LA CONSTRUCTION DES ÉTANGS
par l'espace parcouru en une seconde, on a le prisme d’eau écoulé, dont on ôte ensuite un cinquième à cause des frottements. On a donc le volume de l’eau à écouler par le canal de vidange dont nous avons à déterminer les dimensions.
Ce canal doit débiter l’eau de manière à ce que le bief ne déborde pas sur les récoltes ; il doit done évacuer l’eau du bief plein, mais comme le toit du canal est au niveau du fond du bief, lorsque le bief sera plein, il est clair que l’eau qui le remplit sera pressée par une colonne de fluide qui aura pour hauteur la profondeur du bief, 40 centimètres , et l'épaisseur au moins de la dalle qui sert de toit au canal. En supposant à la dalle ou au plateau 12 centimètres d'épaisseur, l’eau du canal sera pressée par une colonne d’eau de 52 centimètres de hauteur,
Le changement de direction de l’eau et la contraction qu’elle éprouve à son entrée dans le canal diminuent bien au moins de 25 à 30 p. 100 son débit théorique, Nous ne croyons pas avoir à faire une plus forte déduction, parce que l'œil de la bonde étant évasé et ayant les mêmes dimensions que le canal, la contraction est moindre.
D'ailleurs, la pente du terrain et la profondeur de l’eau dans le canal donnent déjà une vitesse de débit à l’eau, dont nous ne tiendrons pas compte, non plus que de la vitesse de l’eau affluente, parce que, pour donner des dimensions suffisantes au canal, il est tout-à-fait à propos d'en avoir au delà de ce que la théorie et même la pratique ordinaire peuvent faire juger nécessaire.
Cela posé, pour avoir les dimensions du canal, nous nous bornerons à déterminer le diamètre de l'œil. Ce diamètre sera la largeur du canal, parce qu'il est très convenable que cette dimension se continue pour faciliter l'écoulement. On donne ensuite au canal en hauteur les trois quarts de sa largeur, pour que la coupe du canal rectangulaire soit égale à la surface circulaire de l'œil qu'on sait équivaloir à peu près aux trois quarts du carré du diamètre. Nous donnerons au canal une hauteur raoindre que sa largeur, afin de diminuer d’autant moins la pente des eaux de l'étang dans le canal de vidange.
Les dimensions du canal varient de quelque chose si on le recouvre en dalles à plat ou en voûte. Les dalles peuvent être un peu meilleur marché, mais elles sont plus sujettes à accident que les voûtes en pierre ou en brique. Les voûtes en briques , employées sur leur largeur, suffisent de resie pour un ouvrage solide.
Le canal se compose de deux parties : la première remplace l’ancienne £achasse en bois, et règne depuis la bonde qui en forme le toit jusqu'au delà de la chaussée qu'il traverse; ainsi son fond se trouve, comme nous venons de le remarquer, au-dessous de celui de l’étang d'une quantité égale à sa profondeur. La deuxième partie de ce canal n’est autre chose que la suite du bief qui amène l’eau de vidange dans l'intérieur du puits. Il est devenu nécessaire, dans le nouveau système, de mettre en canal et de recouvrir cette extrémité du bief, parce qu’on a dû traverser les terres qu’on place dans le vide de l'ancien thou, afin de recouvrir le puits et tous les travaux. On évase l'embouchure de ce canal du côté de l'étang, et on lui donne des dimensions telles qu'un homme puisse facilement y pénétrer et pouvoir à son aise y manœuvrer pour boucher et calfater le tour de la bonde.
Nous avons dit qu'il y avait avantage à voûter le canal de déthange ; on peut surbaisser la voûte de manière à ne lui donner qu'une flèche d’un quart au plus de la largeur du canal.
L'étendue d’un étang doit être en général proportionnelle à la quantité d’eau qu'il recoit; autrement le grand élang qui recoit peu d'eau se remplit tardivement et quelquefois pas du tout : c'est ce qui arrive à quelquesuns de nos étangs auxquels il faut deux ans pour se remplir; cependant, lorsqu'un étang en a d'autres qui lui correspondent, et de l’eau desquels on peut disposer, on a besoin d’une moindre quantité d’eau affluente; mais toujours encore ces étangs offrent l'inconvénient de baisser outre mesure pendant l'été, parce que les pluies de cette saison sont loin de suffire pour contrebalancer la perte de l’eau que leur font subir l'infiltration et l'éva-
Réciproquement, lorsqu'un petit étang a une trop grande chute d’eau, il est plus sujet aux accidents ; mais on peut les prévenir en pratiquant une rivière de ceinture qui reçoit et débite les eaux lorsque l'étang est plein.
Mais revenons aux moyens d'évacuation des eaux de vidange : nous pensons que lorsque l’eau affluente s'élève au-delà de 300 litres par seconde, il est convenable, pour la facilité de la manœuvre, d'établir deux bondes pour partager la charge d’eau. En effet, la quantité de 300 litres d’eau affluente exige, comme nous le verrons, une bonde de 52 centimètres de diamètre; or, avec ce diamètre de l'œil, le bouchon conique doit avoir 60 centimètres de grand diamètre : il supporte alors dans l'étang plein, en raison d’une hauteur d’eau de 2 à 3 mètres, une charge d’eau de 6 à 900 litres ou kilogrammes. Ce bouchon, lorsqu'il est engagé dans l'œil et gonflé dans l'eau, est donc déjà d’une manœuvre assez diffcile ; vous assignerons donc deux bondes pour un afflux d’eau de 300 à 600 litres, nous en donnerons trois de 600 à 900, et quatre de 900 à 1,200. A ces bondes multiples, on pourrait ne donner qu’un seul canal dont les dimensions croitraient avec la quantité d’eau qu’elles doivent débiter ; cependant il est mieux de diviser cette eau et de faire deux thous à double bonde : trois bondes de 50 centimètres exigent déjà un trop grand diamètre de puits, et ce grand diamètre entame trop la chaussée ou fait une trop forte saillie dans l’étang; nous pensons donc que, pour un débit au delà de 600 litres, il convient d'établir deux thous, et ainsi de suite.
Il nous semble utile de donner un tableau des dimensions du canal d'évacuation pour les petits comme pour les grands étangs; mais nous ne pousserons pas ce tableau au delà d’une affluence de 600 litres par seconde. Avec le double tableau que nous donnons, on pourrait sans difficulté conclure les dimensions nécessaires à un canal qui devrait débiter 1,200 litres et au delà; mais cette affluence d’eau est bien rare : elle est celle de nos petites rivières dans leurs eaux déjà fortes, et elle suffirait, avec une chute de 2 mètres, à faire tourner sept à huit artifices de mouture.
ÉTANGS À UNÆ BONDE.