BUT ET UTILITÉ DES ETANGS
très fécondantes par la grande quantité de potasse qu’elles charrient, que se trouvent, le plus souvent, ces étangs destinés à l'irrigation.
Dans les parties montagneuses du Forez, et en Suisse, ces étangs sont des réservoirs qu'on vide en entier pour Dirrigalion des prés, à mesure qu'ils se remplissent. Dans les montagnes du Charollais, ce sont de véritables étangs qu'on empoissonne et qu'on ne vide entiérement que pour la pêche. Dans la propriété de Rambuteau, des prés très étendus sont arrosés au moyen de dix-huit étangs qui se remplissent par des sources nombreuses, plus encore que par l’eau des pluies.
Dans le sol calcaire, on emploie plus rarement ce moyen pour l’amélioration des prairies ; cependant la Société royale de l'Ain a décerné, en 1834, à M. d’Angeville, député actuel de l'Ain, une médaille pour l'établissement, dans un pays montagneux et de formation calcaire, d’étangs qui recueillent les eaux des pluies ; il a établi et il féconde, avecles eaux de ces étangs, une prairie de 40 hectares ; le sol arrosé produit maintenant un revenu quadruple de ce qu’il produisait avant, quoique la quantité d’eau employée à l'irrigation équivaille à peine à celle de la pluie annuelle !. Ces étangs, placés dans des gorges étroites, ont des bords abrupts très pentueux, sur lesquels il ne se forme pas de marais, et, par conséquent , ils ne causent point d’insalubrité. Il n’en serait pas de même de ceux à bords plats, sur lesquels s’établissent des marais permanents avec tous leurs inconvénients.
Les étangs peuvent donc être d’une assez grande importance agricole ; mais comme ils occupent presque toujours le fond des bassins qui peuvent donner des fourrages abondants et de bonne qualité, ils ont élé généralement supprimés dans les pays féconds et populeux, pendant que dans les cantons malsains et peu ferules leur nombre et leur étendue se sont au contraire beaucoup accrus.
Sur le plateau argilo-siliceux de Dombes , le sol en corps de domaine, sans étangs, valait à peine 8 à 10 francs l'hectare de revenu par an, pendant qu'il s'élevait à deux ou trois fois celte somme lorsqu'il était en eau ; la valeur de ces étangs semble s’accroitre encore lorsqu'on les joint à des domaines, parce qu’ils fournissent, comme nous l'avons dit, de la paille et du pâturage, Ces divers motifs ont donc sur quelques points beaucoup fait augmenter leur étendue.
Mais cet accroissement de produits n’a pas eu lieu sans de fâcheuses compensations : d’une part ces étangs n’ont pu s'établir que dans de petits vallons où l’afflux des eaux de pluie avait permis de faire des prés ; leur établissement a donc ôté une partie des fourrages naturels, généralement très rares dans ces pays sans cours d’eau, d'autre part le fond de ces vallons, enrichi de tout temps des alluvions des terres supérieures, fournit le meilleur sol de la contrée ; et enfin ces étangs qu’on a créés ont grandement compromis la salubrité du pays, et leur présence a fait naître des brouillards fréquents qui étendent leur influence sur tous les champs riverains , et sont sur la fin du printemps fatals aux céréales à l'époque de leur floraison. Tous ces inconvénients, peu sensibles d’abord lors de établissement des premiers étangs, se sont accrus petit à petit et insensiblement : les créateurs des étangs ont toujours cherché à se les dissimuler ; mais leur effet a fini par amener la dépopulation de la contrée et l'appauvrissement du sol. On concoit alors que la terre labourable, n'ayant pour la cultiver qu'une population maladive, rare etchèrement achetée, et manquant de prairies pour la féconder, a vu diminuer de moitié, des trois quarts peut-être, son produit net ; et comme elle est encore cinq fois plus étendue que, le sol en étang, la perte matérielle , en résumé , a été bien considérable : cette perte, née à cette époque, s'est perpétute et se continucra tant que les étangs resteront nombreux sur notre sol.
(1) Ces étangs contiennent un volume d’eau capable de fouruir 80 centimètres d’eau sur la surface de la prairie, ou de quoi suffire à huit arrosemeuts chacun d’uu décimètre de bauteur,
Sacrion IV. — Des conditions necessaires pour l'établissement des étangs dans un pars.
$ L°® — De la pente du sol.
Une des premières conditions nécessaires à l'établissement d’un étang, c'est que le sol ait une pente très sensible ; la quantité d'eau que peut recevoir un étang dépend de la différence du niveau entre le point où l’eau s’introduit et celui où on la contient par une chaussée, Pour qu'il soit productif en poissons, à l'abri des sécheresses, des défauts de pluie de l'été, des neiges et des gelées de l'hiver, il doit être profond sur une grande partie de son étendue, et avoir de deux à trois mètres d’eau vers la chaussée ; il faut donc que le terrain où il est placé ait, depuis l'extrémité supérieure de l'étang jusqu’à la chaussée, une pente de deux à trois mètres.
Dans les étangs dépendants, c'est-à-dire dans ceux où les eaux des étangs inférieurs baignent la chaussée du supérieur, une moindre pente est nécessaire ; mais toujours encore faut-il qu'il y ait au moins un mètre de pente d'une chaussée à l’autre. Ces étangs sont loin d’être les plus nombreux, et néanmoins la pente du terrain qui les forme est encore très grande si on la compare à celle des plaines qui n'ont que la pente des rivières qui les ont formées, et dont pourtant les eaux s’écoulent facilement. Mais cette pente, qui suffit sur la longueur de l'étang, est nécessairement plus grande sur sa largeur, qui se compose des deux pentes formant le pli de terrain où il est placé,
Nous remarquerons, en outre, que pour pouvoir pécher facilement et cultiver le sol aussitôt que les eaux en sont sorlies, il faut qu’elles s’écoulent promptement, et que par conséquent la pente soit tres sensible ; toutefois nous observerons que, bien qu'une assez grande pente soit nécessaire à un étang, elle ne doit pas être trop forte, parce qu’elle exigerait, pour couvrir quelque étendue de sol, une chaussée d’une hauteur démesurée , très dispendieuse à établir et à entretenir, et dont la construction entrainerait plus de perte que de profit.
$ IE. — De la configuration du sol.
Une seconde condition nécessaire à l'établissement des étangs, c'est que la surface du sol soit ondulée et se compose de pelits bassins plus étroits que longs; si cette surface avait une pente uniforme, sans ondulation , sans bassins, on serait obligé pour chaque étang de pratiquer une triple chaussée, la première perpendiculaire à la ligne de pente, et qui aurait la même hauteur sur toute sa longueur, et les deux autres parallèles à la pente générale, qui s’'étendraient en diminuant de hauteur sur toute la longueur de l'étang. Cette forme occasionnerait des transports de terre énormes, six à huit fois plus considérables que ceux nécessaires dans un pays ondulé, et jetterait dans des frais sans rapport avec le produit; les eaux d’ailleurs ne s'écouleraient que dans un sens et en nappe, sans pouvoir se réunir dans le milieu de l'étang, ce qui rendrait la pêche comme la culture fort difficile ; de plus, toutes les parties limitrophes de cette triple chaussée essuieraient des infiltrations, et seraient rendues malsaines et improductives.
Bien différemment de cela, dans les petits bassins naturels, la chaussée se place sur la largeur ; elle est courte, puisqu'elle barre le côté le plus étroit ; son niveau est maintenu à peu près horizontal ; elle a dans son milieu sa plus grande hauteur, qui diminue ensuite et se termine à rien aux deux extrémités : les infiltrations alors n'ont guère lieu qu’à travers ses parties élevées, perdent peu d’eau, et gàlent par conséquent peu de terrain.
Par suite de cette conformation du sol, outre la pente longitudinale, depuis l’exfrémité supérieure ou la queue de l'étang jusqu’à la chaussée, le terrain en a encore de chaque côté une plus forte, depuis les bords jusqu’au milieu du bassin; dans la ligne du milieu se pratique un fossé qui conduit à la vidange, recueille le poisson pour la pèche, et fait écouler les eaux de pluie pendant la culture.
Cependant, dans le moment du plus fort engoûment pour les étangs, on en a bien établi quelques-uns dont les pentes latérales trop faibles exigent de petites chaussées auxquelles on donne le nom de chausses ; mais ces étangs