‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 38 sur 357 · PROPRIÈTÉS PHYSIQUES DES SOLS · texte numérisé non relu

PROPRIÈTÉS PHYSIQUES DES SOLS

Conclusions que l'on peut tirer du tableau qui précède.

1° La désignation de so! léger et de sol pesant ou terre forte, si généralement usitée parmi les agriculteurs, se fonde sur la ténacité de la terre et sur son adhérence aux instrumens d'agriculture : ces dénominations marquent donc surtout un sol plus où moins facile à travailler, où un sol plus ou moins adhérent aux outils et consistant. — Par les moyens ci-dessus indiqués, on peut apprécier ces propriétés avec une exactitude suffisante. Un sol est très-facile à travailler si sa ténacité, dans l’état sec, n'excède pas dix degrés ; au contraire, il est déjà assez difficile quand cette ténacité va jusqu'à quarante degrés. — Un sol, dans son état humide, est facile à travailler lorsqu'une surface d’un décimètre n’est retenue que par un poids de 0,20 à 0,30 kilog. ; mais il est déjà difficile quand il lui faut une force de 0,40 kilog. ; l'argile pure exige même 1 kilog. 32 gr. : les terres arables sont entre ces extrêmes avec différens degrés de ténacité et d’adhérence, comme l'indique le tableau ci-dessus.

2° La ténacité d’un sol z’est pas en proportion directe de sa faculté de retenir l’eau; la terre calcaire fine et l’humus, qui la possèdent éminemment et à un bien plus haut dégré que l’argile,ont néanmoins bien moins de ténacité et d’adhérence, et forment un sol facile à travailler. — Plusieurs espèces de sols légers (les sols sablonneux) gagnent beaucoup de cohésion par l'humidité. Le sable sec n’en a aucune ; mouillé, ilen acquiert une assez considérable.

3° L’adhérence à une surface de boïs est toujours plus forte qu’à une égale surface de fer ; ce phénomène se montre dans chaque terre en particulier, et il se reproduit en grand de plusieurs manières.

4 En général, la consistance d’une terre arable est d’autant plus grande qu’elle contient plus d’argile.

Diminution de la cohésion par l'effet des gelées. — On sait combien la cohésion des mottes de terre diminue quand une terre fraichement labourée vient à geler, et combien elle devient alors plus friable. Pour suivre ce phénomène de plus près, on forme de longs morceaux de terre d'une égale épaisseur et largeur, on les expose dans un état humide, pendant plusieurs jours, à un froid rigoureux , Jusqu'à ce qu'ils soient complètement gelés; puis on les laisse sécher peu-àpeu dans un appartement habité, avec d’autres morceaux des mêmes terres qui n’avaient pas été exposées au froid : on détermine alors leur ténacité par la méthode précédemment exposée. al

La cohésion de ceux qui ont été exposes aux froids diminue quelquefois jusqu'à moitié.

Celle de la glaise grasse descend de 68,8 degrés à 45,0; celle de la terre arable d’Hoffwill, de 33 à 20 degrés. L’argile pure se laissait réduire en poudre par la seule pression du doigt, ce qui n'était pas possible pour la même argile séchée sans l'influence du froid. 4 .

L'hunidité est nécessaire pour produire

cet effet; des terres séchées avant d’être soumises à la gelée ne perdent pas de leur ténacité. Voici comment on explique ces effets : la glace prend plus de volume que l’eau dont elle provient; les particules de

terre entre lesquelles s’interposent les cris-

taux de glace se trouvent donc écartées et désunies. Mais cette diminution de consistance n’est pas toujours de longue durée.

En labourant bien la terre dégelée , elle acquiert la même cohésion qu’elle avait auparavant. On voit par là l'influence favorable des labours d'automne; la gelée ( produite par une tempéraiure au-dessous de zéro) peut pénétrer beaucoup plus dans l’intérieur de Îa terre; la masse de celle-ci se gèle mieux et garde plus long-temps sa porosité au printemps; les labours sont alors moins utiles dans cette saison; car, opérés par un temps un peu humide, ils font perdre à la terre cette porosité que le froid lui avait procurée.

Si toute la terre est humide lors de ces labours du printemps, dans un sol argileux, le préjudice est considérable et est souvent sensible pendant plusiéurs mois (1).

La consistance d’un sol dirninue ausst considérablement en le brélant. — Ta plupart des qualités physiques changent alors ; largile pure, qui auparavant formait le sol le plus compacte, devient, par cette opération, plus friable; elle perd sa consistance et sa ténacité ordinaires. Il n’est plus possible de Ja lui rendre en l’humectant. Dans des contrées de l’Ecosse, il est d'usage d'améliorer le sol en brälant l'argile.

Nous traiterons de cet important phénomène en parlant de l’écobuage.

Une simple dessiccation divise les terres argilo-calcaires, parce que l'argile diminuant plus que le carbonate de chaux, toutes les parties se désagrégent successivement.

$ III. — Perméabilité du sol.

On concoit combien est utile la perméabilité du sol qui doit laisser arriver aux extrémités spongieuses des racines, l’eau, les solutions nutritives ou stimulantes, l’airetles gaz. C’est ainsi que l'expérience a fait connaitre l'importance de tenir la terre meuble pour les plantes annuelles, de diviser la superficie au-dessus des racines des arbres, etc., ete.

Les expériences comparatives sur la perméabilité sont faciles : — On prend un poids égal de deux ou plusieurs terres sèches à essayer, 1 kil. par exemple; on délaye chacune d'elles avec un litre d’eau, on jette sur des tamis À, B, C (fig. 32), séparés, posés de niveau sur deux traverses D, E, et qui sont vus en coupe dans la figure.

On arrose ensuite successrvement avec 10 litres d’eau , en ayant soin que le niveau de la terre se dérange pen, et même aplanis-

sant à chaque fois la superficie avec une pa- |

EEV:vAS

letie en bois (fg. 33 ). Fig. 33.

— La vitesse avec laquelle la filtration de l'eau aura lieu indi- fi quera le degré de per- || niéabilité du sol en- L tre les deux extrêmes:

le sable qui laissera filtrer aussi vite que l’on versera, et les argiles plastiques qui laisseront à peine couler goutte à goutte.

Nousindiquerons plus loin, en parlant des amendemens, les moyens de donner le degré de perméabilité le plus convenable.

$ [V.— Faculté d’absorber l'eau.

Cette propriété des sols est évidemment une des plus importantes, car elle livre à la sève une partie indispensable de l'humidité , fournie quelquefois à de longs intervalles par les pluies.

On l’apprécie facilement en prenant sur un des tamis dont nous venons de parler, et lorsque l’eau ne s’en égoutte plus, 500 grammes de terre toute mouillée ; on en connaît le poids en la plaçant dans une large assiette plate, tarée d'avance, puis on pose cette assiette ainsi pesée, soit sur la sole d'un four après la euisson du pain, soit sur un poêle : lorsque la dessiccation estcomplète, c’est-à-dire que le poids ne diminue plus, la différence du poids trouvé alors indique la quantité d’eau que la terre retenait absorbée entre ses parties. — Ainsi, lorsque 500 grammes de terre mouillée seront réduits après la dessiccation à 400, on en conclura que les 400 grammes de terre avaient retenu 100 d’eau, et que 100 auraient retenu 25. |

De cette manière on a trouvé les résultats qui suivent.

Substances terreuses essayéese 100 parties retiennent.

Sable siliceux. +: 2125 Sable calcaire. . :: © 1:

Glaise maigré. . 1..." Glaise grasse. . . . . . « . « .

Terres argileuses. . . . . . . .

Argile exempte de sable. .. 70 Terre calcaire fine, ; . . ...

Terre de jardin... : . . . ..

(1) M. DE GASPARIN rapporte avoir vu dans son climat du midi un champ ouvert, un peu humide au printemps, qui ne put être semé en automne, faute d’en pouvoir briser les mottes.— J'ai souvent observé ce fait dans quelques champs placés au bas des buttes qui environnent Paris , et dont le sol est en grande partie composé d'argile mêlée à du sable.

cHap. 2°.

Terres arables. . ......{ % Magnésie carbonatée.. . . . . 456 Po 5: - - ::. ., 198 Le tableau précédent montre : 1° Que les sables retiennent le moins d’eau (20 à 30 pour 100);— 2° Que les terres argileuses en retiennent d'autant plus qu’elles contiennent moins de sable ; — 3° Que la chaux carbonatée absorbe d’autant plus d’eau qu’elle est plus divisée ; — 4° Que l’Aumus en retient le plus, sauf la m#agnésie carbonatée qui ne se trouve jamais pure dans les sols, mais leur fait contenir un excès d’eau.

$V.—Faculté des terres pour se dessécher.

Cette propriété est fort intéressante à connaître ; Car il est évident que les sols qui se dessèchent le plus rapidement sont les plus secs et chands, et doivent recevoir des âmendemens appropriés ; réciproquement il faut faciliter la dessiccation des terres qui retiennent trop longuement l’eau pluviale.

M. ScuugrEer propose d’essayer cette faculté en constatant par la perte en poids, pendant une égale durée de temps, dans le même air, combien chaque sorte dé terre très-mouillée laisse exhaler d’eau sur la proportion qu’elle renferme. La terre égouttée sur les tamis, comme nous l'avons dit ci-dessus, peut encore servir à ce3° mode d’expérimentation. — On en prendra de chacune 200 grammes, par exemple; on l’étendra pendant 5 heures en couche également mince sur une assiette, puis on pèsera de nouveau.

Si ces 200 grammes contenaient 120 d’eau et qu'ils en eussent perdu 60, on calculera ainsi : 120 ont laissé éyaporer 60 ; 100 auraient perdu 50. Cet essai approximatif donne les résultats suivans.

104 parties d'eau Substances terreuses. perdent

DD AUCEUX "0. . :4 : 88,4 AC ATE à 0 7109 DRAP CIRE... ..: - «. « +. D?

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Chaux carbonatée fine. . ...

DR OC APN. 5. . 5 24,5 f 32 © { 40 Magnésie carbonatée. . . . . . 10,8 a ne : : 20:53 D'après les résultats de ce tableau on observe : 1° Que les sables siliceur et calcaire perdent le plus d’eau dans lé même temps, ou se dessèchent le plus vite; aussi concourent-ils à former les sols les plus chauds; — 2° Que la chaux carbonatée agit d’une manière toute différente , suivant ses différentes formes. En effet, le sable calcaire constitue un sol très-chaud, tandis que la terré calcaire retient très-long-temps l'humidité, et mêmé plus long-temps que l’argile. Toutefois elle mérite une préférence marquéé sur cetté dernière terre, parce que son äction sur les acides Jui donne une influence chimique utile sur l’humus, et d’ailleurs parce qu'’ellé reste toujours légère ; — 3° Que l'argile perd de l’eau qu’elle contient, une proportion d’au-

Terres arables.. ; 3 : : + . :

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