‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 167 sur 595 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

50 centimètres à 2 mètres de largeur sur 1 mètre de profondeur, dont les déblais se placent sur le bord du côté de l'étang, peut valoir 75 centimes la toise, ou 30 centimes le mètre courant : en tout, le bief et la rivière coûteront 480 francs, en comptant le creusement de la vidange au delà de la chaussée et de la rivière de trop-yplein après la grille. Ajoutant à cela 400 francs pour le thou et le canal de décharge que nous supposons simple, puis 200 francs pour la grille d'introduction des eaux et pour celle de trop-plein, nous aurons en moyenne 2,200 francs pour la construction d’un étang de 10 hectares en position favorable, soit 220 francs par hectare, Mais plus de la moitié des étangs ne sont pas en aussi bonne position. Un assez grand nombre, surtout ceux où l'on est obligé de faire un ou plusieurs chaussons ou chaussées latérales, ou plusieurs thous, peuvent bien coûter le double. Il y en a, en outre, une quantité de petits dont la dépense par hectare devient beaucoup plus forte, en sorte qu’on n’exagèrerait rien en disant que, pour construire les 20,000 hectares d’étangs qui sont dans le département de l'Ain , il faudrait dépenser au moins moitié en sus de notre évaluation, ou 300 francs par hectare ; ce qui porterait la dépense totale à 6 millions.

Section VII. — De l’empoissonnement.

On emploie dans les étangs trois espèces principales de poissons ; la carpe, le brochet et la tanche.

$ L. — La carpe.

La carpe (fig. 205) est regardée comme le produit prin-

au i)

cipal. Ce n’est qu’à l’âge de trois ans au plus tôt qu’on l'emploie à la consommation. Elle pèse alors un peu plus ou un peu moins d’une livre ; un an plus tard, elle pèse une livre et demie en moyenne ; elle a plus de chair et de graisse, et elle est de meilleur goût. Elle peut arriver à une grosseur beaucoup plus considérable, mais elle croît d'autant moins vite qu’elle est plus âgée et qu’elle est déjà d’une certaine grosseur. Elle surcharge alors beaucoup les fonds dans lesquels on la nourrit. Quelques praticiens estiment qu'une carpe au-dessus de six livres charge autant un fonds qu'un cent d’empoissonnage ; en sorte qu’une carpe de douze livres, qui mettra dix ans à arriver à ce poids, aura fait perdre au revenu du fonds cinq à six fois sa valeur, alors même qu'on l'évaluerait à six francs le kilogramme.

Les moyens de multiplication de la carpe sont immenses; une carpe femelle pond, chaque année, depuis 24 mille jusqu'à 600 mille œufs. Si on la laisse sans brochets, elle s’épuise à poser, ne grossit pas, et l'étang est inondé de feuilles et d'empoissonnages qui se nuisent réciproquement. Les œufs, déposés sur le bord des étangs, sont fécondés par la carpe mâle qui les serre sous son ventre, d’où la pression fait sortir la liqueur séminale que contiennent les laitances.

Le frai des carpes a lieu deux fois par an, en mai et août. À cette époque, ce poisson est molasse et d’un gout peu agréable. 1l est généralement meilleur lorsque l'étang renferme dn brochet qui l'empêche de se livrer tranquillement à la pose.

La carpe n’a quelquefois point de sexe ; elle porte alors le nom de carpeau. Les carpeaux sont beaucoup estimés par les gourmets. On croit qu'ils appartiennent au sexe mäle, et que quelque circonstance a détruit leurs organes sexuels.

Les Anglais ont essayé de faire des carpeaux et ils y ont réussi. On a soumis aussi à la même opération les tanches, les brochets et les perches. Dans cet état, le poisson s'engraisse facilement, croît beaucoup plus vite et il est

cap. 9€.

de meilleur goût. Nous ignorons si cette industrie est arrivée jusqu'en France. Rozier se récrie beaucoup contre cette cruauté; mais la plupart des animaux destinés à la consommation de l'homme sont traités de même par lui, et, s’il fallait mesurer la pitié qu'il leur doit en raison de l'utilité et de l'intelligence, certes, la carpe en mériterait moins qu'aucun autre. Mais, sans recourir à celte operation, il paraît que la séparation des sexes suffit pour faire obtenir, en moins de temps, des produits plus forts et de meilleure qualité que les produits ordinaires ; nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

$ IL. — Le brochet.

Le brochet (fig. 206) tientle second rang parmi les pois- Fig. 206.

sons que l’industrie de l’homme élève pour la consommation. Tandis que la carpe semble ne vivre que de petits insectes ou de produits à peine perceptibles du sol dans lequel elle fouille pour prendre sa nourriture, le brochet ne vit que de poissons et s'attaque à toutes les espèces, à la sienne même quand les autres lui manquent. Le brochet de 500 grammes qu’on mettrait avant l'hiver dans un étang renfermant beaucoup de petits poissons, surtout des tanches, peut croître dans l'été de 500 grammes par mois. Lorsqu'il a acquis une certaine grosseur (3 kilogrammes, par exemple), il met plus de temps, avec une grande quantité de nourriture, pour arriver à à kilogrammes, qu'iln’en a mis pour en atteindre 3; on n’a donc pas intérêt à chercher à faire de grosses pièces, d'autant mieux qu’elles ne se vendent pas plus cher le kilogramme que les moyennes. On a, ilest vrai, souvent ces grosses pieces sans le vouloir, mais c’est aux dépens des tanches de la pêche. Or le kilogramme de tanches se vend presque aussi cher que celui de brochet, et pour augmenter d’un kilogramme, le brochet consomme au moins 8 à 10 kilogrammes de tanches.

Le brochet fraie en février et juin; il perd à cette époque beaucoup de sa qualité et devient maigre; il faut alors prendre beaucoup de soins pour l'empécher de s'échapper de l'étang, parce qu'il remonte par tous les fossés où il rencontre de l’eau.

La séparation des sexes dans celte espèce paraîtrait devoir offrir beaucoup d’avantages : M. Vaulpré, médecin instruit et agronome habile, a fait sur ce sujet des expériences qui paraissent très concluantes. Il a placé dans un étang des brochetons mâles, et dans un autre des brochetons de sexe mélangés. Les premiers, un an après, ont produit un poids cinquante fois plus considérable, tandis que les seconds n’ont pris que l’accroissement ordinaire de dix pour un. Le brochet peut donc être un produit très avantageux, d'autant mieux que son prix est souvent triple de celui de la carpe; mais, pour qu'il y ait avantage à le produire, il est nécessaire qu’il ne consomme que du poisson de peu de valeur et dont l’existence serait plutôt nuisible qu'utile au produit général de l'étang ; autrement la perte serait grande pour le producteur, parce que le poids du brochet consommateur ne reproduit pas le dixieme du poids du poisson consommé.

$ LIL. — La tanche.

La tanche (/ig. 207) est, comme la carpe, un poisson du

| genre des cyprins, et sa reproduction a beauconp exercé les naturalistes. Cependant on a fini par s'assurer qu'aux époques du frai, au mois de juin et de septembre, elle a comme la carpe des œufs et des laitances qui disparaissent

ASSÔLEMENT DES ÉTANGS.

ensuite, et comme elle, dans ce moment, elle s’agite et maigrit beaucoup.

Le brochet en est particulièrement friand ; il la poursuit à outrance, mais elle lui échappe en s’embourbant dans la vase. Quand elle est grasse, elle est très recherchée des consommateurs. Son poids moyen est de 250 grammes ; assez rarement elle pèse davantage; cependant dans quelques cas particuliers ce poids peut aller jusqu’à 5 kilogrammes,

$ IV. — Autres poissons d’étangs.

Après les trois espèces de poissons dont nous venons de parler, quelques propriétaires admettent la perche, qui est omnivore et très vorace, détruit le frai et les petits individus des autres espèces, et consomme dans l'étang une grande partie de ce qui sert à leur nourriture, Quand ce poisson y est un peu nombreux, on dit qu'il brüle l’étang ; aussi par cette raison les éleveurs le rejettent quand ils en sont les maîtres. En Dombes surtout, on ne le trouve guère que dans les étangs formés par des cours d’eau, ou dans ceux où la malveillance l’introduit quelquefois. Le brochet ne peut presque pas l’atteindre : ses nageoires sont armées de pointes qu’il hérisse quand il se sent attaqué et qui blessent cruellement la gueule armée de son ennemi, forcé bientôt de lâcher prise. La perche est très délicate ; on la regarde comme supérieure aux espèces qui précèdent. Avant la révolution, les fermiers‘de Dombes élevaient des perches jusqu'au poids d’un kilogramme, qu'ils joignaient aux carpes de 6 à 7 kilogrammes pour les offrir en présents à leurs propriétaires.

Il paraît que, dans quelques pays d’étangs, on cherche aussi à élever languille (/ig. 208); mais elle perceles chaus-

Fig. 208.

sées, s’écarte dans les prairies qui bordent les étangs, et lors de la pèche on n’en retrouve presque plus ; on semble done y avoir généralement renoncé.

Il y a dans les Vosges des étangs où l’on élève des truites ; 1ls sont placés sur des sources d’eau vive, dont l’eau est retenue par des chaussées comme dans les pays de plaine.

Secrion IX. — Assolement des étangs.

Les principes de l’assolement des étangs sont les mêmes que ceux des terres en labour : la nature demande à varier ses produits, et le sol, soit qu’il produise par l'effet de la végétation spontanée ou de la végétation artificielle dirigée par la main de l’homme, se repose en produisant des végétaux de familles diverses. Ce principe s'étend à tous les produits naturels, aussi bien aux produits animaux qu'aux produits végétaux.

Dans la culture des étangs, la terre couverte d’eau nourrit avec avantage et fait assez bien croitre le poisson pendant les deux ou trois premieres années. Cependant, dans le Forez, on estime que déjà la seconde pèche à un an vaut un huitième ou un dixiéme de moins que la première. Ainsi, la culture en eau prolongée diminue de produit ; si, au lieu de continuer l’inondation, on laboure l'étang , le sol, fécondé par les déjections des poissons, donne sans autre engrais une récolte abondante, après laquelle le produit en poisson redevient de nouveau avantageux. Ce principe d’alternance a été rigoureusement appliqué aux étangs de Bresse et de Dombes, qui sont dans ce pays d’un intérêt beaucoup plus grand que dans les autres, puisqu'ils y couvrent un sixième du sol, tandis qu'ailleurs ils en couvrent à peine un vingt-cinquième. En outre, en Dombes, ils appartiennent quelquefois à plusieurs propriétaires, et il arrive souvent que le sol en labour n’est pas au pouvoir du propriétaire du sol en poissons. C’est pour cela que des conditions régulières ont dû être et ont été établies, afin que les droits respectifs des propriétaires entre eux fussent réglés d’une ma nière plus précise. Nous allons parcourir rapidement les

196 AGRICULTURE FORESTIÈRE : DES ÉTANGS. Liv. Ÿ.

divers systèmes d'aménagement adoptés dans les princi- | Dans le Jura, l'assolement le plus ordinaire est, après paux pays d'étangs ; nous développerons ensuite avec plus | le poisson, une année en avoine ou blé-noir pour les terd'étendue celui suivi dans l'Ain pour le comparer aux | res légères ; dans les terrains argileux de bohne qualité, autres, et indiquer dans chacun d’eux ce qui nous sem- | on laisse jusqu’à trois ans en eau, pour avoir ensuile deux blera meilleur. récoltes successives et sans engrais, la première de mais, et la seconde de froment, On a généralement remarqué que le poisson profite mieux après une année de céréales . D'abord nous nous occuperons des étangs des plateaux | qu'après une récolte sarclée.

étendus qui bordent la Loire; leur aménagement paraît $ III. — Assolement des étangs de l'Ain.

à peu près le même dans toutes ces contrées. Les détails k que donnent MM. de Marivaux, Rozier, Bose, Frober-| En principe général, les étangs y doivent être deux anville, d’Auteroche, n'annoncent pas de système général | nées en eau et une année en assec; la plupart sont laadmis d’une manière absolue. Les étangs, dans presque | bourés chaque troisième année; cependant, dans les potous les lieux dont ils ont voulu parler, sont à peu près | sitions où l'on a de la peine à se défendre des eaux, ils toujours en eau ; l'assolement par le labour est un souhait | restent en prés et se fauchent l’année d’assec. Le poisson qu'ils forment assez généralement : Bose l'indique comme | y est moins productif, et, si l’assec ne dure qu'un an, le pratiqué seulement en Allemagne, et le conseille pour | fourrage y est de mauvaise qualité. Mais, à la seconde les étangs de France. Les étangs des plateaux de la Loire | année, le produit s'améliore ; aussi ces étangs, lorsqu'ils sont donc, pour la plupart, toujours en eau ; on les fait | appartiennent à un seul propriétaire, ou qu'il peut y cependant chômer à terme fixe pour les reposer, curer la | avoir accord entre eux, restent souvent deux annces en pêcherie, les biefs, et réparer au besoin la chaussée et la | assec.

bonde. Leur produit ordivaire, outre le poisson, consiste | Depuis quelques années, beaucoup de fermiers préfèdans un fourrage de mauvaise qualité qu'on y fauche | rent la pêche à un an à celle à deux ans. C’est une quesjusque dans l'eau, et dans le pâturage que les bestiaux y | tion grave, et les deux opinions s'appuient d’assez fortes trouvent le reste de l’année. raisons, Voyons d'abord celles sur lesquelles se fonde l'u-

Dans la Brenne (Indre), pays inondé à la gauche de la | sage légal et ancien de la pêche à deux ans.

Loire, ce repos revient à peu près tous les onze ans; | La première année, il faut quarante à cinquante feuilmais on ne laboure pas le sol cette onzième année, | les pour peser 500 grammes; la seconde, trois ou quatre Cette opération ne serait pas profitable, parce que le sol | arrivent à ce poids et forment l’empoissonnage ; la troien étang non cultivé se trouve presque toujours infesté de | sième, la carpe pèse, en moyenne, 500 grammes dans la plantes aquatiques, de roseaux , de carex qui s'élèvent | pêche à un an ; la quatrième, 750 grammes dans la pêche souvent par cépées au-dessus dusol,etquicoûtenttrop à dé- | à deux ans. Ces poids sont ceux de carpes d'étangs métruire pour la culture en labour d'une seule année; et | diocres ; dans les meilleurs, le produit est plus fort, mais d’ailleurs le labour détruit le gazonnement qui, tel mau- | conserve toujours à peu près le même rapport ; la carpe vais qu'il soit, donne cependant un pâturage et un four- décuple donc la seconde année, quintuple la troisième et rage devenus nécessaires aux bestiaux de la ferme. grossit seulement de moitié en sus la quatrième, ce qui

L'éducation des poissons s'y fait dans trois sortes d’é- | semblerait donner beaucoup de désavantage à la pêche de tangs ; dans les plus petits on élève la feuille ; dans les | deux ans. Mais comme, dans un étang qu’on pêche à deux médiocres on la fait grossir pour en faire du zourrain ou | ans, on met un nombre moitié en sus d’empoissonnase, empoissonnage, qu'on place dans les grands pour obtenir | il en résulte que, déduction faite de l'empoissonnage des du poisson de vente, qu’on ne pêche qu’au bout de la se- | deux pêches à un an, au moins double pour chaque année conde année. en poids et en prix de celui de la pêche à deux ans,

L'empoissonnage d’un étang se compose de carpes, de | cette dernière produirait à peu près autant de valeur en tanches et de brochets. On trouve, comme nous l'avons poisson que deux pêches à un an; d’ailleurs on n’a à faire dit, que les anguilles se perdent, et que la perche nuit | qu’une seule fois en deux ans les frais d'empoissonnage beaucoup au delà de ce que vaut son produit. et de pêche. En outre, la première année, le poisson

Cet assolement, qui maintient les étangs toujours en | prend de la taille et du volume ; la seconde, il se met en eau, semble appartenir à la plus grande partie des étangs | chair et devient de meilleure qualité. De plus, la pêche à ! de France ; mais il change pour ceux de l'Est, où ilren- | un an donne assez peu de brochets, tandis que celle à tre dans les principes de la culture alterne. deux ans peut en fournir beaucoup. Enfin, au bout de deux ans de poisson, dans la plupart des étangs, la récolle d'avoine est meilleure.

Mais, d’un autre côté, le fermier a besoin tous les ans de son argent, et il peut y rentrer chaque année avec la pêche à un an. Le poisson est moins beau, mais il a de | l'apparence, et, à la pièce, il se vend presque aussi bien. | On recueille moins de brochets, mais le succès en est | toujours chanceux et a souvent lieu aux dépens des ! autres poissons. ‘ ’ é

Enfin, pour dernière et plus forte raison, la pêcne à un an donne une année d’avoine sur deux, tandis que celle à deux ans n’en donne qu'une sur trois; et l’avoine dont on fait ainsi trois récoltes en six ans au lieu de | deux, est le produit principal de l'étang. La vente en est prompte, facile, avantageuse, et la paille fournit à la | quent et annuel convient mieux au cultivateur, et surtout | ferme de la nourriture pour les bestiaux et de l’engrais : au fermier, qu’un produit qui se fait attendre. les raisons sont donc puissantes des deux parts. Nous

La proportion de brochets qu'on met dans l'étang | nous garderons de décider d’une manière absolue cette n'est que moitié de celle ordinaire dans l'Ain. Peut-être | question, qui peut et doit recevoir des solutions diverses | cet usage a-t-1l pris sa source dans l'habitude de pécher | dans des dispositions et des circonstances différentes 2 à un an. l'essentiel est que chacun les sache bien apprécier. Ainsi, |

Dans Saône-et-Loire, on assole à peu près de la même | dans un sol argileux et maigre, le terrain se tasse pendant manière que dans notre département les étangs des plai- [les deux années d’eau, tellement que le produit de la nes. Ceux des montagnes du Charollais sont plutôt des- | seconde année en poisson est faible, et que la récolte tinés à l'irrigation et à servir de réservoir aux moulins | d'avoine, à la troisième année, est moins productive qu'à qu'à ètre pêchés ; cependant le poisson y est d'excellente | la seconde, parce que le sol, rendu plus compacte par le qualité, et il vaut au moins celui des rivières de la | séjour de l’eau pendant deux ans, ne peut, malgré un plaine, bon labour et des hersages répétés, s’ameublir assez |

$ IF. — Assolement des étangs du plateau de la Loire.

$ IL. — Assolement des étangs du Forez.

Dans le Forez, où la plaine de Montbrison renferme une quantité proportionnelle d’étangs beaucoup plus grande que la Sologne, ils sont alternativement en eau et en labourage. La culture en poisson dure deux à trois années, et celle à la charrue une, deux ou trois, suivant la nature du terrain. C’est dans les terres compactes que la culture en labour se prolonge le plus longtemps. Souvent la première année d’assec s'emploie tout entière à labourer le sol ; on fait, la seconde, une première récolte qui est suivie d’une autre, la troisième. Dans les terrains légers on ne laisse guère que deux années en assec.

L'expérience semble avoir amené à pécher tous les ans, an lieu de chaque seconde année; un produit plus fré-

ee SE

cap. 9°. ÉDUCATION DU POISSON. 197

pour produire une bonne récolte. En général cependant, la plupart de ceux qui pèchent à deux ans sont des propriétaires, comme la plupart de ceux qui pêchent à un an sont des fermiers.

Il est très utile de faire communiquer ensemble les divers étangs qu'on possède. Par ce moyen, on peut donner de l'eau à ceux qui en manquent, et remplir à volonté ceux qu’on veut empoissonner. Lorsqu'ils sont nombreux, le but est plus aisément atteint, parce que leur distance

Le cent de feuilles et d'empoissonnage, dans l'Ain, est de est moindre et que les fossés de communication sont

80 paires ou de 160 têtes; dans la Brenne, il est de 70 paires ou de 140 têtes; dans la Bresse châlonaise de Saône-et-Loire, il est de 64 paires ou de 128 têtes. Ilest vraisemblable que dans cette manière de compler, on a grossi le cent de toute la perte probable du poisson pendant l'année ; on en conclurait, par conséquent, que celte perte est plus grande dans le département de l'Ain qu'ailleurs.

$ IL. — Etangs pour l’empoissonnage.

courts ; l'opération est fort simple lorsqu'ils sont situés dans un même vallon ; dans le cas contraire, le niveau apprend ce qui peut se faire. M. Greppoz le père, dont la Dombes conserve l'honorable souvenir, avait fait par ce moyen communiquer le plus grand nombre des trentesix étangs de sa propriété du Montellier; il avait ainsi facilité leur aménagement et amélioré leur produit. Son fils en recueille l'avantage et marche dignement sur ses traces en se dévouant tout entier aux améliorations de toute espèce dans les circonstances nouvelles où il se trouve, circonstances dues à l'amendement de la chaux. De concert avec d’honorables propriétaires, il a pris pour but principal de ses travaux l'assainissement du pays, et dessèche ses étangs, dont il tire par le labour et la chaux un plus grand produit que lorsqu'ils étaient en eau.

On a encore trouvé de l'avantage à partager les grands élangs par des chaussées. Leur ‘produit est meilleur, leur pêche plus facile, et l'étang supérieur prend une plus grande quantité d’eau. M. Périer a ainsi divisé l'étang ‘Furlet en deux étangs, dont le produit net a très sensiblement augmenté.

La feuille se place dans un étang de moyenne grandeur ; on y en met de 500 à un millier par cent du poisson qu'on met dans l'étang en pêche réglée. On y met aussi de 15 à 20 kilogrammes de tanches par millier de feuilles de carpes. Ces étangs s'empoissonnent avant l'hiver. La feuille qu’on tire d’un étang où elle est entassée profite un peu dans le cours de la saison froide, L'empoissonnage sera d'autant plus beau à la pêche qu'on y aura moins mis de feuilles d’août et plus de celles de mai. Pour empêcher cet empoissonnage de s’épuiser à la pose, qui surchargerait l'étang en feuilles inutiles, on met au mois de mai 16 à 20 brochetons, de la grosseur du doigt, par millier de feuilles ; on a par ce moyen, au bout de l’année, des brochets de 1 à 2 kilogrammes tres gras ettrès délicats ; de plus, l'empoissonnage est en meilleur état et a grossi davantage. On le trouve à la pêche de trois sortes ; la feuille, produite par la pose du mois de mai de l'année précédente, donne la première et la plus belle ; Ja seconde, de 0m,12 à Om,15 entre tête et queue, fournit l'empoissonnage à un an ; la pose du mois d'août donne l’empoissonnage à deux ans, de 0®,08 à Om,12 entre tête et queue. Ceux au-dessous prennent le nom de carnaussiers, et sont employés à faire la feuille ou à nourrir les brochets. S

Dans le Forez, on charge un peu moins les étangs d’empoissonnage ; les pêches à un an ont prévalu, et c’est Ja raison pour laquelle on cherche à se faire de plus forts nourrains. Pour avoir du poisson de 750 grammes au bout de l'année, on prend le nourrain du poids de 250 grammes ; et pour les carpes de 600 grammes, on le prend de 6 à 8 au kilogramme. On a encore remarqué que lorsque le nourrain est de 250 grammes, la pêche est plus égale qu'avec celui de 400 grammes. |

Nous avons dit que, dans le Forez, un même élang servait souvent à faire à la fois la feuille et l'empoissonnase. Pour cela, avec un millier en moyenne de têtes de feuilles par hectare, on met six à huit têtes de carpes de 500 grammes, tant mâles que femelles, prises parmi les moins belles et les plus vieilles. Au bout de l’année, l'étang donne de l’empoissonnage de 200 à 250 grammes par tête et une grande quantité de feuilles; de plus, les carpes se sont refaites d’une manière remarquable. Ce procédé, il est vrai, ne donne point de brochets, mais il est très commode pour ceux qui ont peu d’étangs, et qui ne veulent acheter ni feuilles ni empoissonnage, qui sont souvent très chers.

C'est le cas de faire ici une observation qui ne nous semble pas sans importance. La Dombes, dont les principes d’assolement et plusieurs pratiques d'aménagement des étangs sont partout à imiter, a néanmoins une excellente lecon à prendre dans le Forez, pour la manière d'empoissonner en carpes pour la pêche d’un an. Nous ne pensons pas que le sol du Forez soit supérieur à celui de Dombes, puisque le produit en labour dans ce dernier pays est plus fort, Comment se fait-il done que le produit en poisson y soit très inférieur, quoique les pluies annuelles y soient plus considérables? Dans le Forez, les pêches à un an donnent, sur la rive gauche de la Loire, de la carpe de 1k,500 la paire, avec un empoissonnage de 250 grammes, et sur la rive droite, le poids est de 1k,250, avec de l’empoissonnage de 6 à 8 au kilogramme. En Dombes, avec de l’empoissonnage de 8 à 10 au kilos'amme, On a en moyenne des carpes d’un kilogramme la pare, pendant qu'avec de l'empoissonnage de 250 grammes, 1l esttrès probable qu’on atteindrait le poids moyen du Forez, 1k,500 la paire. En Dombes, un quintal d’empoissonnage en produit quatre en poissons de vente. Dans le Forez, et sur la même étendue, deux quintaux en re-

Secrion X. — Education du poisson.

Les poissons d’étangs ne se consomment guère qu’à l'âge de trois ou quatre ans. Il serait très difficile et peu profitable d'élever ces différents âges ensemble et dans les mêmes eaux. Par cette raison, partout où les étangs un peu nombreux ont été assujettis à un aménagement régulier, on a, nous l'avons dit, trois ou au moins deux espèces d'étangs ; ceux pour produire la pose ou feuille, ceux dans lesquels elle grossit pour devenir empoissonnage, et enfin ceux où l’empoissonnage grossit pour la consommation.

$ 1°. — Etangs pour la pose.

On emploie les plus petits étangs à la production de la feuille ; il est bon qu'ils soient peu profonds, à l'abri des xenis, et qu'ils ne renferment pas de vase. Il est surtont nécessaire que les brochets ne puissent en aucune manière s'y iniroduire. On y met en carpes, dont un tiers de femelles et deux tiers de mäles, du sixième au quart du nombre nécessaire à empoissonner l'étang en pêche réglée. On ne met de tanches grasses et en bon état que le quart du nombre des carpes; ni l’une ni l'autre espèce d’empoissonnages n'a besoin d’être composée d'individus déjà forts. On a remarqué que la pose était plus abondante lorsque le nombre des mâles était double de celui des femelles. Les laites et les œufs désignent très bien le sexe dans les carpes.

Au bout de l'année, on pèche une grande quantité de feuilles dont la grosseur est inégale, parce que les unes appartiennent à la pose du printemps, et les autres à celle de la fin de l'été. Les carpes et les tanches qu'on a mises au commencement de l’année, s’épuisant à la pose, sont restées maigres et ont peu profité.

On sépare la feuille des tanches de celle des carpes ; Wcette dernière se vend au cent, et celle des tanches au poids. Pour les compter sans les fatiguer, parce qu’elles craignent beaucoup la main de l’homme, on en remplit fun petit vase dont on compte les individus, et on apprécie le reste en le mesurant à l’aide d'un vase plein. Dans le Forez, on emploie, pour la pose, des carpes qui nt cessé de profiter depuis quelque temps et qui viennent les étangs trop chargés, de ceux où l'eau à manqué, ou le ceux où le défaut de brochets a laissé la carpe s'épuiser

Lla pose. On regarde ce poisson comme plus productif de feuilles,

produisent six, et d’un poisson qui vaut sur les marchés un quart au moins de plus. En ôtant de part et d’autre la valeur de l'empoissonnage, celle nette de la pêche avec le fort empoissonnage est de moitié en sus. Aussi répète-t-on plus souvent en Forez les années de pêche qu'en Dombes, parce que la manière d’empoissonner y donne un produit plus considérable. On aurait done, à ce qu’il semble, tout avantage dans cette dernière contrée à imiter la pratique de la premiere.

Dans la Brenne, les étangs d'empoissonnage reçoivent par hectare un millier de tête de feuilles qu’on transporte, ainsi que l’empoissonnage ou zourrain, à dos de cheval, dans des paniers appelés mannequins, Ce nourrain est marchand lorsque-le poissonnier, ayant la main fermée, la tête et la queue dépassent son poignet, Cette taille correspond à 0,08 à 0m,12 au moins; leur empoissonnage à deux ans est donc à peu près aussi beau que le n6tre à un an, ce qui confirme encore la remarque précédente, que nos produits en poissons seraient meilleurs avec de plus forts empoissonnages.

$ LL. — Etangs pour les poissons de vente.

Nous avons vu précédemment que l’assolement régulier, dans le département de l'Ain, était deux ans en eau et un an en assec. Cependant, sur beaucoup de points, comme le produit en avoine est plus considérable que celui en poisson, on assole les étangs une année en eau et une année en culture. Il est certain qu'il en existe dans lesquels cet assolement est profitable, mais peut-être ne l'applique-t-on pas toujours à propos ; il est un peu plus commode pour des fermiers qui, sans avoir un grand nombre d’étangs, peuvent par ce moyen vendre tous les ans du poisson et de l’avoine, Et puis ce poisson d’un an parait souvent presque aussi gros que celui de deux ans,, et les marchands détaillants le vendent à peu près aussi cher, parce qu’ils l’achètent au poids et le revendent à la main. On a peu de brochets dans ces pêches ; alors même qu'on ne les met qu’au mois de mai, ils mangent le frai avant que l’œuf soit développé et pendant qu’il est encore au chapelet ; ils se jettent sur l’empoissonnage, particulièrement sur les tanches, et s’épuisent à poser euxmêmes, en sorte que lors de la pêche le brochet est petit. Mais entrons dans la conduite à tenir et les règles à suivre dans les divers systèmes d’empoissonnage des étangs.

$ IV. — Pêche à deux ans.

On doit retenir les eaux dans l'étang aussitôt après l'enlèvement de la récolte, et empoissonner le plus tôt possible, afin que le poisson puisse se reposer des fatigues du transport pendant l'hiver, et soit disposé à commencer à travailler des le premier printemps. Le poisson, pendant les premiers mois qu’il passe dans un étang, s'occupe à le parcourir, à le reconnaitre sur tous les points, et grossit peu. Il vaut beaucoup mieux qu’il emploie à cela un mois d'hiver qu’un mois de printemps qui serait perdu pour sa croissance ; d’ailleurs nous pensons que pendant l'hiver il profile peu. Il parait que dans les grands froids il se groupe, et reste en place sans mouvement jusqu'à ce que les temps doux du printemps viennent le tirer de son élat de torpeur.

Nous avons dit que l’empoissonnage de carpes à deux ans devait avoir de 0m,08 à Om,12; il est convenable, pour toute espèce de pêche et de poisson, qu'il soit égal autant que possible, parce qu'autrement, carpes, tanches ou brochets, les plus gros vivent aux dépens des petits; et à la pêche on a quelques belles pieces, mais le plus grand nombre est resté faible, et le produit total est moindre que si on n’eût employé que de petit empoissonnage, La quantité d’empoissonnage se règle suivant la qualité des fonds. On met dans les meilleurs environ un cent d’empoissonnage ou 80 paires de carpes, peur 10 coupées inondées, soit deux tiers d’hectare ; dans les fonds moindres, un cent pour 15 coupées ou un hectare, et dans les mauvais, un cent pour 20 coupées ou un hectare un tiers. En traduisant en hectare et en cent effectif d'empoissonnage, on a 240 têtes par hectare dans les bons fonds, 160 dans les médiocres, et 130 dans les mauvais. On met, par cent d'empoissonnage, de 8 à 10

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kilogrammes de tanches, suivant la nature du fonds, et 10 brochets, ce qui fait 1 kilogramme de tanches pour 6 têtes de carpes, et un brochet pour 16.

On préfére généralement ne mettre le brochet qu’au bout de la première année. Au mois d'octobre, on jette l’épervier pour reconnaitre si la carpe a posé. Pour attirer le poisson, dès la pointe du jour on a dû amorcer en jetant dans les endroits profonds, à des distances de 40 à 50 pas, des poignées d'orge, d'avoine, de seigle ou de blé noir, cuits avec une têle d'ail. Une heure après on jette le filet ; s'il ramène peu de feuilles, on met par cent de carpes 10 brochets du poids de 500 gr. en moyenne. Si la carpe a beaucoup posé, on peut en mettre depuis 15 jusqu'à 30 têtes.

Les quantités relatives des trois espèces de poissons se modifient aussi suivant la nature du fonds. Dans les sols légers non vaseux, auxquels on donne le nom d’étanos blancs, la carpe et le brochet réussissent bien. On peut en augmenter la quantité, en diminuant celle des tanches, Il arrive souvent, dans ces étangs, que ces dernières reproduisent à la pêche à peine ce qu’elles ont coûté d’empoissonnage, parce qu’elles y ont peu profité et qu’elles n'ont pu se mettre dans la bourbe à l'abri de la voracité du brochet. Dans les étangs vaseux, au contraire, dont le sol est compacte, elle arrive souvent au produit de dix pour un ; elle doit donc y être mise en plus forte quantité.

Dans le Forez, on chârge un peu plus en empoissonnage, quoique les pêches y soient généralement à un an. On met 250 à 300 têtes de carpes par hectare, 120 à 150 tanches, et 10 brochets; toutefois, on fait varier cette moyenne suivant la qualité du sol.

Nous devons ces détails, sur les étangs du Forez, à M. Durand, vice-président du tribunal et membre de la Société d'agriculture de Montbrison, qui a fait un fort bon écrit sur ce sujet.

Dans la Brenne, la proportion de l’empoissonnage est beaucoup moindre; M. de Marivaux, auteur d’un bon mémoire sur les étangs de ce pays, évalue de 900 à 1,100 têtes de carpes, 20 à 25 brochets et 50 tanches, l’empoissonnage d’un étang de 10 hectares, proportion d’un tiers plus faible que celle moyenne admise dans Ain. Nous pensons que cette quantité résulte de l'expérience dans les deux pays. La faible quantité d’empoissonnage des étangs de la Brenne peut venir de ce que le sol y serait de moindre qualité, ou de ce qu’on compte pour la surface des étangs à empoissonner tout le terrain, même les parties non inondées. Lorsque les étangs sont laissés en pâturage, comme dans la Brenne, on y comprend une assez grande étendue qui n’est point couverte par l’eau. Dans l'Ain, on base, et avec raison, la quantité de Pempoissonnage sur l'étendue du sol inondé. |

En Sologne, M. de Morogues donne, pour les étangs de première qualité, la proportion de 400 d’empoissonnage par hectare de terrain toujours couvert d’eau ; elle! serait presque double de la nôtre, si la base sur laquelle] on l’établit était la mème, Mais là on ne compte rigoureu-| sement que le sol que l’eau couvre encore dans les grandes! sécheresses ; tandis que nous, nous comptons tout celui qui est couvert pendant que l'étang est plein. Ce qu'il y! a de particulier dans l'aménagement des étangs de Solos gne, c’est qu’on ne met point de brochets dans la pêche, et qu'il en reste ou qu'il s’en insinue presque toujours quelques-uns qu’on accuse d’y apporter plus de dommage que de profit. On conçoit que des brochets d'une grosseur sans proportion avec celle de l'empoissonnage peuvent nuire; mais, en revanche, ils sont très profitables « lorsque leur empoissonnage est fait d’une manière rationnélle, En Sologne, où l’on pêche à deux ans sans alter. nance d’assec, les brochets qui restent dans les biefs comme résidu peuvent sans doute occasionner quelque ! perte lorsqu'ils se trouvent plus forts que le reste de l'empoissonnage. On aurait donc tout intérêt à imiter la pratique du Forez, où l’on égoutte rigoureusement apres la pêche tous les étangs qu'on doit empoissonner immédia- \ : tement. On les laisse au moins quinze jours en vidange, afin que les feuilles de toute espèce et les brochets périssent et ne viennent pas surcharger ou détruire l'empoissonnage qu'on doit y mettre, Toutefois, ce moyen ne)

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réussit complétement qu'autant que l'étang n’est pas situé sur un cours d’eau ; dans ce cas, il est impossible d’empêcher les brochets et les perches de se trouver trop nombreux dans l'étang, et c'est le cas, nous le pensons, de la plupart des étangs de Sologne.

Il est reconnu que la carpe est meilleure et plus belle dans les étangs où il se trouve du brochet que dans ceux où il y en a peu ou point, parce que le brochet débarrasse l'étang de la feuille et du petit poisson qui le chargerait et nuirait à la nutrition et à la croissance du poisson de la péche; d’ailleurs, en pourchassant la carpe et la tanche, le brochet les empêche de s’abandonner librement à leurs amours, qui les épuisent, les maigrissent et les arrêtent dans leur développement.

$ V. — Pêche à un an.

La première condition pour une pêche à un an, c’est

de recevoir l’eau dans l'étang le plus tôt possible, et d’empoissonner avant l'hiver. L'empoissonnage tiré d’étangs où il est très abondant, et où il se nuit réciproquement, se trouve très bien d’être mis au large et d’avoir une nourtilure copieuse; il commence donc à profiter pendant les temps doux de l'hiver et du premier printemps. Où met, pour la pèche à un an, les deux tiers en nombre de l’empoissonnage nécessaire pour celle à deux ans, c'est-à-dire 160 têtes par hectare dans les bons fonds,

115 dans les médiocres, et 80 dans les mauvais ; et l’em-

poissonnage doit avoir Om,12 à Um,15 entre tête et queue. On met aussi 8 à 10 kilogrammes de tanches et 10 brochets pour chaque cent de 80 paires d’empoissonnage de carpes. Les tanches doivent avoir la grosseur du pouce, grosseur dont la moitié suffit pour l’'empoissonuage à deux ans. Le brochet, qui doit avoir à peu près 100 grammes, ne se met qu'au mois de mai, après la pose faite ; il serait à désirer qu’on le choisit d’un seul sexe. Il arrive assez souvent qu'il ne réussit pas dans ces pêches si on ly et au printemps, parce qu’en arrivant il se jette sur le frai et détruit ses ressources pour l'avenir. Si les tanches ne sont pas un peu fortes, et que la nature du sol ne leur permette pas, en s'embourbant, d'échapper à la dent du brochet, on en trouve peu à la pèche. On ne doit pourtant pas se dispenser de mettre du brochet; il n’est pas toujours facile de se le procurer au mois de mai, et, lorsqu'on l’a trouvé, de le faire arriver en bon état à l'étang ; il faut donc chercher un moyen dé lavoir à sa disposition au moment du besoin : le plus sûr, et presque le seul, serait, lors des pêches d'hiver ou de mars, où il est tès commun, de l’entreposer bien vif dans de petits viviers, voisins de l'étang empoissonné; par le vent du nord, on l’y pêcherait la nuit ou de très grand matin, pour le transportér immédiatement dans l'étang auquel il est destiné. Le petit brochet craint beaucoup le transport, et demande des soins minutieux pour arriver sans perte à sa destination au mois de mai.

L'empoissonnage à un an pèse et coûte au moins le double de celui à deux ans. Ce dernier vaut dé 4 à 6 fr:, tandis que l’autre en vaut 8 à 12. La tanche se vend depuis 40 jusqu’à 60 fr. les 50 kilogrammes ; elle ést d'autant plus chère qu’elle est plus petite. Le brochet, pour l'empoissonnage de deux ans, vaut de 60 à 80 centimes le kilogramme, et celui d’un an un tiers en sus. L'avantage le plus notable de la pêche à ün an est de faire revenir le produit net en avoine tous les deux ans au lieu de trois. Ce produit est souvent double de celui du poisson, et sa paille offre des ressources de fourrage et de litière très précieuses au cultivateur. Dans le Forez, on fait le plus souvent plusieurs pêches successives à un äñ, mais on trouvé qué là seconde est inférieure d’un huitième ou d’un dixième à là première.

$ VE. — Pêche folle.

Dans le département de l'Ain, on a donné ce nom à une pêche à deux ans, dans laquelle, la première année, on ne met que la moitié de l’empoissonnage ordinaire En carpes, dont deux tiers de aies et un tiers d'œuvées, On met la quantité ordinaire de tanchons de deux ans, 4 à 5 tanches en bon état par cent d’empoissonnage, et point de bro-

* Chets,

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