DEGRÉS DE FERTILITÉ DES TERRES
L'ocre ou la mine de fer imoneuse, que lon trouve assez fréquemment au-dessous de ja superficie du sol, est très-nuisible à la végétation, qu'il empoisonne, pour ainsi dire, lorsqu'il n’est pas recouvert d’une couche de terre végélale assez épaisse pour qu'il ne soit pas atteint par les racines. Il est,ordinairement au-dessous d’une couche de terre âpre et de couleur brune, de même nature que lui, qui devient plus dure à mesure qu’elle descend, et est enfin transformée en pierre. Les arbres dépérissent aussitôt que leurs racines
atteignent cette terre.
25 fév. 1834. — L. HÉRICART DE THURY.
SECTION vi.— De la phorométrie, agronométrie, statique agricole, ou du degré de fertilitédes terres.
On désigne sous ces noms la méthode par laquelle les Allemands ont cherché, dans ces dernières années, à mesurer exactement les variations de la fécondité du sol, à les évaluer en chiffres, et à les rendre comparables en les rapportant à une commune échelle.
Tuer a le premier ouvert cetie voie, que DE WuLrEx et DE VoGur ont ensuite élargie et affermie.
THAER suppose qu’ure terre qui donne annuellement, dans une récolte moyenne, 12 hectol.84 de froment par hectare, possède 100 degrés de fécondité, suppléant, par ce mot abstrait, à tout ce que nous ignorons des qualités réelles du sol. Ces 100° nesoni pasépuises après la récolte, mais ils ont subi une diminution ; et, pour reconnaître la valeur de cet abaissement, Thaër a eu recours à deux procédés qui se sont contrôlés l’un l’autre : 1° il a pris l’ensemble des résultats fournis par des exploitations bien dirigées dans des années moyennes; 2° il a aussi fondé ses déductions sur les analyses qu'Einhof a faites de différentes céréales , d'après le principe que les récoltes absorbent les sucs nourriciers contenus dans lesol en proportion directe de lasubstance nutritive qu’elles-mêmes contiennent, surtout dans leurs graines. Au moyen de ces deux ordres de considérations, il a trouvé qu'une récolte qui succéderait immédiatéement et sans engrais à celle que nous avons prise pour type, produirait 7 hectol. 70 du même grain; d’où il a déduit, par une simple règle de proportion, un épuisement de 40 p. 0/0 sur la première récolte. Par Je même procédé, il a été conduit à attribuerun épuisement de 30 p. 0,0 au seigle, de 25 p. 0/0 à l’orge et à l’avoine. Or, il résulte de là que pour donner un hectolitre sur un hectare, le froment consomme 3° 21 de fécondité, le seigle 2,34, l’orge 1,64 et l’avoine 1,18.
On 3 différens moyens de réparer le déficit de la fécondité, ou de l’augmenter ellemême, entre autres les engrais , le repos de la terre ou sa conversion en pâturage, et la Jachère. Thaër estime qu'un chariot de fumier de 2,000 livres augmente de 2° 55 la fécondité d’un hectare; il ne cherche pas d’ailleurs à faire exactement la part de la qualité du fumier ni celle de l’état de la terre. Il regarde au contraire cette dernière condition comme influant directement sur l’accroissement de la fécondité par le repos. Selon
lui,une terre qui à 10° gagne par année 4° 20° 6° 30° g° 40° 10° 50° 11° 60° etc. 192?
— De même lamélioralion par la jachère est proportionnelle à la fécondité de ja terre, au moment où elle reçoit les cultures. Thaër estime cet effet à 10° pour une terre qui en possède déjà 40, eL il l’augmente d’un degré par chaque dizaine de degré au-dessus de cette limite inférieure.
Au moyen de l'échelle phorométrique de Tuagr, de même qu'avec celles de ses successeurs, il est facile d'apprécier la valeur comparative des divers assolemens, et de discerner celui qui épuise le moins te sol; mais le système sur lequel elle s'appuie est incomplet. Toutes les terres ne peuvent pas se ranger dans une seule catégorie ; elles ne cèdent pas toutes les 40/100 de leur fécondité; elles ne mettent pas toutes en action les engrais dans la même proportion; elles ne reçoivent pas toutes un même accroissement de valeur par la jachère. Les termes de la formule doivent être également changés suivant les climats. Ainsi, leur valeur peut être affectée de plusieurs variables dont les quantités fixées par Thaër sont, pour ainsi dire, les coefticiens. Ainsi, par exemple, suivast M. DE Gas- PARIN, il y a dans le midi de la France des terres qui, sans engrais et au moyen de la jachère seule qui revient tous les 2 ans, peuvent produire 8 hectol. 16 par hectare; elles possèdent donc 63° de fécondité, et, pour qu'il puisse y avoir égalité entre les récoltes avant et après la jachere, il faut que celle-ci journisse les 25°68 dont les 8 hectol. 16 ont épuisé le sol. Or, Thaër n'aurait admis dans ce cas que 12°30 derestitution; 1} y aurait donc dans ces terrains une faculté de réparation double de celle des climats où il chbservait ; et, en donnant ces 12°30 pour coefficient à la formule de la fécondité croissante du sol. il faudrait, pour le cas qui nous occupe, multiplier ce coefficient par 1 en Allemagne et par 2,08 dans le midi de la France, pour avoir la vraie valeur de ce terrain. Cette distinction ne tarda pas à être faite. M. ne WULFEN Concut que la fécondité devait résulter et des principes putrilifs contenus dans le sol, et de l'aptitude de ce sol à les mettre en action pour les approprier à la végétation. Il vit donc dans la fécondité la résultante de la richesse du sol en matières organiques assimilables par les végétaux, et de sa force où de son activité à les rendre susceptibles de cette assimilation,en les élaborant dans un temps plus on moins long, et en transformant ainsi la richesse en fécondité. C’est d’après ce point de vue qu'il donna à l’agronométrie le nom de statique agricole. Les ouvrages où M. de Wulfen a exposé ces idées neuves sont restés inconnus en France; nous ne pouvons donc donner à nos lecteurs qu'une idée imparfaite de son système d’après le peu que les journaux allemands en ont dit.
i” Le produit en céréales est dans un rapport direct avec la fécondité du sol.
2° Lorsque le nombre des degrés de la fecondité estconnu (c'est-à-dire, apparemment,