LIV. v
vera ailleurs développée avec détail, s’étend aux arbres comme aux autres végétaux. Dans les pépinières, ainsi que dans les champs, elle est la base d’une bonne culture,
Il est des arbres qui possèdent particulièrement /a fächeuse propriété de rendre le sol impropre, pendant quelque temps, à la végélation, non seulement de leurs congénères, mais de tous autres végétaux ligneux.
— Les cultivateurs, frappés depuis longtemps de la manifestation journalière de celte vérité, se sont efforcés de l’expliquer par les sécrétions des racines ou la décomposition, hors de la présence d’une suffisante quantité d’air, de fragmens de ces mêmes racines abandonnées dans la terre après la mortnaturelle ou l’arrachage des vieux troncs. Soit qu’ils aient cru, avec plusieurs chimistes modernes, aux effets fâcheux d’une fermentation acide, analogue en quelque sorte à celle des tourbières, ou, dans d’autres cas, à ceux d’une réaction particulière de principes astringens; soit qu'ils aient supposé que diverses racines dépouillaient plus que d’autres le sol de l’air et des sucs nourriciers nécessaires à la belle végétation des arbres, toujours ont-ils reconnu que ceux-ci cessent à la longue de prospérer dans les lieux où on les cultive depuis trop long-temps, et surtout que les mêmes espèces languissent d’une manière plus ou moins apparente lorsqu'elles se succèdent plusieurs fois de suite sur le même terrain. La nature nous offre de loin à loin des preuves de la seconde partie de cette vérité; la pratique, qui devance, dans bien d’autres cas, la théorie, démontre fréquemment la seconde.
Lors de la destruction d’antiques forêts, on a vu le hêtre, le bouleau, le tremble, elc., etc., succéder spontanément aux chénes. — De vastes étendues de pins et de sapins, atteints pour la première fois par la cognée , se couvrent de semis naturels d’arbres feuillus, tandis que ceux-ci, au contraire, se transforment en semis de pins et de sapins. — Plusieurs écrivains français, anglais et allemands attestent qu'il serait facile de multiplier les exemples analogues.
D'un autre côté, on sait qu’? est parfois impossible de faire reprendre un arbre à la place d’un autre arbre mort de maladie, au moins sans de grandes précautions , quoique je puisse dire en passant, à ce sujet, que je me suis bien trouvé en pareil cas, dans les sols argilo-schisteux de l’Anjou, de l'emploi d’une certaine quantité de chaux mêlée à la terre du trou le plus long-temps possible avant le moment de la plantation. — On sait encore qu’on évile avec grand soin dans maintes localités de faire succéder immédiatement la vigne au défrichement de taillis de chêne; — dans d’autres, de planter des vergers dans d’anciens vignobles avant d’avoir préalablement refait la terre par quelques années de cultures herbacées ; et j’ai vu constamment, dans le pays dont je viens déjà de parler, que, quand on veut transformer des vignes en pépinières, ce qui arrive fréquemment depuis quelques années aux environs d'Angers, on prend plus rigoureusement encore les mêmies précautions ; on sème généralement des céréales, après avoir conve-
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nablement défoncé et labouré le soi. — Si !
l'on n'était pas trop pressé par le temps, il! serait sans nul doute avantageux d'adopter un assolement de trois ou quatre ans analogue à ceux dont on fait usage sur les défrichemens et dans lesquels l’avoine et les blés alternent avec des racines alimentaires qui exigent de fréquens binages et des buttages.
Dans quelques parties de l'Angleterre, d’après Saxe, lorsqu'on veut amélorer le terrain appauvri d’une pépinière, au lieu de le fumer pour lui confier directement des graines forestières, on profite de l’engrais répandu pour obtenir une première récolte de plantes potagères ou fourrageuses. On a remarqué que les féves, les pois, les ognons, les choux, les raves et particulièrement les laitues, sont en pareils cas les meilleures cultures intercalaires. — La conséquence nécessaire de celle excellente coutume est d'interrompre de loin à loin la succession des végétaux ligneux. ; ü
Le même auteur a, Je crois, entièrement raison, lorsqu'après avoir recommandé de choisir pour l’emplacement d’une pépinière de petite étendue un terrain qui puisse être partiellement et alternativement occupé par des cultures de jeunes arbres et de légumes, il ajoute que c’est un moyen à la fois sûr et profitable de faire prospérer les unes et les auires. À |
Dans l’état actuel de nos connaissances, il serait difficile de dire précisément quels arbres doivent se succéder de préférence, quoiqu’il soit bien démontré que tous ne réus-
sissent pas aussi bien lesunsaprès les autres. — Il en est, comme le chêne, qui paraissent
, nuire assez généralement aux cultures qui
leur succèdent; —d’autres, comme l’ormeau, qui semblent détériorer beaucoup moins le sol. — Quelques-uns réussissent assez bien, même dans les terres usées; — quelques autres ne prospèrent au contraire que dans des terres neuves ou renouvelées, et je connais tel pépiniériste, habile observateur, qui attribue surtout à l'application suivie d’une telle remarque le succès complet de ses boutures de cognassier.
La théorie et l'observation tendent également à faire croire que, pour l’assolement des pépinières, il est avantageux,comme pour celui des champs, d'avoir égard aux rapports naturels des végétaux ; — d'éloigner le plus possible sur le même terrain le retour des mêmes espèces, des mêmes genres, des mémes familles ; — de faire succéder les petits aux grands arbres ; — les essences à racines traçantes à d’autres essences à racines pivotantes ; — de changer successivement la destination de chaque carré, de manière que les transplantations fassent place aux repiquages, et ces derniers aux semis, etc., etc.
Du reste, cette partie de la science du pépiniériste est encore peu avancée. Je craindrais de rencontrer trop d’exceptions si je cherchais à déduire de faits épars et particuliers des principes ou trop généraux ou trop précis. Un ouvrage de pratique doit finir là où commence le doute.
Oscar LECLERC-THouIx.
La plupart des arbres qui entrent dans la composition des forêts de la France sont à peu près connus de tout le monde; aussi croyons -nous inutile de reproduire la figure de toutes les espèces. Ce qu’il importe surtout à l’agriculteur praticien, c’est d’apprendre quel est le terrain et l’exposition qui conviennent à chacune des essences, la manière de les multiplier, l'emploi qu'on peut faire de leur bois, de leurs feuilles, de leur écorce, etc.; ce qui sera traité tant dans ce chapitre que dans les suivans, et dans le livre consacré aux Arts agricoles.
Les arbres résineux, qui sont appelés peutêtre à repeupler les forêts de la France et à couvrir de leur ombrage une foule de terrains vagues , en pente ou aujourd'hui sans valeur, seront l’objet de notre attention particulière.
Eofin, un certain nombre des plus beaux arbres forestiers de l'Amérique septentrionale et de quelques autres pays, qui pourraient être introduits si avantageusement dans notre économie forestière, seront décrits et figurés avec soin. F. M.
SECTION 1°. — Arbres et arbustes forestiers indigènes.
ART. 1°".— Arbres à feuilles caduques.
$ I.— Arbres des terrains secs.