LIV. Ve
sont chers à établir et à entretenir, plus difficiles encore à cultiver et à pêcher ; ils sont malsains, gâtent les fonds environnants, et on les estime beaucoup moins que ceux qui sont dans des bassins naturels. Les meilleurs, en genéral, sont ceux dont la chaussée est courte, parce que
son entretien est peu considérable ; ils sont aussi les moins |
malsains, parce que, par suite de l’étroitesse du bassin, ils ont moins de bords plats, et par conséquent moins de marais sur leurs bords.
Il résulte donc de tout ce qui précède, qu'outre la grande pente que doit avoir le sol pour pouvoir à volonté accumuler et faire écouler les eaux, un pays d’étangs doit encore être ondulé et coupé de petits bassins qui deviennent leur assiette.
Nous avons cru devoir appuyer sur ces deux conditions de terrain incliné et ondulé, nécessaires aux pays d’étangs, pour pouvoir en déduire d’une manière incontestable que les étangs ne peuvent s'établir dans un pays marécageux ; en effet, une contrée n’est ordinairement marécageuse que parce que les eaux ne s'écoulent pas ou s’écoulent mal ; et cela ne peut avoir lieu que là où le sol a peu de pente. Ce n’est donc en aucune façon à cause des marais, ni pour en tirer parti, que les étangs ont été établis ; c’est pourtant l'opinion recue presque exclusivement et partout répetée par les écrivains : la commission d'agriculture et des arts, présidée par Berthollet, dans son rapport général sur les étangs, l’a admise comme positive, surtout pour le département de PAin; il était essentiel d’en prouver ici le peu de fondement, parce que ce rapport est devenu historique dans la question des étangs, qu'il consacre des idées fausses sur l’état naturel du sol d’une partie de la France , et que tôt ou tard il sera consulté comme pièce authentique, lorsque dans l’établissement d’un code rural on voudra traiter la question générale des étangs.
$ IE. — Nécessité d’étangs nombreux,
Une troisième condition nécessaire à l'établissement des étangs dans un pays, c’est qu’ils y soient nombreux, rapprochés les uns des autres, et à portée des villes; ar le poisson est une denrée de luxe qui he trouve de débouché abondant que dans la ville, et qui a besoin, pour devenir un genre de commerce productif, d’être fournie au consommateur successivement et à mesure du besoin. En outre, dans tous les pays d’étangs, les moyens d’avoir du poisson sont les mêmes ; partout on a besoin de trois espèces d’étangs, ceux pour faire naitre la pose ou feuille, ceux pour la faire grandir et arriver à donner de l’'empoissonnage où nourrain, el enfin ceux où l’empoissonnage grandit pour fournir le poisson de la consommation. Si les étangs sont peu nombreux, isolés ou seulement éloignés, il est d'autant plus difficile d’avoir ces trois espèces, bien qu’elles ne different entre elles que pour leur étendue : leur exploitation alors exige des transports à distance, dangereux pour la feuille, ’empoissonnage ou le poisson, et donne beaucoup d’embarras qui ne s’évitent que lorsqu'il peuvent être groupés en nombre dans une mème localité Cette condition sera encore plus nécessaire si, comme en Dombes, ils sont cultivés en assec tous les deux ou trois ans.
Enfin, lorsque les étangs sont un peu nombreux, l’eau de ceux qu’on évacue peut servir à remplir les étangs inférieurs du même bassin, ou ceux des bassins voisins avec lesquels on établit des communications. Ce voisinage et celle communication des étangs entre eux sont une Cr constance qui peut beaucoup concourir à rendre leur économie profitable; toutefois , lorsqu'ils sont nombreux dans un canton, les surfaces de sol qui versent l’eau à chacun d'eux ne peuvent être que peu étendues; il faut alors des pluies très abondantes pour les remplir, ce qui n’arrive pas tous les ans : c’est dans ce cas qu'il est d’un grand iniérêt de ne point laisser perdre l’eau et de recueillir, quand on le peut, dans les étangs inférieurs, celle des étangs supérieurs que l'on pêche,
$ IV. — Les pays d'étangs doivent être élevés au-dessus des bassins des rivières.
Les pays d’élangs devant avoir beaucoup de pente, se
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trouvent nécessairement placés sur des plateaux assez élevés au-dessus du fond des bassins des rivières qui les bordent, et dans lesquels ils versent leurs eaux. Lorsque les étangs se succèdent en suivant la pente générale du plateau, sans verser dans des rivières latérales, il faut que le sol ait au moins, de pente, la somme des hauteurs de toutes leurs chaussées, ce qui donnerait déjà , pour une vingtaine seulement d’étangs qui se suivraient, 150 à 200 pieds de pente; mais il en est assez peu qui soient placés de cette manière, et leur nombre se trouverait toujours très circonscrit si le plateau n’était coupé par de petites rivières. Les bassins de ces rivières servent de débouchés à d’autres petits bassins tertiaires où sont placés les étangs ; alors une moindre pente générale est nécessaire pour un même nombre d’étangs ; mais le plateau cependant doit avoir une assez forte pente et être très élevé au-dessus du grand bassin dont il suit le cours. Les pays d’étangs en France sont donc , contrairement à lopinion générale et qui domine dans le rapport de la commission de l'an IV, les plus élevés après les pays montagneux ; cette différence de niveau du plateau où sont placés les étangs avec les plaines de litioral qui l'environnent suffit pour que le climat y soit naturellement un peu plus froid.
$ V. — De la nature de sol propre à l'établissement des étangs, et de l’imperméabilité du sol.
Il est encore une condition tout-à-fait indispensable pour l'établissement des étangs dans un pays ; c’est que la couche inferieure du sol ou du sous-sol soit peu permeable. Si ce sous-sol se laisse facilement traverser par l'eau, il est évident que pendant l'été, lorsque les pluies tombent à de longs intervalles, l'infiltration, aidée de l'évaporation produite par de longues journées de chaleur, diminue la masse des eaux de manière à faire périr le poisson et à mettre quelquefois l'étang à sec. Cette con dition du sous-sol imperméable appartient presque exclusivement à une nature de terrain très abondamment répandue sur la surface du globe : elle est désignée dans beaucoup de pays sous le nom de terre à bois, parce que ce produit y réussit assez ordinairement : dans l'Ain, Saône-et-Loire, le Jura, et dans beaucoup d’autres lieux, elle porte le nom de terrain blanc ou terre blanche, blanche terre ; c’est la boulbenne ou bolbine du Midi, le gault dans quelques endroits, et souvent le diluvium pour beaucoup de géologues. Elle est composée de sable fin siliceux et d'argile, mélés ensemble d’une manière intime; elle offre plus ou moins de ténacité, suivant que le sable est plus ou moins fin, ou que l'argile s'y trouve en plus ou moins grande proportion. Lorsque la surface arrive à un état sablonneux, le plus souvent encore le sous-sol renferme assez d'argile pour ne point se laisser pénétrer par les eaux ; comme il ne contient point de parties calcaires, l'eau ne peut point le déliter, c’est-à-dire séparer ses parties, et par suite traverser facilement ses couches inferieures. Ce sol, amené à l'etat sec, reprend ensuite à la pluie une proportion d’eau considérable ; mais lorsqu'il en est saturé, tout ce qui tombe de plus reste en plus grande partie à sa surface ou s’en écoule, ce qui forme tout son avantage pour les étangs; il est très long à sécher, parce qu'il ne peut perdre d’une manière bien sensible son humidité ou l’eau de sa surface que par l'évaporation ou la transpiration des plantes qui le couvrent. La couche supérieure repose presque toujours sur un sable argileux, coupé de veines rougeätres moins pénétrables encore par l’eau que le sol de la surface.
On peut citer, comme type de son imperméabilité, quelques cantons du Gers où, dans les années de grande abondance, on conserve le vin dans des trous faits dans le sol. Il est toutefois remarquable que, pour que celle imperméabilité s'exerce, il faut que le sol soit préalablement saturé d’eau; et puis ce vin sans doute ne reste pas en terre pendant l'été, et il est défendu de l’évaporalion par des couvercles.
Notre sol ne possède pas la faculté de retenir l'eau à ce point extraordinaire ; mais cette faculté s’accroit par sa culture en élangs. On remarque en effet que les nouveaux étangs tiennent moins bien l’eau que les anciens ; la charge d’eau, sur les étangs pleins, presse sur une masse de sol