‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 281 sur 595 · LIV. VIE · texte numérisé non relu

LIV. VIE

causes qui enlèvent une grande partie de la valeur de celui-ci. Les flots de la mer, qui tantôt entament le domaine ou augmentent sa surface, et tantôt rendent infertiles les terrains qu'ils recouvrent ou leur apportent un limon fertilisant exigent une étude spéciale. La proximité de terrains en pente ou minés, celle des sables mouvans quimenacent, par des éboulemens, des chutes, des glissemens, despluies desable, de recouvrir et de rendre stérile une partie du domaine, déprécient également sa valeur.Le voisinage des hautes montagnes couvertes de neige une partie de l’année, et qui abaissent la température à une grande distance ou attirent en grande quantité etprécipitent l’eau de l'atmosphère; celui des marais et des eaux stagnantes, qui saturent continuellement l'air de vapeurd’eau ou d’émanations quelquefois insalubres, et portent ainsi atteinte à la vigueur età l’énergie vitale des hommes et desanimaux, et souvent nuisent au succès des cultures et aux propriétés alimentaires des végétaux ; celui des grandes forêts, qui entretiennent souvent une humidité considérable et causent un abaissement de température, qui donnent naissance à une foule d'insectes nuisibles et un réfuge à des animaux, véritables fléaux pour l’agriculture, sont également des circonstances défavorables aux yeux du cultivateur instruit.

Au contraire, la proximité d’une forêt où l’on détruit les animaux nuisibles, qui est aménagée et aérée avec soin et sert à abriter contre des vents froids et desséchans, est une condition favorable. Il en est de même de celle des eaux pures,salubres etabondantes,bien encaissées, soit courantes, stagnantes ou jaillissantes. On se fait en effet difficilement une idée des souffrances et des besoins qu’on éprouve pendant les sécheresses dans les pays privés d’eau, et des dépenses considérables qu'il faut faire pour charrier ce liquide et le transporter quelquefois de points fort éloignés. Un ruisseau qui entoure ou traverse le domaine est toujours très précieux.

Les richesses minérales, dont nous avons parlé à la page 315, ont également un grand prix quand on peut les exploiter et les recueillir sur le domaine ou à une légère distance de ses limites, etc.

Sous le rapport economique et industriel, on doit avoir égard aux considérations suivantes: |

La proximité d’une ville populeuse, d’un marché bien achalandé, d’un lieu où se tient une foire considérable, d’une population agglomérée, d’une vaste usine, d’une grande manufacture, d’un village industrieux, d’un port où règne une grande activité, d’une rivière navigable, d’un canal, d’un chemin de fer, etc. est une sorte de prime en faveur du propriétaire ou du fermier, on leur permet de diminuer leurs frais de production, surtout quand le fonds n’est pas vendu ou loué plus cher, à raison de cette situation. que ceux qui sont plus éloignés.

En fait de voisinage nuisible, il faut éviter celui de certains établissemens industriels,tels que les fabriques de soude, les usines où l’on fond et prépare le cuivre ou le plomb, celles où l’on grille les minerais contenant de l’arsenic, etc., et plusieurs autres qui portent un préjudice

potable à la végétation et à la santé des êtres organisés par les émanations insalubres qu'’elles répandent sur un certain rayon. Quelquesuns de ces établissemens, qui allument et entretiennent en feu des masses considérables de matières, peuvent aussi causer l'incendie des récoltes et des habitations.

Les terrains communaux, qui sont généralement dans un mauvais état d'entretien etoù le pâturage donne lieu à une foule de délits sur les propriétés voisines, exigent qu’on évite autant qu’on le peut leur voisinage.

Enfin il est important de jeter un coup d'œil sur les héritages qui avoisivent immédiatement et de toutes parts le domaine, et d’examiner la moralité, la condition, l’industrie et le caractère de ceux qui les possèdent. Ces voisins peuvent être incommodes, soit par un esprit de chicane, d’avarice ou d’avidité qui les anime, soit par un instinct d’envahissement qui les porte à empiéter sur votre propriété, soit enfin par un penchant décidé à commettre des délits, des vols ou des larcins auxquels ils peuvent se livrer plus facilement et souvent avec plus d’impunité que les autres. Pauvres,ignorans etsans industrie, ils peuvent négliger la culture de leur héritage, le laisser se couvrir de mauvaises herbes ou être infesté par des insectes destructeurs, qui, malgré tous vos soins et votre activité, se répandent sur votre propriété, envahissent, étouffent ou détruisent vos récoltes. Ils peuvent laisser les eaux couvrir leurs champs, se déverser ou s’infiltrer sur les vôtres, et rendre ainsi moins fructueux vos travaux d’asséchement, eic. Les meilleurs voisins sont ceux qui sont laborieux, aisés, industrieux, éclairés, bienveillans et doués des sentimens moraux qui honorent l'humanité.

$ II. — De l’état physique et naturel du fonds.

L'examen du fonds, sous le rapport de son état naturel,portera d’abord sur son élévation. Cette élévation peut être absolue ou relative. L’élévation absolue est celle du domaineau-dessus du niveau de la mer; c’est elle qui a l’influencela plus matérielle sur l'espèce et la qualité des produits.On acalculéen Angleterreque 60 à80 mètres de hauteur perpendiculaire équivalent, sous le rapport du climat, à 1 degré de latitude plus septentrionale, et qu'une élévation de 200 à 250 mèt. était la hauteur maximum à laquelle on pouvait en général, dans ce pays, s’adonner avec quelques chances de succès à la culture des céréales, L’élévation relative, ou celle au-dessus du niveau général du pays, joue aussi un rôle important. Un domaine sous le même degré de latitude, et toutes les autres circonstarices étant égales, a d'autant plus de valeur qu’il est placé dans une situation basse et près du niveau des eaux. Dans une situation élevée il est toujours dispendieux de conduire les engrais, de faire les charrois et la plupart des autres travaux. D'ailleurs, les parties élevées d’un pays offrent souvent des nu abruptes, peu propres à un grand nom-

re de cultures, et celles-ci, en général, y sont plus tardives et par conséquent exposées à des chances plus multipliées.

La configuration de la surface n’est pas moins intéressante à étudier. Une surface irréguliè-

AGRICUETURE.

CHOIX D'UN DOMAINE RURAL

re, fortement ondulée, à quelque élévation qu'elle soit, est défavorable en agriculture ; les travaux y sont nécessairement plus pénibles et plus multipliés. Sur les pentes, les parties les plus meubles et argileuses des ierrans sont délayées et entrainées par les eaux, tandis que le sable et le gravier restent ; le sol manque donc de la ténacité nécessaire pour servir de point d'appui aux récoltes. Les engrais qu’on applique dans ces terrains sont consommés presque en pure perte, et, par l'effet de différentes causes, ils ont une température plus basse que ceux placés à une même hauteur, mais de niveau. En outre, dans les terrains inclinés l'épaisseur du sol meuble diminue, à chaque opération de labourage dans les parties les plus élevées, et ne peut être rétablie que par des travaux et des depenses considérables. Dans un sol bien meuble et perméable, une surface plane ou à peu près est celle qui paraît être la plus avantageuse; mais däns un pays humide, dans des sols compactes et argileux reposant sur un sous-sol peu perméable, les terres légèrement en pente soût celles qui méritent la préférence, parce qu’elles s’égouttent le mieux.

Quelles que soient l'élévation ou les ondulations du sol, il faut éviter les terrains maré- Cageux quand on n’a pas l'intention ou les moyens de les assainir par des desséchemens, ou si les travaux qui seraient nécessaires pour cela sont difficilement praticables. Les sols trop bas et humides sont insalubres et exposés plus que les autres aux gelées de printemps, qui attaquent d’une manière si funeste les végétaux; ils sont en outre plus sujets aux inondations, au déversement des eaux ou à la chute de masses quelconques des fonds supérieurs; les chances de bonnes récoltes y sont plus incertaines et les produits moins estimés.

Il suffit de savoir apprécier l'influence de la lumière et de la température sur la végétation pour sentir combien il est important de prendre en considération l'aspect ou l'expostition du fonds vers tel ou tel point de F'horizon. Sous les climats incertains et souvent humides des pays du Nord, une exposition vers le midi ou légèrement inclinée à l’est ou à leuest est, surtout dans les terres fortes, une circonstance qui accroît sensiblement la valeur d’un domaine. Il en est souvent de même d’un abri, soit hauteur, montagne ou forêt, principalement pour les terrains secs, sablonneux et chauds, quiles garantit des effets fâcheux des vents froids et humides du nord ou du nord-ouest. On doit sans doute envisager la question autrement dans le midi de la France. En effet, sous les latitudes où il ya surabondance de calorique et de lumière et où le soleil dessèche et durcit souvent le sol pendant plusieurs mois consécutifs, sans qu’une goutte de pluie vienne rafraichir et ranimer la végétation épuisée, les terres n'ont plus le même besoin d’être tournées vers le sud, et un aspect vers d’autres points de l'horizon ou un abri contre l'influence trop directe du s0leil ou contre les vents desséchans, sont alors des circonstances que le praticien doit aimer à rencontrer.

Une fois ces notions acquises, il sera nécessaire de connaitre l'étendue de la surface que TouE IV.— 11

couvre le domaine, sa figure géométrique ou sa forme, ses contours et ses limites, l’étendue super ficielle des terres cultivables, celle des chemins et carrières, des canaux et des eaux courantes ou stagnantes, et autres portions soustraites à la charrue, à la bêche ou à une culture quelconque, le nombre et la forme des piéces de terre, les morcellemens ou enchevétremens que peuvent présenter celles-ci dans les diverses parties du domaine, tous sujets sur l'économie desquels nous nous proposons de revenir dans le chapitre III au titre suivant.

S'il existait sur le domaine un cours d’eau, une source abondante, un puits foré donnant une grande quantité d’eau, 1} faudrait mesurer le volume de ces eaux, la hauteur de leur chute ou celle de leur jaillissement, afin de déterminer si elles peuvent être employées avec avantage à des travaux industriels, en prenant toutefois en considération les dispositions législatives qui règlert cette matière.On reconnaitra également les mares et abreuvoirs qui peuvent se trouver sur le fonds, et on s’assurera que toutes ces eaux sont salubres, qu’elles peuvent servir aux irrigations, à la boisson, à des usages domestiques et ne peuvent nuire à la végétation des plantes ou à la santé des animaux.

11 ne reste plus maintenant qu’à étudier les diverses qualités de terre que peut présenter le domaine, c’est-à-dire à faire un examen agronomique du fonds; c’est un sujet sur lequel nous reviendrons dans le chapitre sui vant, parce qu’il a une très grande influence sur la valeur d’un fonds.

6 LIL. — Des valeurs capitales répandues ou placées sur le fonds.

Un fonds peut avoir été abandonné à la nature et être en friche ou à l’état sauvage.

Dans ce cas, l'examen qu’on doit en faire est à peu près terminé; il ne reste plus qu’à y organiser un système d'exploitation rurale

our en tirer des fruits, et nous apprendrons Éentot comment on doit procéder à cet égard.

Mais ia plupart du temps le fonds est déjà en culture et on y a répandu ou placé des valeurs capitales, pour en faciliter l'exploitation, qui ont nécessité des avances de la part de ceux qui l’ont possédé ou exploité antérieurement. C’est ce cas que nous allons examiner.

Les avances ont pu être employées: 1° en travaux ou en objets matériels immobiliers destinés à rendre le fonds exploitable; 2° en bestiaux , animaux de travail et objets mobiliers servant à l'exploitation. Ces derniers objets n’entrent pas loujours, comme on le sait, dans le prix d'acquisition d’un domaine ou dans les conditions de sa location, mais nous les y comprenous ici pour rendre la question plus générale,

Si ces avances capitales ont été suffisantes pour mettre le fonds ddds un état exploitable le es satisfaisant possible et pour l'entretenir

ans cet état, ii n’y a plus qu’à en prendre possession et à procéder aux travaux de culiure au moyen desquels on peut en tirer des fruits. Si d’un autre côté ces avances ont êté insuffisantes pour mettre dans le meilleur état exploitable dont il est suscep-

| tible le domaine en question, il y a de nouvel-

Liv. Vit.

les avances à faire pour en compléter l’organisation. Dans l’un comme dans l’autre cas il n’y a qu’un examen de détail qui puisse nous faire connaître réellement la situation actuelle du domaine, nous éclairer sur son état et sur l’étendue des sacrifices qu’il faudrait faire pour atteindre le but que doit se proposer tout cultivateur industrieux.

1° Commençons par l’examen des avances qui ont été faites pour l'amélioration du fonds. Ces avances ont été employées à des travaux d’arpentage, de rivellement, d’embanquement, d’endiguage, de desséchement, de défrichement, de clôture et à la construction de chemins et de bâtimens ruraux.

Toutes choses égales, on doit donner la préférence à un domaine où l’arpentage, le plan cadastral et la carte topographique ont été faits avec exaetitude. La propriété étant ainsi bien définie, on connaît et on apprécie mieux ce

w’on achète ou ce qu’on prend à loyer et on

vite plus aisément de fâcheuses contestations.

Les travaux de nivellement doivent avoir été complets et faits avec assez de soin pour couvrir de terre meuble et fertile les parties arides du sol et les roches dénudées, faciliter tous les travaux agricoles, mettre à labri de l'accumulation et de la stagnation des eaux ou la favoriser dans certaines portions du terrain, et pour rendre à la culture la plus grande surface possible de terrain dans la situation et la localité où l’on est placé.

Les endiguages, les embanquemens ont dus être entrepris, construits et entretenus avec l’attention, la dépense et l’étendue converiables. Sous ce rapport on aura donc à jeter en

articulier un coup d’œil sur les digues, épis, Jetées, défenses, canaux, fossés, écluses, vannes, claies, etc., la manière dont tous ces objets ont été établis ou bâtis, les matériaux qui entrent dans leur construction, leur condition actuelle, leur état d'entretien, les frais annuels que peut nécessiter cet éntretien, la durée probable de ces objets, et enfin les dépenses qu’exigeraient leur reconstruction totale en cas de dépérissement complet.

Les travaux de desséchement donneront lieu à des considérations analogues, c'est-à-dire qu’on examinera s'ils ont été exécutés avec l'étendue et le soin nécessaires, si les canaux principaux et secondaires d'écoulement ou de ceinture ; si les galeries, rigoles souterraines, coulisses, coups de sonde, puits perdus, boitcuts, puisards, fossés couverts ou ouverts, etc., sont établis suivant les principes de la science; dans quelle condition se trouvent actuellement ces objets, les réparations annuelles qu'ils exigent, ete. ( Voy. t. I‘, chap. 5).

C'est en suivant une marche conforme à la précédente qu’on examinera les travaux executés pour les arrosemens et les irrigations (t. Ier, chap. IX, p. 237); ceux entrepris pour se procurer l'eau nécessaire aux animaux ou aux besoins domestiques, Leis que étangs, bassias, mares (t. IV, chap. IX ), puits artésiens et ordinaires, citernes, conduits d'eaux de sources où courantes, etc.

Les défrichemens ont-ils été exécutés avec l'étendue ou suivant les conditions exigées (t. 4, chap. V, p. 112) pour ces sortes de

cuar. 1", travaux ? ont-ils enlevé les pierres, souches, racines et autres obstacles qui s’opposaient à la régularité, à la perfection et à la célérité des travaux agricoles ou des façons à donner au sol? ont-ils ameubli et nettoyé suffisamment et assez profondément la terre; livré à la charrue ou à la culture la plus grande surface possible de terrain, ou laissé encore en friche des gazons, des pelouses, des allées, des avenues, des terres vagues ou autres objets sans utilité, etc.? Voilà autant de points qui doivent tour à tour fixer l’attention de l’enirepreneur.

Un domaine défendu par des clôtures a presque toujours plus de valeur que celui qui n’est pas clos, et on estime, en Allemagne, au moins pour les propriétés sur les lisières des chemins, à près de 10 p. 0/0 du produit net en nature les pertes ou les dépenses de surveillance qu’occasionne une propriété qui n’a pas de clôture. On a donc à examiner l'étendue de ces clôtures, leur nalure, les portes ei barrières qui y sont pratiquées, si elles défendent suffisamment le fonds contre les bestiaux, les larcins ou ies envahissemens ; leur état d’entretien, les produits qu’elles peuvent rendre et les frais qu’elles occasionnent (v0y. t. Ier, chap. XIV, p. 357).

Le nombre et le tracé des chemins ruraux ou d'exploitation, les matériaux qui les composent, leur largeur, leur construction, leur pature et l’état d'entretien dans lequel 1ls se trouvent méritent également un examen particulier. Si ces chemins sont mal ordonnés, insuffisans, mauvais, raboteux ou tortueux, ils consomment beaucoup plus de force et de temps, et on doit avoir égard aux redressemens et réparations dont ils auront besoin.

L’examen des bâtimens ruraux donne lieu à une foule de questions intéressantes, quenous examinerons avec plus de détail dans le chap.I1T du titre III. Ici nous nous bornerons à dire que l’examen doit porter sur leur situation, leur étendue suffisante ou insuffisante, leur capacité et leur distribution intérieure, leur salubrité, leur groupement ou commodité pour les usages actuels ou ceux auxquels on les destine, leur construction, leur solidité, ia possibilité des agrandissemens, des améliorations, etc. ; enfin sur le danger des incendies par les maisons du voisinage, sur leur état actuel d’entretien, les réparations annuelles qu’ils nécessitent, leur durée probabie, les dépenses auxquelles obligera leur mise en bon état ou qu’exigerait leur reconstruction, et le prix de tous les matériaux de construction et de la main-d'œuvre dans le pays.

En se livrant à l'examen des bâtimens ruraux on comprendra ceux qui servent à l’exploitation des arts agricoles, tels que les moulins à eau ou à vent, les fours à chaux ou à plâtre, les magnaneries, etc., et on n’oubliera pas dans cet examen les roues hydrauliques qui servent à donuer l'impulsion aux machines et dont il importe de consiater l’état, les silos en maçonnerie qui peuvent exister pour la conservation des grains ou des racines, les caves creusées dans le roc pour y déposer les vins, les fromages ou autres denrées, etc., enfin on jetteraen même temps un coupd’œilsur le jardin potager, le verger ou le jardin d’'agré-

CHOIX D'UN DOMAINE RURAL

ment qui sont souvent placés près des bâtimens.

L’examen portera ensuite sur les réservoirs d’eau, les mares, les étangs, sur leur étendue, le volume et la quantité de leurs eaux en toute saison, leur construction, leur etat d’entretien, en se conformant à cet égard à tout ce qui a été prescrit (voy. p. 179 et suiv.).

Enfin il sera indispensable, sous le rapport immobilier, de fixer son attention sur les plantations qui peuvent couvrir une partie du domaine et qui consistent ordinairement en bois d’essences diverses, ou en noyers.

müriers, oliviers, vignes, etc. ; il faudra constater la surface qu’elles recouvrent, le nombre de pieds qui constituent plusieurs d’entre elles, l'espèce, l’âge, la vigueur, la qualité ou le cépage, etc.

2° Les avances qui ont été faites pour réunir sur le domaine les objets mobiliers qui servent à son exploitation ont eu pour but l’acquisition des bêtes de trait ou de rente et du mobilier. Ces objets, pour le moment, ne donnent lieu qu’à un examen bien simple.

On constatera, pour les bétes de trait et de rente, le nombre des animaux, leur race, leur âge, et la condition hygiénique dans laquelle ils se trouvent ainsi que l’état d’entretien des troupeaux. r

Le mobilier qui garnit le domaine ne sera examiné pour le moment que sous le rapport du nombre des machines, instrumens, outils et ustensiles qui le composent, et de leur état d'entretien ou d'usure.

Au moyen de tous ces documens on se formera une idée très précise de l’état d’organisation du fonds et des nouvelles avances qu’il pourra être nécessaire de faire pour compléter cetté organisation.

$ IV. — De l’état actuel du domaine sous le rapport de son exploitation.

Il importe beaucoup, avant de procéder à Pacquisition d’un domaine quelconque ou -de le prendre à bail, de constater le mode d’exploitation qui servait à en tirer des fruits aniérieurement au moment où on se propose d'entrer en jouissance.

Sous ce rapport nous trouvons dans le t. IV des Annales de Roville, des observations de M. Ros. BROWN, qui méritent de trouver place ici.

« L'expérience nous montre tous les Jours, dit-il, que la plupart des fermiers ignorans sont eux-mêmes cause de leur perte, par le choix qu'ils font d'une ferme. Ils ont des règles si fausses, qu'ils rejettent souvent les fermes sur lesquelles bientôt après d’autres font leur fortune, ou prennent pour guide le succès du fermier sortant. Si un homme s’est enrichi sur une ferme, ou s’il y a vécu dans l’aisance, un grand nombre de concurrens se présentent aussitôt, presque sans aucun examen préalable de la propriété; maïs si au contraire le fermier s’y est ruiné ou a mal fait ses affaires, on croit comme une chose démontrée et sans rien considérer, que la ferme est mauvaise, on attribue tout au sol, et on s'éloigne avec l’idée que sans une diminution du fermage, la ferme ne peut ètre avantageuse.

Ces opinions soul absurdes, car la conduite des différens fermiers est si diverse, que le succès dépend très peu de la rente. Supposez deux fermiers pouvant disposer de capitaux égaux : l'un cultive avec jugement et intelligence, amende ses champs autant qu'ii le peut , ne vend ni son foin ni sa paille, assole ses terres d’une manière Judicieuse, saigne soigneusement ses champs et tient ses clôtures en bon état. Cet homme s'enrichit; l’autre se montre négligent sur ces points essentiels ; il tombe dans la pauvreté. Telles sont les causes de la richesse des uns et de la pauvreté des autres; et assurément on conviendra que celui qui juge de la valeur d’une ferme par le succès de ceux qui l’ont cultivée porte un jugement des plus faux ».

Ceci posé, on voit que, sousun point de vue général, ce ne peut être les succès ou les revers de ceux qui ont exploité le fonds avant vous qui doivent servir de base à votre choix et à votre estimation, et qu'il n’y a qu'une enquête détaillée sur le mode d'exploitation auquel le fonds a été ou est soumis qui puisse vous éclairer sur la cause de ces revers et de ces succès , vous apprendre ce que vous êtes en droit d'attendre d’un bon sysième d’administration appliqué à ce fone#s, vous donner une idée précise de sa valeur et vous déterminer en sa faveur.

Que le domaine ait été exploité avec une extrême négligence, ou par une routine qui ne donne pas tous les fruits dont le fonds est susceptible, ou enfin au moyen d’un système perfectionné de culture, l'enquête doit toujours être la même, seulement elle aura plus ou moins d’étendue suivant la perfection du système qui aura été suivi, et dans tous les cas elle provoquera une étude raisonnée de ce fonds qui sera toujours très fructueuse pour l'entrepreneur.

Le 1+ objet dont il faudra s'informer c’est le mode administratif d'exploitation au moyen duquel le domaine a été mis en valeur, ou la condition de l’entrepreneur qui le dirigeait. Le fonds a-t-il été exploité par son propriétaire, ou par un régisseur, un fermier ou un colon partiaire? Cette question fort simple donnera déjà quelquefois une idée assez nette de l’état lequel doit se trouver le fonds.

On cherchera ensuite à connaître quelles élaient les connaissances agricoles, la capacité, les qualités morales de cet entrepreneur, les capitaux dont il pouvait disposer, les conditions, s’il était fermier, auxquelles il avait obtenu la jouissance du fonds, son plan de conduite pendant le temps qu’il a exploité, son mode d'administration, et les événemens naturels, les circonstances imprévues, les cas fortuits ou les causes dépendantes de la volonté des autres hommes ou de la sienne propre qui ont entravé ou arrêté, favorisé ou développé son industrie.

Ces notions préliminaires une fois acquises on soumettra à une critique raisonnée le système d'économie rurale que l’entrepreneur avait adopté. Ce système était-il le plus convenable dont il püût faire choix dans les circonstances locales ou individuelles où il était placé ? Etait-il le plus fructueux et ie plus propre à accroître successivement la valeur fon-

LIVS NME

cière du domaine? Pendant qu'il a elé mis en activité, le domaine a-t-il été porté au point d'amélioration dont il est susceptible par un bon mode d'aarministration ? etc.

A cette critique on fera succéder celle du système de culture ou l’assolement qui aura élé mis en pratique pendant la durée de l’exploilation de l'entrepreneur précédent. A cet égard, il faudra d’abord examiner si cel asso lement est conforme aux règles de l’art, sous le rapport de la rotation et de l’alternance des cultures, s’il est bien adapté au climat, à la pature des terres, au système économique du domaine, aux conditions commerciales dans lesquelles on se trouve , etc.

À ces questions générales on en ajoutera d’autres d’un grand intérêt, telles sont les suivantes : À quelle profondeur Jlabourait-on ; quel était dans cetassolement le rapport superficiel des soles fourragères aux soles à grains; la nature et la qualité des engrais dont on se servait annuellement pour fumer les soles ?

La quantité de ces engrais qu'on employait, élait-elleau-dessous des besoins, ou suffisante pour conserver ou augmenter la fertilité des terres ? A-t-on fumé régulièrement dans les dernières années les soles qui devaient l’être et n’a-t-on pas tiré de suite des terres, surtout dans les derniers temps, plusieurs récoltes épuisantes, sans réparer la fécondité qu’eiles avaient ainsi perdu ? Enfin quel était le produit brut annuel des diverses soles, pour chacune des espèces végétales qui entrait dans l’assolement? etc.

On s’occupera ensuite d'examiner les agens soit du personnei soit du matériel qui ont servi à mettre en activité tout le système économique du domaine.

Relativement au personnel, on aura d’abord à s'informer du nombre des serviteurs et des journaliers employés communément sur la ferme, et à déterminer si ce nombre a été insuffisant ou trop considérable; puis on s’occupera des gages que recevaient les 1, des conditions de leur engagement, des frais de leur nourriture et de leur entretien, du nombre de jours qu’iis travaillent dans l’année suivant les usages du pays : pour les seconds, du taux de leurs salaires , des conditions aux-

uelles on obtenait le travail des hommes, de femmes et des enfans pendant les diverses saisons de l’année, et pour les uns aussi bien que pour les autres, de leur moralité, leur force, leur énergie, leur activité ainsi que leurs connaissances agricoles ou leur ignorance.

Les bêtes de trait et de rente seront à leur Lour passées en revue , et on s’appliquera surtout à déterminer si c’étaient les animaux les mieux adaptés à la nature et aux besoins du domaine ou de la localité; quel était le régime, le mode de renouvellement ou de propagation auxquels ils étaient soumis ; le degré d’amélioration auquelils sont parvenus; les frais qu’occasionnaientannuellement leurnourriiure, leur entretien ou leur renouvellement ; les travaux ou les services qu’on exigeait d’eux ou qu’on était en droit d’en attendre dans un bon mode d’aministration ; le prix de leur travail; leur valeur à différens âges et à divers degrés de condition où d’embonpoint sur les mar-

ché , leur fécondité ainsi que la qualité, la quantité et la valeur des produits qu’ils donpaient chaque année.

Le mobilier qui garnit le domaine donnera lieu ensuile à un examen sérieux. La nature des instrumens qui le composent, ieur insuffisance où leur surabondance, leur imperfection, leur forme ou leur structure, plus ou moins bien appropriée à la nature du domaine et au système agricole qui avait été adopté, seront autant de points de vue sous lesquels chacune des diverses classes d'objets mobiliers demanderont successivement à être envisages.

Or aura soin aussi, dans le cas où on entrerait en jouissance à la fin du bail d’un fermicr, de vérifier la quantité de paille que le contrat oblige celui-ci à laisser sur Ja ferme, ainsi que celle des fumiers ou autres engrais , qu'on cubera et dont on vérifiera en même temps l’état et la qualité.

Si dans le système de culture du domaine il entre des cultures diverses, telles que des prairies permanentes, des pâturages, des bois, des vergers, des vignes, des müriers, des oliviers, des étangs, etc., on examinera pour chacune d’elles leur mode d’exploitation plus ou moins bien adapté au sol, au climat, à leur uature, au pays, etc.

Ainsi, les prairies par exemple, seront examinées sous le rapport de la nature et de la qualité de leur sol, qui peut être argileux, sableux, tourbeux , ou bien un ioam plus ou moins chargé d’humus ; de leur situation, qui peut être haute , basse, à mi-côte, en pente raide, etc.; de l’état de leur surface, qui est unie , onduleuse, propre ou infestée de mauvaises herbes; de leur état de sécheresse, d’aridité, de moiteur, d'humidité ou de marécage,etc. On prendra en outre en considération leur éloignement, la facilité de leur arrosement, la fumure qu’elles réclament, le nombre de coupes qu'elles donnent, leur produit annuel et la qualité de leur foin, leur âge, leur état et enfin la manière dont elles ont été aménagées et dirigées.

Unexamen à peu près semblable, mais dont les détails nous conduiraient trop loin, sera ait de même pour chacune des autres cultures qui composent le domaine.

On recherchera ensuite quels ont été les travaux de culture, le nombre des facons données à la terre, les instrumens employés, le nombre et la force des chevaux où bœufs qui ont été atielés, celui des aides qui les ont conduits, le temps des attelées, la surface travaillée dans un temps donné, les travaux particuliers que réclament les récoltes sur pied, le transport, l’'emmagasinage des produits, etc., tous documens qui, avec le prix du travail des hommes et des animaux, qu'on connaît déjà, serviront à établir les frais de culture.

On prendra note ensuite de tous les travaux de la ferme, pour le soin du bétail, le battage, vannage, nettoyage des grains, le transport de toutes les denrées sur les marchés, etc.

Enfin on établira les récoltes brutes moyennes de toutes les espèces de denrées, qui serviront , comme nous l’indiquerons dans le cha-

itre suivant, à établir le produit net de

‘entreprise ou le taux du fermage.

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