LIV. V
Les espèces cultivées en espalier sont, parmi les fruitiers à noyaux, le pêcher, l’abricotier, quelquefois le cerisier et le prunier; — parmi les fruitiers à pépins, le poirier et le pommier.
Si les pyramides donnent des fruits plus beaux que les plein-vents, les espaliers en donnent de plus beaux encore que les pyramides. #
L'année qui suit celle du développement de la greffe, on rabat la tige de l'arbre sur le 3° ou 4° œil, afin d'obtenir à peu de distance l’une de l’autre deux branches latérales qui formeront Les ailes (fig. 31). — Si les 4 bourgeons prennent vie, on pince les 2 moins bien placés pour donner plus de force aux 2 autres.
L'automne suivant, les arbres sont en état d’être plantés à demeure.— Si cependant on veut les conserver encore en pépinière, ce que je suis loin de conseiller, on devra tailler assez court les 2 bourgeons réservés sur 2 yeux, l’un supérieur, l’autre inférieur, pour obtenir seulement cette seconde année la prolongation de chaque branche mère et la naissance d’une première branche secondaire inférieure (fg. 32); — une troisième taille donnera la première branche secondaire supérieure (fg. 33).— C’est ainsi que se formera d'année en année la charpente de l’espalier. — Plus de détails sortiraient de mon sujet {1).
Fig. 31. Fig. 32.
FIG. 33 B A Re >
On trouvera aux lettres À et B les détails de la 2° et 3° taille pour une des ailes seule-
ment. $ III. — Du Recepage.
Si par une cause quelconque un jeune tronc entier élait tortueux, grêle ou mal venant, il faudrait le receper, c’est-à-dire le couper très-près du sol, afin d’obtenir l’année suivante un bourgeon ue qui püt le remplacer. — Le recepage, dont d’habiles théoriciens ont voulu trop généraliser les inconvéniens, est à la vérité nuisible à certains arbres à bois très-dur, comme le chêne; à ceux dont les tiges uniques se régénèrent diffici: lement, comme les pins, et à un moindre degré les érables, les frênes, etc.; mais il est sans inconvénient pour beaucoup d’autres, et on a pu remarquer qu'il est le plus souvent utile pour les végétaux dont les premières pousses sont maigres et irrégulières, comme
(1) Les personnes qui voudraient se perfectionner dans l’art difficile et compliqué de la taille des arbres fruitiers en général devront consulter l'excellent ouvrage de M. Dalbret , jardinier-chef des écoles de culture au Jardin des plantes. —Prix : 6 fr. À Paris, chez Rousselon, libraire,
celles de l’orme, du châtaignier, du tilleul, de l’aubépine, etc.
J'ai vu rabattre au moment même de la transplantation; mais cette pratique, excepté
eut-être dans quelques terrains particu-
ièrement mauvais, ou pour des végétaux dont les racines ont été trop mutilées, me paraît avoir un double inconvénient.— D'une part, les chevelus ne peuvent puiser une 1'° annee dans le sol et envoyer au tronc mutilé qu’une très-faible quantité de sève.
Le but qu’on se propose, d'obtenir une tige droite, vigoureuse, et dans laquelle les vaisseaux séveux puissent prendre une extension suffisante pour favoriser ultérieurement les progrès d’une riche végétation, est complètement manqué; — de l’autre, loin de fortifier les racines au moins cette 1'° année, le recepage arrête au contraire, momentanément, leur développement en suspendant les effets de la sève descendante, de sorte qu’il peut nuire à la reprise.
Le recepage a fréquemment lieu dans les pépinières forestières. Il serait assez difficile de fixer d’une manière précise l’âge auquel les arbres en profitent le mieux. Je dirai seulement qu’elle doit être faite lorsque les racines ont pris assez de volume pour donner paissance à une pousse d’un beau développement, mais avant que les tiges aient acquis un diamètre trop considérable, afin de ne pas retarder les effets qu’on veut produire, et d'éviter que la sève ne se perde en une multitude de scions qu’il serait indispensable de supprimer, à la réserve d’un seul.
— Selon les circonstances, on pourra donc receper, s’il y a lieu, quelques années après le repiquage ou après la transplantation. — Dans tous les cas, on choisira le moment où la sève est en apparence le plus complètement inactive, c’est-à-dire, pour notre climat, le mois de janvier.
$ IV.— De l’Élagage.
L’élagage, que nous ne devons considérer ici que dans ses rapports avec la culture forestière, est, en pareil cas, d’une application assez restreinte, car il ne s'opère, sur les arbres d’alignement, que lorsque ceux-ci ont atteint dans le carré des transplantations un âge qui permet généralement de les en faire sorlir. — Cette opération n’est qu’une modification de la taille en crochet à laquelle elle fait suite; son but et sa théorie sont les mémes, c’est-à-dire de donner au tronc une direction plus droite, et d'augmenter le plus possible son élévation sans nuire à son développement en diamètre.
Quand les arbres sont plantés à des distances convenables, ils Z/ent suffisamment sans qu’on ait besoin de recourir à l’élagage, et cette circonstance est d’autant plus favorable que divers inconvéniens accompagnent souveut la suppression des grosses branches.
Dans une position différente, on peut encore rendre l’élagage inutile en pinçant une ou plusieurs fois, pendant le cours de la belle saison , les branches qui menacent de s’em-
porter au détriment de la tige principale.
Une telle pratique a contre elle d’exiger une surveillance assez active, difficile dans un
DES TRANSPLANTATIONS. 15
grand établissement ; inais elle est excellente.
Au reste, s’il est parfois nécessaire de supprimer entièrement quelques branches, un élagage d'hiver fait avec réserve et discernement n'offre pas à beaucoup près, sur les jeunes arbres des pépinières, le danger qu'il aura plus tard sur ceux d’un âge plus En et d’un développement plus considérable.
SEcTioN vit. — Des transplantations.
Quelques végétaux ligneux d’une moyenne élévation qui doivent être plantés jeunes, comme ceux qu'on emploie d’ordinaire à la formation des haies , des brise-vents, des charmilles, etc., etc., ou qui ont été semés en rayons, à certaines distances les uns des autres, peuvent attendre dans le carré des semis le moment de la transplantation à demeure. Dans la plupart des cas, il est avantageux de les repiquer avant cette époque.
$ I°".— Du repiquage.
Comme la transplantation , il comprend trois opérations principales d’un grand intérêt pour l'avenir des arbres, — l'arrachage, — la préparation où l'habillage du plant, — la plantation. ®#
L'arrachage doit se faire à jauge ouverte, c’est-à-dire en creusant sur l’un des côtés du semis une tranchée dont la profondeur dépasse quelque peu l’extrémité inférieure des racines, et en minant ensuite le terrain de proche en proche, de manière à soulever les jeunes plants sans effort et par conséquent sans détruire ou désorganiser les chevelus.
J'ai dû parler de la préparation du plant dans la section précédente.
Quant à /a plantation, elle se fait er rigole ou au plantoir. — D'après le premier mode on creuse au cordeau, au moyen de la bêche ou du hoyau, une petite fosse d’une profondeur et d’une largeur proportionnées à la longueur et au volume des racines. On y met un à un les jeunes plants en les appuyant sur la terre d’un des côtés, et en ayant soin de les espacer également à une distance calculée d’après le temps qu'on veut leur laisser passer en ce lieu et l’accroissement qu'ils doivent y prendre. On ouvre ensuite parallèlement à la première une seconde rigole, dont la terre ést rejetée sur les racines mises précédemment en place, et on continue ainsi dans toute la longueur de la planche ou du carré. Il ne reste plus après cette opération qu’à piétiner le sol pour l’affermir convena-
blement autour des jeunes arbres.— D’après
la seconde méthode on trace sur le terrain, toujours au moyen du cordeau, des lignes équidistantes et parallèles coupées à angle droit par d’autres lignes semblables. À tous
les points de section on fait, au plantoir, un
trou à la fois plus large et plus profond que ne sont volumineuses et longues les racines qu’il doit recevoir, et après y avoir introduit ces racines, on les recouvre et on les comprime légèrement à l’aide du plantoir ou de la main, de manière à éviter, comme dans
le cas précédent, qu'il ne se trouve quelque vide entre elles et la terre. — Un arrosement copieux achève de conduire à ce but et garautit le succès de l'opération.
C'est aprés la chute des feuilles, par un temps plus humide que sec, mais lorsque le sol n'est pas imbibé d’eau outre mesure et qu'il peut se diviser facilement, qu'on pro-
ède au repiquage. Dans les terres humides et froides on doit parfois le différer jusqu’au
rintemps. Dans tous les autres cas, il est is de le faire de bonne heure en automne, parce que les racines ont le temps de former de nouveaux chevelus avant l’époque des gelées. — Ce principe, dont l'importance n’est
as toujours assez sentie, s'applique à toutes es plantations.
$ 11.— De la transplantation.
Danslesens que nous lui donnons ici, c’est la plantation des jeunes arbres tirés du carré des repiquages, au moment où, par suile de l'accroissement qu'ils ont pris, ils s’y trouvent trop gênés. — À cette époque les arbres forestiers destinés à former des bois ou des massifs ont ordinairement atteint l’âge et la grandeur convenables pour être mis définitivement en place, car il esi toujours avantageux de les planter jeunes ; mais ceux qu’on réserve pour la plantation des routes et des avenues doivent séjourner encore dans la pépinière. |
On les arrache, comme la première fois, à Jauge ouverte.
On prépare leurs racines et on taille leurs tiges d’après les mêmes principes que lors du repiquage. Toutefois, cette seconde opération exige, au moins accidentellement alors, quelques soins particuliers que je crois avoir indiqués avec des détails suffisans en parlant de la taille de formation et du recepage.
Enfin, o7 plante en quinconce à des distances proportionnées à chaque espèce de végétal, ni trop près, nitrop loin, afin que l’air et la lumière puissent pénétrer dans la plantation, mais que, d'un autre côté, les arbres d’alignement soient forcés de s'élever au lieu de s’étendre latéralement plus qu’il ne convient.
— Dans un sol profondément et complètement ameubli, comme celui des pépinières, il y aurait peu d'avantages à ouvrir des tranchées continues; aussi fait-on de simples trous au moyen de la bèche, en ayant soin de les rendre assez larges pour recevoir les racines saps contrainte. — On place ensuite l'arbre de manière qu'il ne soit pas enterré plus profondément qu'il ne l’était précédemment, el tandis qu'un ouvrier rejette la terre en l’émiettant le plus possible, un second donne de temps en temps au tronc un mouvement de va et vient pour la faire encore mieux pénétrer entre les racines ; puis, lorsque le trou est en partie comblé, il piétine le sol en appuyant d'autant plus ou d’autant moins fortement que ce même sol est plus ou moins léger.
SECTION VIII. — Des assolemens dans Les pépinières.
La grande loi des assolemens, qu’on trou-