DE L'ÉTABLISSEMENT DES ÉTANGS
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fortement pénétré d’eau, qui se ramollit, acquiert une certaine flexibilité qui le rend susceptible d’éprouver la pression et de se resserrer jusqu'à une cerlaine profondeur; cet effet accroit beaucoup son imperméabilité : dans ce cas cependant cette imperméabilité est encore loin d’être absolue, et l’infiltration des eaux y est beaucoup plus considérable qu'on ne serait disposé à l'admettre.
Et d’abord nous en trouverons une preuve dans ce qui se remarque au pied de toutes les chaussées d’étangs. Ces chaussées faites avec le sol de nature imperméable de l'étang, sur une épaisseur double au moins de sa profondeur, et dont une partie est, comme nous le verrons, battue et corroyée, se laisse cependant pénétrer par les eaux, et tout le long de la chaussée on apercoit des infiltralions.
Nous pouvons même nous former une idée de la quotité d’eau que laisse encore passer cette nature de sol.
Pour cela, nous ferons d’abord remarquer que la quantité moyenne annuelle de pluie est, dans notre pays, de 1 mètre 20 centimètres, et celle de l’évaporation de 1 metre; nous admettrons ensuite, ce qui est à peu pres d’expérience, que la quotité de pluie qui tombe en automne et en hiver serait moitié en sus de celle du printemps et de l'été, c'est-à-dire qu’elle serait de 72 centimètres pour lesemestre d'automne et d'hiver, et de 48 centimetres pour celui de printemps et d'été; nous admettrons encore que l'évaporation du printemps et de l'été serait de moitié en sus de celle de l’automne et de l'hiver, c’est-à-dire de 60 centimètres pour une époque, et de 40 cenlimèlres pour l'autre.
Maintenant, avec ces données, nous remarquerons que les mares placées dans les parties basses de bois ou de terrains vagues du plateau argilo-siliceux se remplissent d’eau pendant l'automne et l'hiver, et se trouvent à sec souvent avant la fin de l'été, D’après l’observation précédente. il tombera, pendant l'été et le printemps, sur la surface de la mare, une couche d’eau de 48 centimètres. Si l'on admet que l'emplacement de la mare, occupant le fond de la dépression du terrain, recoive autant d’eau des parties environnantes que sa surface en recoit de la pluie, on aura pour l’eau recue par la mare, pendant le printemps et l'été, un volume d’eau égal au double de celui tombé pendant la saison sur sa surface, c'est-à-dire un prisme de 96 centimètres de hauteur et qui aurait pour base la surface de la mare, d’où retranchant la quantité d’eau évaporée pendant ces six mois, que nous avons vue être de 60 centimetres, mais que nous supposerons se réduire à un prisme droit de 36 centimètres à peu pres, il restera au prisme une hauteur d’eau de 60 centimètres, qui sera nécessairement infiltrée ; à quoi il faut ajouter la quantité d'eau qui était dans la mare, que nous supposons de 50 centimètres de profondeur et que nous pouvous arbitrer à un prisme droit de 20 centimètres de hauteur, ayant pour base la surface de la mare; il se serait doncinfiltré par le fond de la mare un prisme d’eau en moyenne de 80 centimetres de hauteur, et cela pendant la moitié de l'année : d’où il résulterait que, pendant toute l’année, l'infiltration sur le sol de notre plateau serait double, et, par conséquent, de 160 centimètres, ou d’un tiers en sus de la quantité de pluie qui tombe annuellement.
Mais voyons si ce qui se passe dans nos étangs confirmerait ou infirmerait ce résultat. Admeltant que l'étang que nous prenons pour exemple soit de profondeur, d'étendue et d'imperméabilite moyennes, qu'il reçoive de son bassin pendant le printemps et l'été autant d'eau qu'il en tombe sur sa surface, il s'ensuit, d’après ce que nous venons de voir, qu'il aura recu, pendant le printemps et l'été, un prisme droit d’eau de 96 centimetres de hauteur, qui ne s'y trouve plus à la fin de cette saison : mais en moyenne , sans évacuer de trop plein pendant l'été, les étangs perdent au moins un quart de leurs eaux, soit au moins une hauteur de 25 centimètres qui, ajoutés aux 96 centimètres qui précèdent, portent à 121 centimètres le prisme d’eau qu'a perdu l'étang pendant l'été ; l'evaporation de la surface, à cause de la diminution successive d'étendue, se réduira à un prisme droit de 40 à 45 œen-
timètres, qui, retranchés de 121, réduisent à 70 ou 76 centimètres le prisme d’eau que l'étang a perdu, et qui se sera nécessairement infiltré dans le sous-sol. Pour l’année entière, la quoiité d’eau infiltrée par le sol de l'étang serait double, c’est-à-dire de 1 mètre 40 centimètres à 1 mêtre 52 centimètres, quantité qui approche de celle que nous avons trouvée pour la mare.
Mais cette infiltration n’a lieu que lentement; l’eau, avant de descendre aux couches inférieures, séjourne assez longtemps dans lépaisseur du sol où travaillent les racines, pour nuire à la végétation, affaiblir les produits et modifier le végétal, le sol, et même jusqu'à un certain point la couche atmosphérique qui repose immédiatement sur lui. Il en résulte que cette nature de sol est plus humide, que les gelées y sont plus fréquentes et plus nuisibles, et que les végétaux qui enfoncent leurs racines dans ce sous-sol noyé y puisent une sève acqueuse et peu substantielle; quelques-uns même y périssent parce que leurs racines y pourrissent.
Tous les végétaux ne souffrent pas également de ce défaut du sol argilo-siliceux ; les céréales et les récoltes sarclées, pourvu qu’on fasse écouler les eaux de la surface, y donnent souvent de bons produits; mais certains grands végétaux y viennent plus difficilement. Les peupliers, les arbres fruitiers, les mélèses, s’accommodent mal de cette imperméabilité du sol lorsqu'elle est très marquée ; le chéne et le châtaignier y gèlent souvent, et, pour que les plantations y réussissent, il est nécessaire que le sous-sol soit défoncé. Nous avons vu dans la Gueldre, plateau argilo-siliceux et d'une nature très imperméable, un propriétaire faire réussir toutes ses plantations, arbres fruitiers, peupliers et même les müriers, en défonçant le sol jusqu'à une couche plus perméable , pendant que les plantations de ses voisins, faites avec les conditions ordinaires, restaient sans succès.
Nous avons dit que ce sol se tassait par le séjour des eaux; cet effet se remarque particulièrement sur le sol des étangs; mais comme, tous les trois ans, on les laboure, la couche plus fortement tassée ne commence qu’au dessous du sol labourable. Cette couche, outre la charge des eaux, éprouve encore, tous les deux ou trois ans, celle du talon de la éharrue et de la marche des hommes et des animaux de labour qui cultivent l'étang. Ce tassement est très sensible sur une épaisseur de 15 à 20 centmeètres sous la couche labourée, au-dessous de laquelle la terre reprend à peu près sa consistance ordinaire. L'effet de ce tassement est d'autant plus sensible que le sol est plus argileux. Sur ce sol d’étang, le mélèse et le chène réussissent mal, à moins que la couche tassée ne soit effondrée; le pin du lord, le pin sylvestre, le bouleau, le charme, l’épicea même, s'y établissent avec avantage si toutefois le tassement n’est pas trop fort. Lorsque les racines du mélèse parviennent à traverser cette couche, il reprend force et vigueur, surtout lorsqu'il peut implanter ses racines dans le sous-sol rougeâtre, qui cependant parait tout-à-fait infécond.
En examinant le sol argilo-siliceux, en étudiant sa composition, ses caractères extérieurs, son gisement dans différents pays très éloignés les uns des autres, on le retrouve partout avec les mêmes caractères extérieurs, les mêmes propriétés : ce qui doit le faire attribuer à une mème formalion qui a dû être la dernière des grandes formations, puisque nulle part il n’est recouvert par elles et qu'il recouvre la surface de toutes les autres. On le retrouve quelquefois sous les alluvions du fond des bassins ; mais ces alluvions, qui ne sont que partielles, n’occupent que le fond de ces bassins et sont les derniers phénomènes du grand cataclysme qui a produit l'alluvion générale. Dans la débâcle qui a balayé le fond des bassins et en a entrainé le dépôt argilo-siliceux, quelques parties qui sont restées ont été recouvertes des débris des lieux environnants.
Le grand plateau du bassin de la Loire et d’une partie de ses affluents, dans lequel est comprise une douzaine de départements, contient plus de moitié des étangs de France et les deux cinquièmes de leur contenance totale. Placé à une grande hauteur au-dessus du cours du fleuve, il est sans doute la plaine la plus élevée de
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l'intérieur de la France, parce que la Loire est celui des fleuves dont le cours est le plus long, et qu'il est très rapide dans sa première moitié. >
Les élangs, dans les pays calcaires, ont presque tous été desséchés, parce que le sol était de bonne qualité, et que celui de la surface, au moyen du principe calcaire qu'il contient, se délite, se laisse imbiber et pénétrer d'eau qu'il transmet aux couches inférieures. Dans la partie du Berry en sol calcaire, on a défriché aussi une partie des étangs avec très grand profit, parce que, toujours couverts d’eau sans être cultivés, ils avaient accumulé une quantité de vase très fertile, dont les produits ont été et continuent d'être très grands. Cependant, lorsque le sol calcaire se trouve avoir pour sous-sol une couche épaisse d’une marne terreuse, homogène et à grains fins, il est alors peu perméable et on peut y établir des étangs ; il en reste quelques-uns sur cette nature de sol en Bresse, qui, au moyen de la culture alterne en eau et en poissons, sont des fonds précieux qui se louent à un prix aussi élevé que les fonds en corps de domaine. Deux années d’empoissonnage mettent ce sol, eng raissé par le séjour des eaux et les déjections des poisson;, en état de produire sans engrais quatre récoltes successives et alternes de mais et de froment, pendant qu': les étangs argilo-siliceux, lors même qu’ils sont en ba à sol, ne peuvent produire qu’une bonne récolte d’avoi ie, de seigle ou de froment, suivant la nature de leur 5ol : cela nous prouve d’une manière bien évidente le f it important établi par nous ailleurs, que la mème qua'itité et nature d'engrais donne beaucoup plus de produit sur les sols calcaires que sur les sol siliceux. Dans l’un de ces étangs à sol calcaire, après deux ans d’empoissonnage, nous avons, en 1833, sur un seul labour, huit jours après la pêche de la fin de septembre, fait semer du froment qui a produit 24 hectolitres par hectare; l’année suivante, le cultivateur a voulu semer encore du froment qui a produit 18 hectolitres. En 1835, une portion de l'étang qui se trouve en terre blanche a porté de la navette, et le reste du sol calcaire, semé toujours sans engrais en mais, a produit autant que les bons fonds bien fumées; enfin, dans la quatrième année, dernière de l’assolement, au moyen de la fécondité qui restait, on a recueilli encore, sans engrais, six à huit fois la semence en froment ; après ces quatre récoltes, a recommencé l'empoissonnement pour rendre à ce sol de nouvelles forces productives.
Concluons des faits qui précèdent, que les déjections des poissons sont, après, avant peut-être le guano, le plus puissant engrais connu; et nous ferons remarquer la grande analogie de ces engrais entre eux : le premier est fourni immédiatement par le poisson, et le second, à ce qu'il semble, serait le débris et le résidu de sa consommation par des oiseaux de mer qui en font leur nourriture.
$ VI. — De l’aboudance des eaux de pluie.
Une condition importante au succès des étangs dans un pays, c’est que les pluies ÿ soient abondantes; là où elles manquent, les étangs ne peuvent s'établir qu'au moyen de sources et de cours d’eau ; mais, comme nous l'avons dit ailleurs, les plateaux argilo-siliceux en renferment peu : les étangs doivent donc y être rares lorsque les pluies ÿ sont peu abondantes. Cette circonstance explique le nombre plus grand qu'ailleurs des étangs sur le plateau de Dombes et de Bresse, pays où, d’après les observations que nous avons continuées pendant plusieurs années, il tombe par an, en moyenne, 120 centimètres d'eau ; à Paris et dans les environs, la moyenne est de 50 centimètres; les pluies de l'Ain fournissent donc un volume d’eau deux fois et un tiers plus considérable qu’une partie des plateaux de même nature ; aussi on y a établi avec succès un nombre d’étangs beaucoup plus grand. (bis 4
Mais cet avantage, si toutefois c'en est un, est chèrement acheté. La culture, sur cette nature de sol qui craint l'humidité, offre, avec cette masse de pluie, beaucoup plus de difficulté que sur les autres plateaux de même formation ; et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que l’insalubrité, naturelle peut-être à cette sorte de terrain, en est notablement accrue.
car. 9, DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE LA CONSTRUCTION DES ÉTANGS. 185
rait pas possible d'y amener quelques eaux de source ou de pluie, ou d’en tirer au besoin des étangs voisins.
Lorsqu'on ne peut point recevoir d’eau élrangère au bassin, 1l est à peu près nécessaire que le sol qui. doit fournir l'eau à l'étang ait au moins de six à douze fois plus détendue qu’on ne veut en donner à celui-ci. On concoit que celte étendue de bassin doit varier suivant que le sol est plus ou moins argileux, et qu’on est plus ou moins maitre du sol environnant pour faire arriver sans obstacle les eaux à l'étang.
Il convient aussi qu'un étang puisse se remplir avec les
pluies de l'automne et de l'hiver, d'octobre en mars ; autrement, pendant la saison chaude, l’étang étant en partie vide, le poisson n'aurait pour parcourir et pour croître qu'une portion seulement du sol qui lui est destiné; il est cependant des étangs qui, suivant les années, ne se remplissent qu’au bout d’un an, dix-huit mois ou deux ans; mais c’est pour eux une grande perte de produit. - Lorsque le sol qui verse à l'étang est en terre labourable, dans les années ordinaires et avec un ciimat pluvieux, un quart ou un cinquième de l’eau pluviale peut arriver à l'étang , le sol en bois en fournit moins, parce que les grands végétaux en absorbent davantage, et que la culture ne l’a pas disposé de manière à faciliter l’écoulement des eaux surabondantes. Dans les pays où il tombe 1 mètre 20 centimètres d’eau, l'étang en recevra donc une couche en moyenne de 235 centimètres d'épaisseur de toute l'étendue de son bassin; or nous avons supposé cette étendue huit fois plus grande que la surface de l’assiette de l'étang, il lui arrivera donc une quantité d’eau représentée par un prisme qui aurait 2 mètres de hauteur, et qui aurait pour base la surface de l'étang ; à quoi ajoutant { mètre 20 centimètres tombés pendant l’année sur cette surface, on aura en tout un prisme d’eau de 3 mèetres 20 centimètres de hauteur pour alimenter et tenir plein l'étang, remplir les vides causés par l’évaporation et l'infiltration pendant toute l’année, et dont une partie s’est écoulée en trop plein.
Mais ces circonstances sont bien différentes lorsque la pluie n’est que moitié de celle que nous venons d'indiquer ; le sol alors, qui a besoin de se saturer plus souvent avec des pluies plus rares, ne laisse peut-être pas aller à l'étang du sixième au huitième de l'eau qu'il reçoit, où moiié à peine de ce qu’il en laisse couler dans les climats pluvieux ; il faut donc, dans les pays où la quantité de pluie est moitié moindre, une surface affluente trois ou quatre fois plus considérable pour entretenir l'étang convenablement plein.
Ces considérations sont d’une haute importance; elles expliquent pourquoi, avec des circonstances analogues de sol, la surface des étangs en Dombes est, proportion nellement à l'étendue du pays, trois ou quatre fois plus grande que dans les contrées où la quantité de pluie est moitié moindre. Ainsi, par exemple , on conçoit que les étangs qui, en Dombes, ont besoin de plus d’un an pour se remplir, et qui, dans les dernières années qui viennent de s’écouler, ont toujours manqué d’eau, ne se rempliraient jamais dans les climats moins pluvieux.
On est dispensé de grands bassins lorsqu'on a, dans le voisinage, des étangs placés à un niveau plus élevé; mais il faut en être le maitre pour pouvoir disposer de leurs eaux au moment du besoin.
Lorsqu'après avoir étudié la nature de son sol, on s'est assuré qu'il est peu perméable, soit en y essayant de petites retenues d'eau, soit par l’analogie qu'on lui trouve avec d’autres sur lesquels on a observe des étangs, il serait encore à propos de sonder son terrain pour pouvoir juger si la couche imperméable a assez d'épaisseur pour empêcher l'infiltration des eaux ; il faut en outre, au moyen de nivellements bien faits, déterminer l'étendue que l'eau pourra couvrir, s'assurer si le terrain a une pente suffisante pour que l'étang ait assez de profondeur, voir s’il forme un petit bassin naturel qui puisse se fermer par une chaussée de médiocre longueur, et enfin examiner si le terrain qui verse à l'étang a suffisamment d'étendue pour pouvoir le remplir. Lorsque toutes ces condilions sont remplies d’une manière satisfaisante, on peut raisonnablement espérer de réussir; toutefois en-
Secriox V.— Des etangs alimentés par les eaux pluviales et de ceux alimentés par les cours d'eau.
Le plus souvent, autant que nous avons pu en juger, les étangs, ailleurs qu'en Dombes, sont silués sur des cours d’eau ou des sources; en Dombes, pour les établir on se contente de barrer, par des chaussées, tous les petits bassins latéraux qui écoulent leurs eaux de pluie dans les cours d’eau. La quantité de pluie, plus forte qu'ailleurs, suffit d'ordinaire pour les remplir et les entretenir pleins ; et puis, en faisant communiquer les bassins entre eux, on laisse perdre le moins d’eau possible, et les étangs se remplissent mutuellement.
Les étangs formés par l'eau des pluies sont beaucoup plus insalubres que ceux qui s’alimentent par des cours d'eau ; la raison en est facile à concevoir. L’'insalubrité des étangs est due spécialement à l’abaissement des eaux pendant l'été : dès le mois de juin, l'infiltration et l'évaporation dépassent beaucoup la quantité d’eau pluviale ; les eaux s'abaissent graduellement, et, à la fin d'août, il y a Lien, en moyenne, le tiers ou le quart au moins du sol
ue l’eau couvrait au printemps qui s’est successivement
écouvert. Toutes ces laisses d’étangs, qui représentent dans notre pays plusieurs milliers d’hectares, deviennent alors des marais éminemment malsains ; leur sol, couvert de débris animaux et végétaux, sous l'influence du soleil d'été, produit des émanalions funestes. Ces effets du soleil d'été sur le sol que l’eau laisse à découvert se reproduisent ailleurs que dans le voisinage des étangs ; des fièvres endémiques et de mauvais caractère suivent souvent les inondations d’été sur le littoral des grandes rivières.
Il est loin d’en être de même des étangs alimentés par des sources ou des cours d’eau. Ces étangs restent toujours au même niveau, l’eau s’y renouvelle sans cesse ; les bords qui restent couverts d’eau produisent peu d’effluves dangereuses ; les surfaces d’eau ne sont point insalubres par elles-mêmes. Ainsi, dans les marais Pontins, pour arrêter les effets dangereux des miasmes, on couvre le sol d’eau.
Les étangs alimentés par des cours d’eau nuisent donc peu à la salubrité ; tels sont les étangs de M. Masson, qui, d’après leur propriétaire, ne causent point de fièvres à leurs riverains ; ces étangs nous semblent, en outre, placés sur le sol calcaire. On remarque dans notre pays que ceux placés sur cette nature de sol développent moins &’insalubrité ; toutes les formations et composés calcaires neutalisent en général les émanations insalubres.
S'il était nécessaire d’apporter de nouvelles preuves de l'insalubrité du sol que les eaux viennent de quitter et que frappe le soleil d'été , nous rappellerions ce qui se passe dans notre pays lorsqu'on pêche les étangs au mois d'août : on voit les fièvres se multiplier alors presque instantanément. Ainsi, l’année dernière, une propriété de Dombes, dans laquelle on avait desséché tous les étangs, avait passé depuis deux ans deux automnes sans fièvre ; cependant, au mois d'août de l’année dernière, on a pêché un élang placé dans un voisinage qui ne dépendait point du même propriétaire ; peu de jours après, presque tous les habitants de la par quoique placés à distance, ont été frappés par la fièvre. Toute pèche d’étang devrait donc être interdite depuis la fin de mai jusqu'à l'équinoxe.
Secriox VI. — De l'établissement et de la construction des étangs.
$ LE. — Travaux préliminaires.
La première opération à faire avant l'établissement d’un élang, est l'évaluation de la quantité d’eau dont on peut annuellement et en moyenne disposer pour le remplir. Il résulte des observations que nous avons développées précédemment sur la nature du sol où sont placés les étangs, que lorsque sa couche supérieure est saturée, les eaux, au lieu de S'infiltrer, coulent à la surface et peuvent se recueillir pour former l'étang. Il faut donc s'assurer d’abord de l’etendue du bassin de l'étang, c'est-à-dire de la surface de sol qui verse ses eaux dans le pli de terrain qu'on veut remplir d’eau ; il faut voir ensuite s’il ne se-
core, avant de se mettre à l’œuvre, il faut, au moyen de son niveau, déterminer la longueur et la hauteur de la chaussée, et tracer les contours de l'étang. Un grand nombre de personnes, pour n'avoir pas pris celte précaution, ont élé entrainées à de grandes dépenses, n'ont eu que des étangs fort peu étendus, ou ont couvert les fonds voisins.
Malgré tous ces soins préliminaires, il arrive encore souvent que la nécessité d’avoir des eaux, que les moyens qu’on emploie pour les faire arriver et les conserver, que leur reflux sur les propriétés voisines, et que souvent aussi les passages qu’on intercepte, amènent beaucoup de difficultés ; de là, en Dombes, la phrase proverbiale que les etangs sont des nids à procès.
$ IL. — Du bief, de la pécherie et du canal de vidange,
Après tous ces préliminaires, nous arrivons à la construction de l'étang : le premier travail consiste à faire, dans la partie la plus basse indiquée par le niveau, un fossé ou bief de 2 à 3 mètres de largeur et de 40 à 50 cen-
timètres de profondeur ; ce fossé D, qui part de l’origine des eaux, vient aboutir à la chaussée de l'étang (/ég. 199).
Fig. 199.
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À une douzaine de pieds de distance de cette chaussée, on creuse un réservoir C de 15 à 30 pieds de diamètre, suivant l'étendue de l'étang, et d’un pied de profondeur de plus que le bief, auquel on donne le nom de pécherie, et qui sert à rassembler le poisson pour la pêche ; le biefsetermine par un canal M.E destiné à l'évacuation de l'étang, et sur lequel doit s'asseoir la chaussée O, La partie supérieure ou le toit de ce canal doit être au niveau du fond du bief, afin que l'étang et son bief se vident en entier, Ce canal se construit en bois, en pierre ou en brique; en bois il est moins durable et plus coûteux, alors même qu'au lieu de creuser dans un chène de grande dimension, on le fait en plateaux de 3 pouces d'épaisseur. Lorsqu'on le fait en bois, pour que sa durée soit plus longue, on l’enfonce dans le sol de manière à ce qu'il reste toujours plein d’eau; précaution inutile lorsqu'on le fait en pierre ou en brique. Dans ce dernier cas, on le couvre avec des dalles en pierre ou une voüte de briques. Sa dimension est très importante : il faut qu’elle soit telle qu’il puisse vider facilement l'étang en un petit nombre de jours, et que lorsque l'étang est en assec, il débite les eaux des grandes pluies sans qu’elles s'extravasent sur le sol de l'étang ; leur épanchement, et surtout leur séjour, nuisent d'ordinaire beaucoup aux récoltes : outre qu'elles peuvent immédiatement les affaiblir ou les détruire, elles donnent de la force aux plantes aquatiques qui bientôt les recouvrent , les Oppriment et réduisent à rien leurs produits. Ces inconvénients peuvent se prévenir en grande partie,
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qu'il est toujours nécessaire d’avoir un canal d’assez forte dimension pour diminuer les chances d'accident.
$ LIL. — De la construction de la chaussée.
Après l'établissement du bief et du canal, nous arrivens à la construction de la chaussée : le niveau a donné sa hauteur, parce qu’elle doit s'élever à 50 centimètres au-dessus du niveau'de l'étang plein. Sa base doit être au moins triple de sa hauteur, et sa surface supérieure doit avoir pour largeur la hauteur de la chaussée. La pente A (Jig. 200) du côté de létang doit être moins rapide qu’en dehors B; elle doit avoir moins de 45 degrés, surtout si la chaussée est exposée aux vents du nord et du midi; si elle était plus forte, il faudrait la revètir en gazons.
Ces dimensions une fois arrêtées, on procède à la construction ; et pour cela on creuse d’abord dans le milieu de l’espace que doit occuper la chaussée, jusqu'à ce que Von rencontre le terrain ferme, un fossé de 4 pieds de largeur. Ce fossé se remplit avec une terre argileuse qu’on y place en lits peu épais, et qu'à aide d’un peu d’eau on pétrit et corroie avec soin en la divisant à la bèche, l'arrosant et la broyant avec les sabots ou des dames, pour qu'elle ne forme qu’une seule masse ramollie. On fait en sorte, à l'aide de la bèche, qu’elle se lie et fasse corps avec la terre du fond et les bords du fossé ; c’est le premier lit surtout qui doit être bien battu, corroyé et lié avec la terre du fond. Quand le fossé est plein, on élève la chaussée en continuant de travailler de la même manière la terre sur toute la largeur du fossé primitif de la clave, et en placant à droite et à gauche les terres qui doivent en former le surplus. Cette largeur de 4 pieds de terrain, travaillé et pisé CC, porte le nom de corroi, de clave ou clef, parce que c’est le soin qu’on lui donne qui ferme hermétiquement étang et empêche l'infiltration ; le reste des terres de la chaussée se monte à mesure que la clave s'élève ; elles se rangent et se tassent avec soin, mais sans être mouillées ni battues comme celles de la clave : celles du bief et de la pècherie peuvent servir à faire la chaussée, On prend le reste sur les deux côtés de l'étang, de manière à ne point laisser de creux qui pourraient retenir le poisson et empêcher évacuation des eaux.
Il est à propos que la chaussée ait 15 à 20 centimètres de plus de hauteur dans les parties qui avoisinent le bicf, afin que si les eaux venaient à s’extravaser par-dessus, elles l’entament plutôt dans ses parties basses que dans celles qui sont plus élevées. Par ce moyen, le mal, en cas de rupture, serait moindre, soil sur la chaussée, soit sur les terres environnantes, soit même en perte de poisson, parce qu'il resterait de l’eau dans l'étang. Derrière la chaussée, on creuse, pour recevoir le poisson qui se laisse entrainer lors de la pèche, un autre réservoir circulaire ; il est plus petit que la pècherie et porte le nom de burillon ou barillon ; de là les eaux s’évacuent dans un fossé auquel où donne le nom de vidange.
Celte chaussée construite a besoin d’être défendue contre le battement des eaux dans son niveau supérieur, surtout si le terrain n’en est pas très argileux ou si elle est exposée aux vents du midi ou du nord. Ces vents, plus fréquents et plus forts, donnent plus d'action aux vagues qui l'entament. Pour s’en défendre, il ne suffit pas de gazonner la partie qui s’y trouve exposée, il faut encore la garnir d’un double fascinage dont le rang supérieur s'élève jusqu'aux limites des grandes eaux, et dont le rang inférieur se fixe au-dessous des eaux basses ; les fascines qui se touchent se placent à plat et obliquement sur la pente de la chaussée et s’y fixent par des piquets munis, autant que possible, de crochets. Cette défense est bonne, mais doit être renouvelée. Lorsque la pierre ou les cailloux ne sont pas très éloignés, on garnit les parties de la chaussée qui risquent le plus d'être dégradées d'une couche
comme nous le verrons plus tard, par établissement | de pierres eu de cailloux qui se touchent et restent en d’une rivière de ceinture ; mais ces rivières n'existent pas : place si on à eu soin, comme nous l'avons recommandé,
partout, et elles sont. quelquefois insuffisantes, en sorte
| de donner à la pente du côté de l'étang moins de 45 de=
cxaAP 9°.
grés. On emploie aussi très utilement pour cet objet un double rang de gazons garnis de touffes de jones qui reprennent et résistent tres bien à l’action des eaux; lorsqu’on a refait le couronnement de la chaussée, sur la terre nouvelle produite par ce travail, un semis de Jone réussit souvent à faire plus tard une bonne défense. En Sologne, on couronne la chaussée des étangs en dedans avec des cépées de grands roseaux dont on les débarrasse. Dans les parties du Forez qui ne sont pas très éloignées de la pierre, on fait du côté de l'étang un mur à sec qui défend encore mieux. Il est prudent de ne point mettre ni souffrir d'arbres ur les chaussées ; leurs racines les traversent en tout sens,
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a an trou conique, par lequel l’eau de l'étang s’introduit dans le canal. Ce trou se bouche au moyen d’un pilon, bouchon, bondon en bois, taillé de maniere à remplir le trou ou œil du canal ; on donne à cet œil une forme conique, dont le plus petit diamètre est égal à la largeur de ce canal ; le pilon se manœuvre par une tige en bois qu’on soulève depuis le terre-plein supérieur de la chaussée.
IL est peu de constructions où les bois de grande dimension soient aussi nécessaires que dans l'établissement des thous en bois des étangs ; les canaux, soit bachasses, qui traversent les chaussées et doivent souvent offrir jusqu'à 18 pouces de vide en carré, demandent des dimensions qui ne se rencontrent presque pour aucun prix, si on veut les creuser comme on le faisait jadis daus des pièces de bois; il faut encore du fort écarrissage pour les colonnes entre lesquelles manœuvre le pilor, et pour lepilon lui-même ; puis tout le bâtis de l'embaillage, son revètement en plateaux ou madriers sur les deux faces qui se projettent sur l'étang, le revêtement en poutrelles du côté de la chaussée, demandent une.énorme quantité de bois qui, à l'exception des bachasses, soit canaux de vidange placés en terre, doit se renouveler tous les vingtcinq ans.
Précédemment, des {hous avaient été construits en pierre, mais dans le même système que ceux en bois; les prix de construction en ont été chers, et les alternatives de gelée, de sécheresse et d’eau les ont ont assez promptement altérés, en sorle que ces constructions n’ont pas eu un avantage bien évident sur les thous en bois; il devenait donc important de faire des modifications à ces artifices : un architecte de Bourg, M. Débelay père, a proposé de remplacer la construction en bois qui enveloppe la tige de la bonde, par un puits en pierre ou en brique. Cette construction, qui se rapproche béaucoup de la méthode piémontaise, qu'il ne parait cependant pas avoir connue, a été exéculée avec avantage sur un assez grand nombre de points
Les premiers essais de ces nouveaux thous ont été faits par mou beau-père et moi ; l'expérience nous a conduits à des modifications que nous avons, dans le temps, consi-
guées dans un mémoire assez étendu, publié dans le Jour-
DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE LA CONSTRUCTION DES ÉTANGS
en désagrègent la terre et percent la clave ; puis, lorsqu'ils viennent à périr par vétuste ou qu’on les coupe, leurs racines pourrissent dans le sol et finissent par y laisser des passages qui deviennent la perte des chaussées.
$ IV. — Constructions de thous d’étangs.
Nous arrivons maintenant aux artifices qu'on emploie pour retenir ou évacuer à volonté les eaux de l'étang ; ils sont variés, mais pour tous la chaussée est percée à la suite du bief d’un canal d'évacuation ; dans notre pays, on couvre l’origine du canal dans l'étang avec un plateau de bois ou une dalle en pierre (/ig. 201, 202, 203) percée
Fig. 202. fix 201.
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