‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 25 sur 595 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

principales une foule de plaies irrégulières qui deviennent souvent cancéreuses.— Dans plusieurs jardins, afin d'éviter cet inconvés nient on recèpe des arbres d’un certain âge de manière à les transformer en cépées, qu’on rabat ensuite périodiquement comme les laillis et qui fournissent une immense quantité de rameaux. — Les boutures en crossette se pratiquent avantageusement non seulement sur la plupart des végétaux sarmenteux et nolamment les vignes, mais encore, dans le midi, sur le figuier et l'olivier.

Parmi les boutures de branches, les plus

employées à la multiplication des arbres utiles sont celles en ramées et en plançons.

Les boutures en ramées sont de jeunes branches (#g. 9) garnies de tousles rameaux

Fig. 9.

auxquels elles ont donné naissance. — Après les avoir couchées horizontalement dans une fosse peu profonde , on les recouvre de terre de manière que les sommités des Liges dépassent le niveau du sol de plusieurs yeux, et on les rabat sur les deux ou trois premiers.

— On emploie ces sortes de ramées pour former des mères d’olivier qui donnent, pendant un grand nombre d'années, beaucoup de jeunes plants francs de pied et tout disposés à se mettre promplement à fruit. — On peut les utiliser sur le tilleul, le platane, l’osier et divers autres arbres.

Les boutures en plancons me sont autre

chose que des branches de 2 à 3 et 4 mètres

(6 à 9 et 12 pieds) et plus, qui se façonnent de deux manières : — tantôt on les étêle par le sommet et on supprime tous les rameaux latéraux ; — tantôt on laisse ceux de la sommité pour former la tête du nouvel arbre. — Dans l’un ou l’autre cas on amincit triangulairement la partie qui doit être fixée en terre. — Il est des localités où l’on ne connaît pas d’autres moyens pour multiplier en place la plupart des peupliers et des saules.

Lorsque les arbres sont d’une reprisé difficile, ilest nécessaire de provoquer la formation d’un bourrelet par l’un des moyens que j'ai déjà indiqués pour les marcottes, fg. 5. — Le plus simple est de ligaturer la branche, vers le commencement de l'été, avec un fil de fer de manière à arrêter en partie la sève descendante au point où l’on désire obtenir des racines.

Plantation des boutures. Les boutures simples et à talon se mettent en terre au plantoir ou en des tranchées parallèles, dans lesquelles on les place à des distances et des profondeurs proportionnées à leur volume ; puis on remplit ensuite successivement chacune de ces tranchées avec la terre extraite de Ja tranchée suivante, de manière à laisser aux boutures deux outrois yeux au moins à l'air libre.

Les crossettes, ainsi que les ramées, se

CcHaAP. 1°'.

plantent à peu près horizontalement. On relève seulement la partie supérieure sur l'un des bords de la rigole, et on laisse, comme précédemment, quelques yeux de bois bien aoûté au-dessus de la surface du sol.

Quant aux plançons, la méthode la plus usitée, quoique la moins bonne, est de faire, au moyen d'une barre métallique ou d’un avant-pieu, des trous de un demi à deux tiers de mètre (18 po. à2 pieds)de profondeur, dans lesquels on les place. Si, en des terrains très-légers , une pareille pratique ne présente pas de graves inconvéniens, dans les terres fortes elle en a de deux sortes : d’abord elle comprime celles-ci de manière à les rendre peu perméables aux racines, et, ce qui est pis, quelques soins qu’on prenne pour remplir de terre des ouvertures aussi étroites, elle laisse autour da tronc des vides nombreux ; — mieux vaut donc faire à l’avance des trous comme pour une plantation ordinaire.

La culture première des boutures se borne à affermir le sol par un plombage, autour de leurs parties enterrées , de manière à les mettre sur tous les points en communication immédiate avec l'humidité de la terre; — à arroser lorsque les circonstances atmosphériques l’exigent, et à pailler, si faire se peut, pour diminuer les effets du hâle. Du reste cette culiure ne diffère pas de celle des autres plants des pépinières. É

$ HE. — Boutures de racines.

Les boutures de racines, quoique moins employées que celles dont je viens de parler, offrent cependant un moÿen facile de multiplier rapidement une partie de nos grands végétaux ligneux.

Les plus naturelles sont celles qu’on obtient parfois à l'endroit même où un arbre d’un certain âge vient d’être arraché, sans autre soin que de laisser la fosse ouverte. — De toutes les extrémités des racines qui sont restées dans le sol on voit, le printemps suivant, naître des bourgeons, et lorsque ceuxci ont été enlevés, il n’y a pas de raison pour qu'il ne s’en forme pas d’autres sur les mémes racines de nouveau raccourcies,

Mais ce moyen est plus curieux qu’applicable aux besoins de la grande culture; il en est un autre dont il me semble qu’on méconnaît généralement les avantages : je veux parler des boutures par tronçons.

Lorsque comme dans le cas précédent, on arrache un arbre, ou lorsqu’en labourant dans son voisinage, on supprime celles de ses racines qui nuisent aux Cultures voisines ; lorsqu’enfin on peut lui en ôter un certain nombre sans nuire sensiblement à son développement, on divise ces racines par troncons de 1 à 2 et 3 décimètres (4 à 8et 10 po.), et .on les plante en élevant leur gros bout de

es millimètres seulement au-dessus

u so

Généralement ces boutures donnent naïissance, dès la première année, à des bourgeons vigoureux ; — parfois cependant elles restent dans linaction plus long-temps; mais dans tousles cas, pour peu que les espèces qu'elles

DES GREFFES. î

doivent reproduire n’éprouvent pas une dif:

ficulté particulière à développer des gemmes adventices , elles réussissent presque toujours.

SECTION v.— Des greffes.

$ 1°*.— Avantages et inconvéniens.

Les greffes partagent avec les marcottes et les boutures la propriété de propager les variétés non transmissibles de semis. — Elles réussissent même dans beaucoup de cas où il serait difficile de recourir à l’un ou à l’autre de ces deux modes de reproduction.

En théorie, les greffes peuvent être assimilées à de véritables boutures qui, au lieu de puiser leur nourriture dans le sol , la reçoivent par l'intermédiaire de la tige des sujets. Cette nourriture est modifiée au point d'insertion, selon la disposition des organes de chaque végétal, comme elle l’est en passant de la terre dans les racines; de sorte

u’un nombre indéterminé d’espèces bien

istinctes peut vivre sur le même tronc sans éprouver d’autres modifications que celles qui pourraient résulter de la différence du sol, de la quantité plus ou moins grande de sucs nourriciers qu'il contient. — Ce que j'ai dit de l'influence des boutures est donc à peu près applicable aux greffes quant à la longévité, à l'élévation et à la mise à fruit des individus qui en proviennent, et il en résulte nécessairement qu’elles sont utilisées bien moins fréquemment pour les arbres forestiers que pour les arbres fruitiers.—La greffe améliore en effet sensiblement les fruits en volume, souvent en saveur; elle contribue encore à hâter leur production, quoique cet effet soit rarement aussi marqué qu’on s’est plu à le dire; mais d’un autre côté, elle nuit au développement des organes conservaleurs et elle abrége ordinairement le temps marqué par la nature pour l'existence des arbres.—On sait cependant que le choix d’un bon sujet influe parfois d’une manière favorable sur le port, et, chose plus importante, on a cru remarquer qu’il influait aussi sur la rusticité des végétaux au point qu’il ne serait pas impossible de profiter de cette disposition pour faciliter la naturalisation de certains arbres étrangers. — Afin d’atteindre un but aussi désirable ; — pour hâter la fructification de quelques individus rebelles ;—pour multiplier diverses variétés améliorées , ce qu'on ne fait pas, Je trouve, assez généralement , relativement aux essences foreslières; — pour trausformer même des espèces de peu de valeur en arbres d’un meilleur produit, on devrait recourir aux greffes. — Le chêne robur, greffé sur le cerris, auquel la mauvaise qualité de son bois a fait donner, dans beaucoup de pays, le nom de doucier, pousse, dit-on, plus rapidement sans perdre sensiblement de sa dureté; —les chênes ballota et autres à glands doux pourraient se multiplier, se perfectionner peut-être, sur l’yeuse; — des ormeaux, des frènes , se couvrir de feuilles plus abondantes ou plus larges, et mieux du goût des bestiaux, etc., etc.

8 AGRICULTURE FORESTIERE : PÉPINIERES.

$ Il. — Description des principales greffes.

Les greffes qu'on emploie le plus fréquemment dans les pépinières pour Les grands végétaux ligneux à feuilles caduques , sont les suivantes :

La greffe en fente ordinaire. (Voy. un peu plus loin, f£g. 17.)

La greffe anglaise (fig.10), que sa grande solidité et sa facile reprise rend très-utile pour les arbres à écorce mince et à bois dur.

La greffe Lee, ou par entaiile triangulaire, (fig. 11), qui convient surtout aux végétaux dont la moëlle ne doit pas être attaquée , et aux grosses tiges dont l'écorce vieillie offre peu de sève.

La greffe Varin, à rameau posé entre l’aubier et l’écorce, comme une greffe en couronae ( /£g. 12), qui réunit les avantages des deux précédentes.

Fig. 12.

Fig. 11. Fig. 10.

La greffe Cels (fig. 13), sur racines séparées des arbres et plantées par tronçons avant d’être opérées, qui permet de multiplier sur eux-mêmes des individus dont on ne possède pas de congénères.

Enfin rarement celle en écusson. (Joy. un peu plus bas les fig.

15 et 16.)

La greffe herbacée des arbres forestiers résineux, telle qu’on la pratique presque exclusivement depuis une douzaine d’années, est d'une exécution fort simple et d’un résultat assuré. — Elle a permis de transformer par milliers, dans la forêt de Fontainebleau, des pins sylvestres en Laricio d'une superbe venue. — On peut croire qu’elle présenterait le même avantage sur les terrains crétacés de la Champagne pouilleuse.

Selon que la greffe est de diamètre égal à celui du sujet ou un peu moindre, on la

Fig. 14. Coupe triangulairement (fg.

14), ou en biseau prolongé,

pour l’insérer dans une entaille correspondante à la sommité de la tige principale de l’arbre. — Dans tous les cas, on choisit, pour faire l’opéra- , tion, le moment où cette tige encore herbacée a atteint les deux tiers environ de son développement, c’est-à-dire de 1 à 2 et 3 décim. environ (6 à

8 et 10 po.), selon la vigueur de la végétation;

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