LIV. V
ou d’un cinquième de l'empoissonnage mis dans l'étang ; mais la perte provient surtout, nous le pensons, de linsuflisance où du mauvais état des grilles placées dans l'étang à l'entrée et à la sortie des eaux.
SecrTion XII. — Pratique de la pêche.
Fig. 209.
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Le mode de pêche des étangs nous paraît à peu près uniforme dans les divers pays dont nous parcourons les usages. Partout, dans la partie la plus basse, se trouve un fossé ou bief, où le poisson se retire lorsqu'on fait couler l’eau; à côté de ce bief et près de la chaussée se trouve un espace creusé à Om,30 de profondeur de plus, el qu'on nomme pêcherie. On a dû faire couler l’eau doucement et pendant plusieurs jours, et, lorsque l'étang est presque vide, on ménage l'écoulement de l’eau qui reste, de manière à ce que l'étang se trouve en péche à la pointe du jour, c’est-à-dire qu'il ne reste plus d’eau que dans le bief et la pécherie ; on ärrète alors l'écoulement. Tout le poisson se trouve rassemblé dans le bief et la pècherie ; on traine alors doucement dans le bief, depuis la partie supérieure de létang, un grand filet qui entraine le poisson dans la pécherie: lors- Fie. 210 qu'on l'y a parqué, on barrele bief ® ; avec le filet pour que le poisson reste en place, et on le pèche alors à son aise avec des trubles ou filoches (/ig.210). On le pèse ensuite ou on le compte, suivant les conventions, avec le marchand ; puis on le met ordinairement dans des tonnettes pleines d’eau. Un second coup de filet dans le bief réunit dans la pécherie le poisson qui a échappé au premier coup. On hâte, autant que possible, toutes ces opérations, surtout lorsqu'elles se font par le vent du midi.
Dans quelques étangs on établit une petite pécherie derrière la chaussée où s'arrêtent les poissons, petits ou gros, qui passent par le canal; mais lorsqu'on a des thous établis dans le système que nous avons proposé, on peut s’en dispenser au moyen d’une grille en fer qu'on place temporairement à l’orifice dans l'étang du canal de décharge, et qui se glisse facilement par des cordons depuis le bord supérieur de la chaussée au-devant du canal. Mais, pour que le poisson ne s'échappe pas, il est nécessaire que la grille s'applique exactement sur l'embouchure du canal, et, par conséquent, que cette embouchure soit garnie d’un cadre en bois ou mieux en pierre, légerement incliné du côté de la chaussée, La même grille peut suf-
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fire pour tous 1es élangs, parce qu’on n’en a besoin qu'au moment de la pêche.
Selon que le poisson est calme ou agité au sortir de la pécherie, on juge s'il y aura ou non du danger pour son transport; l'agitation annonce un commencement de souffrance qui s’accroit pendant la route. Quand on craint du danger, on remplit les tonnettes d’eau fraiche, et au besoin on y mêle moitié d’eau de puits. L'heure la plus favorable pour la pêche est celle du soleil levant.
Il faut, autant que possible, pêcher par le vent du nord, par un temps frais. Nous venons de perdre une partie de la pêche d’un étang faite par un temps frais, par le vent du nord, mais par la pluie. Cependant des précautions avaient été prises ; on n’avait mis que 50 kilogrammes par tonnette, et le poisson avait été transporté assez rapidement. Ce n’est pas la longueur du trajet qui l'a fait périr; on en a plus perdu dans le transport le plus voisin que dans le transport le plus éloigné ; les brochets se sont mieux conservés que les carpes, ce qui est rare. Nous devons donc admettre, avec les poissonniers,. que les pêches par un temps de pluie peuvent entrainer des pertes considérables.
Secrion XIII. — Du transport et de la conservation du poisson.
Dans le département de l'Ain, le transport du poisson se fait ordinairement dans des tonnettes ou petits tonneaux d’un hectolitre et demi, pleines d’eau fraiche, On met de 50 à 75 kilogrammes de poisson dans chacune, en séparant les brochets des carpes et des tanches. Ces tonnettes se placent sur des charrettes qu’on conduit sans dételer à leur destination. La quantité de poisson qu’elles contiennent varie suivant que les vents sont au nord ou au midi, que le transport est plus ou moins long, et suivant la facilité qu’on a de leur donner en route de l’eau fraiche ; lorsque la distance est assez longue pour qu'on soit obligé de donner l’avoine au cheval, on ne le déielle pas, et il produit en mangeant de petites secousses qui tiennent le poisson éveillé. Au besoin, le conducteur le remue avec un bâton. 1l change en route l’eau des tonnettes aussi souvent qu'il le peut, en préférant de beaucoup l’eau fraiche ou de source. En la versant, il remue le poisson, afin que la nouvelle eau le débarrasse, autant
cHaAP. 9°.
que possible, de l’enduit visqueux qui le couvre. Lorsque Lyon, point ordinaire de destination, n’est qu'à 15 ou 20 kilometres des étangs, on y conduit le poisson en voiture ; mais lorsqu'on en est éloigné, on le mène à la Saône ou à la rivière d’Ain : on l’embarque alors en le plaçant dans des filets que trainent des bateaux, ou dans des bateaux percés de trous, qu'on conduit à la remorque.
Dans la Brenne, les tonnettes ou tonneaux peuvent contenir 150 kilogrammes de poisson. Aussi les frais de transport sont moins chers. Mais il est à croire que la dimension des tonnettes de l'Ain est plus favorable à la conservation du poisson ; l'expérience y a conduit à diminuer d'un quart la contenance de 2 hectolitres 10 litres des vieilles futailles pour le vin. à
A partir de Lyon, le poisson se porte à dos de cheval dans le Dauphiné et la Savoie ; la charge d’un cheval est de 75 kilogrammes danslesdeux paniers; on v place le poisson sur de la paille, et, toutes les fois qu’on s'arrête, on le met dégorger dans des réservoirs. On a soin en route d'ouvrir de temps en temps les ouïes des carpes, et surtout celles des belles pièces; on les tient séparées avec une pelure de pomme ou une rouelle de pommes de terre. On mettrois Jours pour arriver de Lyon à Chambéry. Le voyage se fait sans avarie, si le froid ou la chaleur ne sont pas trop forts: en arrivant, on enlève au poisson, avec un linge fin, le gluten qui colle ses ouies.
Lorsque les Dombistes veulent changer l’eau des tonnelles, ils y versent l’eau nouvelle par l'ouverture supérieure, en faisant déborder l’ancienne par-dessus. Dans le Forez, on les vide par le bas et on les remplit en même temps par le haut, en continuant de laisser couler jusqu à ce que l'eau sorte claire. Ce moyen nous semble préférable ; il change plus sûrement l’ancienne eau et lave mieux Je poisson. On transporte volontiers la feuille ou l'empoissonnage à dos de cheval ou à dos d'homme, en Ja plaçant sur un peu de paille ou dans un linge. Lorsqu'on arrive à l'étang, on recoit le poisson dans des paniers qu’on verse doucement au bord de l’eau. On s'assure, par ce moyen, de la quantité que le transport a fait périr.
Dans la Brenne, on prend un soin analogue, mais encore mieux raisonné. On fait, en arrivant dans un endroit peu profond de l'étang, une petite enceinte avec du menu bois, de la bruyère ou des roseaux ; on y dépose l’empoissonnage en le sortant des paniers; au bout de quelque temps de repos, si le poisson est bien vif, on lui ouvre une petile issue dans l'étang. Il gagne alors la grande eau sans danger, tandis que, sans celte précaution, il se noie souvent ou s’étouffe en plongeant la tête dans la vase.
Quant au gros poisson, lorsqu'on ne le transporte pas en tonnelles, on le charge sur des charrettes bien garnies de paille (/g. 211), en lits alternatifs de paille et de pois-
Fig. 211.
son. Le brochet, plus délicat, se place au-dessus de la carpe ; en arrivant, on se hâte de mettre le poisson dans des réservoirs.
Eu Sologne, le transport est plus difficile qu’en Dombes, parce que la distance aux rivières et aux débouchés est plus grande ; nous pensons que le moyen qu’on y emploie est préférable; il est d’ailleurs analogue à celui qu'on emploie dans l'Ain pour la Savoie et le Dauphiné. La soustraction de l'eau n'est pas promptement mortelle au poisson. M. Durand rappelle dans son écrit qu'on a conserve, pendant plusieurs gnois, des carpes en lieux frais, dans des filets suspendus'et garnis.de mousse qu'on arro-