DES BOUTURES
SECTION 1V. — Des boutures.
$ I°T.— Avantages et inconvéniens.
Si les boutures ont ainsi que les marcottes l'inconvénient de diminuer progressivement la vigueur des individus et la fécondité des espèces, et si, à cet inconvénient, qui n’est pas toujours également appréciable, elles joignent celui de ne réussir que sur un certain nombre de végétaux, on doit reconnaître gw’elles ont d’un autre côté l’avantage incontestable d'offrir pour ces derniers un moyen de multiplication aussi prompt que facile et assuré.
D’après la définition la plus complète qu'on en ail donnée, la bouture est une partie de végétal qui, séparée de l'individu auquel elle appartenait, manque d’un des organes essentiels au maintien de la vie, de racines ou de bourgeons. La culture peut lui faire produire les unes et les autres.
On fait des boutures avec des tiges ou des fragmens de tiges, des feuilles et parfoismême des pédoncules et des fruits; on en fait aussi avec des racines : mais les seules qui offrent de l’avantage pour la multiplication en grand des végétaux qui nous occupent ici, sont celles de la première et de la dernière sortes.
Les arbres qui réussissent le mieux par ce moyen sont ceux dont le bois est tendre, le tissu parenchimateux abondant , et l'écorce marquée plus ostensiblement de ces sortes de taches arrondies auxquelles M. DE CANDOLLE a donné le nom delenticelles, et qu’il désigne comme autant de points marqués par la nature pour le développement des racines adventices.
On multiplie habituellement de bouture divers arbres forestiers des terrains humides, tels que les saules, les peupliers, etc., etc.
On a conseillé de bouturer aussi /es arbres fruitiers, afin de les disposer à se mettre plus tôt à fruits, et de faire acquérir à la pulpe de ces derniers plus de volume et de saveur; mais, soit difficulté d’exécution, soit force d'habitude, aucune expérience concluante n’a été faite à cet égard.
Quant aux arbres résineux, je ne pense pas qu’il y ait jamais avantage à employer pour eux un pareil mode de multiplication : non qu’on ne puisse assez bien réussir, même en pleine terre; mais parce que, d’après la disposition particulière de leur tige, on obtiendrait rarement des individus d’une belle venue.
$ IL. — Boutures des tiges.
Epoque la plus favorable. Deux conditions principales sont on peut dire indispensables au succès des boutures faites en plein air.
La première, relative aux végétaux à feuilles caduques, c’est qu’ils aient achevé le cours de leur végétation annuelle; la seconde, relative au sol, c’est qu'il soit pénétré d’une bu midité suffisante. — Aussi, saufle cas où les gelées se font sentir et où des pluies excessiesrendent la terre malsaine ou d’une culture difficile, on peut bouturer depuis le milieu de l'automne jusqu'aux à proches du printemps. On préfère généralement cette der-
pière époque.
Dans le choix du terrain, il faut nécessairement avoir égard aux habitudes propres à chaque espèce de végétal. Toutefois, comme le but qu’on se propose avant tout, est, d’une part, de faciliter la formation et l’extension des jeunes racines, et de l’autre, tant qu’elles ne sont pas encore développées, de maintenir la vie dans la bouture en l’empêchant de se déssécher faute d’eau ou par suite d’une trop grande évaporation, on doit, dans tous les cas, choisir un sol léger, un peu humide, à une exposition ombragée et abritée des vents desséchans. — Une autre considération, moins générale peut-être, mais néanmoins d'un grand intérêt, c’est que, toutes choses égales d’ailleurs, beaucoup de boutures qui manqueraient dans les localités cultivées pau long-temps en pépinières, réussissent fort bien dans une terre neuve et renouvelée par des cultures d’un autre genre.
Préparation des boutures. On fait des boutures avec des bourgeons, c’est-à-dire du bois d’une seule année de végétation; avec des rameaux ou du bois de deux ans; enfin avec des branches de différens âges et de différentes grosseurs. La seconde et la troisième méthode sont préférables pour les végétaux ligneux de nos contrées.
Les boutures de rameaux s'effectuent de trois manières principales. — Elles sont simples, — à talon, — ou en crossette.
Les boutures simples (fig. 6) sont des fragmens de rameaux de 2 à 3 décim. (8 à 10 p.) dépouillés de toutes les ramilles latérales et coupés obliquement par le gros bout.
Les boutures à talon \ fig. T ) diffèrent de ces dernières, parce que, au lieu de couper le rameau sur lui-même, on laisse à sa base une partie de l’empatement qui l’unissait à la branche, en l’éclatant avec précaution.
Dans les boutures acrossette (fig. 8), le talon est remplacé par un crochet de vieux bois de quelques centimètres (1 ou 2 p.) de long.
Fig. 6.
Fig. 7.
Les boutures simpleset à talon sont le plus fréquemment employées par les pépiniéristes. — La seconde sorte offre plus de chances de succès que la première, mais elle peut avoir d'assez graves inconvéniens pour la vie des mères, en occasionant sur les branches