‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 295 sur 595 · COR · texte numérisé non relu

COR

Passons actuellement à la classification des prairies.

cHAP. 2°.

Ire DIVISION. Prairies basses.

A. Prairies à deux herbes.

ge Classe. Ces prairies se rencontrent dans les vallées basses ; leur sol est sain, profond, riche en humus et mélangé d’une quantité notable d’argile ; elles sont chaudes, constamment dans un état convenable d’humidité, et non sujettes à des inondations intempestives et pernicieuses. On y trouve les graminées les meilleures et les plus productives; la fléole, le vulpin et le paturin des prés y dominent avec d’autres graminées moins productives ; le trèfle rouge y est très abordant. Le fourrage de ces prairies est très propre à l’engrais des bestiaux ; mais il possède une faculté réparative moindre que celle des bons foins des prairies hautes, quoiqu’on lui attribue, sous ce rapport, la même valeur. Le produit annuel moyen de ces prairies, en foin ou comme pälurage, peut être évalué à environ 64 quint. par hect.

2e Classe. Les prairies rangées dans cette classe sont aussi fécondes que les précédentes , mais exposées à des inondations hors de saison ; la récolte y est souvent détruite , ce qui ne permet d'évaluer leur produit annuel moyen en foin et pâturage qu'à 48 quini.

3° Classe. Les prairies basses, en sol froid et humide , et qui par cette raison se couvrent de laiches ou carex et donnent un foin dur, grossier et peu nourrissant, appartiennent à cette classe. Leur produit est aussi considérable en poids que celui des précédentes ; mais, sous le rapport de la qualité , ce foin ne vaut au plus que les 2/3 de celui des 2 autres classes et ne peut être évalué, terme moyen , à plus de 32 quint. de bon foin. Ces prairies ne sont pas exposées aux inondations intempestives.

B. Prairies à une herbe.

4 Classe. Toutes les prairies dont le sol est spongieux ou marécageux , et qui, par suite de la présence de l’eau en surabondance et hors de saison, sont humides, froides, mollasses et ne donnent qu’une faible quantité de fourrages où dominent les laiches, font partie de cette classe. Il en est de mème des prairies de la classe précédente quand les inondations en détériorent ou détruisent en partie la récolte. La quantité de fourrage produite par les unes ou les autres, soit comme foin , soit comme pâturage, ne peut être évaluée à plus de 20 à 24 quint. de bon foin de prairie.

Les prairies basses d'un moindre rapport sont des marais ou des tourbières et doivent être rangées parmi les pâturages , parce que les frais de récolte absorberaient la valeur du produit.

Ile DIVISION. Prairies moyennes et hautes.

À. Prairies à deux herbes.

am Classe. On range dans cette classe touies les prairies des vallées fertiles ou placées au milieu des terres cultivées , lorsqu'elles sont dans une situation suffisamment fraiche, que leur sol est chaud , sans être ni trop tenace ni trop argileux , d’une cohésion moyenne et mélangé d'humus jusqu’à une grande profondeur. Dans ces prairies qui reçoivent avec avantage les eaux d’égouttage des terres arables voisines, la végétation au printemps est rapide et précoce. On rapporte encore à celte classe les prairies hautes qui ne reçoivent pas les eaux des champs voisins ou supérieurs , mais qui peuvent , suivant les circonstances et les besoias, être couvertes d’eau, puis mises en assee, et dont le sal

ESTIMATION DES DOMAINES RURAUX

i est de bonne qualité. Ces prairies , dont on obtient 2 coupes et qui peuvent être encore pâturées à l’automne , donnent un foin excellent et de 4r° qualité. Leur produit en moyenne est évalué à 40 quint. par hect.

B. Prairies à une herbe.

2e Classe. Toutes les prairies situées au milieu des terres cultivées, bien saines, sont classées ici, quand, par la surabondance de l'argile dans le sol ou par la trop grande disposition de celui-ci à devenir meuble, elles sont sujettes à se dessécher et à durcir périodiquement, et ne peuvent ainsi donner une seconde coupe. Les plantes au piintemps, par suite de la richesse et de la chaleur de ce sol , y végètent de bonne heure et croissent avec rapidité. Leur produit en foin ou comme pâturage doit être évalué à 30 quintaur de Join très nutritif et de 4re qualité. Quand ces prairies ne fournissent qu’un produit inférieur à celui-là , il est avantageux de les défricher ; elles appartiennent alors aux 1 classes des terres arables. Il n’y a que des moyens faciles et économiques d'irrigation qui puissent les faire laisser sous forme de prairies ; mais alors elles passent : la 1r° classe des prairies de cette division.

3e Classe. Toutes les prairies froides et humides placées près des terres cultivées sont comprises dans cette classe, La végétation y est tardive et lente, les fourrages acides et peu nutritifs; et en supposant qu'elles en fournissent en même quantité que les précédentes, ce foin, à raison de sa qualité inférieure, ne représente pas au-delà de 20 quint. de bon foin par hect.

4° Classe. Dans cette classe on range les prairies maréçcageuses qui sur leurs bords et dans le voisinage des terres cullivées donnent de bon foin , mais au centre présentent un marécage où végètent seulement les plantes aquatiques. Quand elles sont trop marécageuses et humides, elles doivent rester en prairies; mais si, placées à quelque élévation, elles sont sèches et ne présentent un aspect marécageux et un sol aride que par suite d’une végétation languissante , alors elies appartiennent aux terres arables et à la 3° classe de celles à céréales de printemps , et doivent être mises comme telles en valeur. Les prairies de cette classe ne donnent pas , dans le 4er cas, une quantité de fourrage équivalente à 43 quint. de bon foin, aw’il est souvent plus avantageux de faire päturer.

Les prairies qui n’appartiennent pas aux classes précédentes doivent être évaluées comme pâturages, parce que, ainsi que nous l'avons dit , les frais de récolte y absorbent le produit net.

$ III. — De l’évaluation des pâturages.

1° Des diverses natures de péiurages.

Nousrangeons dans cettesection les terrains

| Qui sont uniquement propres à fournir de la

râture au bétail, qui ne peuvent être mis en

valeur ni comme terres arables, ni comme

prairies, et doivent nécessairement rester sous forme de pâturages permanens.

À ces pâturages appartiennent : 1° les landes et bruyères ou terres couvertes de plantes vivaces et d'arbrisseaux, tant qu’elles ne sont pas défrichées ; elles ne fournissent souvent qu'un pâturage peu abondant et une nourriture chétive ; 2° les prés, dont le produit en foin est trop peu considérable pour payer les frais de récolte et qui ne peuvent être mis autrement en valeur; il faut supposer, en outre, qu’ils sont accessibles aux bestiaux ; 5° les pdturages dans les foréts, autant que ce mode de jouissance ou ce droit est compatible avec une bonne économie forestière ; 4e les

pâturages aans les otéraies et les marais plantés en aunes , en saules , elc. , où des inondations périodiques et un état trop marécageux du sol ne s'opposent pas à l'introduction des bestiaux. Le produit de ce pàlurage est toujours eu proportion inverse du nombre des arbres et de leur grandeur.

Nous ne comprenons pas ainsi dans nos évaluations: 40 les pdturages sur jachere de terres arables , parce qu’on doit les évaluer dans l'estimation du produit de celles-ci ; 20 le pacage sur les prairies , avant et après la récolte du foin , parce que le 4tr leur est nuisible et doit être rejeté, et parce que le 2e, évalué en foin , figure dans leur produit ; 5° le péturage des trèfles sur les éteules des céréales qui ont protégé leur 1r° végétaüuon , parce que celte méthode est très désavantageuse pour la récolte subséquente de cette plante fourragère ; 4° le pdturage des bonnes prairies, par la raison que leur produit a été ci-dessus évalué en foin , et qu'il importe peu que ce produit ait été récolté par la faux ou par le pâturage des bestiaux.

Dans l'évaluation du produit des pâturages , l’étude des caractères agronomiques du terrain exigerait des considérations particulières et ne pourrait guère conduire qu’à des résultats incertains ou même erronés. Il est bien préférable et plus simple, pour ces espèces de biens, d’avoir recours à l’expérience des localités et de s'informer avec exactitude du nombre de bestiaux que ces pâturages peuvent nourrir convenablement sur un espace déterminé , pendant combien de temps ils les alimentent et le poids de ces animaux; en calculant ensuite que, pour être rassasiés, des bestiaux d’un faible poids , les seuls que peuvent porter ces pàturages, exigent 7 à 8 kilog. de bon foin par jour par tête adulte , il est facile de déduire l’équivalent en foin de bonne qualité que ces pâturages peuvent donner sur un hectare de superficie.

2c Classification des pâturages.

ire Classe. Les prés marécageux qui ne peuvent pas non plus être utilisés comme terres labourables , ou dont le produit ne couvrirait pas les frais de récolte, font partie de cette classe , le pâturage étant le seul moyen de les mettre en valeur. Les laiches , végétaux qui y dominent , n’y atteignent pas plus de 7 à 8 po. de hauteur. Leur produit , pendant les 6 mois de pàturage , n’excède pas 20 quintaux de foin aigre par hectare , qui représentent à peine , sous le rapport nutritif, 12 à 44 quint. de bon foin de prairie. Quand ces prés , à cause de leur peu de consistance, ne peuvent porter les bestiaux , ils appartiennent alors aux prairies de la 4e classe. Les prairies marécageuses qui présentent des portions de leur surface plus élevées , en assec et accessibles aux bestiaux , sont rangées aussi parmi ces pâturages.

2e Classe. Cette classe comprend : 1° les prés ou pâtures plantés d’arbres des terrains humides ou couverts de végétaux ligneux d’une faible hauteur, qui ne sont pas assez Louffus ou fourrés pour intercepter la lumière solaire ; ils fournissent, dans ce cas, des fourrages assez nourrissans ; 2° les prés élevés couverts de broussailles qui donnent un gazon court et substanciel et de jeunes pousses d’arbrisseaux fort recherchées des bestiaux ; 3° les forêts plantées d’arbres à feuilles caduques, clairsemés ou qui renferment des clairières où pousse un gazon peu épais et moins substanciel que le foin de prairie. Le produit moyen de cette classe peut être évalué pendant tout le temps du päturage à 40 quint. de bon foin de prairie.

5° Classe. Elle comprend les pacages dans les forèts d'arbres résineux déjà vieux et où le terrain est sain et fertile; l'herbe y est moius abondante que dans les fo-

LIV, VIS

rèts feuillées, et en moyenne Je produit ne peut être évalué à plus de 6 quint. de bon foin.

4° Classe. On range dans cette classe les pacages dans les forêts où les arbres sont très rapprochés et où l'herbe ne pousse que çà et là dans quelques portions moins fourrées.Si ces portions ont un peu d’étendue, le pacage passe dans la 2° ou la 3° classe, et si elles y sont très rares, on ne peut plus considérer cela comme pàturage. Ces pacages ne peuvent être évalués en moyenne au-delà de 2 quint. de bon foin pendant tout le temps du päturage.

Le fumier qui provient des animaux qui paissent dans tous les pâturages ne doit être évalué qu’à la moitié de celui que rendrait une quantité de foin égale à celle qu’ils produisent, parce qu’il n’y a que celui que les bètes donnent la nuit qui puisse être recueilli, et que celui qui tombe sur ces pâturages est perdu pour les terres cultivées de la ferme.

6 IV. — Vergers et jardins potagers.

Ces sortes de biens sont souvent difficiles à estimer, parce qu'ils présentent des différences sans nombre et que les produits qu’ils fournissent varient avec les pays. Nous allons donner néanmoins quelques principes propres à servir de guide dans leur estimation en général, et quand ils forment une partie peu considérable d’un domaine.

1° Vergers. Il est quelquefois assez important d’évaluer le produit d’un verser, parce que, dans certaines situations, il peut augmenter d’une manière sensible les revenus d’une ferme. Ce produit dépend de la bonté du sol, de l’âge et du développement des arbres à fruit, de leur vigueur et de leur état.

Le tr soin, pour l'évaluation du produit, est donc de constater le nombre de pieds d’arbres par hectare et par suite sur toute la superficie du verger, l’âge de ces arbres, dont on forme plusieurs catégories s’il y en a d'âges très différens, la vigueur de leur végétation et parfois l’espèce ainsi que la qualité et l'usage du fruit qu'ils fournissent,

Pour faire cette évaluation du produit des arbres à

fruit, les uns prennent pour base le produit moyen que peut rendre en argent un arbre en plein rapport, en admettant que le produit annuel de ceux qui portent des fruits à pepin est de 88 c. à 1 fr. par pied d'arbre, et de 40 à 45 c. pour ceux qui donnent des fruits à noyau. On sent aisément que le voisinage d’une ville, d'une fabrique ou d’un centre de consommation quelconque, ou l’industrie du cultivateur, peuvent élever ou abaisser d’une manière notable cette évaluation.

D'autres calculent que, dans un sol propice, un arbre qui a acquis toute sa croissance et qui est en plein rapport rend, dans une bonne année, 2 hect. de fruit, dans les années moyennes 4 bect., et rien dans les mauvaises années, ou, terme moyen, 4 ect. par pied d'arbre.

Un arbre à fruit est dit en rapport lorsqu'il peut se soutenir seul contre la violence des vents et que sa tige a au moins un diamètre de 1 1/2 po. à 4 mètre de terre pour les fruits à noyau , de 3 po. pour les fruits à pepin, et une couronne ou feuillage proportionné à ces grosseurs. Les vieux arbres ne sont considérés comme étant en rapport qu'autant que la moitié au moins de leurs branches sont encore saines et productives, et que le tronc est à peu près intact.

Un arbre à fruit n'est qu'au milieu de sa croïssance quand satige n’a que 6 po. et sa couronne 10 pi. de diamètre. Dans ce cas, il ne rend que la moitié du

caaP. 2°.

produit assigné ci-dessus à un arbre qui a acquis son entier développement ; un arbre de 3 po. n’en rend que le quart.

Il en est de même pour les arbres entièrement développés, mais qui végètent dans un sol peu favorable et n'atteignent pas les dimensions des précédens ; leur produit n’est que de moitié.

D’autres, enfin, confondant ensemble les vergers et les jardins potagers, leur assignent, suivant la qualité de leur sol, un produit annuel de 50 à 60 fr. parhect. quand les arbres ont en plein rapport et ont acquis toute leur croissance.

Dans les pays où l’on est dans l'usage d’affermer annuellement la récolte des vergers ou de la vendresur pied, il sera très facile d’évaluer directement le produit de cette sorte de bien, quand les conditions seront les mêmes entre les vergers affermés et celui dont on veut estimer le produit. Dans le cas contraire, les principes ci-dessus serviront à établir la valeur proportionnelle.

Outre les arbres fruitiers, les vergers produisent encore des plantes fourragères qui la plupart du temps ne peuvent, surtout lorsque les arbres sont déjà forts, être utilisés que comme pâturages. Ces pâturages doivent être assimilés à ceux des bois plantés d’arbres à feuilles caduques et clair-semés, et rentrent, relativement à leur produit, dans ceux de la 2e classe.

Un verger planté de très jeunes arbres est classè dans Ja catégorie des jardins potagers, parce qu’il peut recevoir celle destination, ou peut être considéré comme prairie ou pâturage, etc., suivant l'emploi qu'on en fait, et son produit évalué d'après les principes posés cidessus.

Les frais auxquels donne lieu un verger sont peu considérables; on compte ordinairement une journée d'homme pour les soins à donner par chaque lot de 60 à 70 arbres, et 2 bottes d’échalas ou tuteurs du prix de 2fr.25c. à 2 fr. 50 c. chaque par 100 de jeunes arbres.

20 Jardins potagers. Un jardin potager, surtout lorsqu'il ne fournit qu’à la consommation du ménage, n'est évalué, dans l’estimation d’un domaine, que comme une pièce de terre arable de même étendue et de mème qualité. Quand il fournit au-delà des besoins de l’établissement, et surtout près des villes, les uns lui assignent une valeur de 1/3 supérieure à celle d’une terre de même classe, déduction faite des frais, et d’autres une valeur simplement égale, en considérant que la valeur plus élevée en argent qu’on en obtient alors est uniquement le prix d’une plus grande quantité de fumier, et de l’activité et de l’industrie de celui qui le cultive.

$ V.— Des frais à la charge de la production végétale. 1° Des frais de culture.

Nous sommes en état, au moyen des classifications précédentes et pour chaque nature et chaqueclasse de biens ruraux, de faireune évaluation de la production végétale sur un domaine quelconque, ainsi que des travaux de culture

w’elle nécessite. En effet, comme nos évaluations de produits et de travaux ont été établies pour une surface d’un hectare et pour un an, rien n’est plus facile que d’estimer les uns et les autres sur toute la superficie du domaine, en multipliant les chiffres donnés par le nombre d'hectares de chaque nature ou classe de biens qu’il renferme. Ainsi, pour calculer le produit et les frais des terres arables, on emprunterait dans le tableau de la page 340, à la classe à laquelle ces terres appartiennent et dans le système de culture adopté, les chiffres

ESTIMATION DES DOMAINES RURAUX

qui représentent le produit moyen pour un an et on le multiplierait par l’étendue superficielle en hectares de ces terres. On trouverait de cette manièreque 10 hect. de terre à froment de 1'° classe devraient donner annuellement un produit brut, semence déduite, de 114,50 hectol. de froment, 61,60 hectol. d'orge, 312 quint. mét. depailleet autant de foin,etque les travaux de culture, pour obtenir ce produit, consisteraient dans le chargement, le transport, le déchargement et l’épandage de 248 chars de fumier de 850 décim. cubes, ou 25 pi. cubes chacun, dans 6 labours et hersages forts de 1 hectare chacun, 16 labours et hersages moyens d’une même surface et dans les travaux d’ensemencement de récolte et d’engrangement de 6 hectares, semés en grains et autant en plantes fourragères.

Le même procédé donnerait le produit brut des prairies, des pâturages et des vergers.

Pour évaluer maintenant le produit net des terres, il faut faire subir au produit brut certaines réductions en nature qui sont nécessaires, puis établir la somme de tous les frais qui sont à la charge de la production végétale. Les réductions à faire sur le produit brut ont pour objet :

1° Les grains de semence, dont nous ne tiendrons pas compte dans nos calculs postérieurs, attendu qu’ils ont déjà été déduits dans le tableau du produit de chaque classe de terre de la page 340.

20 Les grains de battage quand ce travail se paie en nature. Dans tous les cas nous estimerons les frais de ce genre de travail à 12 p. 0/0 du produit brut du grain en y comprenant les pertes qu’on éprouve au vannage, criblage, nettoyage des grains et celles qui ont lieu dans les greniers par suite de l’attaque des animaux, ües avaries, du coulage, etc.

3° Les pertes sur les fourrages pour diminution de poids par suite d’une dessiccation plus complète, pour les avaries, le coulage, etc., qu’on peut estimer à 8 p. 0/0.

Les frais qu’on doit mettre à la charge de la production végétale sont :

1° Les avances qui ont été faites pour tous les travaux de culture.

Disons d’abord un mot de la manière dont on se sert pour évaluer les frais. Tantôt on évalue en mesures de grains, en prenant l’hectolitre de seigle ou de froment pour unité de mesure, le iravail des hommes et des animaux ; Laniôt on évalue en argent, d’après les prix courans du pays, les services des uns et autres ; c’est cette dernière méthode que nous adoptons.

Lorsqu'on connaît, d’après le tableau précédent, les travaux de culture, tels que transport et épandage du fumier, labours, hersages, récoltes pour un hectare de superficie, il faut d’abord convertir ceux-ci en journées de travail d'hommes et d'animaux. Cette conversion exige qu’on ait recours à certains résultats fournis par l'expérience et dont nous présenterons le tableau dans un chapitre par-

| ticulier qui fait partie du titre IV de ce li-

vre; c’est là qu’on pourra puiser les élémens des calculs qu’il faut exécuter à cet égard et dont nous ferons usage plus loin.

La somme des Journées de travail des hommes et des animaux, pour une opération

quelconque ou pour tous lés travaux de culture d’une ferme, fait connaître le nombre des uns et des autres dont les services sont nécessaires pour exécuter ces travaux, quand on connait le nombre de jours de travail d'une année.

Les travaux de culture étant transformés en journées de travail d'hommes et d'animaux, il ne s’agit plus que d'évaluer celles-ci en argent. c’est-à-dire à déterminer le prix de leur travail journalier,

Ce prix varie nécessairement suivant les pays et dépend de celui des objets de consommation, de l’activité, de l’énergie des travailleurs et de la longueur de la journée de travail pour les hommes et du prix d’achat, de la vigueur et de la durée du service pour les animaux. La plupart du temps ce prix, pour les uns comme pour les autres, est connu et bien établi dans une localité, mais il vaut mieux savoir le calculer sur les élémens que l'enquête faite sur les lieux a dû fournir, et comme nous l’enseignerons dans le titre suivant.

2 Les frais pour le logement des récoltes, celui des travailleurs et des bêtes de trait, sujet qui va nous occuper dans le paragraphe suivant.

3° Enfin certains menus frais pour travaux dans les prairies, étaupinage, entretien des fossés d'écoulement des eaux, etc., sur lesquels il est difficile de donner des principes généraux, et qu’il faut évaluer sur le lieu même ou suivant les besoins.

Tous ces calculs étant opérés, on est alors en état d'établir en argent le produit net de la production végétale sur un domaine, ainsi

ue nous en donnerons un exemple à la fin e ce chapitre.

2° Des frais pour la jouissance des bâtimens ruraux.

Les bâtimens ruraux qui servent à l’agriculteur à mettre ses récoltes à l’abri de lintempérie des saisons et des déprédations, à loger et tenir chaudement ses bêtes de travail et de rente, et enfin à l'habitation de sa famille et des individus qui le secondent dans ses travaux, ont pour lui une utilité réelle et lui rendent un service dont il ne peut se passer.

L'établissement et la construction de ces bâtimens ayant nécessité des avances capitales, leur jouissance nesaurait être gratuite, et puis-

ue c’est la production agricole qui oblige

’avoir recours à leurs services, c’est à elle aussi à rembourser les frais annuels qu’occasionne cette jouissance.

Ces frais, aussi bien que tous les autres, doivent donc, dans l'estimation de la valeur vénale ou locative d’un domaine, être évalués et soustraits du produit brut pour établir le produit net de l'établissement.

Il y a deux méthodes pour faire ce calcul.

Tantôt les frais de la jouissance ou le prix du service des bâtimens sont réunis en une seule somme qu’on retranche du produit brut total de toutes les branches derevenu de la ferme; tantôt, au contraire, on les évalue pour chaque nature ou portion distincte de bâtimens et on porte ces fractions au compte du

LIVe VIL.

| service auquel ces portions de bâtimens sont affectées. Ainsi, le produit brut des cultures est chargé de rembourser les frais de location des granges et greniers pour loger les récoltes , des écuries ou étables pour les animaux de travail, des hangars pour les instrumens, des lieux d'habitation pour les aides employés aux travaux de culture, etc., et celui des bétes de rente d’acquitter ceux des étables, porcheries , basse-cour, etc. C’est ce dernier mode que nous adopterons, comme plus commode das les calculs d'évaluation.

Indépendamment de plusieurs circonstances qu’il est nécessaire de prendre en considération dans l'examen des bâtimensruraux d’un domaine et dont nous nous occuperons dans un chapitre particulier, ceux-ci ont une valeur d'utilité qui se mesure en grande partie par l'étendue superficielle qu’ils recouvrent et par leur capacité intérieure. Cette superficie ou cetle capacité doivent avoir exactement l'étendue nécessaire pour que le service du fonds puisse se faire avec aisance et commodité. Une étendue supérieure à celle qu’exige le fonds est sans valeur aux yeux de l’agricul-

teur éclairé, et ce serait en pure perte qu'il

mettrait pour cet objet, à la charge dela production, un excédant de frais qu’elle ne doit pas supporter et qui résulte uniquement d’un mode vicieux d'adinistatiof ou,de l’ignorance des principes économiques.

La même règle s'applique aussi au mode de construction des bâtimens; si ceux-ci ont été établis avec une solidité superflue, s’ils ont été construits ou décorés avec luxe, l’acquéreur ou le locataire d’un fonds rural ne peut pas raisonnablement rembourser au vendeur ou au propriétaire les frais ou les intérêts d’une spéculation aussi contraire aux principes d’une bonne administration, et, en thèse générale, on ne doit porter dans une évaluation immobilière à la charge de la production pour jouissance des bâtimens, qu’une somme égale à celle qu’on paierait communément dans le pays pour la jouissance de constructions de ce genre, remplissant le but auquel elles sont destinées de Ja manière à la fois la plus parfaite et la plus économique.

En cherchant à analyser les divers élémens qui composent le prix du service annuel des bâtimens ruraux, on trouve qu’on peut les réduire aux 4 suivans. |

1° Les intéréts des sommes avancées pour la construction et qui varient suivant le pays et les circonstances, depuis 2 et 2 1/2 jusqu’à 5 p. 0/0. k ? Ë

2° Le fonds d'amortissement qu’on doit prélever annuellement pour le rétablissement du capital périssable engagé dans les bâtimens, et pour rétablir et reconstruire ceux-ci à l’époque où l’on prévoit que le temps les aura mis hors de service. Ce fonds d’amortissement se calcule ordinairement d’après la durée probable des constructions, et est évalué à la 100, 150° ou 200° partie du capital avancé, suivant que celles-ci sont présumées devoir durer 100, 150 ou 200 ans.

3° Les frais d'entretien et de réparation des bâtimens, qu’on évalue en moyenne à 1/3 p. 0/0 du capital de construction.

4° Les frais d'assurance qui suivant le genre de construction, les circonstances, le mode

cHAP. 2°.

des assurances , eic., peuvent s’élever de 1/4 à 1 p. 0/0 de ce même capital.

D'après ce que nous venons d’exposer, on voit que pour être à même d'évaluer le prix du service des bâiimens ruraux il faut, dans l'examen préalable d'un fonds, avoir recueilli des renseignemens exacts sur les objets sui- Vans :

1° Le mode le plus économique de construction et celui qui remplit le plus complètement le but désiré pour chacune des espèces de bätimens affectés à un service particulier. On acquiert cette connaissance, en visitant les établissemens ruraux qui sont voisins, en se procurant des devis de construction qui peuvent servir de modèle, et en consultant des architectes ou des experts.

29 Le prix de construction pour chacune de ces espèces de bâtimens, ce qui exige qu’on connaisse le prix de tous les matériaux dans la localité, la quantité de ceux-ci qui peuvent entrer dans un bâtiment, le prix de la journée de travail des ouvriers et le volume des matériaux qu'il peut mettre en œuvre dans une journée, etc. On peut, de même que précédemment, s'informer du prix d’une construction neuve du genre de celle. qu'on regarde comme la plus économique ou en faire établir un devis par un architecte. Nous reviendrons nécessairement sur ce sujet lorsque nous traiterons des constructions rurales; mais pour ne pas laisser nos lecteurs dans le vague et leur offrir une méthode approximative et simple d'évaluation, nous dirons ici que dans les pays où l’agriculture est bien entendue, l'expérience paraît avoir démontré que les bâtimens ruraux, : 0e doivent toujours être quant à leur étendue dans un rapport constant avec le volume des récoltes ou le nombre des animaux qu’ils sont destinés à loger, peuvent être établis convenablement pour une somme équivalente, suivant la solidité, à 120 ou 136 p. 0/0 du produit brut du domaine en grains, fourrages, racines et tubercules, à l'exception des plantes industrieiles, et que cette somme se répartissait ainsi,savoir :

Pour les granges . . . . 35 à 40 p. 0/0

Pour les greniers, magasins

à grains et hangars. . . . . 12 à 16

Pour les étables, bergeries RPC ARE dit Neyn) T8 à 60 Total. 120 à 136

3 La durée des bâtimens. Les informations qu'on prend sur le mode et sur le prix de construction des bâtimens ruraux du pays doivent faire aisément connaître la durée de ceux qui sont entretenus avec soin; nous donnerons au reste, dans le tit. IV, quelques détails à cet égard, qu’on peut consulter.

4 L’étendue que doit avoir chaque portion de bâtiment pour le service auquel on le destine. C’est un sujet qui nous occupera dans le chapitre III du titre 111; c’est là qu’on trouvera ce que nous nous proposons d’en dire dans cet ouvrage.

ESTIMATION DES DOMAINES RURAUX

5° Enfin le faux de l'intérêt des capitaux engagés dans des bâtimens ruraux et les frais d'assur ance dans la localité.

Afin de mieux faire comprendre ce que nous avons dit, nous allons donner quelques exemples.

Supposons qu'il s’agit d'évaluer dans un pays les frais du logement de 30 bêtes de travail, de taille ordinaire; l'expérience a démoniré qu'ilfaut à chacune d’elles, y compris la sellerie, la chambre au coffre à avoine et au hache-paille et le magasin à fourrages , 10 mèt. carrés desurface ou pour les 30 bêtes 300 mèt. de superficie de bâtimens.

Pour satisfaire à ce besoin, on pourra con-!

struire un bâtiment de 11 mètres de largeur, 31 de longueur. et dont les murs auront 2 mèt. 80 de hauteur.

Dans le pays, un bâtiment de cette dimension, construit en maçonnerie de moellons et à mortier de sable et chaux, lorsque les murs ont 50 centimètres d'épaisseur en élévation et 86 dans les fondations, que celles-ci ont 1 mèt. de profondeur et que le tout est en matériaux neufs, donne lieu aux frais suivans :

84 mèt. cubes de terrasse et déblais fr. ee.

pour fondation, à 78 c. le mèt. c. 63 2558 mèt. carrés de murs en maçonnerie de 50 centimèt. d'épaisseur, à6fr. le mèt. 1,410 84 mêt. carrés de murs en fondation de 86 centimèt. d’épaisseur, à 6 fr. 80 c.

DER TS NEA ARRES POURROE 2 mèt. cubes de pierres de taille, compris la taille et la pose, à 60 fr. le mè- ARE Ve SE PCR SEA Ole 28 mêt. carrés hourdés et enduits pour une cloison, à2 fr. le mètre carré. . 56 35 mèt. cubes de bois pour charpente, compris la mise en œuvre et la pose, Aronule stére,, ee sl LUN CU LOS sx 434 mèêt. carrés de couverture en tuile, ANS Tec le met: PMU 30 50 42 mel. carrés de menuiserie pour portes et fenêtres, à 6 fr.le mêt. . . . 72 90 kil. de fer, au prix moyen de 1 fr. 50 PR EN CPU 27.1 458 300 mèt. carrés de pavage, à 5 fr. le m. 900 Lol AL 7,162 50

En admettant qu'un pareil bâtiment peut durer 100 ans, que les intérêts du capital sont à 5 p. 0/0, les frais de réparations de 1/3 et ceux d’assurance de 1 p. 0/0 de ce même capital, on aura pour le détail des frais qui doivent être à la charge de la production végétale, savoir :

Fe C.

Fonds d'amortissement, 1/100- du ca- EL. — MINE 6 Intérêts à 5 p. 0/0 id. . . . . . . 358 12 Réparations annuelles à 1/3 p.0/Oid. 23 87 Assurances. à 1 p. 0/0 id.. . . . . 71 62 925 23

Ainsi c’est une somme de 525 fr. 23 c. qui

(1) Cette maniere de calculer le fonds d'amortissement destiné à la reconstruction des bÂtimens, lorsque ceux-ci deviendront hors d'usage et tomberont en ruines, est simple et facile à déduire, mais elle manque d’exactitude, parce que l’on doit supposer qu’un propriétaire prévoyant place ce fonds d’amortissement, et en cumule les intérêts. On ne doit donc raisonnablement porter au compte de la production , 4°, pour la ’* année, que la somme qui au bout de 100 ans doit, avec les intérêts composés, rétablir le capital prim if;

doit étre annuellement déduite du produit brut du compte des cultures, pour frais du

logement de 30 bêtes de trait, c'est-à-dire:

1 fr. 75 c. par mètre superficiel de bâtiment, ou 17 fr. 50 c. environ par chaque tête d’animal et par an.

Si, au lieu d'établir les murs en maçonnerie, on construisait dans le pays des bâtimens en pisé, recouverts en chaume, et dont la durée ne fût que de 80 ans, on trouverait alors, en supposant que des murs de pisé ne coûtent, avec une épaisseur de 85 centimètres, que 3 fr. 50 c. le mètre carré, et qu’on peut faire dans ce cas sur la charpente du toit et sur la couverture une économie de 1,300 fr., une différence totale sur les frais de construction de 2,129 fr., c’est-à-dire qu'ils ne s’élèveraient qu'à 5,033 fr.

Dans ce cas, les frais à la charge de la pro-

duction seraient donc, en portant les répara- |

tions annuelles d’un bâtiment en pisé et en chaume à 10 p. 0/0 du capital, de 415 fr. 22 c. ou de1 fr. 38 c. par mètre superficiel et 13 fr. 84 c. par tête d'animal et par an.

On établit de la même manière le prix du logement annuel de chaque tête de bétail de rente, dans le système de construction le plus économique du pays. Quand on aura calculé la superficie que réclame chacune suivant son espèce, sa race ét sa taille.

La même méthode s'applique aussi aux granges et autres parties de bâtimens destinées à loger des récoltes, des instrumens de travail, etc.; seulement il faut faire attention

ue ces constructions peuvent encore être établies à meilleur compte que les précédentes, puisqu'il ne s’agit ici que de garantir les objets contre l'humidité et les déprédations, et non pas de les maintenir, comme les animaux, dans une température douce et chaude dans la saison rigoureuse de l’année.

Lesexpériences desagriculteurs économistes ont prouvé qu’une masse de céréales, telle qu’on la récolte sur les champs et qui donne un quint. mét.de paille,exigeait, grain etpaille, une capacité d'environ 1 mètre cube nour être engrangée. Supposons donc ci qu'il s’agit d’engranger annuellement une récolte de céréales fournissant 4,600 quintaux métriques de paille. C’est une capacilé de 4,000 mètres cubes qui sera nécessaire. Une grange de 80 mètres de longueur, 10 de largeur et 5 de hauteur moyenne, pourra donc remplir ce but. Dans le pays où l’on veut former un établissement, un bâtiment de cette grandeur, construit en pisé, recouvert en chaume, coûte, je suppose, 4,700 fr.; sa durée est de 60 ans et les frais annuels d'entretien s'élèvent à 1

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