circonscrivent les naturalistes modernes, Fig. 718.

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